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BOBBY WOMACK - THE BRAVEST MAN IN THE UNIVERSE (2012)


Un come-back étonnant ...

Il ne devait pas y avoir grand-monde pour espérer un disque, et surtout un bon, de Bobby Womack en 2012. Même pas lui d’ailleurs …
Bobby Womack, 68 ans au compteur. Repéré par Sam Cooke (Bobby repèrera lui Barbara, la femme de Sam Cooke qu’il épousera, scandale médiatique à l’appui, trois mois seulement après l’assassinat du grand Sam), Womack deviendra la figure de proue et principal auteur du groupe doo-wop pré-soul Les Valentinos. Dont la reprise d’un de ses titres « It’s all over now » deviendra en 1965 un des premiers gros hits des Rolling Stones, ce qui offre une promotion artistique conséquente et une notoriété certaine. Bobby Womack végètera cependant des lustres avant d’obtenir son plus gros succès, l’album « The Poet » au début des années 80, avant de sombrer à nouveau dans l’indifférence du grand public.
Les cinéphiles l’avaient peut-être entendu en 2009 dans le fabuleux « Fish tank » (c’est sa reprise, quelconque il faut bien dire, de « California dreamin’ » qui est en fond sonore à plusieurs reprises dans le film). C’est Damon Albarn, l’année suivante qui le remettra encore sous les feux de l’actualité en l’embauchant pour son groupe virtuel Gorillaz, pour le Cd « Plastic Beach » et la tournée qui s’ensuivit. C’est le même Albarn que l’on retrouve partout, à la co-écriture, aux arrangements et à la production de ce « Bravest man … ». Un disque pour lequel il faut au préalable évacuer quelques méchants préjugés, à commencer par une pochette hideuse, mais c’est pas tout. Bobby Womack, à cause de l’âge et surtout d’excès opiacés en tout genre, n’a plus la voix du chanteur des Valentinos. Sa voix aujourd’hui est étrangement aiguë, éraillée et métallique, et on la devine fortement triturée par les machines d’Albarn en studio, pour un résultat qui peut parfois rebuter (comme sur « Stupid », titre sur lequel elle me paraît vraiment trop bidouillée et pénible), mais s’accorde généralement assez bien, voire très bien, avec la musique concoctée par Albarn.
Damon Albarn & Bobby Womack
« The Bravest man … » est clairement un disque de soul music. Mais là aussi, ceux qui attendent quelque chose qui sonne comme du temps de l’âge d’or sixties du genre, une resucée du son Stax ou Atlantic, risquent fort de se gratter l’occiput. « The Bravest man … » est clairement aussi un disque de son temps, les dernières bécanes et plug-in électroniques constituent l’essentiel de la trame sonore. Et la vieille légende et le (plus tout) jeune touche-à-tout n’y vont pas avec le dos de la proverbiale cuillère, le premier titre éponyme est le plus avant-gardiste du lot, mix improbable, surprenant et pourtant réussi entre trip-hop et soul, et pourrait figurer tel quel sur un Best of de Massive Attack.
Tout n’est cependant pas férocement expérimental et étrange. Il y a des titres soul bien dans la ligne du parti (en gros mélodie de baise et voix de braise), juste maquillés par un léger fond de teint électronique (« Please forgive my heart », un titre tout au feeling), un morceau avec juste la voix et une guitare acoustique (la reprise de l’antique classique « Deep river » qui du coup sonne comme un « Redemption song » ... de Marley , et surtout pas  comme la scélérate version de Jahnnick Noah). Il y a de très excellentes choses, avec un « Sweet baby mine » qui ressort du lot, les machines envoient une pulsation cardiaque sur une chanson soul vintage et ça le fait grave, il y a des tempos qui s’accélèrent vers la fin (« If there wasn’t something there » on jurerait une chute de Gorillaz), des choses qui renvoient au balancement dansant des autres Womack (en l’occurrence Womack & Womack, soit Cecil, le frère de Bobby et Linda, sa belle-fille et belle-sœur, puisque fille de Sam Cooke et femme de Cecil, vous suivez ?), ça s’appelle « Love is gonna lift you up » …
Il y a un hommage à Gil Scott-Heron (mort l’année dernière), l’un de ceux présentés comme les antiques parrains du rap, pote de Bobby et l’on entend sa voix dans l’intro de « Stupid », titre par ailleurs peu convaincant. Il y a un duo (très bon) avec l’actrice et chanteuse malienne Fatoumata Diawara (« Nothin’ can save ya »), une sorte de court rythm’n’blues tribal qui conclut le disque (« Jubilee ») et qui si on en juge par les rires de fin de bande est plus une récréation de studio qu’un titre vraiment finalisé.
Et puis il y a ce qui sera la grosse affaire de ce disque. Le genre de truc qui peut vous mener en heavy rotation sur MTV ou vous ringardiser à jamais, un duo avec Lana Del Rey. Etant d’humeur charitable, je ne dirais pas de mal du dernier cataplasme branchouille botoxé qui ravit tous les sourds aux goûts de chiotte de la planète. Je m’en tiendrais strictement à la qualité du titre (« Dayglo reflection ») qui mélange les voix du vieux faune et de l’aphone, et je dirais que l’alchimiste Lana Del Machin tourne là à plein régime, et confirme que tout ce qu’elle chante (enfin, chanter est un bien grand mot, elle essaye d’imiter la voix tuberculeuse de la Marianne Faithfull des années 80 et suivantes) se transmute instantanément en grosse daube.
Sinon, le reste du disque est très bon, c’est un disque de soul fait en 2012 par une des dernières vaches sacrées encore en vie, et ça pourrait même plaire aux geeks puceaux (pléonasme) qui attendent impatiemment la sortie du prochain iPhone …

GENE VINCENT - BLUEJEAN BOP ! (1956)


Be-Bop-A-Lula ...

Le premier disque en 1956 de Gene Vincent… La plus belle voix blanche du rock’n’roll des pionniers. Capable de l’hystérie rockabilly (« Jump back, honey, jump back »), de la douceur d’un swing jazzy (« Ain’t she sweat »), d’une emphase jamais ridicule (« Lazy rain »), et surtout une voix qui trouve sa plénitude dans les tempos médium, ralentis, alanguis …
Gene Vincent & The Blue Caps
Mais Gene Vincent est aussi une des plus belles têtes de lard de l’histoire du rock, éthylique au dernier degré, capable de sautes d’humeur exaspérantes pour son entourage, ce qui lui vaudra de saborder à grande vitesse une carrière qui s’annonçait prodigieuse… Une des figures les plus mythiques du rock, qui a « inventé » la tenue vestimentaire tout de cuir noir (vite imité par Vince Taylor et … Dick Rivers), et un jeu de scène violent et apocalyptique, basé sur des déhanchements dus aux séquelles d’un accident de moto qui lui avait broyé une jambe.
Il ne compte qu’un seul impérissable « classique » à son répertoire, « Be bop a lula » tout de même, à l’origine seulement  face B de son 1er 45T « Woman love ». Et pourtant, il a eu toutes les cartes en main (aux débuts du moins) pour faire des disques d’anthologie. Son plus gros atout musical se tenait à côté de lui sur scène, souvent flanqué d’une Gretsch noire, et s’appelait Cliff Gallup, LE guitariste du milieu des années 50. Un jeu unique, très économe de notes, d’une inventivité prodigieuse, créant un accompagnement différent pour chaque titre …
Un guitariste qui a traumatisé Jeff  Beck, au point que l’irascible guitar-hero anglais lui a consacré un album entier de reprises (l’indispensable « Crazy legs » en 1993, avec un groupe monté pour l’occasion, les Big Town Playboys).
Sur ce « Bluejean Bop », Vincent et Gallup forment une paire indépassable. Peu après l’enregistrement, Gallup partira, ne revenant avec son leader que pour une série de séances studio qui donneront l’année suivante l’excellent « Gene Vincent & The Blue Caps » (les Blue Caps étant le nom du backing-band à géométrie variable qui accompagna Vincent dans les 50’s). « Bluejean Bop » se suffirait en lui-même, mais cette réédition accole aux douze titres originaux les trois 45 T sortis auparavant (dont évidemment « Be bop a lula » avec « Woman love », mais aussi « Crazy legs » et « Race with de devil »).
Ce « Bluejean bop » devient ainsi aussi indispensable que les Sun Sessions d’Elvis … 

Du même sur ce blog :



ROBERT JOHNSON - KING OF THE DELTA BLUES SINGERS (1961)


Genesis

Sans lui, il n’y aurait pas eu … tous les autres en fait. Et pas seulement les bluesmen. Les gens qui l’ont cité ou ont revendiqué son influence ne se comptent plus, tous ceux qui ont fait du rock à guitares sont ses plus ou moins lointains descendants.
Robert Johnson est une légende, dans tous les sens du terme. Pratiquement inconnu de son vivant, et révélé par des enregistrements qui ne seront compilés que plus de vingt ans après sa mort. Ce « King of the Delta blues singers » est son « premier » 33T sorti en 1961 et sera un choc immédiat, notamment pour tous les Britishs blues boomers, Keith Richards et Eric Clapton en tête…
De Robert Johnson, on sait plein de choses, tant la littérature qui lui a été consacrée est abondante … sauf que en fait, on n’est sûr de pratiquement rien. Juste des bribes d’anecdotes transmises de bouche à oreille par des gens qui l’ont connu, ou qui prétendent l’avoir connu, dans la tradition des chansons de geste médiévales, et comme elles sujettes à moultes enjolivures. Et depuis des décennies, de nouvelles « révélations » voient le jour. De Johnson, il ne resterait que trois photos (peut-être quatre) et quarante-deux enregistrements provenant de quatre sessions et vingt-neuf titres joués. Sauf que tout ceci est battu en brèche et sujet à controverses. Certains remettent même en cause son existence, d’autres affirment que (comme pour un de ses contemporains Sonny Boy Williamson), il y a eu un ou plusieurs usurpateurs-imitateurs se faisant passer pour lui, que les enregistrements qui nous sont parvenus ont été « pitchés » (c’est-à-dire légèrement accélérés, rendant la voix beaucoup plus aiguë, et le jeu de guitare plus rapide). Les causes de sa mort (à vingt-sept ans, Johnson a inauguré le fameux « Club des 27 ») sont à peu près inconnues, l’empoisonnement par un mari jaloux faisant office de thèse officielle.
Mais malgré tout, l’œuvre attribuée à Robert Johnson a révolutionné les blues et par effet de domino, toute la musique populaire du siècle. L’approche instrumentale est inédite par la place accordée à la guitare, dont Robert Johnson est devenue un des premiers et plus célébrés « heroes ». Les thèmes des chansons marquent une rupture et un démarquage total d’avec les origines du blues par le rejet ou au moins l’ambiguïté du rapport avec la religion. Johnson est le premier musicien « diabolique », celui qui a conclu le pacte faustien avec le Malin au fameux Crossroad (son âme en échange du jeu de guitare révolutionnaire qui sera le sien).
Ce « King of the Delta blues singers » (Johnson est originaire du Mississippi et sera un musicien nomade, perpétuant une tradition déjà établie, et poursuivie par la suite, Chicago devenant au fil des décennies le terminus du périple, l’Eldorado mythique des bluesmen du Sud) réunit un peu plus de la moitié des titres de Johnson, avec le seul « Travelling riverside blues » sous ses deux versions. Compilation non respectueuse de ce que l’on pense savoir de la chronologie des enregistrements, mais qui présente à peu près tous les titres liés à son pacte « diabolique » (« Cross road blues », « Walking blues », « Preaching blues », « Me and the Devil blues », …).
Un « Volume 2 » suivra à la fin des années 60, avant que soit réunis sur un double Cd (« Complete recordings ») en 1990 l’ensemble des titres de Robert Johnson.
Des titres tellement connus et repris que si Johnson avait eu une descendance ou des héritiers, ils seraient à l’abri du besoin pour plusieurs siècles.
La pierre angulaire obligatoire de toute discothèque …

Du même sur ce blog :


JOAN BAEZ - IN CONCERT PART 1 (1962)


The Voice

Joan Baez, on l’a tellement confondue avec son engagement militant, elle a été de tellement de combats plus ou moins perdus d’avance (et elle continue encore à plus de 70 ans à s’investir dans tout un tas de causes généralement bonnes), qu’on a oublié que c’était une chanteuse. Une chanteuse folk.
Pas la première, pas la plus célèbre (pour ces deux aspects, voir plutôt du côté d’Odetta), mais certainement la plus emblématique, en tout cas de la période cruciale lors de laquelle tout s’est mis en place, les années soixante. Une décennie pour elle commencée par des enregistrements secs, austères et brûlants, et conclue, enceinte jusqu’aux yeux, par une prestation qui file le frisson au festival de Woodstock.
Parce que Joan Baez, c’est une sacrée chanteuse. Une voix de cristal comme on en entend peu en général, et dans le « rock » en particulier. Que ce soit dans le murmure ou le chant à pleine voix, Joan Baez impressionne, et plus encore par le feeling irréel qu’elle dégage que par sa technique irréprochable.
Un exemple ? Pas besoin de chercher loin. Il suffit de prendre le premier titre de ce Cd, enregistré comme son nom l’indique en public dans une austérité absolue (Joan Baez, sa guitare acoustique, et le public droit dans les yeux, c’est tout). Ce titre, « Baby, I’m gonna leave you » tout le monde ( ? ) le connaît par Led Zeppelin sur son premier disque. Bon, faut oublier l’interprétation de Plant (pourtant pas n’importe qui derrière un micro), et surtout pas la comparer à celle de ce disque, le verdict serait sans appel. Victoire par KO au bout de trois mesures pour l’Américaine.
Qui n’a qu’un seul point faible, elle n’est pas une grande compositrice, ne signant que quelques titres (et pas toujours) sur ses albums, et là, en 1962, n’ayant encore rien mis dans son répertoire de Bob Dylan, dont elle reste sur la durée la meilleure interprète (qui avait dit Hugues Aufray ? bon, tu sors …), sans parler d’autres aspects de leur relation qui tiennent du domaine privé … Alors il n’y a sur ce disque que des reprises, des chants traditionnels pour la plupart (qui a dit que c’était un disque de scout ? tu dégages aussi …), venant du patrimoine musical américain en majorité, certes, mais piochant aussi chez les Anglais (le final « Matty Groves »), chez la mère nourricière Afrique via le gospel (« Kumbaya », repris étonnamment en chœur par le public pour un résultat grandiose), voire chez les Brésiliens (« Ate Amanha », chanté en portugais). Mieux, alors que Joan Baez a pourtant déjà sorti deux disques, aucun des titres de ce « In Concert » n’y figurait. Choisis évidemment pour leurs textes, ou alors pour rendre hommage aux figures tutélaires du folk américain (« Pretty Boy Floyd » écrit par Woody Guthrie, et repris par Pete Seeger, à qui la version de Joan Baez est dédiée).
Chanteuse d’exception, d’une justesse totale tant sur le fond que sur la forme (juste quelques bribes « castafioresques » sur « Black is the color … »), Joan Baez est lentement mais sûrement en route pour devenir l’icône engagée des années 60. Le succès un peu inattendu de ce disque donnera lieu à une suite l’année suivante, aussi magnifique, l’effet de surprise en moins, mais une paire de titres de Dylan en plus …





RAY CHARLES - ULTIMATE HITS COLLECTION (1999)


Génial, oui ... mais pas toujours ...

Ray Charles, c’est le Genius. Et si plein d’autres contemporains, dotés d’un talent certain et d’un ego démesuré (James Brown, Sinatra, Elvis, Miles Davis, Coltrane, …), ne lui ont pas contesté ce titre, c’est peut-être bien que Charles le méritait.
En une décennie magique (en gros de 1955 à 1965), il allait faire la synthèse de tous les genres de musique populaire existants et jeter les bases de nouveaux. Venu du gospel et du jazz, il va s’approprier le rock’n’roll naissant, le blues, la country et graver la définition du  rythm’n’blues et de la soul, laissant à chaque fois au passage quelques classiques imputrescibles.
Dresser la liste de ceux qui l’ont repris ou qu’il a directement influencés est totalement impossible tant cette liste est démesurée. Tous ceux qui se sont inspirés ou servis de la musique noire pour créer la leur lui doivent quelque chose. Et des morceaux géniaux de Ray Charles (je ne suis pas un grand connaisseur du bonhomme), il doit y en avoir de quoi remplir des coffrets de plusieurs Cds.
Le problème de ce « Ultimate Hits Collection » en deux Cds et trois douzaines de titres, c’est qu’il s’agit d’une « compile de supermarché » (c’est là que je l’ai achetée d’ailleurs il y a bien longtemps quand je voulais les versions originales  de tous ces morceaux que je connaissais repris par d’autres. Et même si c’est édité par Rhino, gage de qualité sonore, de travail sérieux et de notes de livret intéressantes). Une jolie ( ? ) photo consensuelle, un intitulé ronflant, et au final les 2/3 du second Cd qui, comment dire, … ne sont pas géniaux. Des titres des années 70 et 80 avec de grandes orchestrations, des cascades de violons, des roucoulades d’armées de choristes, des morceaux avec Willie Nelson, Chaka Khan, Quincy Jones, … eux aussi pas dans leurs meilleures périodes.
La faute aux clopes et au bourbon qui ont amoché la voix de Charles. A l’héroïne qu’il a consommé en quantités industrielles et qui, comme chez tous les autres, a fini par lui bouffer la créativité et l’inspiration. Ray Charles, comme tous les autres artistes noirs de sa génération, a été copieusement détroussé au début de sa carrière par l’ « industrie musicale ». Et parce qu’il faut payer les croquettes du chien et l’eau de la piscine, comme tous les autres, il a fini par faire de l’ « alimentaire » … même si sa soupe à lui est quand même meilleure que celle de beaucoup d’autres …
Un premier Cd fabuleux, l’autre dispensable …

Du même sur ce blog:
The Genius Of Ray Charles

LITTLE BLIND JOHNSON - COMPLETE RECORDINGS (2012)


L'ancêtre de tous les bluesman
C’est un miracle, une révélation, qui dans l’histoire de notre civilisation, n’a que peu d’équivalents (peut-être la découverte du site Inca de Machu Pichu, ou celle du tombeau de Ramses II, et encore …). Alors que l’on croyait tout savoir sur les origines du blues et ses plus anciennes figures tutélaires, les Lonnie Johnson, Son House, Ma Rainey, Robert Johnson, voici qu’en recoupant les archives du Smithsonian Institute et d’Alan Lomax (ces dernières rendues publiques après une suite d’imbroglios juridiques entre héritiers, à faire passer la succession de Liliane Bettancourt pour un vulgaire bail à ferme), on s’est aperçu que bien avant tous ces précurseurs, un homme déjà s’était réveillé le morning en se sentant so bad parce que sa baby était partie.
Little Blind Johnson a enregistré, aussi incroyable que cela puisse paraître, au milieu du XIXéme siècle, vers 1840 semblent dire les datations au Carbone 14 effectuées sur les acétates retrouvés. Une découverte qui va, n’en doutons pas, obliger à réécrire tous les ouvrages dédiés à la musique des djeunes (même si le blues n’est aujourd’hui plus écouté que par quelques grabataires souffrant d’Alzheimer et placés sous assistance respiratoire).
Une des rares photos supposées de l'Artiste (Little Blind Johnson est à gauche)
Ces vestiges sonores inespérés, des bribes d’interviews retranscrites sur de minuscules feuilles de chou locales et retrouvées après des enquêtes journalistiques à faire passer la quête du Graal pour de vulgaires courses au Prisu du coin, permettent d’en savoir plus sur ce pionnier. Vingt-deuxième enfant d’un couple de cueilleurs de coton, le petit Gustave-Edouard Johnson naquit en 1812. Aussi noir que ses parents. Dès lors, son avenir sembla tout tracé, il serait esclave, perpétuant ainsi une longue tradition familiale, évitant par là-même de longues et infructueuses recherches dans les Pôle-Emploi du secteur. Ne possédant rien, le petit Johnson n’avait pas grand-chose à perdre. Hormis la vue, suite à la vision d’un horrible accident survenu à son frère, quelques doigts à la main droite à cause d’une machine-outil, et le bras gauche, on ne sait en quelles circonstances, vraisemblablement dans un accident de chariot. De tels traumatismes ne furent pas sans conséquences sur son métabolisme, il arrêta très vite de grandir, ne culminant qu’à une soixantaine de centimètres, ce qui en plus de faire de Gustave-Edouard Johnson le plus ancien bluesman du monde, en fait aussi le plus petit.
Un miracle survint pourtant, une nuit qu’il croisa le chemin d’une cérémonie du Ku-Klux-Klan. Les encagoulés lui laissèrent la vie sauve, au prétexte qu’il était inutile de gâcher une bonne corde de chanvre pour pendre cet humanoïde avorton, le premier teckel à poil ras venu qu’il croiserait pouvant sans problème en faire son déjeuner … On le voit, des débuts dans la vie assez difficiles pour Gustave-Edouard Johnson, vite rebaptisé à cause de ses infirmités Little Blind Johnson. 
Mais c’est dans l’adversité que se forgent les plus grands destins. Ayant un jour trébuché à une guitare abandonnée à la hâte par un folkeux dans un bar de Hell’s Angels, il se mit en tête d’apprendre à jouer de cet instrument. Evidemment, ses membres incomplets ou manquants l'empêchèrent d’acquérir une technique classique, mais après quelques tâtonnements, il mit en place sa patte tout personnelle. Cordes montées à l’envers, bottleneck tenu de la main gauche, et jeu en picking avec les orteils du pied droit, le gauche battant la mesure. Un phrasé unique, mettant en valeur suites d’accords inouïs et arpèges enchanteresses.
Autre photo supposée du bluesman manchot
Blind Little Johnson, ayant sans doute entendu parler de Sacha Distel, se rêva d’abord guitariste jazzman de charme, avant que son physique tout particulier lui fasse changer de style. La Révélation définitive lui vint lors d’une de ces transhumances que les musiciens noirs accomplissaient parfois, partant des rives du Mississippi, obéissant à on ne sait quel instinct primitif, pour aller finir leur migration à Chicago. Ses soi-disant compagnons de périple, sans doute jaloux de son art, profitèrent des nombreux handicaps de Little Blind pour l’abandonner en chemin, le laissant seul face à son triste sort. Affamé et malade, hésitant sur la direction à emprunter au premier carrefour venu, il aurait dû finir dévoré par les coyotes. Nul ne sait comment, après une marche de 500 miles, il put atteindre Indianapolis (il est maintenant d’ailleurs question, que pour lui rendre hommage, une course d’endurance soit organisée dans cette ville). Little Blind Johnson raconta qu’à un croisement, une présence qu’il avait perçue comme diabolique lui avait proposé de le guider, et vu son état, ne lui aurait même rien demandé en échange. Une histoire légendaire, transmise de bouche à oreille par des générations de bluesmen, certains n’hésitant pas par la suite à se l’accaparer et à prétendre qu’il avaient rencontré le Malin à quelque crossroad … 
La fin de sa vie est mal connue, mais on pense que Johnson n’a pas fait de vieux os. Certaines rumeurs invérifiables prétendent que lors d’une rixe dans un club d’Indianapolis, Little Blind Johnson aurait été jeté dans la cuvette des toilettes et que quelqu’un, profitant de sa petite taille, aurait tiré la chasse pour s’en débarrasser, Johnson ayant vraisemblablement péri noyé dans les égouts de la ville …
Evidemment, pareille histoire semblerait abracadabrantesque, s’il n’y avait pas ce coffret paru sur ISF Records, réunissant tous ses enregistrements retrouvés. Un digipack cartonné à la présentation luxueuse, deux Cds présentant l’intégrale à ce jour de Little Blind Johnson, plus un BluRay avec une interview exclusive d’Eric Clapton (grand fan de Johnson), de dix-sept secondes en mono 5.1 sous-titrée en braille. Mais les deux Cds de la partie musicale valent ces décennies d’attente et d’ignorance. Le premier Cd, sous-titré « The complete recordings », contient un morceau de deux minutes quarante cinq secondes, seul vestige de la carrière de Johnson, restauré à partir du flexidisc d’origine. Le second Cd, « Greatest Hits remixed », nous offre une relecture en dix-huit versions de ce titre mythique par les plus éminents spécialistes de la scène electro comme DJ Gle Bells ou DJ Rondin (de Bordeaux), avec notamment un « Petrucciani Piano A Capella Dubstep Heavy Dance Mix » d’anthologie.  Mais bon, ces remix, quand bien même sont-ils de Little Blind Johnson, sont comme tout les remix, n'ont aucun intérêt et ne servent strictement à rien. Par contre le morceau retrouvé de Little Blind Johnson, le fabuleux « Life is beautiful », mériterait à lui seul plusieurs feuillets. S’inspirant avec une bonne humeur déconcertante de son existence, ce qui atteste tout de même d'un sacré sens de l'humour, il jette toutes les bases du blues du XXème siècle. Le rythme, les obligatoires douze mesures, le phrasé, tout est déjà là. Et que dire de la partie centrale du titre, dans laquelle Johnson dévoile une technique invraisemblable, jetant en quelques improvisations géniales les bases de ce qui aurait pu faire d’autres titres d’anthologie. Face à l’immensité de ce morceau, on oublie tout, même le prix un peu élevé du coffret (799 dollars hors taxes et frais de douanes).

Un disque essentiel, une pièce incontournable de la culture de notre humanité …
Rappelons que Little Blind Johnson, né le 1er Avril 1812, aurait 200 ans aujourd’hui.
Un grand merci pour leur participation involontaire à Little Walter, Blind Willie McTell, Robert Johnson, Ray Charles, Django Reinhart et Tommy Iommi, Rick Allen, Albert King, Muddy Waters et tant d’autres, les frères Coen, Gaspar Noé.
Merci aussi aux photos de Skip James et Son House.
Very special thanks à Robert Johnson (encore), et quelques zozos qui donnent des cours de guitare via YouTube en se prenant pour Ritchie Blackmore, Angus Young ou Keith Richards … 




TITO PUENTE - DANCE MANIA (1958)


Encaustique et parquets cirés ...
Pour arriver à Tito Puente, c’est facile, il suffit d’avoir les premiers disques de Santana et de lire les crédits. « Para los rumberos » sur « Santana III » et surtout « Oye como va » sur son chef-d’œuvre « Abraxas » sont signés Tito Puente.
Et un jour, dans un magasin de disques (vous savez, ce truc qui existait au siècle dernier et qui a pratiquement disparu de la surface de la planète aujourd’hui), j’ai acheté un Cd de Tito Puento, sur les conseils d’un vendeur qui n’y connaissait manifestement rien. Sans écouter le disque avant. J’aurais pas dû…
C’est pas que ce soit mauvais, ce « Dance Mania », c’est que c’est le genre de musique qui ne m’intéresse pas, dont je me contrefous royalement. Une sorte de big band de jazz latino, affreux-cubain ou un truc dans ce goût-là … Un bousin sophistiqué, perclus de percussions en tout genre (Tito Puente joue de tout un tas de trucs dont le fan de Motorhead ignore l'existence, du genre timbales, marimbas, vibraphone ou que sais-je encore). Plein de salsa, de rumba, de cha-cha-cha, cette sorte de choses. Beaucoup de trompettes aussi, c’est rythmé, même les instrumentaux sont entraînants à condition qu’on ait envie de se laisser entraîner. Le premier morceau du disque, « El Cayuco » fait illusion, ça ressemble vraiment à ce que fera Santana ; les suivants n’ont rien à voir.
C’est moins crétin que Gotan Project. Mais c’est totalement ringard, ambiance flonflons de bal des pompiers. Si ça se trouve, il y a peut-être des grabataires dans les unités de long séjour qui aiment encore ça …

THE SHADOWS - MORE HITS ! (1965)


Encore de beaux restes ...

Cette compilation concerne la période 1963 – 1966 et n’est en aucune façon un Best of du groupe.
1963. Quelques mois plus tôt, les Shadows étaient les maîtres incontestés des hit-parades anglais, proposant au public des instrumentaux devenus légendaires dont aucun n’est présent ici (« Apache », « FBI », « Kon Tiki », …) portés par le jeu de guitare immédiatement reconnaissable de Hank Marvin. Et puis, un groupe de jeunes de Liverpool a débarqué, trustant le haut des charts et révolutionnant totalement la musique populaire.
Les Shadows entamèrent dès lors un lent mais sûr déclin, que cette compilation saisit bien. Non pas que les titres qui la composent soient mauvais. On ne change pas une formule qui a fait ses preuves, et les dernières pépites du groupe (le sophistiqué « Atlantis », les plus classiques « Shazam » et « Shinding ») n’ont pas grand chose à envier à leurs illustres prédécesseurs. Mais les Shadows n’étaient plus à la « mode » tout simplement et ces titres de « More Hits » sont aujourd’hui à peu près ignorés par tous.
Les Shadows ont bien essayé de s’adapter, allant même jusqu’à chanter sur quelques titres, eux le prototype même du groupe instrumental. Du coup le résultat devient involontairement comique, car ils n’ont pas le talent vocal des Beatles, c’est le moins que l’on puisse dire.
Superbe réédition avec section bonus gargantuesque, puisque à tous les titres à l’origine en mono est rajouté ici la version stéréo. Stéréo qui n’était pas la préoccupation majeure de l’époque (au moins en 1963), car une écoute au casque met en valeur (?) une mise en place quelquefois surprenante des pistes stéréo. Beau témoignage cependant (son remastérisé) d’une période relativement peu connue du groupe.
Et de toutes façons resteront toujours de superbes parties de six cordes de Hank Marvin, de loin le meilleur guitariste anglais du tout début des 60’s.

BOB DYLAN - TOGETHER THROUGH LIFE (2009)


Encore un !

Ben oui, encore un bon disque de Dylan en 2009, à presque 70 ans … Ils sont où, artistiquement, ceux de sa génération ? Soit morts, soit claquemurés dans leurs luxueuses villas et comptant leurs dollars, soit sortant des galettes qu’on écoute poliment une fois en se souvenant du bon vieux temps et plus jamais ensuite (pourquoi vous toussez, Mick et Keith ?)…
Le vieux phénix, qu’on donnait pour mort après un soi-disant accident de moto dans les sixties, revenu de tout, et surtout de longues litanies de disques anodins durant des décennies, avec juste de temps à autre un « Blood on the tracks », un « Infidels », un « Oh mercy », pour sauver ce qui pouvait l’être d’une légende bien cabossée et engluée dans du rock en roue libre, FM, chrétien (ou les trois à la fois), un Neverending Tour, avec Petty (bof), le Dead (beurk), tout seul (re-bof) …
Même si ce coup-ci, Dylan semble en pilotage automatique, répétant à quelques variantes près la formule qui lui réussit si bien depuis une dizaine d’années. En gros, Dylan qui a tout d’un vieillard (l’âge, l’usure physique due à des années d’excès et son Neverending Tour, et cette inspiration qui en faisait le plus important auteur américain des sixties qui maintenant s’en est allée), fait de la musique de vieux pour les vieux. A base de blues, de folk, de country, et avec une voix sépulcrale, tout dans les graves et le rauque, supportable, voire adéquate en studio, ignoble en public …
Les variantes, donc. Une voix encore plus cabossée, quelque part entre Beefheart, Waits et Dr. John. Encore plus éraillée, encore plus attachante.
L’accordéon de David Hidalgo (Lobos). Même si c’est pas le style d’Yvette Horner, ce soufflet à bretelles omniprésent finit par gonfler grave au fil des plages.
Les « emprunts ». Déjà signalés par les érudits sur ses précédentes livraisons. Dylan « sample » de vieux trucs blues, country, folk, … Ici c’est (trop ?) flagrant sur « My wife’s home town » repiqué sur le « I just want to make love with you » de Willie Dixon popularisé par Muddy Waters.
Alors oui, pour moi « Together through life » est un peu en dessous des précédents de cette décennie. Dylan n’avance plus, il fait du sur-place. Mais il continue d’essayer de tutoyer ses sommets, dans une espèce de come-back crépusculaire, flamboyant et inespéré.

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JERRY LEE LEWIS - FRENCH EP COLLECTION (1992)


Rock'n'Country

Y’a des périodes comme ça, où certains reviennent plus souvent que de raison dans le lecteur du Cd. Ces temps-ci, c’est Jerry Lee Lewis. Un peu oublié, le Killer, et souvent réduit à une poignée de classiques des années 50. Des trucs très rock’n’roll (« Great balls of fire », « Whole lotta shakin’ goin’ on », … ce genre) de sa période Sun.
Bon, je vais pas refaire sa bio émaillée de quelques croquignolettes anecdotes, c’est déjà en ligne ailleurs sur ce blog, mais juste revenir sur un des aspects négligés de sa carrière, la phase country. Parce que ce grand cintré de Jerry Lee, il a toujours été partagé entre le rock’n’roll roots et la plouc music, et qu’il n’a jamais cessé d’enregistrer dans ce dernier genre. Et on en trouve toujours quelques titres dans la multitude de compilations qui lui sont consacrées. Compilations toujours articulées autour de la même quinzaine de scies.
Jerry Lee Lewis, usual suspect
Celle-ci se distingue du lot pour deux raisons. Elle est balèze (40 titres), et, cocorico, française Monsieur. Réalisée par une major (EMI), qui pour une fois a fait correctement son boulot, en partant des masters dépoussiérés (son costaud, mais respectueux de la stricte mono originale des premiers titres), d’une série de 45T quatre titres (on appelait ça des Ep, aux temps antédiluviens du vinyle), sortis quasi uniquement sur le marché français. Et la tradition voulait que derrière un titre qui serve de locomotive commerciale, on en rajoute d’autres plus obscurs.
Résultat, on se retrouve avec une bonne vingtaine de titres, certes pas inédits, tant tout a été compilé et recompilé un nombre industriel de fois, mais assez peu souvent mis en avant. Et là, on s’aperçoit qu’il y a majoritairement des titres de country. Un genre traité respectueusement selon l’Evangile de Saint Hank Williams, mais avec la Lewis touch, à savoir un piano bien en avant, et une certaine énergie, pour ne pas dire hystérie, peu coutumière dans la country. Evidemment, on ne peut pas ignorer que Johnny Cash faisait en même temps et sur le même label le même grand écart entre les deux genres. Les deux hommes ont peu en commun, Cash a eu les hits country, et quand il touchait au rock’n’roll, c’était d’une façon convenue et assez « sage », il n’a réellement survolé les débats que dans les années 60. Mais en cette fin des 50’s, net avantage pour Jerry Lee Lewis dans les deux genres.
Et puis, ce double Cd permet d’apercevoir un aspect encore plus ignoré de la carrière de Lewis, un virage soul-rhythm’n’blues au début des années 60, avec orchestre pléthorique, cuivres, choristes, et tout le tremblement. Même si ce n’est pas du niveau de Ray Charles, James Brown, ou ce que produiront plus tard des labels comme Stax ou Atlantic, il y a quand même quelques curiosités qui valent le détour, témoins une version énergique de « Ramblin’ Rose » (oui, ce titre qui ouvre le « Kick out the jams » du MC5), ou encore cette défenestration de « Sweet little sixteen » de Chuck Berry (Berry et Lewis se détestent, ce qui doit expliquer la rage du Killer dans cette version, alors que d’habitude ses reprises sont plutôt effectuées en roue libre en mode dilettante).
Des titres bonus ont été rajoutés, manière de faire de cette compilation un Greatest Hits. Deux regrets-reproches, ils ont oublié dans la section bonus « Breathless », qui fait quand même partie des incontournables du Killer, et ce Cd paru en 1993 n’a je crois jamais été réédité et ne se trouve plus que d’occase …

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Rockin' Up A Storm 

LOUIS PRIMA - THE WILDEST (1956)


Juste un rigolo ?

Là, j’suis dans le rouge, j’vas causer jazz … ou plutôt de ce disque de Louis Prima, ce qui est pas pareil. D’ailleurs, je sais même pas si c’est du jazz, Prima. Les « puristes » doivent pas trop l’aimer, Prima… pas assez chiant.
Parce que « The Wildest », c’est frais, sympa, et surtout festif. Même un lundi matin, ça peut mettre de bonne humeur. Et puis, il y a sur ce disque des trucs tellement connus, qui sont rentrés dans l’inconscient collectif, que ça dépasse les genres, les codes, les barrières et les clans… Tiens « Just a gigolo », tout le monde connaît. Et bien, c’est de Louis Prima. Et c’est bien mieux par Prima et son band que quand David Lee Roth ou Carlos (putain, Carlos !) le reprennent. Sur ce « Wildest » de 1956, il y a le version définitive de ce titre qu’il avait créé presque trente ans plus tôt et qu’il a passé sa vie à réenregistrer.
Louis Prima, Keely Smith, et un inconnu ...
Prima a aussi passé sa vie à se marier et remarier, tel une Liz Taylor à trompette. Et ses femmes, il les faisait turbiner. Sa moitié à cette époque-là, Keely Smith, l’accompagne au chant sur ce disque. Le duo casse la baraque sur un « Nothing’s too good for my baby », autre titre hyper connu du disque. Au moins autant que « You rascal you », qui n’est pas de Prima, repris un nombre incalculable de fois par les big bands jazzeux mais pas seulement (en France, ça a donné « Vieille canaille » par Gainsbourg, Mitchell, et d’autres …).
Et puis ne pas croire que ce joyeux bordel, cet orchestre qui dérape, qui va chercher des arrangements à la limite de la justesse et du mauvais goût, est en roue libre. Non, non, on sent que tout çà ne doit rien à l’improvisation, a été longuement réfléchi et répété, dans l’esprit de tous ces big bands spectaculaires au sens premier du terme des années 40 et 50 (Cab Calloway, Count Basie, Lionel Hampton, Duke Ellington, …). De l’entertainment, point barre … Et du sérieux aussi, quand il s’agit de reprendre sans dénaturer des classiques de Louis Armstrong, auquel on a souvent comparé Prima. Prima qui était une star incontournable et tout public, devenant même un des personnages du « Livre de la Jungle » de Walt Disney (c’est lui et son band qui sont représentés à travers l’orchestre de singes, et c’est lui qui chante vraiment sur ce titre).
Ce genre de musique, jazz peut-être, mais surtout fun et léger, a quelque peu disparu de la circulation il me semble. C’est un jeunot venu du rockabilly roots, Brian Setzer, qui le remettra à l’honneur avec son Brian Setzer Orchestra …
Curieusement, ce « Wildest », pourtant pièce de référence de son auteur, est actuellement assez difficile à trouver, peu souvent réédité, mais quand c’est le cas avec des bonus, qui chose assez rare pour être soulignée, sont à la hauteur des titres initiaux …


RITCHIE VALENS - THE VERY BEST OF (2002)


One hit wonder ...

Ils ont peur de rien, et surtout pas du ridicule … Baptiser ce Cd « The very best of », alors que de son vivant Valens n’avait sorti que deux 45T, je veux bien, mais y’a quand même comme un léger foutage de gueule, là …
En fait, c’est pas loin d’être une intégrale, dont tout n’est pas si « very best » que ça … 
Car qu’en serait-il advenu de celui-là, s’il n’avait pas eu la mauvaise idée de monter dans le même coucou que Buddy Holly, le Big Bopper et quelques-uns de leurs musicos ? Un Luis Mariano d’opérette rockabilly, un Elvis mariachi, ou bien comme tant d’autres aurait-il disparu de la circulation après un unique hit ? The answer, mes friends, elle doit être blowin’ in the wind, plutôt que dans les notes du livret, qui fait de Valens une superstar en devenir …
Ritchie Valens, c’est « La Bamba », titre réarrangé façon early rock’n’roll, et dont les origines viendraient d’un chant traditionnel mexicain. Enorme succès fin 58, quelques semaines avant la mort de Valens, alors que le morceau n’était que la face B d’un 45T (face A : « Donna », sirupeuse ballade, qui profitera de l’aubaine pour également bien figurer dans les charts). Rebelote en 87, quand un biopic flatteur (pléonasme), remet Valens dans l’actualité, surtout grâce à l’énorme succès une fois encore de « La Bamba », cette fois reprise par Los Lobos, dans une version qui surclasse l’originale.
Parce que si l’on peut mettre au crédit de Ritchie Valens que c’était un auteur et un guitariste tout juste passable, il faut aussi reconnaître que malgré une bonne volonté et un entrain juvénile assez communicatifs, il chante à la limite de la justesse, et compose sans grande originalité, se contentant le plus souvent de recopier le style de ses amis et (ou) concurrents. Comment ne pas voir dans son premier 45T « Come on let’s go », juste un décalque du style Buddy Holly, ou dans « Ooh my head » une imitation limite vulgaire tant elle mauvaise de Little Richard . Peut-on raisonnablement s’extasier de quelques instrumentaux vaguement bluesy, du pataud Diddley beat de « Rockin’ all night », de la plus mauvaise adaptation que je connaisse de la nitroglycérine rythmée « Bonie Maronie », ou d’un final de Cd rempli de ballades poisseuses ?
Le succès aussi bref que quelque peu démesuré de Valens n’est pas que le fait du hasard ou d’un heureux concours de circonstances. Un malin directeur de label, Bob Keane, saura vendre (y’a pas d’autre mot) son poulain. Dans le rock’n’roll naissant, les Blancs ont leurs idoles, les Noirs aussi. Valens sera le héros swinguant de tous les autres métèques laissés pour compte dans le Sud américain, toute cette communauté hispanique ou chicano qui s’identifiera au jeune hidalgo chantant. Ce n’est pas un hasard si « La Bamba » est un titre totalement en espagnol, il y a derrière le gosse Ritchie les prémices de ces opérations marketing « ciblées » visant une tranche spécifique du public. Ritchie Valens n’est pour moi qu’un « produit » destiné à une minorité ethnique, avec toutes les arrière-pensées perverses que l’on peut imaginer en filigrane…
Juste peut-on regretter que ce gamin n’ait pas vécu assez longtemps pour profiter un peu de son succès…

BOB DYLAN - THE FREEWHEELIN' BOB DYLAN (1963)


Le troubadour de Greenwich Village ...

« The Freewheelin’ Bob Dylan » est le second disque de Dylan, et le premier à comporter quelques-uns de ses titres d’anthologie.  
En 1963, Dylan est un inconnu, dont la réputation peine à dépasser les limites des clubs de folk de Greenwich Village. Un type que sa maison de disques commence même à trouver embarrassant, tant il semble d’une rigidité artistique inaltérable. Dylan est un puriste et ça s’entend. Une gratte sèche, quelques notes d’harmonica, des mélodies qu’il faut prendre la peine de bien chercher, et une voix … comment dire … pénible, à la limite de la justesse (et même par moments pas juste du tout comme sur « Down the highway »), et d’un timbre agressif pour l’oreille, autant par sa tessiture que par la façon de chanter du Zim …
Dylan, comme tout les plus grands du rock, est une éponge et un vampire. Qui absorbe tout un tas de données culturelles, et n’hésite à imiter, copier, plagier (rayer la mention inutile) tout ce qui passe à sa portée. Il a découvert la Beat Generation par la lecture, notamment une biographie de Woody Guthrie. Apprenant que ce dernier est hospitalisé à New York, il va aller y vivre. Lors de ses visites à celui qu’il perçoit comme son héros, il va rencontrer d’autres de ses amis, comme le chanteur Ramblin’ Jack Elliott, qu’il va littéralement cloner dans ses chansons et la façon de les interpréter. Dans les clubs de Greenwich Village, Dylan rencontrera sa première muse, Suze Rotolo (c’est elle à son bras sur la pochette), dont les goûts avisés et les conseils en matière littéraire lui seront immensément bénéfiques…
The Freewheelin' Bob Dylan
C’est un Dylan qui en pleine évolution, qui s’ouvre sur le monde et ses révolutions qui se cache derrière ce « Frewheelin’ … ». Certes un disque quelque peu en roue libre, Dylan passe d’une chanson à l’autre du coq à l’âne, pas de thème majeur ou récurent … Mais déjà quelques sujets de réflexion qui vont revenir tout du long de sa carrière.
Les femmes, d’abord, avec qui Dylan aura toujours des relations pour le moins compliquées, entre mariages,  enfants tenus secrets, divorces et remariages … Sur ce disque, elles sont là, en filigrane ou directement les inspiratrices de chansons, comme l’idéalisée « Girl from the North country ». Mais surtout, à cette époque-là, Bob Dylan est un citoyen du monde, qui s’interroge sur son évolution, et donne accessoirement dans le commentaire social ou politique au sens large. Ces préoccupations sont l’épine dorsale de ce disque, qu’il s’agisse de morceaux devenus cultes comme « Blowin’ in the wind », « Masters of war », « Don’t think twice », « A hard rain’s … » (sur la « crise » des missiles de Cuba), ou les moins connues « Talkin’ World War III blues », « I shall be free » et sa séquence de name-dropping.
Il y a aussi quelques titres dont les historiens du Zim nous ont appris qu’il s’agissait d’impros (par définition bâclées, mais Dylan s’en foutait, il n’avait rien à perdre, personne le connaissait), comme « Bob Dylan’s blues » ou « Talkin World … ». Et puis, et surtout, quelques légers dérapages et sorties de route qui prouvaient dès cette époque-là Dylan ne se cantonnerait pas, ou pas seulement, à chanter du folk pur et dur. On trouve une échappée vers le blues roots (« Down on the highway »), un genre auquel il se consacre quasi exclusivement depuis plus de dix ans sur disque, et surtout un titre « Honey, just allow me one more chance », avec, perdu au fin fond du mix, un accompagnement électrique (guitare, basse, batterie, piano). Ce titre-là, Dylan a du batailler pour qu’il figure sur le disque, son « chef de produit » à la Columbia, John Hammond, pas n’importe qui à l’époque, n’en voulait pas. Bon, ce n’est pas encore «Like a rolling stone » ou « Highway 61 revisited », mais ça montre que Dylan ne va pas rester éternellement un baladin folk.
Les temps vont bientôt changer …
« The Freewheelin’ Bob Dylan » est souvent considéré comme le meilleur de la période strictement acoustique de Dylan. C'est quand même un disque à conseiller et à réserver à ceux qui aiment bien les ambiances monotones dépouillées, ou qui sont bilingues. Voire les deux, ce qui, maintenant comme à l’époque, doit pas faire foule …

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Christmas In The Heart

CHUCK BERRY - HIS BEST VOLUME I (1997)


Guitar Man
L’homme sans lequel Keith Richards et tant d’autres auraient peut-être appris le violoncelle ou le kazoo à la place de la guitare. Et qu’on le veuille ou pas, un des trois incontournables des 50’s, avec le Petit Richard et le gros Elvis. Auteur de « Johnny B. Goode », un des trois morceaux que tout type qui a tenu une guitare dans les doigts a essayé de jouer, au même titre que « Jeux interdits » ou « Smoke on the water ».
Quand tout a commencé à s’emmancher, Chuck Berry était déjà un ancêtre, un quasi trentenaire (il est né en 1926), musicien inconnu végétant sur de petits labels et accompagnant d'autres inconnus qui voulaient bien de lui, essayant vainement de se faire remarquer des frères Chess, patrons du mythique label de blues de Chicago.
Trop vieux, et pas au bon endroit au bon moment (c’est à des milliers de kilomètres de là, dans le petit studio de Sam Philips à Nashville, que la révolution est en marche), Chuck Berry n’a aucune chance. Mais comme tant d’autres, c’est en rompant tous les codes traditionnels, en expérimentant en dépit du bon sens, qu’il va trouver.
Bill Black et Scotty Moore massacrant en studio un vieux standard rhythm’n’blues d’Arthur Crudup et Presley se joignant à eux par la voix a donné « That’s alright Mama ». Chuck Berry qui a évidemment entendu ce titre, va aller à l’opposé. Lui, le Noir, part d’une structure musicale bien blanche (une trame country), accélère au-delà du raisonnable le tempo, le saupoudre de blues. Ce titre (« Ida Red »), Berry va le faire écouter à Leonard Chess, qui lui fait modifier le tempo, rajouter une guitare électrique et le rebaptise « Maybellene ». Contre la publication en single,  Berry doit abandonner deux tiers des royalties à un certain Fratto, homme de paille des frères Chess, et à l’influent DJ Alan Freed, qui bien entendu n’ont en rien participé à l’écriture. « Maybellene » sera un bon succès, mais Berry gardera une rancune tenace à l’égard du music-business qui l’a spolié pour la première (et pas la dernière) fois, et une méfiance paranoïaque envers tous ceux qui y gravitent. Ajoutez une avarice légendaire, et vous avez avec Chuck Berry la hantise des organisateurs de concert pendant des décennies …

Evidemment, si l’on compare avec ses « classiques » comme « Sweet little sixteen », « Carol », « Johnny B. Goode », … ce « Maybellene » n’est encore qu’une ébauche. Berry est un bosseur, et un malin. Il va jouer légèrement sur le tempo, et surtout travailler  comme un forcené sur sa Gibson, avant de petit à petit mettre en place sa patte, ce style inimitable que tout le monde va dès lors s’efforcer de copier. Première étape avec « Brown eyed handsome man », franche attaque de guitare in intro, et le rythme « Chuck Berry » déposé. Confirmation avec « Roll over Beethoven », premier immense classique . Nouvelle étape avec « Too much monkey busines », et cette fois, c’est la mélodie irrésistible qui arrive. Dernière évolution avec « Oh baby doll », pas son plus connu, mais qui oriente la musique de Chuck Berry vers des boogies très rythmés, un filon qu’exploiteront ensuite tous les « Sweet little sixteen », « Johnny B. Goode », « Carol » …
Chuck Berry et un imitateur ... Gaffe à ton pif, Angus !
Comme d’autres (Lewis, Presley), Chuck Berry cultivera, et pas seulement dans ses textes, une attirance pour les (trop) jeunes filles, et une certaine forme d’exubérance joyeuse, notamment sur scène. Berry sera, pour l’époque s’entend, très spectaculaire, mettant au point pas de danse saugrenus (sa fameuse « duck walk »), et gesticulations diverses. A l’image des bluesmen, toutes ses gesticulations scéniques sont surtout là pour masquer son jeu de guitare et éviter que des gens dans le public puissent bien le visualiser pour ensuite le copier. Chuck Berry sait qu’il a inventé quelque chose et gardera le plus longtemps possible jalousement tous ses « secrets ». A ce sujet l’anecdote de sa première rencontre avec Keith Richards est révélatrice. Le guitariste des Stones, qui s’inspirait beaucoup de son jeu, a tenu à le saluer lorsqu’ils étaient à la même affiche d’une émission télé. A la main tendue de Richards, Berry lui répondra par une bonne droite dans le pif, l’accusant de n’être qu’un putain de voleur …
Ce « His Best Vol I » est une excellente compilation chronologique, l’essentiel de ses classiques et en tout cas les plus connus des années 50 sont là (manque juste le tardif « You never can tell », clippé par Tarantino dans « Pulp fiction »). Idéal pour une première approche …

LITTLE RICHARD - THE GREATEST HITS 16 (1987)


Oooooh  My Soul, une compile de Little Richard ...
Les débuts du rock’n’roll se devaient d’avoir une image, une icône. Ce fut Elvis (aux débuts, parce que les sandwiches au beurre de cacahuètes l’ont vite épaissie, l’image). Il leur fallait une guitare. Ce fut celle de Chuck Berry. Et une voix. Aucun doute possible, c’est celle de Little Richard.
En effet, qui d’autre que le futur ex-révérend Penniman peut symboliser le chant du rock’n’roll, cette diction hystérique qui allait secouer l’Amérique du milieu des années 50, avant de faire succomber à ses rythmes le reste de la planète ?
La voix de Little Richard sauve cette compilation, car ce Cd n’est pas terrible : moins de 40 minutes au compteur, une présentation non chronologique, un son pas génial (no remasters), un visuel tout moche, …
Les plus grands classiques sont là (« Lucille », « Long tall Sally », « Good Golly Miss Molly », « et l’indépassable « Tutti fruti »), mais quelques morceaux de plus et une présentation plus soignée n’auraient pas été du luxe.
Vu la multitude de compilations de la première « folle » du rock sur le marché, on peut facilement trouver mieux que ce Cd sorti sur un label improbable, Bescol ( ? ), aux temps préhistoriques du support.



BUDDY HOLLY - BUDDY HOLLY (1958)


Disque "solo"

C’est allé tellement vite le concernant (Holly est mort un an et demi après ses premiers succès), et l’essentiel des galettes sur le marché étant des compilations, que par facilité (surtout commerciale ?), on a oublié maintenant que Buddy Holly faisait paraître des disques sous deux noms différents, en solo et avec les Crickets. Subtilité des contrats de l’époque, et qui ne change rien, c’étaient les mêmes personnes (les Crickets et l’auteur-producteur Norman Petty) que l’on retrouvait derrière lui sur tous les disques.

Ce « Buddy Holly » est le troisième et dernier disque publié par Buddy Holly. On pourrait même dire le second, tant celui d’avant « That’ll be the day » n’est déjà qu’une compilation de ses premières séances d’enregistrement, séances qui ne comprennent pas, hormis le morceau-titre, aucun de ses titres d’anthologie. Ici, par contre, ça se bouscule (« Peggy Sue », « Everyday », « Valley of tears », « Words of love », « Rave on », il faudrait à peu près tous les citer).

Buddy Holly & The Crickets
Buddy Holly est un des rares de cette époque-là à ne pas faire du rock’n’roll. Ou plus exactement pas que du rock’n’roll. C’est LE mélodiste des années 50.  Et ce n’est pas un hasard si le Lennon des débuts s’efforcera de lui ressembler, physiquement (la photo de la pochette, non, non, ce n’est pas Lennon au tout début des années 60) et baptisera son groupe d’abord les Silver Beetles en hommage aux Crickets. L’influence de Holly sur cette musique que l’on appellera pop est considérable. Celle se son producteur, auteur ou co-auteur Norman Petty reste plus ambiguë. On a longtemps cru qu’il était l’homme de l’ombre, celui sans qui Buddy Holly n’aurait pas été grand-chose. La tendance maintenant, au vu d’archives et de témoignages des rares rescapés de l’époque, serait plutôt d’en faire une sorte de Colonel Parker, plus intriguant que talentueux, uniquement crédité sur les morceaux de Holly grâce à des conditions « toutes particulières »  du contrat qui les liait. La vérité doit se situer entre les deux, Petty ayant quand même prouvé avant ou après sa collaboration avec Buddy Holly que c’était un musicien doué, et pas un simple escroc …

Ce « Buddy Holly » démontre deux choses que tout le monde devrait savoir, mais une petite piqûre de rappel ne fait jamais de mal … La première, c’est qu’on ne touche pas à un titre chanté par Little Richard sans prendre le risque de se couvrir de ridicule (« Ready Teddy » ici). La seconde, c’est que Holly alignait en 1958 des chansons époustouflantes à une cadence infernale, les cinq titres bonus ajoutés aux douze originaux sont rien moins que « That’s my desire », « Think it over », « Fools paradise », « Well all right » et « Take your time ».

Bon, évidemment, aujourd’hui que sont disponibles des légions de compilations bien foutues et même une intégrale de 6 Cds contenant à peu près tout le matériel enregistré par le natif de Lubbock, ce Cd pas  souvent et pas toujours réédité dans des conditions optimales, fait un peu figure de parent pauvre dans la discographie de Buddy Holly. Il n’en est pas moins excellent …

Du même sur ce blog :
The Very Best Of Buddy Holly & The Crickets