NICK CAVE & THE BAD SEEDS - NO MORE SHALL WE PART (2001)

 

Sad songs ...

Au bout de presque soixante-dix ans de rock, combien sont ceux qui se peuvent se vanter d’avoir laissé une œuvre irréprochable ? Déjà, pour qu’on parle d’œuvre, faut être vieux ou au moins plus très jeune et avoir sorti pas mal de disques. Nick Cave a quasiment l’âge du rock, et une vingtaine de rondelles (trois avec Birthday Party, les autres avec les Bad Seeds) à son actif, sans compter quelques projets « récréatifs » (Grinderman …) … et puisqu’on commence à employer des termes de bilan comptable, rien à son passif … Bon, je veux pas dire par là que tous ses disques sont absolument parfaits de la première à la dernière plage, mais j’ai beau chercher, je vois pas qui d’autre n’a pas fait quelque galette chelou (voire plusieurs), n’a pas traversé quelques déserts à l’inspiration aride, n’a pas fini par s’auto plagier ou s’auto caricaturer … Et là, je parle que des plus grands, des plus célèbres … Je vais pas balancer de noms, mais on peut tous les mettre dans une case (ou plusieurs) …

Nick Cave, Bad Seeds & Mc Garrigle Sisters

Et pourtant Nick Cave n’a pas inventé une formule, à laquelle il s’accrocherait depuis des lustres. Ecoutez Birthday Party, et puis son dernier à ce jour, « Ghosteen », et montrez-moi les points communs musicaux … Aucun … alors les fâcheux qui disent que Cave (parce que ce soit Birthday Party ou les Bad Seeds, c’est Cave le chef, l’auteur quasi sans partage et le chanteur exclusif de ses projets musicaux), c’est toujours pareil, ben, no comment … parce que oui, on n’est pas obligé d’aller glisser un titre de reggae, de funk, de rock celtique, de techno ou de zumba ou que sais-je pour montrer qu’on est inspiré ou dans l’air du temps …

Cave a une voix et une présence vocale. Une voix grave, de baryton, à la Johnny Cash … et le countryman n’apparaît pas par hasard, c’est une des références de Cale, et pas seulement par le registre vocal ou l’appétence pour les fringues noires, mais par les thématiques abordées. Ils regardent tous les deux la mort en face et la chantent souvent, la religion tient une grande place chez eux, bien qu’ils ne l’abordent pas de la même façon. Mais en plus, Cave écrit … des bouquins, mais aussi des chansons. C’est ici qu’il convient de glisser l’allusion à Bob Dylan, autre grosse influence de Cave. Mais à la différence du Nobel de littérature Cave est aussi un performer sur scène, où il se plaît à triturer sa grande carcasse efflanquée (esprit d’Antonin Artaud, es-tu là …), sans parler des prestations « dangereuses » à la Iggy Pop de ses débuts …

Nick Cave 2001

Je vais pas jouer les encyclopédistes, les disques de Cave je les ai pas tous (une moitié à la louche, et je suis pas sûr d’avoir écouté tous les autres), mais c’est un panier dans lequel on peut puiser les yeux fermés sans risque d’être déçu … d’ailleurs, selon à qui on a affaire, il n’y a aucun consensus pour désigner le meilleur disque de Nick Cave (si ça vous intéresse, pour moi c’est « Tender Prey » à la fin des 80’s), quasiment chacune de ses rondelles a ses fervents partisans …

Alors ce « No more … », tu vas en causer ou quoi ? Voilà, voilà … On va dire qu’il est caractéristique de sa période « apaisée ». Entendez par là que Cave met de côté l’électricité rageuse et stridente qui était une marque de famille de ses débuts. Seuls le final de « Fifteen feel of pure » et « Sorrowful life » envoient la sauce, mais à l’issue d’un crescendo pour le premier, et d’un break pour le second. Nick Cave n’est plus dans le truc rock’n’roll-punk. Par contre, tous les titres sont construits autour d’une mélodie au piano, instrument omniprésent sur ce disque. Et c’est Cave qui en joue. Les mélodies sont épurées mais travaillées (on n’est pas Chez Lang Lang, ni chez Elton John d’ailleurs).

Autour du piano et de la voix de Cave, les usual suspects habituels, les Bad Seeds. Dont on a l’impression que ce sont les mêmes types depuis un éternité … ben non, on passe en général beaucoup de temps dans les Bad Seeds, mais on finit par en partir. Ici, les anciens historiques Mick Harvey et Blixa Bargeld seront bientôt sur le départ, Warren Ellis et Jim Sclavunos font quasiment figure de bleubites, alors que Thomas Wilder et Conway Savage, rarement cités comme des rouages essentiels seront finalement ceux qui auront passé le plus de temps au sein du groupe. Les Bad Seeds ne sont pas seuls derrière Cave sur ce disque. Des cordes classiques sont présentes sur de nombreux titres et les sœurs Mc Garrigle viennent en renfort aux backing vocaux. Ce qui au total fait du monde … mais tous restent discrets, quasiment effacés (par exemple les frangines folkeuses ne se font vraiment remarquer que sur le final de « Hallelujah » où leurs voix à l’unisson finissent par se substituer à celle de Cave…). Tout le monde est au service des titres et de la vision qu’en a son auteur, pas d’ego surdimensionné chez ces gens-là … Et pas non plus d’ego chez Nick Cave, « No more … », on dirait un disque solo qui se cache derrière un groupe, et c’est une tendance qui ne fera que se renforcer avec les parutions suivantes, mais Nick Cave a besoin d’être accompagné dans tous les sens du terme.

Live 2001

Ceux qui ont eu la patience de lire jusqu’ici doivent se poser une question : du piano et une grosse voix grave en avant, y’a déjà un autre rachitique longiligne qui fait ça, il s’appelle Tom Waits. Oui, M’sieur, bien vu, mais les univers n’ont rien à voir. Waits, c’est le type bourré, le pif dans le verre, qui raconte des histoires à son voisin de comptoir. Cave, c’est le toxico en voie de sevrage qui raconte ses combats intérieurs entre Bien et Mal à son psy … Et le plus dépressif des deux n’est pas celui que l’on croit …

Alors les titres de ce « No more … » égrènent les peurs (de la mort, de la souffrance, de la solitude, …) mais de façon onirique, elliptique (Nick Cave et Robert Smith ont bien des points communs, et pas seulement par le fait de l’étiquette gothique de leurs débuts). « No more … » est un bloc homogène. Les titres sont longs (presque une heure dix pour douze morceaux), il y a incontestablement une unité de ton et musicale. Mais plus que jumeaux, les titres sont cousins. Certains sont plus épurés (quasiment piano-voix comme « Love letter »), d’autres donnent l’impression d’être surchargés (« Oh my Lord »), les plus « noirs » sont pour le final (« Gates to the garden », « Darker with the day »). Difficile de trouver des morceaux faibles, et tout autant d’en trouver qui se détachent du lot. Ceux que je préfère sont l’introductif « As I sat sadly by her side » qui donne le ton de tout ce qui va suivre, « Hallelujah » (pas celui de Leonard Cohen), avec ses couplets en forme de prière et son refrain en forme de prière, et « God in the house « (à rapprocher du « With God on his side » de Dylan ?), qui nous sert la plus belle mélodie du disque …

Un indispensable de plus de Nick Cave, et un indispensable tout court …


Des mêmes sur ce blog :




PETER WEIR - LES CHEMINS DE LA LIBERTE (2010)

 



Les Marcheurs Blancs ?

« Les chemins de la liberté » (« The way back » en V.O.) est adapté d’un bouquin (« A marche forcée ») de Slavomir Rawicz, « pensionnaire » des goulags sibériens. Qui ne s’est pas évadé, mais a été amnistié. Et qui raconte l’histoire de gens qui se sont évadés, parcourant des milliers de kilomètres pour rejoindre la Chine ou l’Inde dans une nature hostile, forcément hostile … Récits vraisemblables, véridiques, mais pas forcément vrais, même si le réalisateur Peter Weir et l’acteur principal Jim Sturgess affirment avoir rencontré des survivants de ces ultra trails … Les noms de ces gars (pas très nombreux évidemment, trois il me semble) apparaissent au début du film. Le film de Weir est une totale fiction, et ne retrace aucun périple étant censé avoir existé.

Peter Weir

Mais avant de s’évader d’un goulag au milieu de la Sibérie, faut d’abord y être déporté. Le film débute en 1940, au moment où Staline et Hitler sont copains comme cochons qu’ils sont et se partagent la Pologne. Tous ceux qui ne plaisent pas à l’Armée Rouge et au pouvoir politique de Moscou finiront au goulag. La première scène (et pour moi la meilleure du film) montre un soldat polonais (Janusz / Jim Sturgess) interrogé par un militaire sur des faits qui lui sont reprochés. Il nie, jusqu’à ce qu’il soit confronté avec sa femme qui l’accuse. On voit bien qu’il y a eu pression et chantage sur elle. Et Janusz se retrouve donc dans un « camp de travail », il ne sait même pas où, au milieu des neiges sibériennes … Les « anciens » lui expliquent que tu coupes du bois dans la forêt, et que si tu déconnes, tu finis à la mine attenante. Avec dans tous les cas, une espérance de vie d’à peu près un an. Et comme le rappelle gentiment le surveillant général, la prison c’est pas le camp, c’est la Sibérie et ses millions de kilomètres carrés enneigés …

La réadaptation sociale par le travail (comme ils diront plus tard en Chine), ça ne concerne pas que les « suspects » des pays conquis. Il y a aussi ceux qui ne sont pas dans la ligne du parti (dessinateur, acteur, rom, …), un Américain ayant fui la Grande Dépression (Ed Harris) croyant trouver en Russie communiste un nouvel Eldorado, et puis les prisonniers de droit commun, tous ces plus ou moins grands criminels que le régime stalinien envoyait dans les camps … Dans le baraquement où échoue Janusz, le maître des lieux, c’est Vilka, parce que c’est pas un tendre, et qu’il a un putain de couteau qui le fait respecter. Vilka, c’est un Colin Farrell, hirsute et forcément violent, avec Lénine et Staline (entre autres tatouages) sur le poitrail, loin ici de ses rôles de beau gosse … Dans le contexte, le but du jeu est simple : survivre en attendant la mort. Et être prêt à tout pour survivre (« la bonté ça peut te tuer ici » glisse l’Américain à Janusz alors que le Polonais vient de filer la moitié de son ignoble rata à un pauvre vieux qui crevait de faim dans la neige). Et puis il faut rêver d’évasion parce que ça ne coûte rien de rêver. Par contre si tu la tentes, c’est la mort assurée (les gardes, les paysans Russes aux alentours qui touchent une prime s’ils ramènent la tête d’un évadé, les loups, l’étendue et le climat sibérien).

Lénine, Staline & Colin Farrell

Pourtant, une petite bande prépare the great escape. Et une nuit, ils passent à l’action. Ils sont sept, ceux qui avaient prévu le coup, ceux qui se retrouvent là par hasard, ceux qui profitent de l’occasion, comme Vilka et son couteau …

Dès lors s’organise un survival direction la Mongolie. Evidemment, les faibles ne vont pas très loin (l’aveugle se perd en cherchant du bois, et meurt congelé à quelque pas du campement de fortune organisé pour passer le nuit), tout le monde s’épuise un peu mentalement et surtout physiquement, les conditions sont extrêmes, on ne survit qu’en rongeant l’écorce des arbres, en mangeant des vers, des serpents, en disputant des charognes aux loups. Les festins ont lieu quand on attrape un poisson avec une ligne de fortune, un daim (?) embourbé dans un marais, ou de la volaille que Vilka est allé piquer dans un village (en tuant un chien qui aboyait, ou un paysan, on sait pas trop …). Assez vite se joint à cette mâle troupe un élément féminin, une jeune fermière polonaise (Saoirse Ronan, à peine 16 ans et pleine de talent, la suite l’a prouvé) qui fuit elle aussi un site concentrationnaire.

Après avoir longé le lac Baïkal, la petite troupe se retrouve à la frontière mongole. Vilka fait demi-tour et revient en Russie (c’est son pays, il ne veut pas le quitter, et veut contribuer à sa criminelle façon au succès du communisme), les autres vont vite déchanter. La Mongolie est devenue communiste, et les monastères bouddhistes où ils comptaient se réfugier ont été détruits, pillés et saccagés. Décision est prise par les six rescapés de traverser la Mongolie, la Chine, franchir l’Himalaya pour passer en Inde … Je vais pas tout spoiler, tous n’y arriveront pas (le désert de Gobi se révèlera plus dangereux et mortel que la Sibérie enneigée) …


Le scénario a tout de l’épopée grandiose, de la grande aventure humaine et larmoyante. Il peut en sortir un chef-d’œuvre comme un navet. C’est là qu’intervient Peter Weir. L’Australien a du bagage. Une carrière commencée avec un thriller Belle Epoque au milieu d’un pensionnat féminin (« Pique-nique à Hanging Rock »), pour finir avec de (très) gros succès au box-office : « Witness », « Le cercle des poètes disparus », « Green card », « The Truman show », « Master and commander, de l’autre côté du monde ». Pour la façon de filmer, Weir à un modèle, c’est John Ford. Ça tombe bien, montrer les immenses étendues enneigées ou désertiques traversées par les personnages qui semblent minuscules dans leur environnement, et en respectant les proportions de Ford (2/3 de ciel, 1/3 de terre), tout cela sied à ravir au format en cinémascope choisi. Le David Lean des immenses panoramiques n’est pas loin non plus. Ici, les paysages de la Bulgarie, du Maroc et de l’Inde (oui, pas possible pour Weir et son équipe de filmer en URSS ou en Chine, la Muraille de Chine qu’il y a dans une scène est numérique) sont somptueux.

Bon point également pour les différentes parties du film. La vie au goulag (un vrai faux goulag construit par l’équipe du film, mais une fausse forêt de studio pour certaines scènes, surtout pour pouvoir gérer les effets spéciaux désirés, comme la neige ou le blizzard) occupe la juste part du film, parce qu’il faut montrer l’enfer qu’y représente la vie, que ce soit dans la vie « normale » où lorsque l’on est « puni » à la mine, parce qu’il faut montrer la promiscuité et la tension générée par cette multitude disparate. On comprend pourquoi par la suite, tous ceux qui se retrouveront à crapahuter dans la nature, ont des parts d’ombre ou de mystère. Dans l’enfermement du goulag, il faut en dire le moins possible, gommer son passé … Même la jeune Polonaise (ou qui se présente comme telle) qui les rejoint dissimule soigneusement son passé. Il leur faudra du temps pour qu’ils se livrent tous sur leur vraie vie passée et leurs rêves d’avenir …

En rando sur les bords du lac Baïkal ...

La scène d’évasion est quand même un peu sabotée, avant que le groupe se retrouve dans la forêt sous les tirs des soldats russes et avec leurs clébards au cul. Cette scène d’évasion dure juste quelques secondes, à tel point qu’on se demande si le Blu-ray a pas sauté vers l’avant.

Les deux tiers du film constituent leur longue marche vers la liberté pour certains, vers la mort pour d’autres. C’est fort bien fait, entre volonté et résignation, courage et désespoir, tant la tâche est immense et difficile.

Et quoiqu’on pense de la véracité de ce périple, faut reconnaitre que « Les chemins de la liberté » est un film plaisant, grande aventure prenante au milieu d’espaces naturels gigantesques, avec son lot d’émotions, de joies et de larmes de la part des protagonistes …

C’est juste la dernière scène que je trouve totalement à côté de la plaque. Janusz, une fois gagné l’Inde, veut à tout prix retrouver sa femme si elle est encore en vie, parce qu’il est persuadé qu’elle ne l’a trahi que sous la contrainte. Il lui faudra attendre 1990 (après la chute du Mur et l’effondrement de l’URSS), soit cinquante ans après son arrestation, pour pouvoir retourner en Pologne. Et là, comme dans ses rêves qui l’ont aidé à tenir dans le goulag et dans sa longue marche, il va retrouver la même baraque, avec la clé sous la même pierre, et sa femme qui l’attend, assise à la table … Je suis désolé, ça peut faire écraser une larmette à la ménagère de moins de cinquante ans, mais moi je trouve ça juste très con, finir une histoire qu’on présente comme vraie, par un truc totalement irréel …

Bon film de dimanche soir tout de même …


Du même sur ce blog : 

Master And Commander De L'Autre Côté Du Monde


PHILIPPE GARREL - LES AMANTS REGULIERS (2005)

 

Une affaire de famille ...

Où vu le casting il sera fatalement question de la famille Garrel. Philippe à la réalisation, son fils Louis pour le rôle principal et son père Maurice dans une scène. Sans oublier ses trois femmes (non, il est pas polygame, elles se sont succédé dans sa vie) : Nico, Brigitte Sy et Caroline Deruas. Et je vous fais cadeau du restant de la famille et des amis qui ont filé un coup de main à un moment ou à un autre …

Garrel (Philippe)

« Les amants réguliers », c’est d’abord un film qui se mérite, deux heures cinquante-cinq minutes au compteur, dans un noir et blanc hyper contrasté. Et bien que la durée ni la couleur (ou son absence) n’y soient pour quelque chose, je vais pas tourner autour du pot, c’est un film où l’on s’emmerde ferme. Bon, ça c’est fait, tous les ayatollahs de Télérama (qui l’ont même sorti en Dvd, c’est dire s’ils sont fans, et qui mettent systématiquement le dernier film de Garrel dans leur Top 10 annuel, comme Les cahiers du Cinéma le font aussi avec chaque nouveau Godard), tous les ayatollahs disais-je donc vont me lancer une fatwa, j’ai dit du mal de leur prophète …

Ce qui me gêne le plus dans « Les amants réguliers » c’est son côté égoïste. J’ai l’impression que Garrel a fait un film pour un petit cercle fermé, qu’il y rumine ses thématiques et ses obsessions, et qu’il se fout royalement du reste de l’humanité et de son avis … des univers très personnels, y’a plein de types qui les développent au cinéma. Tiens, David Lynch ou Tim Burton, par exemple. Mais tu sens qu’ils essayent de t’y embarquer dans leur monde, que tu voie, que t’essayes de piger, et après t’aimes ou pas, ça c’est plus leur problème. Garrel, il donne pas l’impression de vouloir le partager son monde, même si l’exposition familiale permanente pourrait faire croire qu’il te livre son intimité et son âme … pour moi, rien de tout cela, juste de la mise en scène pour t’incruster son point de vue …

Hesme et Garrel (Louis)

« Les amants réguliers », c’est la tranche de vie d’une petite communauté parisienne dans la France soixante-huitarde. Le film commence en 68 et se finit vers 71. Pour bien situer l’année, y’a parfois, à la place d’un intertitre, un gros plan sur un numéro de porte, 68 et 69, ensuite le procédé est abandonné, va savoir pourquoi … 68, c’est une thématique récurrente, pour ne pas dire obsessionnelle chez Philippe Garrel. La drogue aussi. Il doit bien y avoir une vingtaine de minutes dans le film où l’on a des scènes composées uniquement de gens qui font tourner une pipe d’opium … Pas un hasard non plus si on a droit à un titre de Nico (morte depuis presque vingt ans à l'époque du tournage, très toxique compagne de Garrel dans les années 70) dans une bande son musicale très chiche … tiens, une anecdote sur Nico et Garrel. En 74, l’ex-chanteuse du Velvet livre avec aussi Tangerine Dream au programme, non pas un concert, mais plutôt une performance dans la cathédrale de Reims, haut lieu de la religion et de l’Histoire de France. Garrel doit avec sa caméra immortaliser l’iconoclaste concert et en faire un film. Défoncé jusqu’aux yeux, il sera incapable de tirer la moindre image du spectacle …


« Les amants réguliers », ça tourne autour de l’histoire d’amour de François (Louis Garrel) et Lilie (Clotilde Hesme), mais pas seulement, Lilie n’apparaît qu’au bout d’une heure du film. Auparavant, on nous a présenté François, étudiant beau gosse ténébreux, et qui veut vivre de son art, la poésie, ce qui en 68 comme aujourd’hui, est pas gagné d’avance. Il a « oublié » de répondre à la conscription, s’est échappé quand les flics sont venus le chercher, a fini par se faire gauler, a pris 6 mois avec sursis et exemption de service militaire lors du procès pour insoumission qui a suivi (pour moi la meilleure séquence du film, avec le côté très « Sentiers de la gloire » du tribunal militaire). Avec ses potes, il rêve d’un autre monde, traîne sur les barricades, est hébergé chez un fils de bourgeois où avec d’autres idéalistes et artistes en herbe se forme une petite communauté très dans l’air du temps …

Lilie aussi est artiste sculpteur (ou sculpteuse ou sculptrice, je suis fâché avec l’écriture inclusive, et la première féministe qui me traite de macho rétrograde, je lui en colle une … mais non, Sandrine et Marlène, je déconne …). Une fois passée la case des sourires mutins et des regards en dessous, Lilie et François forment un couple fusionnel, avant que lentement mais sûrement, il se délite comme les idéaux soixante-huitards qui les ont faits se rencontrer. Lui restera un poète, un romantique dans l’âme, elle retournera dans le « vrai » monde, avant un final tragique …

Mai 68 vu par Garrel (Philippe)

Sauf que « Les amants réguliers » n’est pas un film « classique ». Une fois que nos deux tourtereaux sont ensemble, ils restent certes en fil rouge, mais Garrel s’intéresse aux autres et dresse un portrait parfois haut en cou…, non en noir et blanc, de leur entourage. Et on voit que beaucoup aussi « renoncent », ou vont chercher ailleurs leur rêve évanoui en France (le friqué de la bande se casse pour le Maroc et ses montagnes de hasch …). Garrel lui ne renonce pas et nous refait son mai 68. On doit subir (et je pèse mes mots) au début du film une scène de barricades interminable, apparemment filmée en studio avec quelques pavés amoncelés, des fumigènes, une bagnole qui crame, des manifestant et des CRS quasi statiques … et un passage incongru, des figurants habillés comme en 1789 qui poussent vers la barricade une couleuvrine Louis XV. Pas compris … moi je tourne qu’aux drogues légales, clopes et alcool, alors des fois y’a des trucs et des visions qui m’échappent …

Ce qui m’a pas échappé, c’est que juste après le numéro de baraque qui nous annonce que l’on est en 69, on voit la petite communauté faire une boum ou une surprise-partie comme on disait à l’époque et se trémousser au son de « This time tomorrow » des Kinks paru … en 1970. Drôle mais certainement involontaire la faille temporelle. Sinon, question musique, la scène en famille de Maurice Garrel (avec Brigitte Sy et Louis Garrel, plus familial tu peux pas, sa belle-fille et son petit-fils) me fait furieusement penser au « chef-d’œuvre » d’Ange « Emile Jacotey », concept-album dans lequel un vieux maréchal-ferrant aux fraises raconte souvenirs d’enfance, histoires et légendes de son bled, c’est dire si c’est passionnant.

Louis Garrel est dans ce film toujours habillé comme toujours (y’a une clause dans son contrat ou quoi ?) dans ses films d’une chemise blanche débraillée trop grande et d’une veste noire (qu’il oublie de se laver, et si l’on en croit la persiflante rumeur il va ressembler à Benjamin Biolay …). Même tenue vestimentaire pour Clotilde Hesme, et comme elle a la même coupe de cheveux, on croirait voir la Patti Smith de la pochette de « Horses » (le fort duvet sur la lèvre en moins, non, Patti n’est pas si moustachue que ce que certains esprits chagrins laissent entendre …)

Alors, pour en revenir au début, même s’il est incontestable qu’il y a chez Philippe Garrel une démarche artistique cohérente, louable, voire même radicale, désolé mais j’accroche vraiment pas …


PETER BOGDANOVICH - LA CIBLE (1968)

 

La dernière séance de Boris Karloff …

Il y a quelques jours, je lisais sur un blog voisin et néanmoins ami, sous la plume alerte d’un certain Luc B., un article consacré à un bouquin qui parlait de films qui auraient pu se faire et qui se sont jamais faits. Manière de faire mon intéressant, je m’en vas vous causer d’un film qui aurait jamais dû se faire et qui s’est fait … Comme quoi tout peut arriver dans le merveilleux (?) monde des types qui tiennent une caméra …

Tout commence avec Peter Bogdanovich, critique de cinéma et tellement fan de la chose qu’il traîne sur les plateaux de tournage, essayant de se rendre utile et ne manquant pas une occasion de dire aux réalisateurs avec qui il bosse que lui aussi, il aimerait bien passer derrière la caméra. Là intervient Roger Corman, avec qui Bogdanovich s’est un peu lié. Roger Corman, c’est Lucky Luke avec une caméra à la place du colt. Le gars, avec trois bouts de ficelle, arrive à tourner une demi-douzaine de films par an, en tout cas jamais moins de trois. Le pape de la série B, ce bon Roger. Il propose un jour un deal abracadabrant à Bogdanovich. Boris Karloff, l’inoubliable Frankenstein dans le film de John Whale, devait par contrat deux jours de tournage à Corman. Il fait cadeau de ces deux jours à Bogdanovich (« ça te fera vingt minutes de film »), lui donne des extraits de « L’halluciné » un film qu’il avait tourné avec Karloff (« ça te fera vingt minutes de plus »), et cent mille dollars pour tourner quarante minutes supplémentaires (« en mettant tout ça bout à bout, t’auras un film ») … le genre de proposition qui peut pas se refuser quand on veut se lancer, mais une équation compliquée à résoudre pour Bogdanovich, qui n’envisage pas exactement un scénario et un tournage de la même façon que Corman … Il voudrait faire un vrai film, le Peter …

Karloff & Bogdanovich

Il tente avec sa femme, la scénariste Polly Platt, de mettre une histoire en place. Sauf qu’ils arrivent à rien de cohérent. Là intervient une autre des connaissances de Bogdanovich. Rien de moins que Samuel Fuller qui en trois heures lui pond un scénario, à une seule condition, que son nom n’apparaisse pas au générique (c’est ainsi que le réalisateur joué par Bogdanovich dans le film se nommera Sammy Michaels, en hommage à Samuel Michael Fuller).

Tout est paré pour relever le challenge. Qui pour la petite histoire ne sera pas respecté, tout le monde ne tourne pas aussi vite que Corman, et Karloff fera en tout cinq journées de tournage (moyennant une rallonge de vingt-cinq mille dollars, business is business). Le scénario de Fuller consiste à montrer un vieil acteur de films d’horreur, Byron Orlock (mix entre Lord Byron, le poète anglais, ami voire amant de Mary Shelley, auteur de « Frankenstein » et le comte Orlock, nom donné pour une question de droits au comte Dracula dans le film éponyme de Murnau), qui après le visionnage de son dernier film, décide d’arrêter sa carrière, acceptant à contre-cœur une ultime apparition publique à l’issue d’une projection dans un drive-in. C’est évidemment Karloff qui tient ce rôle.

Il fallait donc raccrocher cette histoire à une autre. L’inspirateur de l’autre histoire, c’est Charles Whitman. De sinistre mémoire. Le gars s’est fait connaître en 1966. Après avoir tué sa femme et sa mère, il se rendit lourdement chargé en flingues de tous genres à l’université d’Austin, monta sur un toit et tira sur tout ce qui bougeait alentour. Bilan total : 16 macchabées. Le Bobby Thompson du film, joué par l’inconnu Tim O’Kelly (choisi pour une vague ressemblance avec Ryan O’Neal), fera un carnage familial, s’en ira canarder les bagnoles qui passent sur l’autoroute, se fera traquer par la police, ira se réfugier dans la structure de l’écran d’un drive-in d’où il continuera à tirer dans le tas. C’est évidemment dans ce drive-in que doit se rendre Orlock …

O'Kelly prêt à faire un carton sur l'autoroute

Bon, arriver à écrire un scénario qui tient debout avec tous les prérequis exigés est une chose, en faire un film est une autre paire de manches. Bogdanovich s’en tire plutôt bien, avec toute l’imagination des sans-le-sou de la caméra. Quatre bouts de cloison repeints autant de fois que nécessaire fourniront les décors de tous les intérieurs, on essaiera de faire autant de plans-séquence que possible pour éviter trop de prises et trop de temps de montage, la famille et les amis seront les figurants, … Et surtout on tournera en situation réelle. C’est-à-dire que quand le tueur circule en bagnole (et parfois avec les flics – de cinéma – au cul), il s’immisce dans la circulation, et il y a un vrai mec à vélo (et pas un cascadeur) qui a bien failli passer sous les roues de sa Ford Mustang. Il y a des scènes de conduite sur autoroute (c’est formellement interdit pour d’évidentes raisons de sécurité), et pire encore, les cartons sur les voitures qui y circulent sont certes faits sur des voitures où se trouvent des figurants, mais au milieu de la circulation (y’a même un vrai motard de la police qui passe à toute blinde parce que quelqu’un a dû lui signaler des trucs étranges sur le freeway, et qui est conservé au montage).

« La Cible » (« Targets » en V.O.) est un bon film, autant que faire se peut vu son budget. Karloff que l’on aurait pu imaginer en roue libre, s’investit (il va même jusqu’à conseiller Bogdanovich, obligé de tenir un des rôles principaux faute de pouvoir engager un acteur supplémentaire, lorsqu’ils ont des scènes en commun), et manie parfaitement l’auto-dérision (il trouve son dernier film tellement mauvais qu’il décide d’arrêter, déclare en avoir assez de sa carrière de croque-mitaine de série B, se fait peur en passant devant une glace, …). Il va même jusqu’à déclamer ce qui doit être sa plus longue tirade au cinéma, en racontant une histoire genre Conte des Mille et une Nuits macabre. « La cible » sera son dernier rôle au cinéma, il est déjà malade et handicapé (la canne sur laquelle il s’appuie n’est pas un accessoire, il a du mal à marcher à cause de vieilles fractures aux jambes).

Le minot qui joue le flingueur en série, l’autre personnage-clé du film, s’en sort pas trop mal. Il est distant, détaché de tout, déjà dans la boucherie qu’il prépare. Et Bogdanovich assez malin pour nous le présenter à travers deux photos (faut bien feinter, la caméra s’attarde pas dessus), l’une le montrant en uniforme dans la jungle (il a donc fait le Vietnam et sait utiliser des flingues), l’autre est une photo de mariage (les époux avec des colliers de fleurs, donc à Hawaï, on voit que l’on est chez des bourgeois qui ont les moyens). Et pour rendre son personnage crédible, son parcours meurtrier se calque sur celui de Whitman. Après avoir dégommé mère et femme (et un livreur qui traînait dans la baraque), il les met dans leur lit, nettoie ou cache les traces de sang, laisse bien en vue une lettre (reprise sur l'affiche du film) qui « justifie » ce carnage et celui qui va suivre …

Sur Sunset Boulevard ...

En plus, même s’il le dit pas, Bogdanovich entend se démarquer de Corman. Certes « La cible » a été tourné en 23 jours (dont douze passés au drive-in), et certes il y a deux longs passages de « L’halluciné » (son final au début de « La cible », et d’autres extraits au drive-in), c’était le deal, mais ça s’intègre bien (même si forcément ça fait un peu long). En plus, on peut s’amuser à reconnaître dans ce film dans le film une des premières apparitions de Jack Nicholson, en uniforme militaire … Bogdanovich rend cependant hommage au « grand » cinéma. La première « vraie » scène tournée l’a été sur Sunset Boulevard (évidemment allusion au chef-d’œuvre de Wilder), on voit à moment donné sur une télé un court extrait d’une émission présentant « Autopsie d’un meurtre » de Preminger, et Byron Orlock regarde dans sa chambre d’hôtel « Le code criminel » de Howard Hawks, dont l’acteur principal est … Boris Karloff.

Film dans le film : Nicholson & Karloff dans "L'Halluciné"

Une fois le montage terminé (par Bogdanovich lui-même), une autre aventure allait commencer. Corman (rappelons que l’on est au pays du dollar-roi) propose de sortir le film sur sa propre compagnie. Bogdanovich, plus ambitieux, tente de le vendre aux majors. La Paramount est très vite intéressée, sauf que se font buter Luther King et Ted Kennedy. Après un certain temps de réflexion (plus d’un an après le tournage), la Paramount rachète « La cible » à Corman (le Roger y gagnera cinquante mille dollars au passage), et le sort dans quelques salles. Accueil réservé, voire glacial ou choqué du public, bide commercial.

Mais ça a suffi à Bogdanovich pour se faire repérer. Il pourra ainsi faire ce qui restera son film majeur, « La dernière séance ».


ELLIOTT MURPHY - JUST A STORY FROM AMERICA (1977)

 

L'homme aux semelles de vent ...

Elliott Murphy, c’est un voyageur … ou un exilé. En tout cas une trajectoire étrange …

La première fois que j’ai vu son nom, c’était sur les notes de pochette du « Live 69 » du Velvet Underground (bien après sa parution, je suis très vieux, mais pas à ce point …). Je savais aussi qu’il y avait un Elliott Murphy qui faisait des disques, mais j’avais pas la moindre idée de ce à quoi ça pouvait bien ressembler, et j’avais pas fait le rapprochement entre les deux … qui étaient évidemment la même personne. Je me suis (un peu) rattrapé depuis …


Murphy, c’est un new-yorkais littéraire, d’où les notes de pochette du Velvet. Il fait aussi de la musique et son premier disque (« Aquashow ») sort en même temps que le premier d’un de ses potes, un brave gars du New Jersey, Springsteen de son nom, Bruce de son prénom. Et comme le Bob Dylan, grosse influence pour les deux, n’est pas au mieux dans ce premier tiers des années septante, on les présente bien sûr comme les nouveaux Bob Dylan …

On connaît la suite pour Springsteen … on sait aussi que c’est un mec bien qui n’oublie pas ses vieux copains et il a fait monter sur scène plusieurs fois Elliott Murphy quand ses tournées passent par la France. Parce que Murphy est maintenant depuis une quarantaine d’années le plus français des new-yorkais ou inversement …

Alors, oui, Murphy il aurait pu être Springsteen à la place du Boss, … si tant est qu’il en ait eu envie. Parce qu’au départ, il avait tout pour lui, la culture, la belle gueule d’ange blond (s’ils ont fait des virées ensemble, avec le Bruce, pas difficile de savoir qui rentrait accompagné et qui retournait seul se palucher dans sa piaule de Hoboken), et il écrivait des chansons impeccables … sans vendre des disques. D’où une carrière de voyageur, un disque, un label …

« Just a story from America » est son quatrième. Cette fois-ci chez la vénérable maison Columbia, celle de Dylan … mais aussi de Springsteen et de Billy Joel … autrement dit, ça faisait beaucoup de types qui faisaient à peu près la même chose au même endroit au même moment … comme dans le film « Highlander », il a fallu procéder par élimination … là aussi, on connaît le vainqueur …

E Murphy et .... Slash ? Bruce Springsteen ? Faites vos jeux ...

Dans « Just a story … », il y a évidemment du Springsteen en filigrane, mais d’autres choses aussi. Mais c’est surtout de l’Elliott Murphy. Le gars sait composer, aborde plein de genres de ce qu’on appellera classic rock. Le résultat est superbe à deux exceptions près. A la batterie, il y a Phil Collins, qui à l’époque ne dédaignait pas de cachetonner entre deux bouses de Genesis. Je vais pas dire que le type n’y comprend rien, mais le rock, c’est pas manifestement son truc. Présence envahissante, plein de technique, et aucun feeling. Il n’y a qu’un titre où il ne joue pas, et ça s’entend, et la comparaison n’est pas à son avantage, même si le dénommé Barry DeSouza, qui officie sur ce « Caught short in the long run », n’est pas le plus connu (doux euphémisme) des batteurs des seventies …

Et s’il faut aller chercher des poils sur des œufs, on peut parler de la voix de Murphy. Impeccable sur les ballades et les mid-tempo, ça se complique sur les rythmes rapides et quand il faut lâcher les watts. Là, Murphy souffre du syndrome vanne EGR encrassée, ça manque de puissance (putain, si après pareille comparaison, je suis pas contacté par AutoPlus pour la place de rédac’chef, c’est que la presse écrite automobile va vraiment mal …). Ce manque de coffre (!) est particulièrement audible sur des titres comme « Think too hard » ou « Darlin’ (and she called me) ».


Il y a sur ce « Just a story … » de bien belles choses. « Drive all night » pour commencer. Un petit rock sautillant sympa, des riffs de cuivres (pour la seule fois sur le disque), dans une ambiance à la « Speedy Gonzalez ».  Oui, je sais, y’a un titre de Springsteen qui s’appelle « Drive all night ». Les deux n’ont rien en commun (si ce n’est ce goût de la conduite nocturne), et celui du Boss sortira trois ans plus tard …

Les deux moments forts de la rondelle s’appellent « Rock ballad » et « Anastasia ». Le premier bénéficie (et le mot trouve ici tout son sens), d’une intervention lumineuse de Mick Taylor et jette une passerelle entre Stones et Boss. Le second (sur la fin des Romanov) passera quelques fois sur les radios françaises (tard la nuit), et il y a un chœur gospel, on pense forcément à « You can’t always get what you want » (le classique des Louise Attaque) et la mélodie évoque celle de « Rock’n’roll suicide » de Maître Gims (c’est ça les réflexes automatiques, on commence par citer Genesis, et puis on finit par lister tous les trucs qu’on déteste …).

Pour être exhaustif, une mention pour la ballade « Summer house » et le mid tempo « Let go », dans le haut du panier du genre. Un mot pour le morceau-titre, étrange trame reggae (dans le sens où ça n’a pas grand-chose à voir avec les Jamaïcains, c’est pas non plus du reggatta de Blancs à la Police, on est plus près des tentatives dans le genre de Tatie Elton John ou d’Elvis Costello). Et Last but not least, la ballade springsteenienne qui clôt le disque, qui se nomme « Caught short in the long run », et qui par sa construction évoque « Jungleland » …

Comme ses prédécesseurs « Just a story … » sera une gamelle commerciale. Murphy s’exilera à Paris, recueilli dans un premier temps par (qui d’autre à l’époque) les gens de New Rose … Il se produit encore aujourd’hui accompagné depuis des années par son fils à la batterie et Olivier Durand (un ancien de la Story de Little Bob aux guitares). Il a le cheveu moins blond et plus rare, mais une sacrée présence live et ses concerts peuvent durer très très longtemps … Elliott Murphy écrit aussi des livres …

Un artiste majuscule en somme …