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THE B-52's - PLAY LOUD (1979)

 

Quand les Athéniens nous atteignirent ...

Parce que les B-52’s furent les premiers à mettre Athens, Géorgie, sur la carte du rock, devançant de quelques années R.E.M. Et vous, dont la science encyclopédique n’a échappé à personne, vous demandez comment deux groupes majeurs du rock U.S. et même d’ailleurs ont pu voir le jour dans un bled de même pas cinquante mille âmes. Fastoche, parce que Athens est une des villes universitaires de Georgie, et les facs ont toujours été aux States un lieu propice à la création de groupes de rock.

Schneider, C. Wilson, Strickland, R. Wilson & Pierson

A l’origine, un apprenti chanteur, Fred Schneider et ses deux potes, le guitariste Ricky Wilson et le batteur Keith Strickland. Un trio rejoint par Cindy, la sœur de Ricky, et une routarde excentrique d’une dizaine d’années leur aînée, Kate Pierson. Un groupe presque paritaire, c’était peu commun à l’époque. Mais très tôt, les B-52’s allaient se faire remarquer grâce à la coiffure des deux filles (une idée de Pierson semble t-il), mix improbable entre les pompadours de l’Ancien Régime et les pièces montées capillaires des Merveilleuses lors du Directoire. Aretha Franklin avait ébauché le genre (pochette de « Lady Soul »), et Amy Winehouse en donnera une version débraillée et titubante. Cette éphémère mode capillaire sur le campus d’Athens (sauf pour Pierson et Wilson, qui en feront leur look définitif) deviendra dans l’argot des étudiant(e)s un B-52’s (à cause du fuselage avant du bombardier lourd américain). Et rapidement le nom du groupe …

Se faire remarquer par des excentricités capillaires (et des tenues flashy et/ou fluo qui seront vite le quotidien des cinq) c’est un début, ça attire les yeux, mais quand on fait de la zique, faut aussi attirer les oreilles. La Géorgie, c’est le fief des foutus frangins Allman et de tout le catéchisme du rock sudiste qui va avec, de la technique velue et des solos d’un quart d’heure. Pas dans les possibilités ni même les envies des B-52’s. Les cinq vont donc faire autre chose, le contraire en fait, des trucs rigolos, loufoques et festifs.


Si le groupe ne compte aucun virtuose, tous jouent approximativement de plusieurs instruments, et au moins trois (Schneider et les deux filles) savent chanter correctement. Musicalement, ils regarderont en arrière (le rock des origines, et surtout son sous-genre, le surf instrumental), et feront une petite fixette sur la sci-fi vintage qui vécut son âge d’or cinématographique à la même époque.

« Play loud » (ou « The B-52’s », car « Play loud » n’est écrit nulle part sur la pochette originale) sera leur première parution. Peu inspiré par l’air punk du temps (juste une accélération du tempo, autant que leur technique le leur permet), mais remarqué (surtout aux States, mais pas que) pour son côté enjoué et chatoyant.

« Planet Claire » ouvre le bal. Une intro surf sur fond de légers bidouillages électroniques (genre « Telstar » pour ceux qui ont la réf) qui par sa durée (deux minutes trente) aurait pu faire un single, jusqu’à ce que de gros riffs de guitare soutenus par la voix menaçante de Schneider l’envoient dans une dimension baroque. Sur ce titre, on n’entend pas les deux filles. Qui vont se rattraper sur le titre suivant, « 52 girls », emmené par la voix suraiguë de Kate Pierson (c’est une vraie grande chanteuse, à l’aise sur plusieurs octaves et plusieurs registres, voir la kyrielle de chansons d’autres artistes sur lesquelles elle a participé). Musicalement, on reste dans le rockab-surf.


« Dance this mess around » n’a rien à voir avec le « Mess around » de la figure tutélaire musicale de la Géorgie, le sieur Ray Charles (à la limite, une joke-hommage). Pierson y chante lead, toujours dans les aigus (mais moins perce-oreilles que dans « 52 girls »), sur un mid tempo minimaliste genre « Fever » (d’Angele et Dua Lippa ou d’Elvis, je sais plus …).

Masterpiece du disque, « Rock lobster » est mené par un énorme riff de basse, une guitare orientalisante, et des arrangements sautillants genre tex-mex. Titre totalement hors de toutes les normes connues et de tous les sentiers battus, qui passe en revue un bestiaire sous-marin et réussit à capter l’attention pendant sept minutes, avec les trois préposés au chant qui alternent au micro.

Les B-52’s, qu’on pourrait supposer en party permanente sans se poser trop de questions, n’en conservent pas moins leurs lignes directrices, des riffs « old school », du fun, et cette fascination un peu crétine pour l’univers sci-fi 50’s. Quoi de mieux pour l’illustrer que « There’s a moon in the sky (called the Moon) », qui par son intitulé pourrait passer pour une blague de carabin. Ben non, c’est un titre construit, sérieux, qui n’oublie pas les fondamentaux du rock, qui se cache derrière des lyrics totalement loufoques. S’il fallait une preuve que musicalement les B-52’s ne font pas n’importe quoi, « Hero worship » est un titre très rentre-dedans, porté par un immense riff que n’aurait pas renié un Keith Richards. « 60608-842 » n’est pas un numéro d’écrou (le coup avait déjà été fait par Toots & The Maytals pour un absolute reggae classic). C’est le numéro d’une sex-line (fictive) où après avoir fait patienter le client (en surtaxé of course), il est déconnecté avant que Tina, la star du réseau, prenne son appel … Tout çà avec gros riff rockab en avant et vocaux démultipliés par les trois au micro …


La vraie surprise arrive avec le dernier titre. Et ma foi, c’est pas une bonne surprise. Changement radical de tempo, très ralenti ici, minimalisme instrumental austère. Tout ici est à l’opposé de ce qu’on a entendu depuis le début. Et pourtant, il y avait matière à poursuivre sur la même lancée fun, car le matériau de base s’y prêtait, rien de moins que le « Downtown » un des plus gros hits de l’éternelle Petula Clark (je croyais qu’elle était claquée, ben non elle continue toujours de pousser la chansonnette à bien plus de quatre vingt dix balais). La reprise « déconstruite » et ralentie de ce gros succès des 60’s est à mon sens un naufrage total. Dommage car jusque là, « Planet Claire » était irréprochable.

« Planet Claire » sera un gros succès qui traversera les océans, car en plus d’être rigolos et plein de bonne humeur sur disque, les B-52’s donneront des concerts festifs et spectaculaires (le look des filles n’y sera pas pour rien), tout en restant fidèles à un son très rock 50’s. Une paire de disques suivront, dans la même veine mais moins marquants. Le décès de Ricky Wilson (SIDA) en 1985 remettra en cause la survie du groupe (il n’était pas seulement le frère de la chanteuse, il était l’âme des B52’s). Qui deviendra plus expérimental (donc plus chiant), s’accordant de longues parenthèses sous les radars …le temps de l’insouciance était bel et bien fini.

A leurs débuts, les B-52’s ont marqué leur temps. A ses débuts, Cyndi Lauper en sera une descendante évidente …





PAUL McCARTNEY & WINGS - BAND ON THE RUN (1973)

 

Wings over Africa ...

Juillet 1973. Paul McCartney renoue après une longue période (à son aune s’entend) de vaches maigres avec le haut des charts, grâce à la bande-son d’un James Bond, « Live and let die ». Enfin, pas vraiment McCartney, mais son groupe, les Wings. Ou son backing band, selon comment on envisage les choses, tant les Wings sont aux ordres de Macca. Ce qui redonne un coup de boost au brave Paulo, qui de Beatle essentiel, évoluait lentement vers le statut de ringard.

Lennon avait mis le monde à ses genoux avec la doublette « Plastic Ono Band – Imagine », et se permettait même, par chansons interposées, de se gausser de son ancien meilleur pote (« How do you sleep »). Le Beatle tranquille Harrison s’était fendu (with a little help from his friends) d’une triple rondelle vinyle, qui comme tous les triple était bien trop longue, mais contenait des trucs brillants. Et Ringo, me direz-vous ? euh il était sûrement au bar en train de siroter des cocktails, compter ses bagouzes et faire de l’œil à toutes les jolies filles qui passaient par là …


Donc McCartney va vouloir frapper un grand coup avec ses Wings, et sortir un disque qui va marquer son temps. Il veut ce qui se fait de mieux sur le plan sonore pour enregistrer, se fait refiler une liste exhaustive des meilleurs studios du monde, et choisit sur la foi de rumeurs aussi dithyrambiques qu’invérifiables, celui de Lagos au Nigéria.

Un périple exotique qui ne ravit guère le guitariste et le batteur qui rendent leur tablier avant le départ, laissant les Wings sous la forme de trio (Paul et son inamovible Linda, plus Denny Laine, l’ancien co-fondateur des Moody Blues).

Las, le périple au Nigéria tournera court, le studio est plus proche de la cabane à Sam Philips que des adresses high-techs occidentales. De plus, le Nigéria est un pays où alternent guerres civiles et dictatures, et les trois Anglais en goguette ne tardent pas à se faire braquer rudement en plein jour. Enfin, dernière cerise sur le clafoutis, un musicien local un peu beaucoup mégalo, un certain Fela, accuse McCartney de traîner au Nigéria juste pour piquer la musique des Noirs, antienne classique des périodes de tension raciales.

Wings au Nigéria : welcome to the jungle

Direction l’aéroport, pour Macca et ce qu’il lui reste de groupe, pour finir l’enregistrement dans les plus cossus et moins dangereux studios Air de Londres. Logiquement, on devrait s’attendre au pire artistiquement après pareilles débandades. Ben non, brothers and sisters « Band on the run », est une des meilleures (si ce n’est la meilleure) galette de McCartney hors Beatles. C’est bien simple, « Band on the run » me fait penser à la fin de « Abbey Road », sauf qu’au lieu d’aligner des vignettes de trente secondes, ici ça dure cinq minutes, tout en passant du coq à l’âne (parfois sur le même morceau) mais sans jamais donner l’impression d’un gloubi-boulga indigeste.

Le morceau-titre ouvre le disque. Une intro à la Stevie Wonder, une ballade avec la voix toute miel de Paulo, et puis, au bout d’une minute, place aux synthés (datés) en avant, et une minute plus tard, on rebat les cartes, on change tout … et là, on pense forcément au chef-d’œuvre de Brian Wilson (et des Beach Boys) « Good Vibrations ». La partie la plus mélodique de « Band on the run » et son refrain sont ultra-connus, et l’ensemble permet de s’apercevoir, pour ceux qui en doutaient, que McCartney est un compositeur hors norme doublé d’un exceptionnel chanteur. En cinq minutes, il vient de montrer que plus que n’importe quel autre sur cette planète, il peut être les Beatles à lui tout seul.

Tiens puisque le nom magique est lâché, vous vous souvenez (et ‘tain si vous vous en souvenez pas, retournez écouter Jul et Aya Nakamachin) de la pochette de « Sgt Pepper’s … », où l’on voyait grâce à un photo-montage tout un tas de célébrités, contemporaines ou pas, entourer les quatre garçons dans le vent ? Celle de « Band on the run » n’est pas un montage. On y voit les trois Wings entourés de quelques peoples de l’époque (qui ont oublié de passer à la grosse postérité) mais surtout, au dernier rang et au centre Christopher Lee (pour quelle raison le Prince des Ténèbres – oubliez le piteux Ozzy Osbourne - aux mille vies et encore plus de morts est-il là, mystère et boule d’opium) et James Coburn (de passage à Londres pour un tournage). Même pour ces stars confirmées du grand écran, on refuse pas de prendre la pose à côté de(s) McCartney. Il aurait pu y avoir aussi Dustin Hofmann, qui est l’instigateur d’un titre (on en recausera plus bas de cette folle histoire …).


J’ai parlé un peu plus haut (ouais, faut suivre) de « Live and let die » (le couplet tout miel et le riff qui arrache tout pour introduire le refrain, toute la carrière de Queen est dans ce titre). « Band on the run » va nous présenter le petit frère de « Live and let die ». Il s’appelle « Jet », c’est du glam-rock à la McCartney, moins pécore que Slade, moins sauvage que Bowie, mais ça valide (ou ça suit diront les mesquins) le courant musical qui met l’Angleterre et le monde à genoux à ce moment-là …

« Bluebird », c’est le titre que détesteront ceux qui détestent Macca, parce qu’il coche toutes les cases qu’aiment mettre en avant ses détracteurs (mièvre, puéril, planplan, neuneu, … ouais, mais qui a écrit plus violent que « Helter skelter », répondez pas tous en même temps …). « Bluebird » est la ballade mélancolique, héritière des « Yesterday » et « Michelle » d’antan. Et permet de s’apercevoir que dorénavant Linda est capable d’assumer des chœurs corrects.

Cette triplette inaugurale est très bonne. Elle est suivie par le premier des deux titres qui montrent tout le génie du Paulo. « Mrs Vandebilt » il s’appelle. Le texte vise pas le Nobel de littérature (des vignettes sibyllines sur une femme libre et sur les contraintes qu’elle rejette), mais le titre possède en guise de refrain un gimmick qui tue en forme d’onomatopée chantée, le fameux « Ho, hey, ho » (à rapprocher du « Na na hey hey », rengaine égarée dans le répertoire heavy des hardeux teutons de Jeronimo). On trouve aussi dans « Mrs Vandebilt » un solo de sax dont le one hit wonder Gerry Rafferty saura se souvenir pour son « Baker street ».

Ensuite, comme Paulo est un gentil garçon, il va pas répondre aux insinuations perfides de Lennon le concernant par un texte au vitriol destiné au binoclard, il va plutôt l’attaquer sur son propre terrain. La réponse est juste musicale, elle s’appelle « Let me roll it » et c’est un blues rustique, près de l’os (cf « Yer blues » et un paquet de titres de « Plastic Ono Band »), pour prouver que s’il veut, McCartney peut tout faire. Il y a quand même une vacherie au énième degré, le Paulo double sa voix (très rare chez lui, surtout parce qu’il est un tel chanteur qu’il n’a pas besoin de subterfuges de studio), comme le fait systématiquement Lennon.

« Mamunia », c’est du McCartney que quelques-uns attendent, une ballade qui coule tellement de source, à se demander pourquoi personne l’avait écrite avant. Ce que j’ai dit sur « Bluebird » peut-être mis en copier-coller pour la définir.

Déboule ensuite « Picasso’s last words ». L’anecdote sur la création du titre est célèbre mais vaut quand même la peine d’être rappelée. Printemps 1973. Les McCartney sont en vacances en Jamaïque et y rencontrent Dustin Hofmann qui y tourne « Papillon ». Dîner en commun dans un hôtel et une discussion à bâtons rompus entre la poire et le fromage qui dérive sur l’art et la création. La mécanique qui amène la construction d’une chanson demeure une énigme pour Hofmann, qui ne se considère que comme interprète (d’un scénario, d’un texte, d’une vision du réalisateur) et se demande comment on peut « inventer » dans le domaine artistique, par exemple écrire une chanson. McCartney lui dit que c’est facile, on prend un thème, une idée, un bout de phrase et l’inspiration vient. Défi de Hofmann, qui prend un magazine qui traîne et qui fait ses gros titres de la mort toute récente de Pablo Picasso, dont les derniers mots prononcés, à la fin d’un dîner entre amis qu’il a quittés pour aller se reposer, se sentant fatigué ont été « Drink to me, drink to my health » (Picasso est mort pendant son sommeil d’une embolie pulmonaire). McCartney se lève, va au piano de l’hôtel, et en quelques secondes trouve une mélodie (qui deviendra le refrain) reprenant les derniers mots de Picasso. Voilà, voilà, c’est facile d’écrire une chanson … A noter pour que l’histoire soit complète que « Picasso’s last words » cite des plans entiers de « Jet » et « Mrs Vandebilt », à moins que ce ne soit l’inverse, ce qui rendrait la prouesse moindre …


« No words » qui suit est le titre le plus faible de la rondelle. Parce qu’il cite de façon un peu trop évidente le son de l’intro de « Strawberry fields forever » (de Lennon, ça c’est limite vachard), avant de partir dans tous les sens, parfois en dépit du bon (sens). Heureusement, il a la bonne idée de ne durer que deux minutes et demie.

« Nineteen hundred and eighty five », c’est un peu « Lady Madonna » revisité (même rythme, mélodie cousine, et même voix trafiquée qui donne l’impression d’écouter un acétate des années 20 …). Et comme toute cette fin de disque, parfois en roue libre, retour à la case départ et autocitation avec au final du titre quelques mesures de « Band on the run » …

Sur l’édition de Cd 2013, on trouve en plus en bonus le single paru en éclaireur « Helen wheels », petit boogie somme toute anecdotique et « Country dreamer », machin country-rock un peu neuneu qui montre que McCartney est vraiment capable de chanter n’importe quoi (dans tous les sens du terme).

Depuis la parution de « Band on the run » en décembre 73, on tente à intervalles réguliers de nous faire croire que la dernière galette du Paulo est la meilleure depuis les Beatles. Fake news comme dirait Donald …


Du même sur ce blog :

McCartney
Egypt Station







THE BETA BAND - HEROES TO ZEROS (2004)

 

We can be heroes just for one day ...

… ou presque. Parce qu’ils n’a pas duré très longtemps, le Beta Band. Une poignée d’années et trois disques, au tournant du siècle. Et puis basta. Evaporés dans la nature dans l’incompréhension totale, une reformation confidentielle sans passage en studio en 2025, R.A.S de notable au niveau des carrières solo …


Et pourtant, on commençait à parler beaucoup d’eux (et en bien), ils avaient été portés sur les fonds baptismaux et adoubés à grands renforts de superlatifs par deux mastodontes de l’époque, Radiohead et Oasis, avaient ouvert pour eux en concert, ce « Heroes to zeros » avait reçu un bon accueil critique, se vendait pas mal Outre-Manche.

Radiohead et Oasis donc. Je sais pas ce que les dépressifs d’Oxford ou les sourcilleux frangins leur avaient trouvé, mais on peut pas dire que la musique du Beta Band ressemble à ce qu’ils faisaient. Juste quelques saturations de guitare avec parcimonie peuvent avec beaucoup d’imagination évoquer Oasis, et une ambiance électronique cafardeuse sur un titre (« Space Beatle », qui n’a rien de spatial et rien à voir avec les Fab Four) faire penser à la bande à Yorke, dont le producteur attitré Nigel Godrich est crédité au mixage de ce « Heroes to zeros », le Beta Band se réservant la production.

Qu’est-ce qu’on peut bien raconter sur le Beta Band ? Qu’ils sont Ecossais, que les deux fondateurs, Steve Mason et Gordon Anderson (ce dernier ayant assez vite jeté l’éponge pour cause de maladie) sont amis d’enfance, que leurs pochettes de disques sont plutôt moches, celle de « Heroes to zeros » détenant le pompon, affreux mix entre Marvel et mangas (c’est un pote au groupe qui en est responsable et coupable).


« Heroes to zeros », sorti au temps du Cd roi est conçu comme un vinyle : la quarantaine de minutes syndicales, douze titres, les six premiers (première face) plus « faciles », les six autres (seconde face) plus « expérimentaux ».

Globalement, « Heroes to zeros » est un disque agréable, « facile » à écouter. Le Beta Band est plutôt doué pour l’écriture, allant jusqu’à glisser plusieurs morceaux dans le même, dans la tradition du « Good vibrations » des Beach Boys. Un break, un changement de rythme, et le titre part dans une autre direction. Même si ce genre de galipette d’écriture n’est pas forcément ma tasse de thé (tout le monde n’est pas Brian Wilson), y’a rien à dire, c’est le plus souvent bien fait. Les quatre Beta Band semblent jouer de plein d’instruments, ce qui donne une grande variété de sons, c’est pas monolithique, on s’ennuie pas. Et de temps en temps, des cuivres et des cordes point trop envahissants amènent leur contribution.

Deux titres (qui n’ont pas fait grande carrière dans les charts ») sont extraits de « Heroes to zeros ». « Assessment » qui inaugure le disque débute avec ses guitares à la U2, sa mélodie saccadée à la Talking Heads, avant un break ponctué par un gros riff bien saturé qui débouche sur un final bien graisseux, très rock. « Out-side » mélange guitares saturées et accalmies, ça rappelle ce que faisait Blur à peu près à la même époque, c’est un titre sympa sans être renversant.

Parmi les titres hautement recommandables, priorité à « Lion thief », pastiche (?) du Jefferson Airplane période « Surrealistic pillow ». C’est totalement bluffant, ne manque que la voix acidulée de Grace Slick. « Easy » titille aussi les oreilles, avec son intro (également au clavinet ?) qui renvoie immédiatement au « Superstition » de Stevie Wonder, avant que le titre se transforme en folk (l’harmonica) sur rythmique hip-hop (ça à l’air totalement improbable présenté de la sorte, mais ça se laisse écouter). Et que le Grand Cric me croque si au début de « Wonderful » c’est pas la mélodie du « Paint it black » (de qui vous savez ou alors c’est que vous êtes un pasdaran égaré sur ces pages) avant que le batteur écrase ses toms sur fond de gros riffs bien craspecs, avant un folk alangui à la fin.


Et tant qu’on est à parler de folk (y’en a plein de bribes sur ce disque), un mot sur « Troubles » qui renvoie à la fin des sixties où Fairport Convention tenait la dragée haute aux spécialistes américains du genre.

Tous ces titres sont au début de l’album. Le reste est plus … comment dire … compliqué. Plutôt expérimental, comme signalé quelque part plus haut, mais qui laisse souvent dubitatif. « Rhododendron » (déjà rien que le titre fait peur), on dirait une méthode Assimil pour orgue Hammond et clochettes, heureusement c’est le morceau le plus court du disque. « Liquid bird » sample Siouxsie pour un rendu étonnant (en l’occurrence pas vraiment un compliment), son très mat, voix étouffée, alors que la grande prêtresse punk était tout en saturation dans les aigus. Et les deux derniers titres « Simple » et Pure for » ne font pas partie des plus réussis, le premier fait penser aux foirades sonores de Kate Bush (ça lui arrive, nobody’s perfect), et le second folk acoustique parasité par plein de bruitages, évoque le Wilco des mauvais jours (ça leur arrive aussi, nobody’s perfect bis).

Après ce disque, honnête sans être indispensable, le groupe s’est séparé, apparemment sans explication connue. On en connaît de moins talentueux qui ont duré bien plus longtemps …





BLUR - PARKLIFE (1994)

 

La guerre est déclarée ...

La grosse affaire du milieu des années 90, c’était la britpop et la rivalité Blur / Oasis. Présentation rapide des protagonistes. Oasis, c’était les prolos de Manchester menés par les frères ennemis Gallagher. Travaillistes jusqu’au bout des sourcils qu’ils avaient fort denses, supporters de foot, amateurs de picole et de défonce. Et grandes gueules. Musicalement, du gros boucan mélodique, empruntant aux Beatles et aux Stones revisités heavy. Principaux atouts, un brillant mélodiste, Noel, un grand chanteur, Liam, et deux premiers albums irréprochables et farcis de hits à reprendre en chœur dans les stades.

Blur 1994

En face, des Londoniens vaguement bobo / arty, Blur. Menés par Damon Albarn, un blondinet fan des Kinks et de Bowie, soutenu par un guitariste binoclard, Graham Coxon. Des minots qui la jouaient plutôt profil bas, sortaient des disques que pour faire simple on qualifiera de pop, lesquels disques se vendaient de mieux en mieux. De confidentiel avec des disques brouillons, Blur progressait à chaque rondelle, le groupe devenait connu voire reconnu.

1994 sera l’année de Blur et d’Oasis, année qui verra la parution de « Parklife », troisième rondelle des Londoniens, et de « Definitely maybe », la première d’Oasis. Les deux disques seront précédés de singles marquants (« Girls & boys » pour Blur, « Supersonic » pour Oasis). Les deux titres finiront en haut des charts, mais pas à la première place (le premier au printemps, le second à l’automne). Blur ayant un temps d’avance sur les parutions de singles et d’albums, ils deviendront la cible privilégiée d’Oasis, résolus à humilier leur « ennemi ». Des déclarations fracassantes et pas toujours très finaudes des frangins Gallagher raviront les tabloïds, qui se renforceront quand dès sa parution, « Defintively maybe » obtiendra un succès considérable, pulvérisant des records de vente. Il n’en faudra pas plus pour que les frangins en rajoutent une couche dans leurs provocations orales. Première manche pour Oasis, mais le combat se poursuivra l’année suivante, quand le « Country house » des Blur, numéro un des charts, surclassera « Wonderwall » d’Oasis, lui piquant cette première place. Inutile de dire que les Gallagher cracheront tout leur venin (« j’espère qu’ils choperont tous le Sida », ce genre d’amabilités) sur les gars de Blur. Qui durant toute la séquence jouaient le plus souvent l’indifférence que la surenchère en tous genres.

Les deux groupes n’ont qu’un gros point commun : plus Anglais qu’eux, tu peux pas. Pour schématiser, en 1994, Oasis, c’est des plus très jeunes qui jouent pour des vieux et Blur des jeunes qui jouent pour des jeunes. Et Blur ont l’arme secrète absolue, Damon Albarn, dont les progrès à l’écriture sont exponentiels d’un disque à l’autre.

« Parklife » ne vaut pas « Definitely maybe », avis ferme, définitif, etc …

Coxon & Albarn

« Parklife » part dans tous les sens, à toute blinde (seize titres en à peine plus de cinquante minutes, ça défile, on a pas le temps de s’ennuyer). Avec parfois des sorties de route, des morceaux qui tiennent plus de la blague de carabin que du pop-rock-machin … Exemple type, chaque face vinyle se terminait par des instrumentaux genre flonflons de fête foraine et bal musette. Heureusement, ils durent moins de deux minutes, il n’empêche qu’on se demande ce qu’ils viennent foutre là … Dispensable également, la sorte de ballade expérimentale « Far out » ouvre de piètre façon la seconde face du vinyle.

Le reste, certes hétérogène, c’est quand même du sérieux. Blur, c’est avec « Parklife », un groupe encore sous influence, avec derrière nombre de titres, de grands ancêtres (anglais, of course). Visible, l’influence du Madness des grands titres pop du début des 80’s, quand ils avaient mis en sourdine leurs blagues ska, et le « Clover over dover » de Blur est de la veine de choses comme « Our house ». Bowie a dû se reconnaître dans la ballade « To the end » (Albarn en fait une bonne imitation vocale), et plus encore dans « Jubilee » qu’on jurerait échappé des sessions de « Ziggy Stardust », et qui constitue un petit frère de « Suffragette City », avec un Coxon qui remet au goût du jour les parties de guitare de Ronson. Les Kinks sont aussi de la revue sur « Parklife » avec là un très grand titre, « Tracy Jacks ». Qui doit beaucoup au Ray Davies des sixties. Et aussi un peu au Who de la même époque, et aux Jam de la fin, période « The gift ». Plus anglais que « Tracey Jacks » tu peux pas.

Blur & Moet & Chandon

Blur est un vrai groupe, composé des quatre mêmes depuis plus de trente ans. Bon, on pourra toujours dire que la rythmique (Alex James, Dave Rowntree) n’est pas du calibre de Bogert-Appice, mais les deux autres, c’est du lourd. Graham Coxon est un guitariste brillant, capable de passer d’arpèges discrets à de furieuses ruades électriques toutes en saturation. Voir son parcours solo, une litanie de disques discrets souvent remarquables, et son nouveau projet avec sa femme (The Weave, superbe disque éponyme). Damon Albarn, c’est un touche-à-tout génial plus souvent qu’à son tour. Bon chanteur, compositeur prépondérant chez Blur, cheville ouvrière de multiples projets et collaborations longues comme un bottin (Gorillaz, The Good, The Bad & The Queen, des disques avec des musiciens maliens, avec Tony Allen le batteur de Fela, des opéras, des musiques de film, des apparitions sur de multitudes de disques, …)

Ces quatre boys next door, ils sont capables de sortir des trucs imparables sur ce « Parklife ». « Girls & boys », leur premier hit majeur, est une sorte de synthèse de trente ans de pop anglaise, et reste trois décennies après sa parution un truc qui se laisse écouter et un des incontournables du groupe. « Parklife » le titre, grosses batterie et guitare, ressuscite une power pop qu’on croyait disparue. « London loves » avec ses guitares à la Fripp-Belew, c’est aussi original que du Rita Mitsouko à l’époque, c’est dire si c’est bien. « Trouble in the message center », ça aurait pu figurer tel quel sur un disque de – oui, oui – Oasis, c’est dire si ça envoie le bois, « This is a low » avec son refrain à la « Hey Jude » est un autre grand classique du groupe. « To the end » est une ballade à la Bowie, « End of the century » n’a rien à voir avec les Ramones, c’est juste un autre grand titre pop. Et un seul titre sonne (un peu) américain, c’est « Badhead », ballade construite sur une trame country, avec ses faux airs du « San Francisco » de Scott McKenzie.


Malgré deux-trois machins dispensables, « Parklife » mérite amplement le détour.

Et la suite de la guerre Blur / Oasis, me direz-vous ? Vainqueurs du premier round : Oasis avec leurs deux premiers disques. La suite pour les Gallagher Bros sera une longue plongée dans une production de plus en plus mauvaise avec comme apothéose la tragi-comédie de la baston et de la dissolution de Rock en Seine. Par charité, on n’évoquera pas les carrières solo de Liam et Noel. Côté Blur, des disques de plus en plus exigeants, qui évoluent de la pop grand public vers des choses beaucoup plus expérimentales d’une belle qualité. Second round pour Blur. Alors que l’on croyait la partie terminée, un bon disque de Blur et la très prévisible tournée de reformation d’Oasis au succès colossal (et à la tarification dynamique) ont fait l’actualité des derniers mois. Les deux groupes semblent avoir enterré la hache de guerre. Noel Gallagher et Damon Albarn ont même écrit une chanson ensemble (pour un disque de Gorillaz).


NENEH CHERRY - RAW LIKE SUSHI (1988)

 

Tout, tout, tout pour ma Cherry ?

Euh, non … « Raw like sushi », c’est un disque, comme son interprète, quelques peu disparus des radars. Qui a cependant eu un beau succès à la fin des 80’s, grâce à quelques titres bien foutus et novateurs (pour l’époque), et au charisme de la Neneh.


Neneh Cherry, elle a d’abord un nom connu. Le même que celui du jazzman Don Cherry. Qui n’est pas son père, mais son beau-père (Neneh naquit de deux artistes, une mère suédoise et un père du Sierra Leone). Elle s’est lancée tôt dans la musique, dans un oubliable et fort heureusement oublié groupe de jazz-funk, Rip Rig and Panic, dont elle était la chanteuse. Sous l’influence d’un premier mari vite révoqué, elle participera à d’autres obscurs projets, avant de rencontrer l’homme de sa vie, Cameron McVey. Une digression Closer qui a son importance ici.

Alors, oui, le disque est au nom de Neneh Cherry, c’est elle en photo sur la pochette (sexy mais pas nunuche, allure et regards déterminés genre « vous pouvez toujours me mater, mais n’essayez pas de me toucher »). La musique de Neneh Cherry n’a rien à voir avec le jazz de beau-papa, rien à voir avec le rock, rien à voir avec le passé (elle a commencé au début des années 80, avec le post-punk, et n’a pas remonté l’écheveau).

Elle a succombé au rap (elle se débrouille pas mal, en fout dans tous ses titres, quand bien même certains auraient pu s’en passer, enfin, c’est mon avis), et fréquente des bidouilleurs de synthés, des DJ’s, des programmeurs. Son disque est fait essentiellement avec des machines, des programmations, des boucles, des samples. La Neneh n’est que la partie visible de l’iceberg. Elle chante, écrit les paroles, et a son (petit) mot à dire sur la musique. Les hommes de l’ombre derrière cette rondelle sont lorsqu’elle est sortie à peu près des inconnus. Mais qui ne vont pas le rester. Le plus présent, c’est son mec, McVey, sous le pseudo de Booga Bear. Au casting des titres, on trouve aussi Tim Simenon (pseudo Bomb The Bass), Mark Saunders (qu’on retrouvera plus tard à la production de Cure, Tricky, Lydon, et des remixes pour Depeche Mode, Bowie, …), Nellee Hooper (créateur et tête pensante de Soul II Soul, collaborateur occasionnel de Björk, Madonna, U2, No Doubt, …), DJ Mushroom (Andy Wowles de son nom, homme de l’ombre de Massive Attack), et quelques autres moins connus.

Neneh Cherry & Cameron McVey

Allez voir leurs bios et vous verrez que la plupart sont nés ou vivent à ce moment-là à Bristol. Et qu’ils seront partie prenante dans la scène dance-electro-machin qui va éclore au début des 90’s avec Soul II Soul, Massive Attack, Portishead, Propellerheads, Tricky, Roni Size et consorts (ou pas) …

Ceci posé, il faut avoir l’oreille fine ou l’imagination débordante pour trouver beaucoup de similitudes entre Neneh Cherry et ces gens-là. Ce « Raw like sushi », c’est de la chansonnette basique, avec du rap, et des machines à la pointe du progrès générant les sons qui vont avec (le progrès).

Hasard ou pas, les trois meilleurs titres sont les trois premiers du disque, et en plus, rangés par ordre décroissant de qualité. En éclaireur, « Buffalo stance », le hit majeur de la rondelle. Une intro à la « Smoke on the water » de qui vous savez (et si vous savez pas, shame on you), les « instruments » arrivent les uns après les autres, du rap sur les couplets et un court refrain très mélodique (les Red Hot Chili Peppers n’ont rien inventé sur leurs meilleurs titres). « Manchild », joli succès aussi, est très pop, avec ses arrangements de fausses cordes, le passage rappé ne concerne qu’un court pont. « Kissed on the wind » sort aussi du lot, même si qualitativement, on est descendu de plusieurs étages. Le gimmick de l’intro parlée en espagnol amuse vingt secondes, un gros tapis de percussions mène la danse, et on trouve quelques intonations à la Madonna.


Madonna dont il sera aussi question (on est plus près du plagiat que de l’inspiration) sur « Inner City Mamma », très proche, jusque dans le chant de ce que faisait la Cicconne avant « Like a virgin ». Autre superstar de l’époque, Michou Jackson, dont les gros beats funky semblent l’inspiration majeure de « Outré-Risqué Locomotive » (??). Sinon, on a droit à un follow-up de « Buffalo stance », ça s’appelle « Heart », c’est conduit par un rap piaillé dans les aigus, et ça fait mal aux oreilles. Sont également de la revue une prévisible ballade (« Phoney ladies »), un titre 100% rap (« The next generation ») on s’en doute assez loin de Public Enemy, c’est rien de le dire mais ça va mieux en le disant. A l’opposé « Love ghetto » est totalement chanté mais trois fois hélas, ne vaut pas tripette.

Ce disque est sorti en 88 sous deux formes. Une version vinyle de dix titres, largement suffisante. Et une version Cd, qui comme il restait de la place, nous gâte avec quatre titres supplémentaires, un inédit oubliable et trois remix des trois meilleurs titres qui prennent un malin plaisir à les dé(cons)truire, les transformant en bouillasse sonore peu ragoûtante. Que ce soit en format vinyle ou cd, « Raw like sushi » ne tient pas la route sur la longueur, et sur la durée, a tout de même pris un sacré coup de vieux …

« Raw like sushi » obtiendra malgré tout des critiques favorables, se vendra bien, boosté par ses trois singles. Diminuée par la suite par la maladie de Lyme, Neneh Cherry mettra sa carrière en très gros pointillés, réussissant seulement à revenir dans les charts en 1994 grâce à son très bon duo avec Youssou N’Dour (« Seven seconds »).





BUDDY HOLLY & THE CRICKETS - THE CHIRPING CRICKETS (1958)

 

Holly soit qui mal y pense ...

25 Février 1957. Séances d’enregistrement de « That’ll be the day », paru cinq mois plus tard. 3 Février 1959. Mort de Buddy Holly dans un crash d’avion. En comptant large, 23 mois de « carrière ». Enfoncés Hendrix, Cobain, et tous les crucifiés du Club des 27 (de toutes façons Holly n’avait que vingt deux ans). Question reconnaissance posthume, Holly bat tous les records.

Parce que parmi ceux qui l’ont comme référence primordiale, y’a du lourd. Du très lourd.

Buddy Holly & the Crickets

Bob Dylan. Dans son discours (qu’il a envoyé, il a pas daigné se déplacer) à l’occasion de la remise du Prix Nobel de littérature (2016), il cite comme influence majeure (en lieu et place de tous les Guthrie, Seeger ou Leadbelly auxquels on était en droit de s’attendre) Buddy Holly. Il explique qu’à dix sept ans, il a fait 150 bornes pour le voir en concert, deux jours avant sa mort. Et qu’il a ressenti pendant le show l’émotion musicale de sa vie, que c’est grâce à Buddy Holly qu’il a voulu écrire des chansons et les jouer sur scène.

Les Beatles. Un certain John Lennon, traumatisé par son second (et dernier) disque (l’éponyme « Buddy Holly ») se fait le même look que lui, (coupe de cheveux et binocles) et baptise le premier groupe qu’il forme avec McCartney les Silver Beetles, en hommage aux Crickets, les accompagnateurs de Buddy Holly. Les Beatles reprendront « Words of love » sur « Beatles for sale » leur quatrième disque.

Les Rolling Stones. Leur troisième single anglais est une reprise de « Not fade away » (numéro 3 des charts). C’est aussi leur premier single paru aux Etats-Unis.

C’est pas tout. De tous ceux que l’on qualifie de « pionniers » du rock, Buddy Holly est un des très rares (avec le Johnny Burnette Trio) à opérer avec un backing band attitré, les Crickets. Qui faisait qu’il pouvait sortir des disques sous son nom propre ou avec son groupe (de toute façon, c’étaient les mêmes qui l’accompagnaient). Seul Rod Stewart a fait aussi bien voire mieux à l’époque des Faces, dont il était le chanteur (chez Warner), les mêmes Faces l’accompagnaient sur ses disques solo (chez Mercury). Buddy Holly, en « solo » ou avec les Crickets, était chez MCA.

Buddy Holly

Plutôt pingre, la vénérable maison ricaine. Ce « Chirping Crickets » dure 26 minutes pour 12 titres. Ce qui aurait pu laisser de la place pour rajouter quelques singles dont le Holly n’était pas avare (un tous les deux mois en moyenne, et pas des bouche-trous). Pour ne rien arranger à l’histoire, ce disque est doté d’une pochette assez repoussante. Certes, Buddy Holly et ses copains n’étaient pas des sex symbols (on leur donnerait cinquante balais chacun), mais j’espère qu’ils ont pas payé le photographe. Avec en plus d’avoir l’air totally neuneu, il manque un morceau de la tête à celui à gauche de Buddy Holly (en fait non, après avoir vu plusieurs photos sur le Net, il avait une coiffure vraiment très étrange) …

Mais comme un disque, belle pochette ou pas, c’est surtout fait pour être écouté, il y a quoi à se mettre entre les oreilles dans « The chirping Crickets » ? Au moins cinq classiques du binoclard. Avec par ordre d’apparition « Oh boy » (rockabilly aux relents de gospel), « Not fade away » (transposition en encore plus saccadée du Diddley beat), « Maybe bay » (quintessence du Buddy Holly style, premier génie pop ever, du Beatles avant l’heure), « It’s too late » (grille d’accords éternelle pour chialer dans sa bière parce la baby elle s’est barrée), et l’imputrescible « That’ll be the day », un des classiques absolus du rock des 50’s.

Ce qui permet de se rendre compte de plusieurs choses. Buddy Holly était un compositeur de génie, et un chanteur étonnant, vocalement limité à bien des égards, des limites qu’il arrive à compenser par un élan juvénile (on y va, on fonce, on verra bien …), participant à la création de ce phrasé approximatif à base de hiccups et de changements incessants d’octaves, que l’on trouve souvent dans le rock des pionniers.

Autre chose dont on se rend compte. Les trois-quarts des titres sont cosignés par Norman Petty, également producteur exécutif. On a longtemps vu dans Petty une sorte d’escroc à la Colonel Parker. Sauf que contrairement au faux bidasse d’Elvis, Petty avait déjà un petit nom dans le music business, ayant travaillé avec notamment Roy Orbison et « découvert » le tout jeune Waylon Jennings qui intègrera la dernière version des Crickets (et a eu la bonne idée de céder sa place dans l’avion qui allait se crasher au Big Bopper). Bon, sinon Petty s’est paraît-il bien gavé abusivement de droits d’auteur, mais son travail en studio est incontestable, et il n’est pas stupide d’affirmer (tendance générale) que sans Norman Petty, il n’y aurait pas eu de Buddy Holly, ou du moins pas à ce niveau-là.


Parce que Holly est un défricheur. Et un traditionnaliste à la fois. Défricheur parce qu’il a introduit dans le rock des fifties, un caractère mélodique inédit, séparé, voire déconnecté de l’aspect rythmique qui jusque là l’incluait (voir le cas d’école Chuck Berry, où c’est le rythme qui contient la mélodie). Et traditionnaliste parce que Buddy Holly part très souvent d’extrapolations de choses bien définies comme le gospel (« Oh boy ») et surtout le doo wop (« You’ve got love » et les quatre derniers titres de la rondelle, pas les plus connus et qui font un peu office de remplissage tant ils semblent déclinés à l’identique d’une même matrice).

Le remplissage final, certainement pour capitaliser sur les premiers succès des singles (« That’ll be the day ») finira dans le Top 3 des hit-parades), limite l’impact de ce premier Lp. Les progrès en termes de composition de Buddy Holly seront exponentiels, les titres d’anthologie s’enchaîneront à une vitesse frénétique. Le « Buddy Holly » paru à la fin de la même année sera meilleur.

Une bonne compilation (« The very best of Buddy Holly & the Crickets » de 1999 est parfaite) reste cependant la meilleure porte d’entrée pour l’œuvre de l’auteur le plus original des années 50.


Du même sur ce blog : 

Buddy Holly
The Very Best Of Buddy Holly & The Crickets


FLASH CADILLAC AND THE CONTINENTAL KIDS - FLASH CADILLAC AND THE CONTINENTAL KIDS (1972)

 

Sooner or later ...

Ils étaient pas forcément au bon endroit (le Colorado, c’est pas l’Etat qui a fourni le plus de musiciens célébrissimes), mais surtout ils étaient pas là au bon moment. Flash Cadillac & The Continental Kids (joke on ne peut plus ricaine, nom à base de bagnoles, la marque Cadillac et la Lincoln Continental, j’y connais pas grand-chose, mais je crois que c’est un mix des deux sur la pochette), ils ont commencé dans les seventies et ont eu leurs cinq minutes de gloire en tant que Herby and the Heartbeats (le groupe de la scène de bal dans « American Graffiti » le film de George Lucas).


Flash Cadillac, déjà en 72, ils regardent dans le rétroviseur. A peu près pile poil dix ans en arrière, soit vers 1962, époque, on nous l’a appris à l’école, où la musique américaine était pas au mieux. Les antiques pionniers de la fin des 50’s étaient soit morts physiquement soit, pire, artistiquement. Bob Dylan, les Byrds, la Tamla, Spector, … n’en étaient au mieux qu’à leurs premiers vagissements. Les charts étaient occupés par de jeunes (voire très jeunes) gens (blancs) BCBG, mêlant avec une précision d’experts comptables relents de doo-wop et restes de rock, et généralement prénommés Frankie (Avalon, Valli, voire Lymon bien que ce dernier soit – ô scandale – noir). C’est cette génération et cette époque qu’on voit dans au cinéma « American graffiti », et un peu plus tard dans « Grease ».

Donc Flash Cadillac etc … ils sont un peu dans un no man’s land revival, coincés entre Sha Na Na (sorte d’ancêtres américains de Au Bonheur des Dames, célèbres pour s’être égarés au milieu des hippies à Woodstock), et le revival rockab initié à partir de 75 par Robert Gordon et jackpotisé au début des 80’s par les Stray Cats. Les six Flash Cadillac sont soit des attardés musicaux, soit des précurseurs, en tout cas totalement hors sujet et à peu près sans équivalents dans l’Amérique du début des 70’s.


La descendance des teen idols est clairement affichée au verso de la pochette de ce disque, leur premier, avec une dédicace encadrée d’Annette Funicello, toute jeune star maison de Disney des années cinquante (en 72 en grosse perte de vitesse sinon oubliée), sorte de grand-mère virtuelle des Britney Spears ou Zendaya … Assez étrangement, alors que le décorum renvoie à de l’hyper consensuel, c’est beaucoup moins évident à l’écoute de « Flash Cadillac … ».

Quand ils donnent dans le rockabilly, ils font pas penser au gentil Ricky Nelson, mais plutôt au Johnny Burnette Trio (« Reputation »), voire à Eddie Cochran (« Nothin’ for me », étonnante de similitudes). Mieux, sur un titre comme « Endless sleep », Flash Cadillac etc … sonne en 72 comme les Cramps de 82. Faut fouiner dans les crédits (maigres, sur certaines rééditions, dont la mienne, y’a même pas les auteurs des chansons) pour trouver écrit en petit que le producteur de « Flash … », c’est nul autre que cette grande asperge déjantée de Kim Fowley, grand amateur de « coups » musicaux qui verra son obstination à truster le haut des charts par groupes (manipulés) interposés, obtenir le jackpot avec les gamines trashy et rock’n’roll des Runaways (Joan Jett, Lita Ford et consorts …). Pourquoi le groupe ou Epic, leur label, sont-ils allés chercher Fowley, mystère et boule d’opium …

Les Flash Cadillac ont beau être six, ils écrivent peu (à eux deux, le claviers et le guitariste ont signé trois titres sur douze). « Flash … » est donc surtout un disque de reprises. Et l’on s’aperçoit vite que c’est pas « l’authenticité » qui compte, mais plutôt la façon de sonner, de jouer qui importe. C’est léger, ludique, parfois trop, mais ça fait partie du concept. Les Flash Cadillac sont au rock’n’roll des origines ce que Madness des débuts sera à la musique jamaïcaine.

Côté loufoquerie, ça commence d’entrée avec la reprise de l’antique « Muleskinner blues (Blue yodel # 8) » vieille scie du countryman Jimmie Rodgers, reprise déjà de multiples fois (de Woody Guthrie à Dolly Parton qui venait d’en faire un hit national). Après le « Reputation » évoqué plus haut, les Flash Cadillac font un mauvais, très mauvais sort à « Crying in the rain », une des plus belles chansons du monde créée par les Everly Brothers. La filiation gaguesque avec Sha Na Na frappe les oreilles avec le sautillant « Betty Lou », que les au Bonheur des Dames ont dû écouter, tant leur « Oh les filles » va lui ressembler … Une reprise instrumentale (comme l’original) de « Pipeline » des Chantays n’apporte rien à ce classique de la surf music.


La face B (oui, on cause bien 33 RPM, ce disque n’a jamais été réédité en Cd) débute avec « She’s so fine », un des deux « classiques » de Flash Cadillac, qui figurera l’année suivante sur la B.O. de « American graffiti » (en compagnie de « At the Hop », autre titre du groupe et leur plus gros succès, qui sera sur l’album suivant, ces deux morceaux étant il me semble bien les deux seuls à être postérieurs à 1962, année où se déroule l’action du film). A propos de « At the hop », le dernier titre du disque « Up on the mountain » semble en être le brouillon avec son rythme doo-wop accéléré. Le reste de la face, hormis le plagiat ? - hommage ? de Cochran déjà évoqué ne mérite pas de passer à la postérité …

Et tant qu’on parle de postérité, celle de Flash Cadillac & the Continental Kids n’a pas traversé les décennies. Certes cet album et le suivant, boostés par « American graffiti » se vendront un peu, un troisième paraîtra (en fait une compilation des deux précédents), un autre fera un four monumental, et vers 75, le groupe se dispersera (avant des tentatives avortées de reformation à destination du marché nostalgia pendant des décennies). Aucun membre du groupe ne connaîtra par ailleurs succès et gloire. Pire, quand le revival rockab initié par les Stray Cats explosera, ils ne seront jamais cités comme influence par quelque porteur à banane de blouson de cuir.

Les Flash Cadillac ont joué la carte du gag sonore, ils n’auront jamais aucune reconnaissance ni crédibilité. Une page anecdotique du rock américain des 70’s …





DEEE-LITE - WORLD CLIQUE (1990)

 

Victime de la mode ...

Tel pourrait être son nom de code à Deee-Lite. Parce que trois petits (33) tours et puis s’en vont …

Ils furent pourtant les rois des airplays radio de l’année 90. Parce que ce qu’ils produisaient était ce que le public attendait (ou on leur a fait croire, au public, que ce qu’on leur faisait écouter était ce qu’ils avaient envie d’entendre).


A cette époque-là, la demi-décennie charnière fin 80’s – début 90’s où ce qu’on pourrait qualifier du vocable généraliste grand public de musiques dansantes électroniques passait de l’underground (les vinyles white labels à destination des DJ’s pressés à quelques dizaines d’exemplaires) au succès de masse (les bien nommés Massive Attack par exemple), ce qu’il fallait c’est se faire remarquer, sortir du troupeau d’anonymes. Et quoi de mieux que d’avoir une chanson qui passe à la radio et un clip à la télé ?

En 1988, ce fut Lisa Stansfield avec « All around the world ». Qu’on ne peut taxer d’opportuniste, c’était une vraie bonne chanteuse, qui grouillotait depuis quelques temps avec des joueurs de disquettes (Coldcut en l’occurrence). 1989 consacra Yazz, longiligne peroxydée amatrice de fringues fluo en plastoc qui fit la farce avec « The only way is up ». Yazz et Stansfield, deux Anglaises, et le continent apprécia.

Les Américains, jamais les derniers lorsqu’il s’agit de faire tinter le tiroir-caisse, obtinrent leur revanche en 1990 avec Deee-Lite et « Groove is in the heart ». Deee-Lite, c’est censé être un groupe (ils sont plus de deux). Dont la figure de proue est Lady Miss Kier (Kierin Magenta Kirby pour l’état-civil). Look Kate Pierson (la rousse à choucroute des B-52’s) revisitée par un couturier psychédélique (les fringues à motifs bucoliques). Fréquentant assidument les clubs dance newyorkais et s’acoquinant avec des DJ’s pour essayer de se faire remarquer. Au début des 80’s, ça avait donné Madonna. Lady Miss Kier est bien des tons en dessous, aujourd’hui on la qualifierait d’influenceuse, avec tout le côté péjoratif accolé au vocable.

Lady Miss Kier, toute en discrétion ...

Son « groupe », c’est elle et deux DJ’s. Exotiques. Un Russe, Dmitry et un Japonais, Towa Tei. Qui pour ne pas être en reste avec leur chanteuse, s’habillaient bariolé et fluo, avec un mauvais goût que les camions portugais devaient leur envier. Deee-Lite, c’est avant tout la réunion de trois fashionistas. Bo Diddley chantait deux points ouvrez les guillemets « don’t judge a book by its cover ». Ben y’a des fois que si. Livrés à eux-mêmes, les trois Deee-Lite accouchent de quelques machins sans le moindre intérêt, vaguement dans l’air du temps electro-dance-house-etc …, qui constituent la matière première de « World Clique », leur premier disque.

Et dans cette mélasse, on se surprend parfois à dresser l’oreille, et clignote quelque part le nom de James Brown (oui, on parle bien du même). Alors on feuillette le livret du Cd pour voir si le Godfather of Soul est crédité quelque part. Que nenni. Mais par contre, dans les intervenants de quelques titres, on voit apparaître le nom de Bootsy Collins. Et aussi ceux de Fred Wesley et Maceo Parker. Soit un tiers des mythiques JB’s, excusez du peu. Pourquoi traînent-ils là ? Apparemment Bootsy Collins fréquentait beaucoup les clubs newyorkais et comme vestimentairement (sans parler des binocles) il passe pas lui non plus vraiment inaperçu, la Kier l’a sollicité, il a dit banco et a amené ses deux vieux poteaux … Alors on se repasse la rondelle et bingo, c’est bien ça.

Deee-Lite, Bootsy Collins  et un DJ

Les trois ex-JB’s sont pas très souvent présent, unfortunately. Ils contribuent, et pas qu’un peu au hit « Groove is in the heart » (pour ceux que ça intéresse, le passage en rap dans le titre est de Q-Tip, le leader des concernés et militants A Tribe Called Quest, vous savez ceux qui avaient samplé la ligne de basse de « Walk on the wild side » pour leur hit « Can I kick it »). Collins, Wesley et Parker sont aussi présents sur « Try me on », le vrai meilleur titre du disque.

Sinon, pour être juste, faut reconnaître que les Deee-Lite ont fait tout seuls comme des grands « Power of love », un truc dance bêtement efficace quoiqu’un peu longuet. Et qu’ils se sont inspirés (pour pas les accuser de plagiat) de Kid Creole & The Coconuts pour « Smile on ». Le reste mérite pas qu’on s’y attarde …

Sur la lancée du méga-succès de « Groove is in the heart », ce « World Clique » se vendra bien. La suite confirmera les vides artistiques qu’il contient. Deux successeurs suivront, dont tout le monde a oublié le titre. Avant la débandade finale (quand Kier et Dmitry ne feront plus chambre commune disent ceux qui s’y connaissent en potins de plumard). On ne sait ce que les DJ’s sont devenus, Kier a elle continué un peu dans la musique (Djette), et évidemment, on l’a beaucoup aperçue dans les gradins des défilés de mode. Mission accomplie ?