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THE LIMIÑANAS - I'VE GOT TROUBLE IN MIND 7" AND RARE STUFF 2009/2014 (2014)

 

From Cabestany to Chicago ...

Cabestany ? c’est quoi, qui, où, … ? Bon, je vous dit tout. Pour ceux qui auraient oublié de réviser leur géographie, chapitre Pyrénées-Orientales (au milieu du fond d’une carte de France), Cabestany, c’est un peu la banlieue de Perpignan. Perpignan, on en entend parler, c’est le laboratoire du RN dans les villes de plus de 100 000 habitants, avec l’ex à Marine La Peine dans le rôle du maire, et avec les extraordinaires résultats qui vont avec : dette municipale en croissance exponentielle, idem pour les effectifs de police et la délinquance (comme quoi … no comment), copinage et favoritisme à tout-va, et subventions municipales en panne pour tout ce qui a l’air culturel, … et c’est pour ces tristes tocards que plein de gens veulent voter, ‘tain on est mal …

Marie & Lionel Limiñana

Les Limiñanas, ils sont pas potes avec Louis Alliot et ils ont bien raison. Les Limiñanas, c’est le rock de la France provinciale d’en bas, ceux dont logiquement on devrait jamais entendre parler parce qu’ils sont pas parisiens. Et d’ailleurs, leur carrière a commencé avec une forte odeur de sapin. Les Limiñanas, c’est Lionel et Marie, époux légitimes. Disquaires un temps en ville, ils montent ensuite un groupe-duo. Et se font remarquer et signer par un tout jeune label de Chicago, Trouble in Mind. Faut dire qu’avec leurs influences (en gros, années 60, version garage) ils avaient peu de chances de concourir dans les minables télécrochets de l’époque. Et c’est pas avec des débuts pareils que tu vas remplir des Stade de France quand tu fais un concert.

Avec une constance qui mérite le respect, les Limiñanas vont faire leur musique droits dans leurs godillots, sans aucune concession à l’air du temps. Bon, pas de quoi leur filer une médaille, y’en a des bottins pleins de groupes comme eux, qui font leur truc en se foutant totalement de l’audience qu’ils peuvent recueillir. Et réciproque à peu près toujours vérifiée, de l’audience ils n’en ont point.

Sauf que les Limiñanas, ils étaient tellement bons que plein de gens ont voulu jouer avec eux. Les plus connus étant le voisin catalan Pascal Comelade, jusqu’au plus improbable, le pape de la techno underground française Laurent Garnier, en passant par le très barré Anton Newcombe (du Brian Jonestown Massacre), avec lequel et la très people Mathilde Seigner (Mme Roman Polanski pour ceux qui avaient oublié de renouveler depuis cinquante ans leur abonnement à Gala) ils formeront même un groupe side-project, L’Epée. On peut aussi citer parmi ceux ayant croisé la gamme avec eux, des gens aussi dissemblables que Bertrand Belin ou le couple Areski – Brigitte Fontaine, …

Pourquoi tant de gens veulent collaborer avec les Limiñanas ? Peut-être bien parce qu’ils ont du talent et n’hésitent pas à le partager. Les Limiñanas, c’est un peu nos White Stripes ou nos Black Keys, un duo guitare (lui), - batterie (elle). Particularité, aux débuts, c’est le plus souvent (voire quasi exclusivement) Marie au chant.


Ce qu’il y a de bien avec cette rondelle, c’est que le titre dit de quoi il retourne. Une compilation de faces A ou B de 45T, de collaborations, de participations à des projets divers et variés, du temps de leur signature sur Trouble In Mind, de 2009 à 2014, c’est-à-dire l’époque de leurs débuts discographiques.

Les deux premiers titres font partie de la légende des Limiñanas. « I’m dead », chanté par Marie en anglais, c’est de la pop psychédélique 60’s à la sauce française, comme en sont remplies les compiles Wizzz !, avec sur le refrain une mélodie qui se rapproche de celle de « Harley Davidson » de Gainsbourg – Bardot. « Migas 2000 », toujours rock psyché acidulé fait une large place à la guitare fuzz de Lionel, un élément sonore qui deviendra un peu la marque de fabrique du groupe. Le texte est une recette de cuisine, celle de la fabrication des migas, spécialité de la cuisine ibérique à base de viande et de pain émietté, comme quoi, du moment que ça fait la farce, on peut chanter sur n’importe quel thème.

Il n’y a dans cette compile bien évidemment rien qui soit allé affoler les compteurs de ventes. Mais plein de titres sympas, où alternent réminiscences très 60’s, soit qu’on les envisage du côté yé-yé français (le côté mélodique et acidulé), soit du côté garage américain (le côté très binaire alourdi par les guitares fuzz, qui finissent par s’incruster dans tous les titres). Les titres originaux se taillent la part du lion, même si d’évidentes influences transparaissent. « Je m’en vais » présente pas mal de similitudes avec « Cheree » de Suicide (les bidouillages rythmiques cheap, les paroles « Chéri, chéri … » d’entrée, le phrasé nonchalant, …). « Tu es à moi », où l’on repère un riff à la « You really got me », un ensemble très Troggs, et un final à la « Louie Louie ». Avec « Mobylette » (un clin d’œil au « Vélomoteur » des feues Calamités qui s’abreuvaient – normal pour des Bourguignonnes – aux mêmes sirops 60’s ?), Lionel écrase la pédale fuzz. Au final « Dead swan » c’est plutôt la wah-wah chère à Hendrix qui est à l’honneur, l’orientalisante « Liverpool » (featuring Lio est-il annoncé, mais on du mal à l’entendre la Reine des Brunes), fait penser au « Black Mountain side » du 1er Led Zep.

On le voit et surtout l’entend, les Limiñanas sont un groupe lettré, qui aime tel un Petit Poucet version rock’n’roll, semer des indices sur son chemin. Et pour que les choses soient bien claires, trois reprises clarifient le propos, l’intention, et le background musical du duo.

Les Limiñanas en formation live

Un chant de Noel (« Christmas », what else) signé Greenwich, Barry et Spector, évoque bien le style girl-group, mais laisse de côté le wall of sound cher au nabot emperruqué. « An ugly death » est une déférence-hommage à Jay Reatard, garagiste phare des années 2000, et mort à trente ans en 2010. Last but not least, le « I know there’s a answer » des Beach Boys de « Pet sounds », certes moins aérien que l’original, vient nous rappeler que ce titre est un des préférés des rockeurs purs et durs des générations suivantes (Frank Black l’avait repris sous sa variante « Hang on to your ego » sur son premier disque d’après Pixies).

A l’heure où ils signent sur Trouble in Mind (label qu’ils remercient sur l’évidente « (I’ve got) Trouble in mind », qui semble surgie de la compile Nuggets), les Limiñanas ne sont plus des perdreaux de l’année. Ils ont eu le temps d’accumuler les références, et de roder leur répertoire on the road à de multiples reprises. Les Limiñanas tournent beaucoup, publient pas mal de choses. Si c’est le couple Lionel-Marie qui est les Limiñanas, ils aiment bien s’entourer de gens de la « famille » sur scène (ils sont au moins une demi-douzaine en concert, avec autant sinon plus de guitares que Lynyrd Skynyrd). Pour les avoir vus deux fois live, je dirais que c’était bien mieux avant, vers 2020, que deux-trois ans plus tard une fois la notoriété venue, avec sono monumentale à donf, un cyclone de guitares fuzz sans répit, Marie qui ne chantait plus un seul titre, on aurait dit un Brian Jonestown Massacre des mauvais soirs (qui sont nombreux je vous le concède) …



Des mêmes sur ce blog :

Malamore




CHRISTOPHER NOLAN - MEMENTO (2000)

 

La mémoire dans la peau ...

En 2026, on ne présente plus Christopher Nolan. Le gars sort des films dont on parle beaucoup. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que Nolan ne recherche pas la facilité. De la virtuosité technique (« Dunkerque », « Inception », « Tenet »), des mythes revisités (sa trilogie très dark de Batman, en attendant sa relecture de « L’Odyssée »), des scénarios très prise de tête pour ne pas dire incompréhensibles (« Inception », « Tenet », « Memento »). Finalement, c’est quand il est le plus « classique » (et le moins intéressant ?) qu’il cartonne le plus au box office (« Le prestige », « Interstellar »).

Nolan & Pierce

« Memento » est une œuvre de jeunesse, Nolan n’a que trente ans, c’est son second film, il a un petit budget, très loin des productions pharaoniques qui finiront par suivre, un casting qui n’affiche pas de stars intergalactiques, et un scénario fait maison (écrit par son frangin Jonathan). Ce scénario est tout banal (un revenge movie, un type veut retrouver et buter le violeur assassin de sa femme). Oui mais voilà, il est magnifié par deux idées de génie.

La première, c’est de montrer l’histoire en marche arrière (un Gaspar Noé avec « Irréversible » deux ans plus tard saura s’en inspirer et le reconnaître) et d’insérer au milieu de ce découpage à rebours (et en couleurs) une histoire-flashback annexe (chronologique et en noir et blanc).


Ça donne quoi ? Un truc époustouflant, hors-norme, où on ne comprend pas grand-chose (rassurez-vous, même après plusieurs visionnages, y’a plein de choses qui restent mystérieuses), mais on est pris dans cette spirale spatio-temporelle. Un peu comme le héros, Leonard Shelby (interprété par l’acteur australien Guy Pierce, révélé dans le queer road-movie « Priscilla folle du désert ») qui souffre d’une maladie peu commune, l’amnésie antérograde. En gros le cerveau a sauvegardé le passé, mais on se retrouve avec la mémoire vive d’un poisson rouge, on perd tout souvenir de ce qu’on a fait la minute précédente. Avec deux scènes géniales. La torgnole balancée à sa copine Natalie, qui sort de la maison, s’assied dans sa bagnole et revient aussi sec en accusant un dealer de l’avoir tabassée. Et la course poursuite à pied dans un parking avec un dealer armé, où Shelby ne sait plus s’il est poursuivi ou si c’est lui qui poursuit, c’est quand les balles siffleront à ses oreilles qu’il comprend que c’est lui le fuyard.

Shelby souffre de cette maladie depuis qu’il a pris un coup sur la tête en essayant de sauver sa femme. Solution pour pas perdre le fil et les pédales : prendre des photos (de sa piaule, de sa voiture, des gens qu’il rencontre) et les annoter (un tel est un menteur, telle autre pourrait l’aider par pitié, …). Quand aux éléments les plus importants, il se les fait tatouer sur le corps pour être sûr de ne rien oublier. Et pour pas se mélanger les crayons, tatouage primordial, le nom de Sammy Jankis sur le poignet.

Moss & Pierce

C’est ce Sammy Jankis (interprété par Stephen Tobolowski, un habitué des seconds rôles) qui lui sert de fil conducteur. Dans sa vie antérieure, Shelby était enquêteur pour une compagnie d’assurances, chargé de démasquer les fraudeurs. Jankis avait perdu sa mémoire immédiate, et malgré le soutien total de son aimante bonne femme, après entretiens et enquêtes par Shelby, a été reconnu simulateur par ce dernier, et privé d’indemnités de soins. C’est cette histoire en noir et blanc (qui finira mal pour Jankins et plus encore pour sa femme) qui vient s’intercaler dans la traque actuelle de Shelby.

Les deux personnages qui aident (ou pas, no spoil) Shelby dans sa quête sont Natalie (une serveuse de bar), et Teddy (un pote, un flic, un dealer, l’assassin ? no spoil bis), joués par Carrie-Anne Moss et Joe Pantolanio, à l’affiche ensemble l’année précédente sur le blockbuster des encore frères Wachowski « Matrix ». Le montage de Nolan est serré, oppressant et anxiogène (on est comme Shelby, sous pression permanente, en train d’essayer de comprendre ce qu’on voit et de démêler le vrai du faux). Sans oublier quelques sourires sarcastiques (Shelby se sent obligé d’informer tous ses interlocuteurs de quelle maladie il souffre) quand le réceptionniste du motel lui loue chaque fois qu’il arrive une nouvelle chambre, alors qu’il l’a fait payer d’avance, ou quand Natalie et les clients de son bar crachent dans la bière qu’il va boire quelques secondes plus tard.

Pantoliano & Pierce

Pearce est excellent, look Bowie période « Let’s dance », mâtiné de G.I., il se bastonne et dégomme une paire de types de sang froid. C’est d’ailleurs par cet aspect que l’histoire de Nolan coince un peu, cette transformation de l’employé d’assurance en une sorte de machine à tuer genre Van Damme-Schwarzie-Stallone … Mais comme on a les neurones en surchauffe pour essayer de tout piger, ça passe finalement crème.

Comme Noé avec « Irréversible », Nolan a remonté son film « à l’endroit ». Pas vu cette version et pas vraiment envie de la voir (après avoir vu les deux de Noé, c’est évidemment l’originale la meilleure, et de loin), on doit y perdre tout le « charme » de ce maelstrom à rebrousse-poil.

« Memento » a placé Nolan parmi les espoirs caméra en main à suivre. Il n’a pas déçu ceux qui avaient misé sur lui, sur la base de ce petit film indé bouclé en quatre semaines …


JACQUES AUDIARD - DE BATTRE MON COEUR S'EST ARRETE (2005)

 

La leçon de piano ...

« De battre … » est le quatrième film de Jacques Audiard. En fait un remake (avec beaucoup de libertés prises par rapport à l’original) de l’assez oubliable « Fingers » (« Mélodie pour un tueur » en V.F.) de l’Américain James Toback, avec Harvey Keitel dans le rôle principal.

« Fils de », du grand scénariste Michel Audiard (il suffit de citer « Les Tontons flingueurs »), Jacques Audiard avait déjà un nom, il commence à se faire un prénom. « De battre … » va surclasser ce qu’il avait fait jusque là, et précéder son premier chef-d’œuvre « Un prophète ».

Duris & Audiard

« De battre mon cœur s’est arrêté », il paraît que grammaticalement ça s’appelle un chiasme. En fait, Audiard a piqué le titre à un autre grand manieur de style, Jacques Lanzman, qui avait utilisé cette tournure syntaxique dans « La fille du Père Noel », chanson créée par Dutronc en 1966 (avec le riff de « I’m a man » de Bo Diddley et de « Hoochie Coochie Man » de Muddy Waters et Willie Dixon, le même riff sera repiqué par Bowie pour « Jean Genie », fin de la parenthèse musicale). D’ailleurs Audiard, dans une scène de son film coupée au montage final, faisait passer le titre de Dutronc sur l’autoradio de sa bagnole et Duris le reprenait en chœur.

Bon, parce que « De battre … » est porté par Romain Duris, qui doit être de toutes les scènes. Duris, c’est l’acteur fétiche de Cédric Klapisch, qui a beaucoup tourné, sans atteindre une renommée majeure. Avec « De battre … » il va franchir un palier (même si parmi la tripotée de Césars glanée par le film, il n’aura pas celui de meilleur acteur).

Zaccaï, Cohen & Duris

Duris est T(h)om(as), et donne dans l’affairisme immobilier. En dehors de toutes les règles. Son truc, c’est d’encaisser des loyers présumés perdus, de virer des squatteurs à coups de batte de baseball, et une fois les locaux libérés, de prendre une grosse commission (en liquide of course) sur leur revente. Ses « associés » sont Fabrice (Jonathan Zaccaï) et Sami (Gilles Cohen). Parenthèse, on retrouvera ces deux-là une décennie plus tard (Zaccaï dans un grand second rôle et Cohen en personnage récurrent) dans la série « Le Bureau des Légendes », dont – le monde est petit – Audiard tournera les deux derniers épisodes.

Tom est le fils d’une pianiste concertiste (morte, on sait pas de quoi ou pourquoi) et d’un père (Niels Arestrup) qui fut lui aussi un cador de l’affairisme immobilier, qui a initié Tom au métier, mais qui là, actuellement, a quelque peu perdu la main … Tom passe son temps à écouter de la musique au casque (de la techno-electro-machin-truc), mais a gardé un piano de sa mère et un petit home studio. Un jour que par hasard il traîne à l’entrée d’une salle de concert classique, il se branche avec le prof de sa mère qui lui suggère de reprendre des cours de piano qu’il a depuis longtemps abandonnés et de passer une audition.

Linh-Dan Pham & Duris

La brute de l’immobilier se coltine donc les douceurs mélodiques de Bach (« Toccata en mi mineur ») prend des cours avec une virtuose asiatique (Linh-Dan Pham, la fille adoptive de Deneuve dans « Indochine »), doit gérer une passion soudaine pour la femme de Fabrice (Aure Atika) et un père qui fraye avec des mafieux russes dangereux (pléonasme). Comme on n’est pas chez la Comtesse de Ségur, tout va tourner vinaigre. Seul l’épilogue du film (deux ans après les faits montrés) laissera voir la possibilité d’une reconversion-rédemption …

Le personnage de Tom est très fouillé (normal, puisqu’il est de toutes les scènes). Duris est excellent, tout en nervosité impulsive, et incapable de gérer plus d’une chose à la fois. Quand il prend ses cours de piano, il oublie ses potes et son « boulot », leur fait foirer un gros coup, sa passion pour la femme de son pote lui fait négliger tout le reste, il est « ailleurs » quand son père, maintenant « dépassé » demande son aide (quand ça commence à chauffer grave avec les Russes, il se contente de les menacer par téléphone et de sauter l’escort qui les accompagne, Mélanie Laurent dans un de ses premiers rôles), ou lui présente sa nouvelle compagne (Emmanuelle Devos) que Tom méprise et traite comme une vulgaire catin. 

Arestrup & Duris

Avec son envie de réussir son audition, Tom change de vie, finies les soirées avinées et les bastons qui vont avec après une « affaire » rondement menée, et les coups d’un soir draguées en boîte ou ramassées sur le trottoir, place à l’improbable liaison « sérieuse » avec la femme de son pote. Le type toujours à cran ne bronche pas quand il se fait malmener et rabrouer par sa prof de piano qui ne parle pas un mot de français, il s’applique à essayer de communiquer avec elle, … Duris, qui savait déjà jouer du piano, a réellement pris des cours, et c’est lui qui joue le plus souvent (les parties les plus compliquées sont faites par sa sœur Caroline Duris, vraie concertiste virtuose, le reste de la musique est composé par Alexandre Desplat, et le « Monkey 23 » des Kills est présent deux fois, et accompagne le générique de fin).

Audiard impose sa patte, sa vision de l’histoire, élague impitoyablement son propos. Vingt minutes de scènes tournées sont virées au montage (principale victime, Emmanuelle Devos, rôle majeur dans son précédent « Sur mes lèvres » et qui au final n’aura droit ici qu’à deux-trois scènes) sous prétexte de « redondance ». Audiard veut donner du rythme, veut coller au caractère sanguin de son personnage principal. Quitte à donner dans le déroutant.

Atika & Duris

Première scène, où un Gilles Cohen introspectif raconte à un Duris qui a l’air de s’en foutre royalement, les rapports compliqués qu’il a eus avec son père et maintenant avec sa fille. Cette intro bizarre a été rajoutée au dernier moment, et plus ou moins improvisée. Deuxième scène, les trois compères dans une bagnole, avec caméra à l’intérieur et musique de l’autoradio qui parasite les dialogues, se rendent devant un immeuble, sortent deux sacs qui remuent de la malle, et les ouvrent devant un appart, laissant s’échapper un troupeau de rats. On ne comprend que pouic à ce début de film, Audiard explique qu’il a voulu interpeller le spectateur, le forcer à se concentrer sur l’histoire qu’il va lui présenter. Et plusieurs fois, on doit faire l’effort de comprendre ce qui s’est passé entre deux scènes et qui n’a pas été montré, et on a parfois du mal à saisir les notions de temps (genre ça se passe quand, trois heures ou trois semaines après la scène précédente ?).

Audiard entend filmer « le réel ». Très peu de trucages, et la caméra qui colle à ses personnages (de très gros plans des visages), est embarquée dans les voitures, et présente dans le vrai trois-pièces de 50 m² où Duris et sa prof répètent du Bach.

C’est dans « De battre … » qu’Audiard fait appel pour la première fois à Niels Arestrup sur lequel il avoue avoir eu des réserves, ne lui confiant qu’un second rôle, estimant qu’un acteur de théâtre aurait du mal dans un film. Il a révisé sa position, Arestrup se révèle excellent, et il aura un rôle majeur dans son tournage suivant, celui de « Un prophète » …





INTERPOL - TURN ON THE BRIGHT LIGHTS (2002)

 

New York City Cops ?

Moi, quand je vois dans le titre d’un disque « bright lights » je peux pas m’empêcher de penser au grand « I want to see the bright lights tonight » que l’immense et of course sous-estimé guitariste Richard Thompson accompagné de sa Linda d’épouse avait sorti vers le milieu des années septante. Un disque lumineux, solaire, pour réchauffer le cœur et l’âme. Bon, avec Interpol, on est pas vraiment dans le chaud, le lumineux et le solaire.


Interpol, ils sont de Manhattan et ont commencé à faire paraître des disques au début des années 2000. Tiens, comme les Strokes. Et la référence à la bande à Casablancas et consorts ne doit rien au hasard, les deux groupes ont (avec d’autres de la même époque) joué ensemble dans de petits clubs de la presqu’île newyorkaise. Les Strokes ont été les premiers à dégainer (l’essentiel « Is this it » en 2001). L’année suivante, « Turn on … » sera la première rondelle d’Interpol.

Les similitudes entre les deux groupes sont essentiellement géographiques et temporelles. Musicalement, c’est sensiblement différent. Même si « Roland » et « Obstacle 1 » au tempos sautillants, ne sont pas sans évoquer ceux des Strokes. Mais des Strokes mélancoliques, voire dark. Officiellement, Interpol est catalogué groupe post-punk. Ce qui ne veut pas dire grand-chose au début des années 2000, le terme étant apparu (en Angleterre) comme son nom l’indique après la vague punk de 1977-78 pour définir une mouvance dont les têtes d’affiche étaient Magazine, P.I.L., Wire, The Fall, … Voire Joy Division. Allez savoir pourquoi, ce sont ces derniers qui sont toujours cités lorsque l’on veut comparer Interpol à quelqu’un. Bien que les gars d’Interpol aient toujours affirmé à leurs débuts qu’ils connaissaient mal (comprendre pas du tout) le groupe du pendu Ian Curtis. Bon, on n’est pas obligé de les croire, pas plus que ceux qui affirment une filiation évidente. Les points communs sont assez ténus. Une basse très en avant (beaucoup plus mélodique et moins oppressante chez Interpol), et une voix parfois exagérément grave du chanteur (même si souvent trafiquée et beaucoup moins naturelle que celle de Curtis). Quant aux textes (ou du moins ce qu’on peut en saisir, c’est souvent incompréhensible et ils sont pas sur le rachitique livret), même si ça donne pas dans le Prosper youplaboum chez les Ricains, ça semble assez loin de la littérature mortifère des Mancuniens.


Bon, alors, ça ressemble à quoi, Interpol ? A plein de choses déjà entendues, mais l’ensemble sonne la plupart du temps assez (voire plus) original. Le disque débute par « Untitled » (ce doit être de l’humour de Manhattan), qui paradoxe oblige, est le titre le plus travaillé de « Turn on … », avec sa longue intro portée par la basse, et une voix traînante, triste, voilée. Moi, ça m’évoque Cure (et pas seulement parce que « Untitled » était le dernier morceau de leur chef-d’œuvre « Disintegration »). « Obstacle 1 » déjà évoqué, outre son rythme Strokes, fait penser par le traitement des guitares (il y en a deux chez Interpol), à celles expérimentales du duo Verlaine-Lloyd dans Televison (et qu’ils me disent pas que ceux-là ils les connaissent pas, Television est une des figures de proue du rock newyorkais). Tiens, autre incontournable du rock de la Big Apple, le Velvet Underground. Que je vois apparaître en filigrane dans le mid-tempo lent et la mélodie abîmée par les stridences de guitare dans (what else) « NYC », pas très loin également de la pop noisy des Jesus And Mary Chain.

Ces trois titres sont les trois premiers du disque. A mon sens aussi les meilleurs. Comme la mise en place d’une atmosphère sonore qui sera dupliquée tout du long des huit suivants. Avec quelques variantes. Ainsi « Say Hello to the angels » est le titre le plus punk de la galette, tempo rapide mais mélodique, ça évoque « Lust for life » d’Iggy Pop, et ça sone comme les Clash (sans les postillons rageurs de Strummer au micro). Et puisqu’on parlait de Joy Division, le titre qui à mon sens peut s’en rapprocher le plus est « Stella was a diver … » (le jeu de basse, la voix dans les graves). C’est le morceau le plus « atypique » du disque, en ce sens qu’il est assez différent des autres, tant au niveau du son que de l’atmosphère. Le final de « Turn on … » apparaît plus « léger », avec le « Roland » déjà cité, « The New », pop mélancolique avec des similitudes mélodiques de « Fall at your feet » de Crowded House, avant un épilogue intitulé « Leif Erickson » (le navigateur Viking qui aurait découvert le Groenland des siècles avant Trump), dont les paroles ont peu (rien ?) à voir avec le titre.


« Turn on the bright lights » il est quand même mieux qu’une litanie de références. C’est une œuvre dense, originale, peut-être un peu trop longue (cinquante minutes, quelques redites auraient pu être élaguées). Une œuvre qui s’inscrit logiquement dans le revival du rock à guitares du début du siècle. Interpol n’aura pas la notoriété des poids lourds, genre Strokes ou White Stripes. Ce « Turn on … » est considéré par ceux qui ont suivi le groupe (encore en activité, mais peu prolixe, une demi-douzaine de disques en un quart de siècle, c’est pas des cadences infernales) comme leur meilleur (quelques-uns citent aussi son successeur, « Antics », comme méritant le détour).


THE BETA BAND - HEROES TO ZEROS (2004)

 

We can be heroes just for one day ...

… ou presque. Parce qu’ils n’a pas duré très longtemps, le Beta Band. Une poignée d’années et trois disques, au tournant du siècle. Et puis basta. Evaporés dans la nature dans l’incompréhension totale, une reformation confidentielle sans passage en studio en 2025, R.A.S de notable au niveau des carrières solo …


Et pourtant, on commençait à parler beaucoup d’eux (et en bien), ils avaient été portés sur les fonds baptismaux et adoubés à grands renforts de superlatifs par deux mastodontes de l’époque, Radiohead et Oasis, avaient ouvert pour eux en concert, ce « Heroes to zeros » avait reçu un bon accueil critique, se vendait pas mal Outre-Manche.

Radiohead et Oasis donc. Je sais pas ce que les dépressifs d’Oxford ou les sourcilleux frangins leur avaient trouvé, mais on peut pas dire que la musique du Beta Band ressemble à ce qu’ils faisaient. Juste quelques saturations de guitare avec parcimonie peuvent avec beaucoup d’imagination évoquer Oasis, et une ambiance électronique cafardeuse sur un titre (« Space Beatle », qui n’a rien de spatial et rien à voir avec les Fab Four) faire penser à la bande à Yorke, dont le producteur attitré Nigel Godrich est crédité au mixage de ce « Heroes to zeros », le Beta Band se réservant la production.

Qu’est-ce qu’on peut bien raconter sur le Beta Band ? Qu’ils sont Ecossais, que les deux fondateurs, Steve Mason et Gordon Anderson (ce dernier ayant assez vite jeté l’éponge pour cause de maladie) sont amis d’enfance, que leurs pochettes de disques sont plutôt moches, celle de « Heroes to zeros » détenant le pompon, affreux mix entre Marvel et mangas (c’est un pote au groupe qui en est responsable et coupable).


« Heroes to zeros », sorti au temps du Cd roi est conçu comme un vinyle : la quarantaine de minutes syndicales, douze titres, les six premiers (première face) plus « faciles », les six autres (seconde face) plus « expérimentaux ».

Globalement, « Heroes to zeros » est un disque agréable, « facile » à écouter. Le Beta Band est plutôt doué pour l’écriture, allant jusqu’à glisser plusieurs morceaux dans le même, dans la tradition du « Good vibrations » des Beach Boys. Un break, un changement de rythme, et le titre part dans une autre direction. Même si ce genre de galipette d’écriture n’est pas forcément ma tasse de thé (tout le monde n’est pas Brian Wilson), y’a rien à dire, c’est le plus souvent bien fait. Les quatre Beta Band semblent jouer de plein d’instruments, ce qui donne une grande variété de sons, c’est pas monolithique, on s’ennuie pas. Et de temps en temps, des cuivres et des cordes point trop envahissants amènent leur contribution.

Deux titres (qui n’ont pas fait grande carrière dans les charts ») sont extraits de « Heroes to zeros ». « Assessment » qui inaugure le disque débute avec ses guitares à la U2, sa mélodie saccadée à la Talking Heads, avant un break ponctué par un gros riff bien saturé qui débouche sur un final bien graisseux, très rock. « Out-side » mélange guitares saturées et accalmies, ça rappelle ce que faisait Blur à peu près à la même époque, c’est un titre sympa sans être renversant.

Parmi les titres hautement recommandables, priorité à « Lion thief », pastiche (?) du Jefferson Airplane période « Surrealistic pillow ». C’est totalement bluffant, ne manque que la voix acidulée de Grace Slick. « Easy » titille aussi les oreilles, avec son intro (également au clavinet ?) qui renvoie immédiatement au « Superstition » de Stevie Wonder, avant que le titre se transforme en folk (l’harmonica) sur rythmique hip-hop (ça à l’air totalement improbable présenté de la sorte, mais ça se laisse écouter). Et que le Grand Cric me croque si au début de « Wonderful » c’est pas la mélodie du « Paint it black » (de qui vous savez ou alors c’est que vous êtes un pasdaran égaré sur ces pages) avant que le batteur écrase ses toms sur fond de gros riffs bien craspecs, avant un folk alangui à la fin.


Et tant qu’on est à parler de folk (y’en a plein de bribes sur ce disque), un mot sur « Troubles » qui renvoie à la fin des sixties où Fairport Convention tenait la dragée haute aux spécialistes américains du genre.

Tous ces titres sont au début de l’album. Le reste est plus … comment dire … compliqué. Plutôt expérimental, comme signalé quelque part plus haut, mais qui laisse souvent dubitatif. « Rhododendron » (déjà rien que le titre fait peur), on dirait une méthode Assimil pour orgue Hammond et clochettes, heureusement c’est le morceau le plus court du disque. « Liquid bird » sample Siouxsie pour un rendu étonnant (en l’occurrence pas vraiment un compliment), son très mat, voix étouffée, alors que la grande prêtresse punk était tout en saturation dans les aigus. Et les deux derniers titres « Simple » et Pure for » ne font pas partie des plus réussis, le premier fait penser aux foirades sonores de Kate Bush (ça lui arrive, nobody’s perfect), et le second folk acoustique parasité par plein de bruitages, évoque le Wilco des mauvais jours (ça leur arrive aussi, nobody’s perfect bis).

Après ce disque, honnête sans être indispensable, le groupe s’est séparé, apparemment sans explication connue. On en connaît de moins talentueux qui ont duré bien plus longtemps …





ANDREW STANTON - LE MONDE DE NEMO (2003)

 

Vingt mille lieues sans sa mère ...

En 2003, Pixar commence à devenir un empire au sein de l’Empire Disney. La firme à l’origine rachetée par Steve Jobs à George Lucas, est passée du rang de boîte à fabriquer des ordinateurs haut de gamme, à une filiale de Disney spécialisée dans l’animation de synthèse. Et dont les premières productions, « Toy Story 1 & 2 », « 1001 pattes », « Monstres et Cie » surpassent (tant artistiquement qu’en succès publics) ceux de la maison mère, engluée dans des suites qui courent après le succès des films originaux (« La belle et le clochard 2 », « Cendrillon 2 », « Les 101 dalmatiens 2 »).

Andrew Stanton

Stratégiquement pour le groupe Disney, le gros coup à venir doit être une nouvelle production Pixar, « Les Indestructibles », des sortes de super-héros Marvel, revus en mode famille dysfonctionnelle et images de synthèse.

Pixar, dans ses débuts, c’est organisé autour de trois tètes pensantes au niveau artistique et créatif, John Lasseter, Lee Unkrich et Andrew Stanton. C’est ce dernier qui sera officiellement coréalisateur de « …Nemo » (avec Unkrich), de fait, c’est lui qui fera la plus grosse partie du boulot (supervisant scénario, équipes d’animations et d’effets spéciaux, et principal réalisateur).

Avant les fonds d’écran verts et le tout numérique, l’animation était le seul domaine visuel qui pouvait transformer le rêve et l’imagination en réalité visuelle. On pourrait s’imaginer une bande de potes autour de bonnes bouteilles et trouvant l’inspiration en fin de soirée au fond des verres … tu parles, Pixar c’est réglé comme du papier à musique, et plutôt sur le mode multinationale – chef de projet que sur le mode téquila – gin fizz.

Faire un film d’animation qui se passe sous l’eau, c’est pas original ou nouveau. « La petite sirène » chez Disney en 89, et de toutes façons dès l’ouverture du 1er Disneyland (1955 en Californie, ce qui ne rajeunit personne), il y avait une attraction sous-marine (avec une machine étanche et amphibie en forme de sous-marin sur rails qui faisait virtuellement visiter les fonds marins, occupés entre autres par de vraies jeunes filles déguisées en sirène, qui avaient beaucoup plus de succès que les poissons en plastoc au milieu desquels elles évoluaient).

Nemo & Marin
Mais chez Pixar on est maniaque. La demi-douzaine de personnes en charge de la partie artistique commencent par visiter la station d’épuration de Sydney, où a lieu une partie du final, et ensuite les reste de la ville (ne pas croire que la représentation de Sydney a été faite à partir d’une carte postale). Ça c’était la partie divertissante des repérages et mise en condition. Parce que la même équipe s’est retrouvée en mode commando au large de Monterey (Californie) pour des séances sous-marine (et tous, loin s’en faut, n’étaient pas adeptes de plongée), afin de visualiser la luminosité du milieu, la flore, la faune (la façon de se déplacer de différentes espèces de poissons a été longuement examinée), amasser de visu toutes les infos nécessaires à rendre crédibles et naturelles les animations.

Ensuite il faut intégrer tout ça dans un scénario, et s’amuser à rajouter des allusions subliminales à d’autres films, généralement de la maison Disney-Pixar, mais pas seulement. Ça va de l’évident (Nemo, comme le capitaine de Jules Verne le film commence comme « Bambi » par la mort de la mère, il y a un séjour dans une baleine comme dans « Pinocchio ») jusqu’au totalement cryptique (quelques mesures de la musique de « Psychose » lors de l’apparition de la petite nièce du dentiste, certains bateaux dans le port qui comportent le prénom des types qui les ont dessinés, le « chef » des requins s’appelle Bruce, comme avait été baptisée par l’équipe de Spielberg la maquette du requin dans « Les dents de la mer », une pub pour le film « Les indestructibles » qui sortira l’année suivante sur la page d’un magazine chez le dentiste, une figurine de Buzz l’Eclair sur une étagère, …).

Nemo & Dory
« Le monde de Nemo » est un film d’action aquatique. Nemo est un petit poisson-clown, né d’un œuf rescapé de l’attaque d’un barracuda sur l’anémone de mer qui abrite son père, Marin, sa mère et leur future progéniture. La mère, tentant de sauver ses œufs, y laissera sa peau (hors champ, le public cible c’est les chères petites têtes blondes, on est chez Pixar, pas chez Wes Craven), et le petit Nemo naîtra avec une nageoire plus courte que l’autre. Marin chouchoutera son unique rejeton, ne consentant lorsqu’il en aura l’âge qu’à le laisser aller à l’école après moultes recommandations précautionneuses. Evidemment, Nemo pour impressionner ses collègues, s’approchera d’un bateau et se fera capturer par un plongeur, un dentiste que le mettra en compagnie d’autres de ses prises dans son grand aquarium, avec pour projet d’en faire le cadeau d’anniversaire de sa petite nièce, tortionnaire sadique qui a vite fait de dégommer tous les poiscailles que Tonton lui offre. On suivra en parallèle les tentatives d’évasion de la troupe de l’aquarium et la recherche désespérée de Marin, aidé par Dory, son amie fofolle et amnésique, pour retrouver et sauver son fils.

« Le monde de Nemo » se déroule à un rythme effréné, les gentils doivent faire face à une multitude de méchants (des requins au milieu d’un champ de mines, une lamproie dans les abysses, des champs de méduses, des mouettes affamées, …), trouvant aussi des alliés précieux (des tortues dans un courant marin, une baleine, un pélican, …). Les effets comiques annulent l’aspect anxiogène des situations, et évidemment tout est bien qui finit bien.

« Le monde de Nemo » n’est pas seulement un film d’animation à cent à l’heure. Visuellement, c’est magnifique, notamment la représentation toute en réalisme stylisé du milieu aquatique. Tout ce qu’on voit à l’écran est méticuleusement travaillé, et l’arrière-plan est aussi détaillé que les « personnages » principaux.

Jaws

Pour terminer, et parce que c’est la période, une recette d’utilisation du film en période de fêtes, lorsque la marmaille familiale ou des amis commence à être remuante. Mettez-leur le film à la télé, et ils vous foutront la paix pendant une heure et demie, ce qui laissera le temps de faire chauffer le tire-bouchon entre adultes bien élevés. Attention, c’est du one shot, si vous retentez le même coup le Noel suivant, les petits salopiauds braillards auront vite fait de s’apercevoir qu’ils l’ont déjà vu ce truc, et faudra trouver autre chose pour les occuper …

Ce qui prouve que « Le monde de Nemo » est un film qui ne s’oublie pas, et donc un grand film …


NANNI MORETTI - LA CHAMBRE DU FILS (2001)

 

Un seul être vous manque ...

Nanni Moretti (surtout grâce à « Journal intime » son gros succès qui l’a révélé) s’était créé un personnage de barbu angoissé sur une Vespa, croisement entre Monsieur Hulot et Woody Allen. Et comme ces deux-là, il a son nom un nombre incalculable de fois au générique de ses films. A minima, il scénarise, co-produit, réalise et tient le rôle principal.

Nanni Moretti & Laura Morante

Depuis quelques temps, il a envie d’incarner un psychanalyste et de construire un film autour de ce personnage. Et le mettre dans une situation inattendue. Et quoi de plus terrible pour celui qui écoute les autres raconter leurs malheurs, que d’en vivre personnellement un, de malheur, et tant qu’à faire, un de grand. C’est la genèse de ce projet (présenté et Palme d’Or à Cannes en 2001) que tente de nous expliquer Moretti dans une paire d’interviews en bonus. Bon, autant les films de Moretti, et plus particulièrement celui-là se laissent regarder, Moretti en interview, c’est un calvaire. Il débite des trucs interminables d’un ton monocorde, et même si un journaliste tente de le titiller en évoquant le Prime Minister Berlusconi, il esquive la question par une pirouette. Ce qu’il a à dire, Moretti le dit en images (et au sujet de Berlusconi, il aura des choses à dire avec le pamphlet « Le Caïman » cinq ans plus tard).

« La chambre du fils » tourne autour de la mort accidentelle d’un ado. Un pitch assez proche de « Ordinary people » de Robert Redford ou de « Ne vous retournez pas » de Nicholas Roeg (les deux avec Donald Sutherland). Traité par Moretti de façon beaucoup moins emphatique que le premier, et moins fantastique que le second.


Giovanni (Moretti) est donc psychanalyste à Ancône, une ville moyenne portuaire. Il consulte dans un cabinet attenant à son habitation cossue. C’est un petit bourgeois à la vie familiale sans problème. Il est marié à une galeriste, Paola (Laura Morante), les deux vont vers la cinquantaine, ils ont deux enfants, l’aînée (Andrea) a dix huit ans, le cadet (Andrea) seize. Pour se nettoyer le cerveau après une semaine de rendez-vous avec refoulés, angoissés et obsédés divers, Giovanni va faire un footing dans la ville, parfois accompagné d’Andrea. Les deux gosses sont sportifs, la fille joue au basket, le garçon au tennis et les parents suivent leurs matchs.

Tout baigne dans la famille, les parents ont encore une vie de couple harmonieuse, ils sont très proches de leurs enfants dont ils prennent systématiquement le parti (quand Andrea est accusé d’avoir volé un fossile dans le labo de son lycée, Giovanni le soutient parce qu’il lui a dit qu’il n’y était pour rien). Et quand la famille part en weekend en bagnole, ils chantent tous les quatre en chœur les rengaines qui passent sur l’autoradio.

Toute cette belle vie de famille va se fracasser un dimanche matin. Giovanni a décidé Andrea à venir courir avec lui, quand le téléphone sonne. Un de ses patients, angoissé hypocondriaque (pléonasme), l’appelle et veut le voir d’urgence, il est au bout du rouleau. Giovanni se rend chez lui, le type doit passer un scanner, et donc il est certain d’avoir un cancer et est en pleine crise d’angoisse. Pendant ce temps, Andrea privé du footing avec son père, part faire de la plongée sous-marine. Et va se noyer.

Cataclysme. La famille va par force, faire face. Les parents ont perdu leur fils, la sœur a perdu son frère. Passée la sidération de la nouvelle, l’épreuve des funérailles, la vie reprend son cours. Mais tous les ressorts sont cassés, et les scènes qui se produisent viennent en miroir de celle du début du film (la mort d’Andrea a lieu peu ou prou au milieu du film). Le père est « ailleurs », ses patients soit le réconfortent, soit partent en vrille. La mère, très calme, très souriante, très posée, devient hyper irritable. Assez rapidement, le couple ne fait plus chambre commune. Leur gamine n’est pas en reste, intériorise beaucoup, avant un spectaculaire pétage de plombs lors d’un match de basket. Leur rédemption viendra grâce une amie d’Andrea dont ils ignoraient l’existence et leur reconstruction s’achèvera à Menton après un périple autoroutier de nuit.


Moretti signe un film remarquable, très humain. Un exercice périlleux, toujours sur la corde raide, et qu’il empêche de basculer soit dans la mièvrerie larmoyante, soit dans le comique de situation. Le père, qui par son travail, ne doit pas se laisser gagner par les émotions, se fissure et se désagrège lentement mais sûrement. On sait et on voit quand même un peu que Moretti n’est pas un acteur tragique, mais son personnage fort mentalement n’a pas à être très expressif, et ça évite à Moretti de partir dans une interprétation qu’il ne maîtriserait pas à la perfection. Laura Morante est une grande et belle actrice et joue juste une partition beaucoup plus compliquée, dommage que Moretti ait fait du personnage masculin le centre du film et ait donné moins de scènes à celle qui joue sa femme.

A son crédit, il a trouvé une musique fabuleusement triste, une mélodie en apesanteur de Brian Eno (« By this river » sur l’album « Before and after science ») qui s’insère magnifiquement dans un moment de bascule émotionnelle du film.

« La chambre du fils » est un film – évidemment – triste mais qui évite le piège du pathos dégoulinant. Je sais pas si comme disait Sénèque les grandes douleurs sont muettes, mais Moretti fait preuve avec un sujet délicat d’une grande pudeur et d’une grande retenue, d’une immense subtilité qu’il n’avait pas laissée apparaître jusque là.

« La chambre du fils » est peut-être son meilleur film. En tout cas son plus bouleversant.


JEAN-CLAUDE BRISSEAU - CHOSES SECRETES (2002)

 

Et qui auraient mieux fait de la rester, secrètes ...

Brisseau, c’est au mieux des films d’auteur à l’odeur de soufre. Au pire, un pervers qui finit devant les tribunaux … C’est pas moi qui vais le juger, des gens dont c’est le métier s’en sont chargé. Mais je n’en pense pas moins …

Jean-Claude Brisseau

Brisseau, c’est un prof de français qui s’est défroqué et s’est emparé d’une caméra. D’ailleurs son premier (et seul) succès public et un peu critique sera « Noce blanche » (sur lequel il n’y a pas lieu de s’extasier) avec Bruno Cremer et Vanessa Paradis, en gros un remake à l’envers de l’affaire Gabrielle Russier, qui avait traumatisé la France pompidolienne (et déjà amenée sur les écrans par André Cayatte, « Mourir d’aimer »).

« Choses secrètes », c’est une purge. Du niveau des téléfilms érotiques de feu La 5 de Berlusconi (et de ceux de CStar et M6 aujourd’hui). Avec comme gage de « qualité » l’interdiction aux moins de 16 ans. Scénario : inexistant. Acteurs : pitoyables. Mise en scène : grotesque.

Bon, reprenons dans le désordre. Brisseau, il a le niveau d’un caméraman de France 3 Périgord. Pas de technique, zéro imagination. Des raccords plus que problématiques. Dans une scène champ – contre-champ, ses deux actrices boivent de temps en temps une gorgée de champ(agne), et plus elles boivent, plus le verre est plein … Dans la scène finale, alors qu’il pleut à verse et que les deux mêmes se font face, il y en a une qui ruisselle et l’autre qui n’est pas mouillée. En étant très indulgent, on passera ça sur le budget riquiqui du film …

Coralie Revel

Le casting aussi ça craint. Deux débutantes, ou pas loin, peu frileuses devant la caméra, Coralie Revel (la brune) et Sabrina Seyvecou (la blonde). Les deux assez vite disparues des radars et condamnées à des troisième rôles de séries TV. Rayon mâles, Fabrice Deville (catastrophique) et Roger Mirmont (rebaptisé Miremont dans le générique, un peu mieux que figurant, des centaines de références à son actif, jamais un rôle majeur).

Le scénario .. pff, le scénario. Un ramassis de clichés éculés (de ta mère). L’ascension sociale à la force des poils pubiens, les promotions canapé, la décadence genre fin de l’Empire romain, un final « moral ». Faut imaginer un improbable mix de «  Emmanuelle », « Histoire d’O », un pompage ( !) éhonté de la scène de partouze de « Eyes wide shut » (un château, lumières rouges et noires, et des dizaines de participants à l’orgie), et l’inspiration du stakhanoviste Bénazeraf (le mélange de fesse et de marxisme, les deux nanas du lumpenprolétariat qui détruisent le grand méchant Kapital, tiens, moi j’aurais pris Arlette Laguillier pour jouer la brune …).

Sabrina Seyvecou

Initialement prévu pour consacrer Brisseau, « Choses secrètes » est le film qui le fera tomber (mais pas de bien haut). De sordides histoires de castings un peu trop explicites pour les rôles féminins, des plaintes, des procès, et au final des condamnations pour Brisseau.

Le problème de « Choses secrètes » c’est pas son voyeurisme malsain, sa provocation à deux balles (Pasolini, Fassbinder, pour les plus célèbres, Ken Scott, Kenneth Anger pour les moins connus mais pas moins frappadingues, sont allés beaucoup plus loin dans la transgression tous azimuts). Ce qui rend ce film insupportable c’est sa pseudo prétention « politique », l’aura sulfureuse savamment entretenue dans sa bande-annonce, ses personnages ultra caricaturaux et surjoués (le ci-dessus nommé Deville en PDG amoral et incestueux), et un trop évident manque de talent de tous les participants de cette … chose.

EBay direct …