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ERNST LUBITSCH - NINOTCHKA (1939)

 

Les éclats de rire avant les éclats d'obus ...

Les nazis n’aimaient pas Lubitsch, ils l’avaient déchu de la nationalité allemande. Ça tombait bien, il les aimait pas non plus. Je pense que les Russes devaient pas trop l’aimer non plus, à Lubitsch, si tant est que Staline, occupé à affamer les Ukrainiens et envisageant de se partager l’Europe avec l’Adolph, ait eu le temps de mater les films de Lubitsch. Et quand on regarde « Ninotchka » (peut-être la masterpiece de Lubitsch, mais la lutte est serrée avec « To be or not to be »), on se rend compte que l’Ernst, il aimait pas les Soviets.

Garbo & Lubitsch

Et plutôt que la critique politique ou idéologique frontale, il choisit de s’attaquer au communisme par le rire. Et pour ça, il va chercher la glaciale star Garbo, maîtresse incontesté du tragique (sa mort dans « Le roman de Marguerite Gautier », adaptation de « La Dame aux camélias » est une des plus belles morts du cinéma). Garbo dans une comédie, c’est pas chose courante. La star du muet, puis du parlant, avait peu donné dans la légèreté, d’où la célébrissime accroche du film « Garbo rit » (sous-entendant que c’était une première à l’écran, ce qui était factuellement faux).

Ceci étant, difficile de ne pas avoir à rire quand on tourne pour Lubitsch. Et surtout quand on a au scénario une écriture ciselée par Billy Wilder et Charles Brackett (ces deux-là se retrouveront pour le quelque peu caricatural « Le poison » et le chef-d’œuvre « Boulevard du Crépuscule »). Quiconque désirant entreprendre une carrière de scénariste devrait connaître par cœur les répliques ravageuses de « Ninotchka ». C’est d’un anticommunisme primaire, mais tellement juste …

Garbo & Douglas

« Ninotchka » commence par les tribulations parisiennes d’un trio d’émissaires soviétiques venus vendre les bijoux de l’aristocratie russe confisqués lors de la Révolution et dont l’argent sera fort utile à un régime qui en manque cruellement. La rigidité politique des trois apparatchiks ne résistera pas longtemps aux charmes de la vie parisienne, et leurs scrupules idéologiques se dilueront bien vite dans une way of life très bourgeoise. Bien aidés en cela par un aigrefin, le très aristocratique comte Léon d’Algout (excellente interprétation de Melvyn Douglas), amant occasionnel de l’exilée duchesse Swana (Ina Claire), ancienne propriétaire des bijoux, que le duo compte bien récupérer en grugeant les trois Russes. Le Politburo surveille l’affaire, et sentant les choses mal engagées, envoie la psychorigide Ninotchka Yacouchova (Garbo), remettre de l’ordre.

Tout d’abord insensible aux charmes de la vie parisienne et d’Algout, elle finira par goûter aux deux, dans une suite de scènes où se succèdent malentendus, quiproquos et comique de situation. Avant que la rouée Swana récupère ses breloques, et les échange contre le retour de Ninotchka et ses hommes en Russie, afin de pouvoir renouer avec son amant d’Algout, qui est tombé éperdument amoureux de Ninotchka.

Garbo & Lugosi

Après la vie parisienne, retour à la vie soviétique, nettement moins glamour. Avec les joies de la colocation dans les luxueuses demeures aristocratiques partagées d’office entre camarades (dont les mouchards de service) et qui sont devenues des taudis où manger une omelette est un luxe (à condition que chaque invité amène son œuf). Le tout surveillé par l’intransigeant Commissaire Politique (Bela Lugosi qui quitte ses habituels cercueils pour un austère bureau à l’atmosphère glaçante).  Pendant ce temps d’Algout essaye de retrouver Ninotchka, lui écrivant (fabuleuse lette caviardée où ne subsistent que la date et un « Yours » final), ou tentant d’obtenir un visa à l’ambassade soviétique de Paris (extraordinaire réplique du planton qui suggère à une personne qui demande des nouvelles d’un proche disparu depuis quelques temps de se renseigner auprès de sa veuve).

Finalement c’est à Constantinople que Ninotchka (encore une fois chargée de remettre dans le droit chemin les trois émissaires qui ont tendance à déraper idéologiquement) retrouvera son amoureux, et les quatre Russes finiront par sombrer définitivement dans le capitalisme, les trois compères montent un restaurant, le plus crétin du lot finissant homme-sandwich devant l’entrée, dernier plan du film …

« Ninotchka » mélange romance et comédie. La partie romantique de l’histoire se traîne un peu en comparaison du rythme effréné de la satire, feu d’artifice de répliques d’anthologie. Les Soviets, qu’ils soient Rouges ou Blancs (Swana) sont moqués à chaque plan, les frivoles parisiens aussi. Les nazis, qui seront au centre de l’intrigue de « To be or not to be » sont aussi évoqués sur une scène, quand les trois compères sont venus accueillir l’émissaire russe sur le quai de la gare, s’avancent vers un type austère encombré de bagages, lequel les ignore pour faire un salut bras levé à sa dulciné qui l’attend sur le même quai.

Garbo rit...

La mise en scène est précise, et offre quelques vrais plans de Paris. Les acteurs sont bons, y compris les personnages secondaires, ce qui n’était pas toujours le cas à l’époque. Garbo nous fait un beau numéro, passant de la rigidité glaciale (l’arrivée) à l’exubérance amoureuse (la cuite au champagne), puis à la tristesse mélancolique (le retour au pays). Ce sera son avant-dernier film, elle quittera le métier en pleine gloire deux ans plus tard, ce qui renforcera son aura et entretiendra les rumeurs les plus délirantes. Etrangement, Ina Claire aura la même trajectoire, abandonnant aussi les plateaux de cinéma peu d’années plus tard, des décennies avant sa mort …

La charge frontale ou en filigrane du régime soviétique, c’est pas ça qui manque dans le cinéma, surtout une fois le maccarthysme posant sa chape de plomb sur les studios hollywoodiens. Peu de films l’aborderont de façon aussi légère et subtile que Lubitsch dans ce « Ninotchka », qui est quasi unique dans son genre (et pitié ne me sortez pas le tragique « Don Camillo en Russie »).

Film cousin recommandé (avec la romance en moins) : le djihadisme détruit par le rire dans l’extraordinaire « We are four lions ».


BUSBY BERKELEY - PLACE AU RYTHME (1939)

 

En roue libre ?

« Place au rythme » (« Babes in arms » en V.O.) est sorti en Septembre 1939. Septembre 1939, c’est en Europe le début de la World War 2, comme l’appellent les Ricains. Qui eux voyaient les effets du New Deal de Roosevelt sortir le pays de la Grande Dépression. Mais surtout Septembre 39, c’est un mois après la sortie aux States d’un film événement, « Le magicien d’Oz » qui allait faire de sa jeune actrice principale, Judy Garland, une star planétaire.

Busby Berkeley

La Judy, c’était pas exactement une inconnue. Archétype de ces enfants-stars dont raffolait le grand public américain. Et déjà à l’affiche deux fois avec son pendant masculin, Mickey Rooney. Rooney et Garland, âgés en 1939 respectivement de 19 et 17 ans. Mais comme ce sont deux petits gabarits qui culminent à environ un mètre soixante, ils peuvent jouer des personnages de pré-ados. Dans « Place au rythme », Rooney (Michael Z. Moran) a treize ans, et Garland (Patsy Barton) à peu près autant. Ils sont les têtes d’affiche de la distribution, et la réalisation est confiée au grand Busby Berkeley. Berkeley, c’est un chorégraphe de génie, dont les numéros de danse et/ou aquatiques, ont produit des merveilles visuelles (« 42nd Street », « Chercheuses d’or 1933 », « Footlight Parade »). Passé à la réalisation avec des hauts (le mirifique « Prologues » avec l’extraordinaire James Cagney qui quitte ses rôles de gangster pour chanter, danser et jouer la comédie) et beaucoup plus de bas (à peu près tout le reste), Berkeley fait ce qu’il sait faire, de la comédie musicale avec de grandes chorégraphies.

Sauf que dans « Place au rythme », hormis un tableau final de cinq minutes, assez loin de ses chorégraphies insensées, pas grand-chose du Berkeley qu’on pouvait attendre.

Rooney & Garland

La vedette du film, celui qui est le plus souvent à l’image, c’est Mickey Rooney. Dont les dons, voire le talent sont indéniables, mais qui en fait toujours des caisses avec cette façon de surjouer finalement assez crispante. Dans le film, il est le fils aîné d’un couple d’acteurs acclamés de music-hall, les Moran. Le music-hall qui triomphe et remplit les théâtres en 1926, lorsqu’il vient au monde. Même si un avisé manager pense que le cinéma peut être un concurrent redoutable. Ce qui fait bien rire la petite troupe qui gravite autour des Moran. Las, l’année suivante et l’arrivée du cinéma parlant, la tendance va s’inverser et tous ces acteurs vieillissant de « vaudeville », vont voir leur côte s’effondrer et se retrouver sans travail. Ce point de départ du scénario, c’est à peu près le même que celui de « Singin’ in the rain », dont on voit un court extrait de la version de la chanson lors de sa création dans un film oublié des débuts du parlant. Le jeune Michael, qui a accompagné ses parents sur scène dès son plus jeune âge, se lance dans l’écriture de chansons, et encaisse même son premier chèque de cent dollars avec « Good morning » chantée par sa copine Patsy, qu’ils sont allés présenter à un producteur. Sur le chemin du retour, les deux minots échangent leur premier baiser et font de grands rêves de spectacles communs. Pendant que leurs parents et toutes les vieilles stars déchues du music-hall montent une tournée censée les remettre au haut de l’affiche. Les gosses et leurs copains comptent bien en être, mais niet catégorique des ancêtres. De dépit, ils vont essayer de monter leur propre revue, sous la menace d’une mégère qui veut les faire mettre en pension.


Pour monter un spectacle, il faut du fric. Qui sera amené par une autre enfant-star, riche mais sur la pente savonneuse du déclin (Baby Rosalie), danseuse contorsionniste, encore plus petite que Rooney et Garland. Ce qui ne l’empêchera pas de vamper le Michael promu metteur en scène, et faire exploser son flirt avec Patsy. La tournée des parents est un fiasco monumental, et le spectacle des enfants essuie un ouragan lors de sa première, mais rassurez-vous, tout finira bien pour les minots …

Des films musicaux avec ce genre de scénario (la réussite malgré l’adversité), il en sortait à la pelle dans les années 30. Les têtes d’affiche (Rooney - Garland), Berkeley à la mise en scène, ça aurait pu faire quelque chose de bien. Sauf qu’ici, tout le monde semble en roue libre, assurant un service minimum. Judy Garland me semble la seule à s’en sortir correctement. Elle a encore un physique agréable de petite fiancée idéale de collégien boutonneux, avant de virer anorexique bourrée et défoncée, chante, danse et joue la comédie sans trop en faire. Contrairement à Rooney, le plus souvent dans l’outrance visuelle et gestuelle. Malgré des imitations plutôt réussies de Clark Gable et Lionel Barrymore (le grand-oncle de la Drew du même nom). D’autres jeunes au casting font un peu cheveu sur la soupe (une future vraie chanteuse d’opéra joue la sœur de Rooney, et en fait des tonnes vocalement, un auteur-compositeur qui place une des chansons dans le film est très mauvais, sans parler le l’exubérance forcée de la Baby Rosalie). Les « vieux » (des habitués de seconds rôles) sont tout juste passables …


Mais la plus grosse déception vient de Berkeley. Pas grand-chose à sauver dans la mise en scène de ce chorégraphe qui fut génial au début de la décennie. Un court numéro de minstrels, ces Blancs maquillés au cirage qui imitaient les Noirs (voir Al Jolson dans « Le chanteur de jazz »), et la parade finale assez convenue, pas très bien filmée et pas vraiment spectaculaire, c’est tout ce qu’il daigne nous offrir.

Aujourd’hui, « Place au rythme » est quelque peu oublié. D’ailleurs on le trouve même pas en version française (doublée ou sous-titrée). Faut dire que sortir un mois après « Le magicien d’Oz » et deux mois avant « Autant en emporte le vent » lui laissait peu de place pour faire un succès populaire conséquent …


FEDERICO FELLINI - SATYRICON (1969)

 

Décadence ...

Et pas seulement celle de la Rome antique montrée à l’écran. Pour moi, c’est le premier gros faux pas de Fellini. Qui avait jusque là aligné une litanie de bons films, au milieu desquels figurait une poignée de merveilles (« La Strada », « Les nuits de Cabiria », « La dolce vita », « Huit et demi », « Juliette des esprits »).

Bon, je vais ramer à contre-courant de l’avis général, parce que beaucoup considèrent que « Satyricon » (le public, venu en nombre le mater dans les salles obscures, et les critiques plutôt élogieuses) est un grand film.

Fellini sur le tournage

« Satyricon » est une (très) libre adaptation du bouquin de Pétrone (Ier siècle). Considéré comme un des premiers romans occidentaux (mi-prose mi-vers, fragmentaire), générant beaucoup de controverses littéraires (jusqu’à l’existence même de Pétrone ou sa vraie identité), ancêtre en même temps des romans picaresques et des « Caractères » de La Bruyère, il constituait certainement une source d’inspiration pour les délires baroques de Fellini.

D’ailleurs il s’approprie sinon le bouquin, du moins l’adaptation (le titre italien original du film est « Fellini Satyricon », et en fait un choc visuel. Tourné en grande partie dans les studios Cinecitta, musique de Nino Rotta (pas sa meilleure partition), même si Fellini à l’époque et après l’accueil tiède de « Juliette des esprits », a effectué pas mal de changements dans son entourage technique et sa façon de travailler. L’accroche énigmatique du film (« Rome before Christ, after Fellini », comprenne qui pourra) reprise sur les bandes-annonces d’origine est pour le moins étrange.


L’histoire ? Bizarrement, il y en a une, ce qui n’était plus toujours le cas chez Fellini (« Huit et demi », « Juliette … »), et qui le sera de moins en moins par la suite. « Satyricon » nous conte dans la Rome antique les aventures d’un trio (deux jeunes éphèbes, un blond et un brun, et de leur vraie poupée Shein, un jeune garçon dont ils se disputent les faveurs). Déjà, avec un point de départ comme ça, t’as aujourd’hui une montagne d’assignations et d’avocats au derrière avant d’avoir pu en placer une pour te défendre. Bon, « Satyricon » c’est en 69 (année érotique comme l’écrivait Serge et le chantait Jane), et la société était …euh, (faut faire gaffe à ce que j’écris, terrain hautement glissant) disons différente.

Les premières scènes nous montrent les deux éphèbes, Encolpe, le blond, et Ascylte, le brun, pas la peine de citer leurs noms ils étaient débutants et inconnus et le sont restés (inconnus) se disputer la propriété de leur petit Giton (le nom commun vient de ce personnage de Pétrone), en se poursuivant dans des catacombes, peuplée par une faune interlope de fracassés physiquement, au milieu de types qui vendent des potions (les petites mains de la DZ Mafia de l’époque ?), et d’autres qui se livrent à toutes les perversions (surtout sexuelles). Toutes ces silhouettes entrevues dans l’ouverture des cryptes, traduisent le sens aigu de Fellini pour caster des « gueules », avec prédilection pour les femmes mûres, peu vêtues et bien enveloppées (mais il n’y a pas que ces silhouettes typiquement felliniennes, il y a aussi les beaucoup plus sexy Capucine, Magali Noel, Lucia Bosè, plus quelques top model de l’époque).


La partie la plus longue nous montre un banquet chez le riche poète Trimalcion (c’est aussi le fragment le plus complet du bouquin), où nos trois héros pervers amenés par un poète fauché (Eumolpe) font figure de blanches colombes au milieu cette orgie toute en décadence alimentaire et comportementale. Ils seront ensuite « embauchés » comme galériens (les navires sont très étranges, de grandes maquettes surréalistes dont il n’est pas certain qu’elles puissent flotter longtemps) sur un rafiot dont le capitaine tue dans des combats à mains nues ses rameurs. Va savoir pourquoi, quand viendra le tour d’Encolpe (ou d’Ascylte, je sais plus), au lieu de se faire occire, il se fera épouser par le capitaine. Mariage qui durera peu, l’époux finira décapité par des pirates, le trio échouera dans un grand domaine dont les propriétaires se sont suicidés après avoir affranchi leurs esclaves, et feront des galipettes avec une (magnifique) servante noire qui traîne encore là. On les verra plus tard en compagnie d’un autre larron dont on sait pas d’où il sort kidnapper un jeune devin hermaphrodite, l’un d’eux affronter un gladiateur minotaure dans un combat mis en scène par Eumolpe, leur pote poète pauvre devenu très riche. Toute ces émotions entraîneront une panne profonde de virilité chez Encolpe, qui ne retrouvera sa vigueur que dans les bras d’une sublime sorcière, avant de refuser de bouffer le cadavre d’Eumolpe, condition sine qua non pour hériter de sa fortune. Finalement, les trois tourtereaux embarqueront dans la joie sur un bateau à l’équipage très « Cage aux folles ».

Faut quand même convenir que c’est très décousu comme scénario. Et que ce n’est qu’un prétexte à Fellini pour nous montrer … quoi, au fait ? that is the question. Et après plusieurs visionnages (à doses homéopathiques, une fois par décennie au max), j’ai toujours pas compris où le Maître voulait en venir.

Parce qu’une fois évacué l’aspect visuel, totalement baroque, décadent, surréaliste, et époustouflant, dont Fellini devenait coutumier, et qu’il convient de ne pas négliger, parce que « Satyricon » est esthétiquement somptueux, il reste quoi ? L’impression d’un enchaînement de scènes souvent incompréhensibles, sans lien être elles hormis la présence des trois jeunots, et dont le message, si tant est qu’il y en ait un, est passé par pertes et profits …

Les plus fins analystes voient dans « Satyricon » une mise en abyme de la décadence sociétale de la fin des 60’s vue par le prisme de la décadence romaine post-César-Auguste. Why not, mais ça reviendrait à faire de Fellini un réactionnaire à la De Villiers et du « c’était mieux avant », sauf que Fellini, malgré son look de rentier bourgeois n’était ni passéiste ni réac, ses films d’avant et d’après l’ont montré. Est-on devant une fresque surréaliste où le visuel (cette galerie de personnages entre les freaks de Browning peinturlurés et maquillés comme les stars du glam-rock à venir) prime sur le narratif ? Je pencherai plutôt vers cette hypothèse (la fascination de Fellini pour les plages, la mer, les monstres marins, les bateaux revient souvent dans ses films), même si ça suffit pas pour appréhender « Satyricon ». Est-ce un film sous substances (de persifleuses rumeurs prétendaient que Fellini tâtait de l’acide lors du tournage de « Juliette … », lui restait-il quelques buvards ?). Est-ce un pied de nez à l’industrie cinématographique et sa bien-pensance, en mettant très en avant homosexualité, libertinage, BDSM, scatologie, et toute cette sorte de choses, et en s’écartant radicalement de tout ce qui avait précédé et suivra chez lui ?

J’en sais rien … regardez « Satyricon » et faites-vous votre avis … si vous avez deux heures de libres / à perdre (cochez la mention inutile) …



Du même sur ce blog :


JIM JARMUSCH - DOWN BY LAW (1986)

 

Bayou Country ...

Jim Jarmusch est probablement, peut-être plus encore que Scorsese, le réalisateur le plus imprégné par la culture rock. Il réalisera notamment un documentaire sur Neil Young, et un autre sur les Stooges. Difficile de trouver une photo de lui sans ses éternelles darkshades (même quand il dirige ses films, ce doit pas être évident pour gérer les éclairages, même si Jarmusch est un adepte du noir et blanc), et à ses débuts, sans le blouson de cuir qui va bien avec.

Bobby Muller & Jim Jarmusch

« Down by law » est son troisième film, si l’on prend en compte « Permanent vacation » son film de fin d’études à l’Université de New York. Celui d’avant, « Stranger than paradise », description désabusée du pseudo rêve américain vu par de immigrants, l’avait positionné d’emblée parmi ceux qui comptent dans le cinéma d’auteur indépendant. Et les gens qu’il côtoie ou a côtoyés ne font pas partie du cinéma mainstream. Lui-même assistant de Wenders, il aura sur « Down by law » Claire Denis comme assistante. Et le film est dédié à Pascale Ogier, qui selon les potins de plumard, fut un temps sa compagne. Parce que Jarmusch est aussi grand amateur de culture française, et il parle à peu près couramment le français.

« Down by law » est dans un très beau noir et blanc, dû pour l’essentiel à la photographie du néerlandais (mais ayant beaucoup bossé en Allemagne, c’est la connexion Wenders qui l’a mis en relation avec Jarmusch) Robby Müller. Auquel il faut donner des loupiotes et une caméra, mais pas mettre un micro devant le museau. Dans la section bonus, il livre une intervention soporifique quasi monosyllabique, en gros il fait comme il sent, et faut pas chercher à savoir pourquoi. Et tant que j’y suis à évoquer le support physique, « Down by law » ça existe très peu en Blu-ray, pas beaucoup en Dvd à prix abordable, et dans tous les cas jamais en version française.

Waits, Lurie & Begnini , Jailhouse Rock ?

« Down by law » c’est la rencontre (dans le pénitencier de La Nouvelle Orleans) de laissés pour compte du rêve américain, trois types plus ou moins marginaux par leurs modes de vie ou leurs activités. Mais avant de les retrouver en taule, on nous montre qui ils sont et pourquoi ils finissent au trou.

Chez Jarmusch, ça se passe en famille, et ça pioche dans le milieu musical. John Lurie, concasseur de jazz dans les Flying Lizard et déjà présent dans ses deux premiers films, est Jack, un petit mac de La Nouvelle Orleans. Trop cool et trop sûr de lui, il se fait piéger par un habitué de ses « services » qu’il a envoyé balader (cette scène a été coupée), qui vient lui proposer de s’occuper d’une tapineuse esseulée. Il se rend dans une chambre, n’a pas le temps de faire un pas qu’il est capturé par les flics, parce que la fille qui l’attend soi-disant dans le lit est une gamine d’une dizaine d’années. Direction la prison de La Nouvelle Orleans.

Parallèlement, on a fait connaissance avec Zack (Tom Waits, qui deviendra un habitué des films de Jarmusch), DJ nonchalant qui cherche mollement une radio où bosser. La grande asperge dégingandée et nonchalante se fait virer de chez sa copine (Ellen Barkin pour une courte apparition), et finit à la rue. Une de ses connaissances lui propose un petit boulot facile et bien payé, conduire une rutilante Jaguar à l’autre bout de la ville où quelqu’un doit la récupérer. Sauf que les flics pistent cette voiture, arrêtent Zack au volant, ouvrent le coffre où il y a un macchabée. Direction la prison de La Nouvelle Orleans.

Les deux se retrouvent dans la même cellule spartiate avec deux rangs de lits superposés. Après avoir tenté la manière forte pour montrer qui est le mâle dominant, les deux par la force des choses finissent par plus ou moins se supporter et sympathiser. L’équilibre précaire de la cellule est rompu quand vient les rejoindre Roberto, Italien qui oscille entre tourisme et clochardisation, et qui avait fugacement croisé la route (ou plutôt le caniveau) de Zack. Roberto, c’est Roberto Begnini, jusque là cantonné à des petits rôles en Italie et qui avait entamé (sans trop de succès) une carrière de réalisateur. C’est avec « Down by law » qu’il obtiendra ses premiers lauriers internationaux.

In the bayou 
Son personnage exubérant tranche avec ses deux cafardeux voisins de cellule. Son anglais approximatif à fort accent rital (il a toujours sur lui un petit carnet où sont notées des expressions et leur traduction, qu’il n’utilise pas forcément à bon escient). Il finit par dérider Jack et Zack, jusqu’à les entraîner dans une sorte de danse tribale, une des grandes scènes du film. Le temps passe, rythmé par les traits que fait Zack sur le mur pour compter les jours. Jamais il n’est fait allusion à des procès, des avocats, des remises en liberté, c’est pas le but du film, que Jarmusch considère comme un conte de fées (?).

Jusqu’au jour où le couillon de service, Roberto donc, dit à ses deux compères qu’il connaît le moyen de s’évader. Une évasion dont on ne verra rien (c’est pas non plus le but du film), juste les trois qui courent dans les égouts sous la prison, avant de fuir vers le bayou pour semer les flics et leurs chiens à leurs trousses.

On entre ainsi dans la seconde partie du film, genre survival ou Odyssée d’Ulysse, où à pied ou en canot, il faut sortir du bayou, accessoirement s’alimenter (fabuleuse scène de Begnini qui fait rôtir un lapin), et faire face aux tensions qui se ravivent entre les trois. Au final, chacun sa route, chacun son chemin comme le chantaient les trois autres …

On the road again ...

« Dawn by law » n’est pas un film « classique ». Il y a certes une histoire, mais elle n’est que le prétexte à une succession de scènes (longues), qui s’apparentent plutôt à des sketches. Et les trois acteurs, en fait, ne jouent pas un personnage, ils ont dans le film comme ils sont dans la vie. Lurie, rétrospectivement le moins connu des trois, c’est le type cool, mais capable de poussées d’adrénaline qui le font monter dans les tours vis-à-vis des deux autres. Tom Waits est le pierrot lunaire que l’on a toujours connu, mal à l’aise avec sa grande carcasse longiligne, marmonnant et grommelant ses répliques. Et Begnini, tout en exubérance imprévisible, tel qu’on le verra toujours dans les films ou en public. Capable de partir en vrille dans les effets comiques et de tendresse béate quand vers la fin il rencontre l’amour en la personne de la tenancière d’une petite gargotte déserte au bord d’une route poussiéreuse (cette tenancière, c’est Nicoletta Braschi, compagne de Begnini à la ville, ils s’épouseront quelques années plus tard).

Jarmusch avec « Dawn by law » va se révéler un des leaders d’une sorte de nouvelle école du cinéma indépendant américain, résolument différent des succès du mainstream hollywoodien. Même si leurs carrières prendront par la suite des routes différentes, là, dans les 80’s, son cinéma se rapproche pas mal de celui de David Lynch (l’utilisation du noir et blanc, les acteurs fétiches, les personnages de bizarros laissés pour compte, …).

« Down by law », c’est pas un film classique. Mais avec le temps c’est devenu un classique.



Du même sur ce blog :

Dead Man





ANDREW STANTON - LE MONDE DE NEMO (2003)

 

Vingt mille lieues sans sa mère ...

En 2003, Pixar commence à devenir un empire au sein de l’Empire Disney. La firme à l’origine rachetée par Steve Jobs à George Lucas, est passée du rang de boîte à fabriquer des ordinateurs haut de gamme, à une filiale de Disney spécialisée dans l’animation de synthèse. Et dont les premières productions, « Toy Story 1 & 2 », « 1001 pattes », « Monstres et Cie » surpassent (tant artistiquement qu’en succès publics) ceux de la maison mère, engluée dans des suites qui courent après le succès des films originaux (« La belle et le clochard 2 », « Cendrillon 2 », « Les 101 dalmatiens 2 »).

Andrew Stanton

Stratégiquement pour le groupe Disney, le gros coup à venir doit être une nouvelle production Pixar, « Les Indestructibles », des sortes de super-héros Marvel, revus en mode famille dysfonctionnelle et images de synthèse.

Pixar, dans ses débuts, c’est organisé autour de trois tètes pensantes au niveau artistique et créatif, John Lasseter, Lee Unkrich et Andrew Stanton. C’est ce dernier qui sera officiellement coréalisateur de « …Nemo » (avec Unkrich), de fait, c’est lui qui fera la plus grosse partie du boulot (supervisant scénario, équipes d’animations et d’effets spéciaux, et principal réalisateur).

Avant les fonds d’écran verts et le tout numérique, l’animation était le seul domaine visuel qui pouvait transformer le rêve et l’imagination en réalité visuelle. On pourrait s’imaginer une bande de potes autour de bonnes bouteilles et trouvant l’inspiration en fin de soirée au fond des verres … tu parles, Pixar c’est réglé comme du papier à musique, et plutôt sur le mode multinationale – chef de projet que sur le mode téquila – gin fizz.

Faire un film d’animation qui se passe sous l’eau, c’est pas original ou nouveau. « La petite sirène » chez Disney en 89, et de toutes façons dès l’ouverture du 1er Disneyland (1955 en Californie, ce qui ne rajeunit personne), il y avait une attraction sous-marine (avec une machine étanche et amphibie en forme de sous-marin sur rails qui faisait virtuellement visiter les fonds marins, occupés entre autres par de vraies jeunes filles déguisées en sirène, qui avaient beaucoup plus de succès que les poissons en plastoc au milieu desquels elles évoluaient).

Nemo & Marin
Mais chez Pixar on est maniaque. La demi-douzaine de personnes en charge de la partie artistique commencent par visiter la station d’épuration de Sydney, où a lieu une partie du final, et ensuite les reste de la ville (ne pas croire que la représentation de Sydney a été faite à partir d’une carte postale). Ça c’était la partie divertissante des repérages et mise en condition. Parce que la même équipe s’est retrouvée en mode commando au large de Monterey (Californie) pour des séances sous-marine (et tous, loin s’en faut, n’étaient pas adeptes de plongée), afin de visualiser la luminosité du milieu, la flore, la faune (la façon de se déplacer de différentes espèces de poissons a été longuement examinée), amasser de visu toutes les infos nécessaires à rendre crédibles et naturelles les animations.

Ensuite il faut intégrer tout ça dans un scénario, et s’amuser à rajouter des allusions subliminales à d’autres films, généralement de la maison Disney-Pixar, mais pas seulement. Ça va de l’évident (Nemo, comme le capitaine de Jules Verne le film commence comme « Bambi » par la mort de la mère, il y a un séjour dans une baleine comme dans « Pinocchio ») jusqu’au totalement cryptique (quelques mesures de la musique de « Psychose » lors de l’apparition de la petite nièce du dentiste, certains bateaux dans le port qui comportent le prénom des types qui les ont dessinés, le « chef » des requins s’appelle Bruce, comme avait été baptisée par l’équipe de Spielberg la maquette du requin dans « Les dents de la mer », une pub pour le film « Les indestructibles » qui sortira l’année suivante sur la page d’un magazine chez le dentiste, une figurine de Buzz l’Eclair sur une étagère, …).

Nemo & Dory
« Le monde de Nemo » est un film d’action aquatique. Nemo est un petit poisson-clown, né d’un œuf rescapé de l’attaque d’un barracuda sur l’anémone de mer qui abrite son père, Marin, sa mère et leur future progéniture. La mère, tentant de sauver ses œufs, y laissera sa peau (hors champ, le public cible c’est les chères petites têtes blondes, on est chez Pixar, pas chez Wes Craven), et le petit Nemo naîtra avec une nageoire plus courte que l’autre. Marin chouchoutera son unique rejeton, ne consentant lorsqu’il en aura l’âge qu’à le laisser aller à l’école après moultes recommandations précautionneuses. Evidemment, Nemo pour impressionner ses collègues, s’approchera d’un bateau et se fera capturer par un plongeur, un dentiste que le mettra en compagnie d’autres de ses prises dans son grand aquarium, avec pour projet d’en faire le cadeau d’anniversaire de sa petite nièce, tortionnaire sadique qui a vite fait de dégommer tous les poiscailles que Tonton lui offre. On suivra en parallèle les tentatives d’évasion de la troupe de l’aquarium et la recherche désespérée de Marin, aidé par Dory, son amie fofolle et amnésique, pour retrouver et sauver son fils.

« Le monde de Nemo » se déroule à un rythme effréné, les gentils doivent faire face à une multitude de méchants (des requins au milieu d’un champ de mines, une lamproie dans les abysses, des champs de méduses, des mouettes affamées, …), trouvant aussi des alliés précieux (des tortues dans un courant marin, une baleine, un pélican, …). Les effets comiques annulent l’aspect anxiogène des situations, et évidemment tout est bien qui finit bien.

« Le monde de Nemo » n’est pas seulement un film d’animation à cent à l’heure. Visuellement, c’est magnifique, notamment la représentation toute en réalisme stylisé du milieu aquatique. Tout ce qu’on voit à l’écran est méticuleusement travaillé, et l’arrière-plan est aussi détaillé que les « personnages » principaux.

Jaws

Pour terminer, et parce que c’est la période, une recette d’utilisation du film en période de fêtes, lorsque la marmaille familiale ou des amis commence à être remuante. Mettez-leur le film à la télé, et ils vous foutront la paix pendant une heure et demie, ce qui laissera le temps de faire chauffer le tire-bouchon entre adultes bien élevés. Attention, c’est du one shot, si vous retentez le même coup le Noel suivant, les petits salopiauds braillards auront vite fait de s’apercevoir qu’ils l’ont déjà vu ce truc, et faudra trouver autre chose pour les occuper …

Ce qui prouve que « Le monde de Nemo » est un film qui ne s’oublie pas, et donc un grand film …


GEORGE ROY HILL - L'ARNAQUE (1973)

 

Tiercé gagnant ...

A la fin de la bande-annonce d’époque, on pouvait entendre en voix off : « Paul Newman et Robert Redford de nouveau ensemble, cette fois ils s’en sortiront … peut-être. ». Ce qui est quand même faire peu de cas de George Roy Hill, qui a porté le projet « The sting » (le titre en V.O.) à bout de bras avant de commencer le tournage.

Newman, Hill & Redford

A l’origine, le scénariste David Ward qui a peaufiné une histoire inspirée de vrais arnaqueurs de années 30, dont notamment les frères Gondorff (donc le nom du personnage joué par Paul Newman est tout sauf fortuit). Lorsque Hill lit le scénario, tourner un film qui en découle devient une idée fixe. Rôle principal envisagé Jack Nicholson, qui décline. Hill demande alors conseil pour le casting, à celui qui est devenu son pote après le succès de « Butch Cassidy & the Sundance Kid », Robert Redford. Qui lui dit en substance que c’est pas la peine de chercher ailleurs, il veut le rôle principal de ce projet.

Parce qu’il y a dans « L’arnaque » un rôle principal et un grand rôle secondaire. Pour celui-ci Redford suggère Paul Newman, qui, euphémisme, ne vient pas d’enchaîner que des succès. Hill est dubitatif, un second rôle pour Newman, il va pas accepter. Le scénario lui est envoyé, et très rapidement il donne son accord (moyennant un pourcentage sur recettes, ce qui n’était pas une mauvaise idée, vu le succès du film). Se trouve dès lors reconstitué le trio de « Butch Cassidy … ». Même si quelques choses ont changé, c’est maintenant Redford le principal personnage, et le port de la moustache sera cette fois-ci pour Newman.

Paul Newman

L’action du film se situe en 1936, dans une Amérique qui se remet tant bien que mal de la Grande Dépression. Tous les moyens sont bons pour faire bouillir la marmite, y compris les peu ou pas légaux du tout. Dans Joliet, petite ville de la grande banlieue de Chicago, un trio de petits arnaqueurs réussit le gros coup, piquer grâce à une belle mise en scène, la recette d’un tripot clandestin qu’un homme de main va transmettre au « banquier » du patelin. Protagoniste principal de cette arnaque, Johnny Hooker (Robert Redford), assisté par son « professeur » Luther et un minot. Parenthèse : certaines rumeurs invérifiées affirment que le nom de Johnny Hooker (Jeannot Crocheteur en français) serait un hommage à John Lee Hooker et au blues made in Chicago, où l’histoire se poursuivra.

Très vite, les ennuis vont commencer pour les Pieds Nickelés de Joliet. Le pognon subtilisé devait remonter jusqu’au Parrain chicagoan Doyle Lonnegan (Robert Shaw) qui envoie ses tueurs à Joliet. Coleman se fait buter mais a le temps de transmettre à Hooker une recommandation pour Henry Gondorff (un génie de la manipulation basé à Chicago). Un petit voyage qui tombe bien pour Hooker, qui en plus des hommes de main de Lonnegan, doit mettre de la distance avec Snyder, un flic ripou local qui veut le racketter. Parce que Hooker est une grande gueule, tombeur et flambeur (il a perdu sa part du butin en misant tout à la roulette – truquée of course – dans un tripot).

Redford & Shaw

Avant que Newman entre en scène, on a déjà pu vérifier plusieurs choses. « L’arnaque » est visuellement superbe, avec un soin maniaque apporté à la reconstitution de l’époque où évoluent les personnages (les fringues, les accessoires, les bagnoles). Le tout recréé en studio (le maire de Chicago, soucieux de la réputation de sa ville, la bonne blague, a mis son veto au tournage dans sa riante cité, seules quelques scènes y seront filmées). Il y a un rythme effréné, et un ton léger, alors que les situations et les personnages n’ont rien de badin. On a droit à des intertitres (le coup monté, l’appât, l’arnaque, …) sous forme de planche de bande dessinée qui accompagne tous les développements de l’histoire. Et puis il y a une bande-son (Marvin Hamlisch), déclinant des thèmes à succès de Scott Joplin, grand maître du ragtime. Et même si cette musique est totalement anachronique (le ragtime c’était dans les années 1910), elle est un marqueur incontournable du film (avec pour la première fois dans un film dixit Hill, une musique qui ne se superpose jamais aux dialogues).

Quand Hooker rencontre Gandorff, il est plutôt déçu. Le génie de l’arnaque est salement bourré de la veille, retiré des « affaires », il se contente de gérer avec sa compagne Billie (Eileen Brennan) un petit bordel « couvert » par un manège de fête foraine. Mais Gondorff est un homme d’honneur, et va venger son pote Coleman en s’en prenant à Lonnegan, ou plutôt à son portefeuille, et recruter de vieux amis à lui pour monter une arnaque majuscule. Il faut dire que Paul Newman écrase toute la distribution de son talent. La partie de poker dans un train donne lieu à un enchaînement de scènes extraordinaires.

On va de rebondissements en rebondissements parce que l’on suit l’intrigue à travers le personnage de Hooker. Qui accumule emmerdes et mésaventures sans en parler à Gandorff (le flic ripou a retrouvé sa trace et le course à Chicago, Lonnegan a embauché un tueur à gages aussi mystérieux qu’efficace pour lui régler son compte). Et parallèlement au montage de l’arnaque (des paris truqués sur des courses de chevaux), on suit la relation pas vraiment franche entre Gandorff et Hooker.


Parce que tout se joue sur le fil du rasoir, il n’y a d’enfants de chœur nulle part, tout le monde se méfie de tout le monde, et tente de manipuler tout le monde. Bon, faut être honnête, aussi chiadé que soit le scénario, une pareille arnaque ne tient pas la route, même si plus c’est gros, plus ça marche, on voit mal un caïd de la pègre se faire embobiner de la sorte, un cercle de paris clandestins qu’il ne connaîtrait pas dans sa ville, et dans lequel il se rue tête baissée ? Enfin, se ruer c’est vite dit. Lonnegan boîte bas (Shaw s’est bousillé une cheville au début du tournage, et à cause de cette grosse entorse voulait renoncer au rôle, mais Hill a tenu à le conserver, sa boîterie réelle étant finalement devenue un gimmick une fois sa cheville guérie).

« L’arnaque » a été présentée en avant-première le jour de Noel 1973. Le film recevra de belles critiques et connaîtra un immense succès populaire, glanant sept Oscars (Hill pour la réalisation, des Oscars « techniques », mais aucun pour les acteurs, seul Redford avait été nominé).

Deux anecdotes pour finir. Charles Durning qui joue le ripou Snyder avait la cinquantaine et était comme dirait Obélix « un peu » enveloppé. Au début du film, il poursuit Redford. Il pensait que la scène serait « arrangée ». C’était méconnaître la maniaquerie de Hill, qui a exigé qu’il sprinte pour attraper Redford. Ce qu’il a été obligé de faire et de son aveu, même ado, il n’avait jamais couru aussi vite. Paul Newman est fabuleux quand il simule le type bourré lors de la partie de poker (ou plus tard dans « Le verdict » de Lumet). A l’époque on ne le savait pas, mais il a avoué sur le tard qu’il picolait grave. Pas sûr qu’il n’aurait pas été capable d’enchaîner les prises sans avoir à couper son gin avec de l’eau …

Malgré son intrigue labyrinthique, « L’arnaque » est une merveille de fluidité, et un film dont on ne se lasse pas … Deux heures de comédie et de grand spectacle.


Du même sur ce blog :

Butch Cassidy & The Sundance Kid




FEDERICO FELLINI - AMARCORD (1973)

 

Auto-biopic ...

« Amarcord », ça veut dire quelque chose entre « il était une fois » et « je me souviens » dans le dialecte de la région de Rimini. Rimini étant comme par hasard la ville où est né et a grandi Fellini.

Et le Maestro déroule avec « Amarcord » le dernier volet de ce qu’on a qualifié de trilogie mémorielle. Après le faux documentaire « Les clowns » (Fellini a toujours été attiré par le cirque et les bohémiens, voir son insurpassable « La Strada »), et « Fellini Roma » sur ses années romaines (où le génial côtoie le foutraque complet), Fellini centre « Amarcord » sur son adolescence boutonneuse à Rimini.

Fellini et son harem ...

Enfin, à Rimini, façon de parler. Tout a été tourné aux studios Cinecitta à Rome. L’histoire se déroule sur une année, du printemps au printemps. Et parler d’histoire est aussi un non-sens. Comme un peintre, Fellini joue sur les impressions, les couches superposées. Il l’a dit et répété, bien peu de son film repose sur des faits réels et avérés, un souvenir fugace amène une scène. Et s’il y a une chronologie, des personnages récurrents, il n’y a pas d’histoire, au sens scénaristique du terme.

Le personnage central de « Amarcord » est Titta (un ersatz de Fellini donc), joué par le jeune débutant Bruno Zanin. Qui ne fera guère parler de lui par la suite, Fellini recherchant pour ses personnages des « gueules » plutôt que des stars. Au milieu de cette brochette d’anonymes, un second rôle qu’il a déjà fait tourner à deux reprises est attribué à Magali Noël (celle qui a chanté les joies du SM avec « Fais moi mal Johnny », paroles de Boris Vian). Elle sera la Gradisca, femme du coiffeur et pin up locale qui affole tous les mâles de la ville. Et parmi tous les personnages « felliniens » du casting, une aura son quart d’heure warholien de gloire, Maria Antonietta Beluzzi (la buraliste à la poitrine démesurée dans laquelle finira par se perdre le jeune Titta).

Repas de famille ...

Il y a dans « Amarcord » toute la démesure de Fellini qui voisine avec l’intimisme de la cellule familiale, tendrement caricaturée (le père maçon, le grand-père pétomane et lubrique, l’oncle silencieux et fourbe, un autre qu’on sortira de l’asile pour un pique-nique homérique, la mère qui essaie d’arrondir les angles, la bonne qu’à peu près tous les mâles de la maison essaient de tripoter, …).

Dans ces polaroids de la fin des années 30, Fellini nous montre avec tendresse cette sorte d’interzone (on n’est pas à la campagne, mais pas non plus dans une grande ville), en butte avec ses traditions (on commence par un feu de joie pour fêter l’arrivée du printemps, rite païen, mais les curetons veillent et font la loi dans les âmes, voir la libidineuse séquence de confessions à la chaîne), mais rattrapée par l’histoire qui s’écrit ailleurs (la montée du fascisme, ses parades grotesques, mais aussi ses arrestations arbitraires et ses interrogatoires « musclés »).

Dans cette petite ville de province, tout ce qui sort de l’ordinaire devient – lapalissade – extraordinaire. On voit tout le village s’embarquer sur de frêles rafiots pour attendre au large le passage du Rex (paquebot gigantesque mis en chantier et symbole de la puissance économique de Benito et ses sbires, Fellini a fait construire pour cette seule scène une maquette de cent mètres, on est pas loin de Cameron et « Titanic »), on voit tous les hommes du village suivre avec des yeux gourmands, forcément gourmands, le dernier arrivage de « beautés » à destination du bordel de la ville.

Magali Noel, la Gradisca

On sent toute la tendresse de Fellini pour cette Italie « d’en bas ». Le sourire est bonhomme. Que ce soit pour décrire la misère sexuelle des collégiens et leurs concours de branlette, leur fascination pour le derrière moulant et rebondi de la Gradisca ou l’hypertrophie mammaire de la buraliste. Que ce soit pour les fantasmes de la Gradisca, férue de cinéma et qui rêve de donner la réplique à Gary Cooper. Que ce soit le narrateur du film, bourgeois distingué et précieux qui n’est en fait qu’un mytho affabulateur. Que ce soit les dimensions imposantes du Grand Hotel, fierté touristique de la ville, et les évènements fantasmatiques qui y ont eu lieu (la Gradisca y aurait été la maîtresse d’une nuit d’un prince de passage, le simplet du village y aurait honoré tout le harem d’un sultan, qui donne lieu à une scène pastiche des ballets aquatiques des Ziegfield Folies). Les simplets sont montrés avec compassion (la souillonne prostituée, le tonton aliéné qui monte tout en haut d’un arbre immense et réclame une femme, …).

Par contre, comme Indiana Jones qui n’aime pas les nazis, on peut pas dire que Fellini porte les fascistes dans son cœur. Mise en scène grandiose et caricaturale lors d’une parade des leaders locaux du parti dans un village tout acquis à leur cause avec scènes d’hystérie à la Beatlemania devant les deux chefs (un nain et un paralytique !) et leurs affidés qui défilent en trottinant avant qu’une immense composition florale à l’effigie du Benito se mette à parler. Un grotesque compensé quand un type joue « L’Internationale » à la clarinette du haut du clocher du village. Le père de Titta (ancien ouvrier maçon donc « forcément » communiste aux yeux des fascistes) est arrêté, menacé, et subit un interrogatoire « musclé » à base de larges rasades d’eau de ricin. Ces séquences de Fellini sont peut-être ce qui s’est fait de mieux en matière de dénonciation par la farce des régimes dictatoriaux nationalistes de l’époque.

Zanin et Beluzzi 

Collaborateur attitré de longue date du Maestro, Nino Rotta livre dans « Amarcord » ce que beaucoup (dont Alexandre Desplat) considèrent comme sa meilleure B.O.

Avec « Amarcord », Fellini, quelque peu empêtré dans la surenchère symbolique démesurée depuis quelques années (au hasard « Satyricon ») signe son dernier grand chef-d’œuvre. Deux films acclamés par la suite lui doivent beaucoup. « Le tambour » de Volker Schlöndorff (un faux biopic, la frustration sexuelle, un nain comme dignitaire nazi, …) et peut-être plus encore « Underground » de Kusturica. Avec ses personnages en vase clos, la musique de Bregovic plus Rotta tu peux pas, et sa dernière scène (le mariage sur l’île qui dérive du Serbe, celui de la Gradisca dans un bord de mer triste chez Fellini).

S’il fallait n’en retenir qu’une poignée de Fellini, « Amarcord » en fait partie (allez comme je suis de bonne humeur je vous fais mon Top 5 du Federico, les quatre sont dans le désordre « La Strada », « Les nuits de Cabiria », « Huit et demi », « La dolce vita », et « Juliette des esprits ». Oh, ducon, ça fait six… Ben oui, en plus d’être de bonne humeur, je suis généreux …


Du même sur ce blog : 


JACQUES RIVETTE - CELINE ET JULIE VONT EN BATEAU (1974)

 

Deux en un ...

Bon, on rentre dans le dur là … Parce que Rivette, comment dire … il a ses fans, certes, un peu moins nombreux que ceux des Tuche, mais comment expliquer … t’images pas un dating généré par Tinder où un des deux proposerait à l’autre avant de passer aux choses sérieuses, d’aller voir un film de Rivette.

Déjà, parce que les films de Rivette, ils durent au moins trois plombes (une fois en version ciné parce que le director’s cut, il fait généralement le double), et c’est du cinéma d’auteur pour ciné-club ou pas d’heure la nuit sur Arte.

Berto, Rivette & Labourier

« Céline et Julie … » c’est la comédie de Rivette, alors qu’a priori comédie et Rivette ça rime pas du tout, mais vraiment pas du tout. « Céline et Julie … », c’est un film accidentel. Après « Out 1 » qui durait une douzaine d’heures (!), le futur film que le Jacquot met en chantier est « Phénix », relecture « à la Rivette » du mythe du Fantôme de l’Opéra, avec dans les deux rôles principaux Jeanne Moreau et Juliet Berto. Des problèmes d’agenda de Jeanne Moreau lui font abandonner le projet que Rivette ne concevait pas sans elle. Mais Juliet Berto lui annonce qu’avec une de ses connaissances, Dominique Labourier, elles écrivent des choses qui pourraient faire un scénario. C’est pas tant l’idée de ce scénario qui intéresse Rivette, mais beaucoup plus de faire se confronter devant la caméra une actrice post soixante-huitarde libérée (Berto), avec une qui vient du théâtre classique (Labourier). D’ailleurs de scénario il n’y a guère, plutôt un enchaînement de situations, de sketches …

Rivette dit banco, mais bon, on se refait pas, il faut contrebalancer l’effet potache amené par les deux actrices-scénaristes. Il fait donc appel à Eduardo de Gregorio, scénariste argentin fada de Nouvelle Vague, pour qu’il écrive « autre chose ». De Gregorio s’inspire d’une nouvelle de l’auteur anglo-américain Henry James et la retravaille avec un trio d’acteurs choisi par Rivette, sa « muse » Bulle Ogier , Marie-France Pisier, Barbet Schroeder (celui qui mettait la musique de Pink Floyd en films, « More » et « La vallée »).

Il y a juste une faille spatio-temporelle dans cet étrange attelage des deux groupes antinomiques. Berto et Labourier sont dans le contemporain, et les quatre autres adaptent une œuvre de la fin du XIXème siècle. Choc des cultures à prévoir …

Rivette réussit le tour de force d’assembler ces deux univers dans la même histoire. En reprenant le pitch de « Alice au pays des merveilles ». Et bizarrement, ça fonctionne. Pas de quoi avoir une révélation cinématographique majeure, mais « Céline et Julie … » se laisse voir.

Pisier, Shroeder, Ogier

A condition d’avoir le temps. Trois heures et quart. Ce qui fatalement ne va pas sans quelques redondances. Dont certaines sont voulues et nécessaires, mais bon, trois heures et quart …

« Céline et Julie … » commence donc comme le bouquin de Lewis Caroll. Julie (Dominique Labourier) est assise sur un banc dans un square parisien (le film est aussi une visite de Paris) et bouquine un fort imposant traité de magie. Surgit Céline (Juliet Berto), look gypsy délurée qui traverse le square. Julie la remarque, la suit du regard, voit qu’elle tombe de son sac une paire de lunettes de soleil, court les ramasser, et se lance à sa poursuite telle Alice suivant le Lapin Blanc, dans un étrange ballet où l’une ne veut pas se laisser rattraper mais s’attache à ne pas semer sa poursuivante, et où l’autre préfère suivre que rattraper. Le lendemain, les rôles s’inverseront, et c’est Céline qui attendra Julie dans l’escalier de son immeuble avant de squatter chez elle. Julie est bibliothécaire férue de magie, et Céline fait des numéros de magie dans un cabaret minable. Forcément, les deux deviennent des amies inséparables.

Un jour, Céline se rend dans une grande bâtisse bourgeoise (au 7 Bis rue du Nadir aux Pommes, cherchez pas, la rue n’existe pas) où il se passe des choses étranges. Comment se rendre à cette adresse et voir ce qui s’y passe ? En suçant des bonbons. Parenthèse. Rivette assure que toute ressemblance avec des trips après avoir gobé des acides est involontaire, certains acteurs du film des années plus tard affirment le contraire. Fin de la parenthèse. Et que se passe t-il dans cette baraque ? Un veuf (Schroeder), sa belle-sœur (Bulle Ogier), une amie de sa femme (Marie-France Pisier), organisent leur vie autour d’une gamine souffreteuse et pas très bien portante (la fille de Schroeder) aidés par une infirmière-bonne-femme de ménage. Contraste violent entre le way of life très seventies de Céline et Julie et le maniérisme très Nouvelle Vague de la grande bâtisse, où toutes les attitudes et émotions sont surjouées, et les dialogues dans un style très précieux. Un drame atroce semble s’y préparer, mais lequel ?

Céline et Julie se projettent à tour de rôle dans cet univers en prenant la place de l’infirmière, n’arrivent pas à démêler l’intrigue, puis emploient les grands moyens en s’y rendant ensemble. Je vais pas spoiler, mais la justification du titre trouve son explication dans la dernière scène où le trio fantomatique de la grande bâtisse réapparaît, genre neverending story …

Pour le peu que je connais de la filmo de Rivette, « Céline et Julie … » y tient à peu près la même place que « Ce jour-là » de son disciple Raoul Ruiz ou « Sourires d’une nuit d’été » dans celle de Bergman, la comédie vue par un austère. La partie écrite par Berto et Labourier est relativement décousue (c’est fait exprès), très Godard style (on écrit la nuit ce qu’on tourne le lendemain), et l’autre très écrite, très théâtralisée.

En route pour le trip ...

« Céline et Julie … » doit beaucoup à la Nouvelle Vague (le jeu théâtral évidemment, les extérieurs non « préparés », les gosses s’agglutinent sur les lieux de tournage, les passants se retournent, dévisagent acteurs et cameraman, …). Rivette, pourtant contemporain de Truffaut ou Godard, tournera peu dans les années 60, et comme Jean Eustache, sortira ses films les plus connus dans les seventies, alors que les « anciens » commencent à tourner en rond (pour être gentil). Les emprunts et références fourmillent (Alice au pays des Merveilles, Fritz Lang avec la trace de main ensanglantée sur l’épaule de Julie qui renvoie à « M le Maudit », Bresson par l’austérité et le côté désincarné des personnages de la bâtisse, « Rashomon » de Kurosawa par la répétition des scènes avec une vision différente, Feuillade pour les tenues très Musidora en patins à roulette (!) des deux filles…).

A l’opposé, il y en a au moins deux qui ont pioché des choses dans « Céline et Julie … ». Gus Van Sant pour « Elephant » avec les mêmes scènes vécues par des personnages différents et le grand David Lynch himself dont « Mulholland Drive » semble parfois un remake avec les deux actrices qui s’échangent les rôles et se dédoublent dans des univers parallèles. Fort à parier que le scénariste de « Un jour sans fin » a aussi vu le film …

Même s’il minimalise son importance, Rivette est évidemment crucial. Il assure la liaison entre les deux histoires, codifie chacune (exubérance vs rigueur) et derrière son approche je-m’en-foutiste, produit un vrai travail de réalisateur, avec des choix esthétiques forts.

Du côté des cinq acteurs principaux, on peut rester réservé sur les prestations de Barbet Schroeder et Dominique Labourier. Le premier fait assez piètre figure à côté de Pisier et Ogier, et Labourier fait beaucoup d’efforts trop voyants pour avoir l’air déjantée. Marie-France Pisier, hiératique et hautaine est excellente, tout comme Bulle Ogier en hémophile diaphane. C’est malgré tout Juliet Berto qui domine la distribution, parce que c’est la seule à ne pas avoir l’air de jouer, tant sa déjante paraît raccord avec son image. Après les « intouchables » Bardot et Deneuve des sixties, Berto (tout comme Bernadette Laffont) va être le prototype de l’actrice « différente », l’idéal d’un hédonisme sans limite. Celle qui vient d’inspirer un hit (mineur) à Yves Simon (« Au pays des merveilles de Juliet ») sera la première d’une liste de trop vite disparues, filles trop insouciantes pour la dureté de l’époque qu’elles traversaient façon tourbillon (comme par hasard des enfants de …, Pascale Ogier et Pauline Laffont).

Si « Céline et Julie … » accuse parfois son âge par certains tics de réalisation et de jeu des acteurs, il reste dans l’ensemble assez efficace, et en tout cas à ma connaissance sans équivalent dans la filmo ardue de Rivette. Superbe réédition en 2018 remastérisée avec plein de bonus de chez la maison Potemkine, qui donne pas dans la distribution du classique et du consensuel, mais qui fait toujours bien les choses (on est pas chez Canal ou TF1 Vidéo, si vous voyez ce que je veux dire).

Si vous avez trois heures et quart de disponibles …