Affichage des articles dont le libellé est Oldies. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Oldies. Afficher tous les articles

VINCENTE MINNELLI - LES ENSORCELES (1952)

 

Oublié ...

Ouais, je l’avais presque oublié celui-là … Un de ces innombrables classiques des années 50, il y en a tellement dans cette décennie, et dans plein de genres … coincé dans ma mémoire chancelante entre deux masterpieces absolues, « Sunset Boulevard » film sur le cinéma et « Citizen Kane » pour son récit en flashbacks. Mais sans l’aura légendaire des deux cités. La faute à Minnelli, sans doute, on y reviendra …

Vincente Minelli

Et puis, on tombe sur un blog (thanks, Luc) où l’on en dit le plus grand bien, on cherche dans la pile de Dvds, on donne la galette argentée à bouffer à la bécane, et cent treize minutes plus tard, comme dans cette pub stupide sur je sais plus quoi (une bagnole ?), on pousse un grand « Wow ! ». Parce que, oui, « Les ensorcelés » (« The bad and the beautiful » en V.O.), il est pas loin du tout de « Sunset … » ou « Citizen … ».

Pourtant, j’ai appris à mes dépens à me méfier de Minnelli. Capable parfois du meilleur (« Comme un torrent », « Un américain à Paris ») et souvent coupable du pire (toutes ces minables comédies musicales genre « Gigi » ou « Meet me in St Louis »). Bon, là, et sans évidemment avoir tout vu de sa pléthorique filmo, « Les ensorcelés » sauve pour moi sa réputation et le fait jouer dans la cour des très grands.

« Les ensorcelés », c’est l’histoire racontée par ceux qui à un moment ou un autre ont été très proches de lui, du producteur Jonathan Shields (impeccable Kirk Douglas, un de ses meilleurs rôles). Qui bien évidemment n’a jamais existé. Mais qui est tellement vrai, comme tous les autres personnages principaux (le comptable, le réalisateur, l’actrice, le scénariste) ou secondaires. Le but du jeu devant être à l’époque comme maintenant, de mettre un vrai nom sur tous ces personnages de fiction. Pas assez compétent dans cet exercice (d’autant que chacun doit être un mix de plusieurs « modèles », comme dans « Spinal Tap »), je n’ai vu dans « Les ensorcelés » que le premier degré, cette peinture amère et peu amène du cinéma hollywoodien.

Sullivan, Douglas & Pidgeon

La construction du film est magnifique. Tout commence par trois coups de téléphone. Shields (qu’on ne voie pas appelle depuis Paris trois personnes qui lui raccrochent au nez et/ou l’insultent sans même écouter de quoi il veut leur parler). Les trois se retrouvent dans le bureau de Pebbel, joué par Walter Pidgeon (qui on l’apprendra au cours du film, gère comme il peut la faillite de la Shields Inc., autrefois prospère, et dont il fut à l’origine avant que Shields en devienne le boss incontesté) qui leur dit pourquoi Shields les a appelés (il veut retravailler avec eux, pour un dernier tour de piste qui va être génial) et doit rappeler pour avoir leur réponse.

Les trois personnes contactées par Shields sont le réalisateur Fred Amiel (Barry Sullivan), l’actrice Georgia Lorrison (Lana Turner), et le scénariste James Lee Bartlow (Dick Powell). Et pendant qu’ils attendent le coup de fil de Shields, on nous présente en flashback la relation particulière qu’ils ont entretenu avec lui, les trois ayant été à des époques différentes très proches du producteur.

Shields et Amiel se sont rencontrés à l’enterrement du père de Shields, un producteur pas très recommandable dont Amiel commente à voix haute la nécrologie récitée par l’officiant. Sans savoir que le fils est à côté de lui et entend ses remarques acides, avant de le voir distribuer à la fin de la cérémonie une poignée de billets à ceux qui étaient venus. Payer des figurants pour un enterrement, c’est assez peu commun, Shields bien que fauché n’en est pas à ça près. Les deux finissent par s’associer dans la dèche, le premier rêvant de passer derrière la caméra, le second de produire ses films. On les voit taper l’incruste dans les soirées du tout-Hollywood, espérant rencontrer la bonne étoile qui leur permettra de faire fortune, vivant au jour le jour, grouillottant dans des jobs subalternes dans des productions minables. Le flash a lieu alors qu’ils se débattent avec des figurants feignasses et des costumes de chats géants tueurs trop grands, trop vieux, trop mités, que Shields a l’idée de suggérer les minous plutôt que de les montrer à l’image, et de substituer l’imaginaire du spectateur à l’image qui serait apparue sur l’écran. Beaucoup ont utilisé cette méthode, et l’hommage à Jacques Tourneur, maître de l’épouvante américaine avec trois bouts de ficelle, est ici évident et l’allusion à son « Cat people » guère voilée … Shields et Amiel s’attirent la sympathie et la reconnaissance (le film sera un succès) de leur patron, qui leur confie de plus en plus de responsabilités, le malin Shields devenant peu à peu calife à la place du calife. Las, Amiel s’apercevra alors qu’il s’apprête à diriger son premier film avec le bellâtre latin idolâtré du moment dans le rôle principal, que Shields l’a doublé et confié la caméra à un metteur en scène allemand reconnu. Amiel ne voudra plus entendre parler de Shields.

Turner & Douglas

Deuxième très proche de Shields, Georgia Lorrison, fille solitaire, recluse, dépressive et alcoolique, que Shields et Amiel ont rencontré alors qu’ils visitaient le manoir qu’ils croyaient abandonné de son père, vieille star déchue morte dans l’oubli et l’indifférence générale. Géniale inspiration de Minelli qui durant toute la séquence, ne nous montre que les jambes de Turner pendant au bord d’un accès aux combles de la bicoque (faille temporelle, on pense à ce moment-là à Johnny Depp dans « Edward aux mains d’argent »). Attirés ou au moins intrigués l’un par l’autre, les deux solitaires misanthropes Shields et Lorrison vont se rapprocher, le premier devenu quelqu’un qui compte, essayant de faire décrocher la seconde de la picole et de la pistonner pour de la figuration ou des petits rôles. Après « Le facteur sonne toujours deux fois », on s’aperçoit que le blanc dont elle est à peu près tout le temps vêtue sied définitivement à ravir à Lana Turner, et que pour ce personnage d’amie puis compagne alcoolo, Minelli n’a pas eu trop à forcer son imagination, il avait le modèle original à la maison … Evidemment, c’est quand Lorrison obtiendra son premier rôle et se verra promise à un avenir de star, qu’elle se rendra compte que Shields se fout totalement d’elle et qu’il préfère s’envoyer une starlette aguicheuse et médisante …

Troisième victime de Shields, James Lee Bartlow, un auteur provincial à succès, dont Shields a lu un des bouquins, qu’il veut adapter (et réaliser lui-même, le bonhomme ne se sent plus et commence à avoir un gros melon). Et qu’il invite à venir peaufiner le scénario à Hollywood. Le péquenot refuse de prime abord, mais poussé par sa femme, pipelette idiote et maniérée qui mène des réunions Tupperware (magnifique second rôle de Gloria Grahame, qui lui vaudra d’ailleurs un Oscar), finit par se rendre à Los Angeles avec sa moitié, bécasse tout excitée par le milieu « merveilleux » qu’elle découvre, ses lubies fantasques empêchant son mari de bosser sur un scénario. Shields éloignera l’importune grâce au charme de son pote le bellâtre latino, mais l’escapade se finira tellement mal que Bartlow vouera désormais une haine tenace (il y a quand même un peu de quoi) à Shields.

Grahame & Powell

Réunis tous les trois dans le bureau de Pebbel (qui assure un peu le lien entre les protagonistes dans les trois histoires), on les sent malgré tout et malgré toutes les rancunes subjugués (d’où le titre du film, aussi finalement explicite que son titre original, alors qu’ils font allusion à des protagonistes différends) par Shields. La voix de ce dernier au téléphone depuis Paris et les réactions qu’elle suscitera chez les trois sont les dernières séquences du film.

« Les ensorcelés » est un film sur le cinéma, avec ses visions gigognes (le réalisateur filme un plateau avec un réalisateur qui tourne un film, tous les participants qui interviennent sur un tournage étant ainsi démultipliés). Première (?) réussite dans un sous-genre qui en comptera beaucoup (« Sunset Blvd », « Singing in the rain » et « Le mépris » en étant les chefs-d’œuvre absolus, « Babylon » étant la dernière (?) réussite en date).

Surtout Minelli nous dépeint un milieu où le paraître et l’apparence dominent, et où l’individualisme forcené règne en maître. Les lucioles attirées par la lumière des étoiles viennent s’y brûler les ailes (le personnage de Gloria Grahame), on oublie les gens aussi vite qu’on les avait portés au pinacle (les parents de Shields et Lorrison). « Les ensorcelés » est un film sombre, et en même temps doté d’un humour sarcastique (la scène ou Shields porte dans ses bras, figure du père protecteur qui protège son enfant, une Lorrison bourrée qui a séché son premier tournage en tant que tête d’affiche, avant de s’immobiliser au bord d’une piscine et de la balancer sans ménagement à la flotte).

Ensorcelés ...

Le casting est remarquable, joue juste (hormis peut-être un Powell qui comme trop souvent en fait des caisses).

On sent que Minnelli n’aime pas ce monde du paraître hollywoodien, dont il fait quand même bien partie grâce (à cause ?) de sa Judy Garland d’épouse.

Et le portrait au vitriol d’un réalisateur anglais pointilleux toujours accompagné – approuvé par sa mégère de femme, nous indique que le Vincente ne devait guère apprécier le gros Hitchcock et son omniprésente épouse …

Grand film …



Du même sur ce blog :

Gigi


ERNST LUBITSCH - NINOTCHKA (1939)

 

Les éclats de rire avant les éclats d'obus ...

Les nazis n’aimaient pas Lubitsch, ils l’avaient déchu de la nationalité allemande. Ça tombait bien, il les aimait pas non plus. Je pense que les Russes devaient pas trop l’aimer non plus, à Lubitsch, si tant est que Staline, occupé à affamer les Ukrainiens et envisageant de se partager l’Europe avec l’Adolph, ait eu le temps de mater les films de Lubitsch. Et quand on regarde « Ninotchka » (peut-être la masterpiece de Lubitsch, mais la lutte est serrée avec « To be or not to be »), on se rend compte que l’Ernst, il aimait pas les Soviets.

Garbo & Lubitsch

Et plutôt que la critique politique ou idéologique frontale, il choisit de s’attaquer au communisme par le rire. Et pour ça, il va chercher la glaciale star Garbo, maîtresse incontesté du tragique (sa mort dans « Le roman de Marguerite Gautier », adaptation de « La Dame aux camélias » est une des plus belles morts du cinéma). Garbo dans une comédie, c’est pas chose courante. La star du muet, puis du parlant, avait peu donné dans la légèreté, d’où la célébrissime accroche du film « Garbo rit » (sous-entendant que c’était une première à l’écran, ce qui était factuellement faux).

Ceci étant, difficile de ne pas avoir à rire quand on tourne pour Lubitsch. Et surtout quand on a au scénario une écriture ciselée par Billy Wilder et Charles Brackett (ces deux-là se retrouveront pour le quelque peu caricatural « Le poison » et le chef-d’œuvre « Boulevard du Crépuscule »). Quiconque désirant entreprendre une carrière de scénariste devrait connaître par cœur les répliques ravageuses de « Ninotchka ». C’est d’un anticommunisme primaire, mais tellement juste …

Garbo & Douglas

« Ninotchka » commence par les tribulations parisiennes d’un trio d’émissaires soviétiques venus vendre les bijoux de l’aristocratie russe confisqués lors de la Révolution et dont l’argent sera fort utile à un régime qui en manque cruellement. La rigidité politique des trois apparatchiks ne résistera pas longtemps aux charmes de la vie parisienne, et leurs scrupules idéologiques se dilueront bien vite dans une way of life très bourgeoise. Bien aidés en cela par un aigrefin, le très aristocratique comte Léon d’Algout (excellente interprétation de Melvyn Douglas), amant occasionnel de l’exilée duchesse Swana (Ina Claire), ancienne propriétaire des bijoux, que le duo compte bien récupérer en grugeant les trois Russes. Le Politburo surveille l’affaire, et sentant les choses mal engagées, envoie la psychorigide Ninotchka Yacouchova (Garbo), remettre de l’ordre.

Tout d’abord insensible aux charmes de la vie parisienne et d’Algout, elle finira par goûter aux deux, dans une suite de scènes où se succèdent malentendus, quiproquos et comique de situation. Avant que la rouée Swana récupère ses breloques, et les échange contre le retour de Ninotchka et ses hommes en Russie, afin de pouvoir renouer avec son amant d’Algout, qui est tombé éperdument amoureux de Ninotchka.

Garbo & Lugosi

Après la vie parisienne, retour à la vie soviétique, nettement moins glamour. Avec les joies de la colocation dans les luxueuses demeures aristocratiques partagées d’office entre camarades (dont les mouchards de service) et qui sont devenues des taudis où manger une omelette est un luxe (à condition que chaque invité amène son œuf). Le tout surveillé par l’intransigeant Commissaire Politique (Bela Lugosi qui quitte ses habituels cercueils pour un austère bureau à l’atmosphère glaçante).  Pendant ce temps d’Algout essaye de retrouver Ninotchka, lui écrivant (fabuleuse lette caviardée où ne subsistent que la date et un « Yours » final), ou tentant d’obtenir un visa à l’ambassade soviétique de Paris (extraordinaire réplique du planton qui suggère à une personne qui demande des nouvelles d’un proche disparu depuis quelques temps de se renseigner auprès de sa veuve).

Finalement c’est à Constantinople que Ninotchka (encore une fois chargée de remettre dans le droit chemin les trois émissaires qui ont tendance à déraper idéologiquement) retrouvera son amoureux, et les quatre Russes finiront par sombrer définitivement dans le capitalisme, les trois compères montent un restaurant, le plus crétin du lot finissant homme-sandwich devant l’entrée, dernier plan du film …

« Ninotchka » mélange romance et comédie. La partie romantique de l’histoire se traîne un peu en comparaison du rythme effréné de la satire, feu d’artifice de répliques d’anthologie. Les Soviets, qu’ils soient Rouges ou Blancs (Swana) sont moqués à chaque plan, les frivoles parisiens aussi. Les nazis, qui seront au centre de l’intrigue de « To be or not to be » sont aussi évoqués sur une scène, quand les trois compères sont venus accueillir l’émissaire russe sur le quai de la gare, s’avancent vers un type austère encombré de bagages, lequel les ignore pour faire un salut bras levé à sa dulciné qui l’attend sur le même quai.

Garbo rit...

La mise en scène est précise, et offre quelques vrais plans de Paris. Les acteurs sont bons, y compris les personnages secondaires, ce qui n’était pas toujours le cas à l’époque. Garbo nous fait un beau numéro, passant de la rigidité glaciale (l’arrivée) à l’exubérance amoureuse (la cuite au champagne), puis à la tristesse mélancolique (le retour au pays). Ce sera son avant-dernier film, elle quittera le métier en pleine gloire deux ans plus tard, ce qui renforcera son aura et entretiendra les rumeurs les plus délirantes. Etrangement, Ina Claire aura la même trajectoire, abandonnant aussi les plateaux de cinéma peu d’années plus tard, des décennies avant sa mort …

La charge frontale ou en filigrane du régime soviétique, c’est pas ça qui manque dans le cinéma, surtout une fois le maccarthysme posant sa chape de plomb sur les studios hollywoodiens. Peu de films l’aborderont de façon aussi légère et subtile que Lubitsch dans ce « Ninotchka », qui est quasi unique dans son genre (et pitié ne me sortez pas le tragique « Don Camillo en Russie »).

Film cousin recommandé (avec la romance en moins) : le djihadisme détruit par le rire dans l’extraordinaire « We are four lions ».


BUSBY BERKELEY - PLACE AU RYTHME (1939)

 

En roue libre ?

« Place au rythme » (« Babes in arms » en V.O.) est sorti en Septembre 1939. Septembre 1939, c’est en Europe le début de la World War 2, comme l’appellent les Ricains. Qui eux voyaient les effets du New Deal de Roosevelt sortir le pays de la Grande Dépression. Mais surtout Septembre 39, c’est un mois après la sortie aux States d’un film événement, « Le magicien d’Oz » qui allait faire de sa jeune actrice principale, Judy Garland, une star planétaire.

Busby Berkeley

La Judy, c’était pas exactement une inconnue. Archétype de ces enfants-stars dont raffolait le grand public américain. Et déjà à l’affiche deux fois avec son pendant masculin, Mickey Rooney. Rooney et Garland, âgés en 1939 respectivement de 19 et 17 ans. Mais comme ce sont deux petits gabarits qui culminent à environ un mètre soixante, ils peuvent jouer des personnages de pré-ados. Dans « Place au rythme », Rooney (Michael Z. Moran) a treize ans, et Garland (Patsy Barton) à peu près autant. Ils sont les têtes d’affiche de la distribution, et la réalisation est confiée au grand Busby Berkeley. Berkeley, c’est un chorégraphe de génie, dont les numéros de danse et/ou aquatiques, ont produit des merveilles visuelles (« 42nd Street », « Chercheuses d’or 1933 », « Footlight Parade »). Passé à la réalisation avec des hauts (le mirifique « Prologues » avec l’extraordinaire James Cagney qui quitte ses rôles de gangster pour chanter, danser et jouer la comédie) et beaucoup plus de bas (à peu près tout le reste), Berkeley fait ce qu’il sait faire, de la comédie musicale avec de grandes chorégraphies.

Sauf que dans « Place au rythme », hormis un tableau final de cinq minutes, assez loin de ses chorégraphies insensées, pas grand-chose du Berkeley qu’on pouvait attendre.

Rooney & Garland

La vedette du film, celui qui est le plus souvent à l’image, c’est Mickey Rooney. Dont les dons, voire le talent sont indéniables, mais qui en fait toujours des caisses avec cette façon de surjouer finalement assez crispante. Dans le film, il est le fils aîné d’un couple d’acteurs acclamés de music-hall, les Moran. Le music-hall qui triomphe et remplit les théâtres en 1926, lorsqu’il vient au monde. Même si un avisé manager pense que le cinéma peut être un concurrent redoutable. Ce qui fait bien rire la petite troupe qui gravite autour des Moran. Las, l’année suivante et l’arrivée du cinéma parlant, la tendance va s’inverser et tous ces acteurs vieillissant de « vaudeville », vont voir leur côte s’effondrer et se retrouver sans travail. Ce point de départ du scénario, c’est à peu près le même que celui de « Singin’ in the rain », dont on voit un court extrait de la version de la chanson lors de sa création dans un film oublié des débuts du parlant. Le jeune Michael, qui a accompagné ses parents sur scène dès son plus jeune âge, se lance dans l’écriture de chansons, et encaisse même son premier chèque de cent dollars avec « Good morning » chantée par sa copine Patsy, qu’ils sont allés présenter à un producteur. Sur le chemin du retour, les deux minots échangent leur premier baiser et font de grands rêves de spectacles communs. Pendant que leurs parents et toutes les vieilles stars déchues du music-hall montent une tournée censée les remettre au haut de l’affiche. Les gosses et leurs copains comptent bien en être, mais niet catégorique des ancêtres. De dépit, ils vont essayer de monter leur propre revue, sous la menace d’une mégère qui veut les faire mettre en pension.


Pour monter un spectacle, il faut du fric. Qui sera amené par une autre enfant-star, riche mais sur la pente savonneuse du déclin (Baby Rosalie), danseuse contorsionniste, encore plus petite que Rooney et Garland. Ce qui ne l’empêchera pas de vamper le Michael promu metteur en scène, et faire exploser son flirt avec Patsy. La tournée des parents est un fiasco monumental, et le spectacle des enfants essuie un ouragan lors de sa première, mais rassurez-vous, tout finira bien pour les minots …

Des films musicaux avec ce genre de scénario (la réussite malgré l’adversité), il en sortait à la pelle dans les années 30. Les têtes d’affiche (Rooney - Garland), Berkeley à la mise en scène, ça aurait pu faire quelque chose de bien. Sauf qu’ici, tout le monde semble en roue libre, assurant un service minimum. Judy Garland me semble la seule à s’en sortir correctement. Elle a encore un physique agréable de petite fiancée idéale de collégien boutonneux, avant de virer anorexique bourrée et défoncée, chante, danse et joue la comédie sans trop en faire. Contrairement à Rooney, le plus souvent dans l’outrance visuelle et gestuelle. Malgré des imitations plutôt réussies de Clark Gable et Lionel Barrymore (le grand-oncle de la Drew du même nom). D’autres jeunes au casting font un peu cheveu sur la soupe (une future vraie chanteuse d’opéra joue la sœur de Rooney, et en fait des tonnes vocalement, un auteur-compositeur qui place une des chansons dans le film est très mauvais, sans parler le l’exubérance forcée de la Baby Rosalie). Les « vieux » (des habitués de seconds rôles) sont tout juste passables …


Mais la plus grosse déception vient de Berkeley. Pas grand-chose à sauver dans la mise en scène de ce chorégraphe qui fut génial au début de la décennie. Un court numéro de minstrels, ces Blancs maquillés au cirage qui imitaient les Noirs (voir Al Jolson dans « Le chanteur de jazz »), et la parade finale assez convenue, pas très bien filmée et pas vraiment spectaculaire, c’est tout ce qu’il daigne nous offrir.

Aujourd’hui, « Place au rythme » est quelque peu oublié. D’ailleurs on le trouve même pas en version française (doublée ou sous-titrée). Faut dire que sortir un mois après « Le magicien d’Oz » et deux mois avant « Autant en emporte le vent » lui laissait peu de place pour faire un succès populaire conséquent …


BUDDY HOLLY & THE CRICKETS - THE CHIRPING CRICKETS (1958)

 

Holly soit qui mal y pense ...

25 Février 1957. Séances d’enregistrement de « That’ll be the day », paru cinq mois plus tard. 3 Février 1959. Mort de Buddy Holly dans un crash d’avion. En comptant large, 23 mois de « carrière ». Enfoncés Hendrix, Cobain, et tous les crucifiés du Club des 27 (de toutes façons Holly n’avait que vingt deux ans). Question reconnaissance posthume, Holly bat tous les records.

Parce que parmi ceux qui l’ont comme référence primordiale, y’a du lourd. Du très lourd.

Buddy Holly & the Crickets

Bob Dylan. Dans son discours (qu’il a envoyé, il a pas daigné se déplacer) à l’occasion de la remise du Prix Nobel de littérature (2016), il cite comme influence majeure (en lieu et place de tous les Guthrie, Seeger ou Leadbelly auxquels on était en droit de s’attendre) Buddy Holly. Il explique qu’à dix sept ans, il a fait 150 bornes pour le voir en concert, deux jours avant sa mort. Et qu’il a ressenti pendant le show l’émotion musicale de sa vie, que c’est grâce à Buddy Holly qu’il a voulu écrire des chansons et les jouer sur scène.

Les Beatles. Un certain John Lennon, traumatisé par son second (et dernier) disque (l’éponyme « Buddy Holly ») se fait le même look que lui, (coupe de cheveux et binocles) et baptise le premier groupe qu’il forme avec McCartney les Silver Beetles, en hommage aux Crickets, les accompagnateurs de Buddy Holly. Les Beatles reprendront « Words of love » sur « Beatles for sale » leur quatrième disque.

Les Rolling Stones. Leur troisième single anglais est une reprise de « Not fade away » (numéro 3 des charts). C’est aussi leur premier single paru aux Etats-Unis.

C’est pas tout. De tous ceux que l’on qualifie de « pionniers » du rock, Buddy Holly est un des très rares (avec le Johnny Burnette Trio) à opérer avec un backing band attitré, les Crickets. Qui faisait qu’il pouvait sortir des disques sous son nom propre ou avec son groupe (de toute façon, c’étaient les mêmes qui l’accompagnaient). Seul Rod Stewart a fait aussi bien voire mieux à l’époque des Faces, dont il était le chanteur (chez Warner), les mêmes Faces l’accompagnaient sur ses disques solo (chez Mercury). Buddy Holly, en « solo » ou avec les Crickets, était chez MCA.

Buddy Holly

Plutôt pingre, la vénérable maison ricaine. Ce « Chirping Crickets » dure 26 minutes pour 12 titres. Ce qui aurait pu laisser de la place pour rajouter quelques singles dont le Holly n’était pas avare (un tous les deux mois en moyenne, et pas des bouche-trous). Pour ne rien arranger à l’histoire, ce disque est doté d’une pochette assez repoussante. Certes, Buddy Holly et ses copains n’étaient pas des sex symbols (on leur donnerait cinquante balais chacun), mais j’espère qu’ils ont pas payé le photographe. Avec en plus d’avoir l’air totally neuneu, il manque un morceau de la tête à celui à gauche de Buddy Holly (en fait non, après avoir vu plusieurs photos sur le Net, il avait une coiffure vraiment très étrange) …

Mais comme un disque, belle pochette ou pas, c’est surtout fait pour être écouté, il y a quoi à se mettre entre les oreilles dans « The chirping Crickets » ? Au moins cinq classiques du binoclard. Avec par ordre d’apparition « Oh boy » (rockabilly aux relents de gospel), « Not fade away » (transposition en encore plus saccadée du Diddley beat), « Maybe bay » (quintessence du Buddy Holly style, premier génie pop ever, du Beatles avant l’heure), « It’s too late » (grille d’accords éternelle pour chialer dans sa bière parce la baby elle s’est barrée), et l’imputrescible « That’ll be the day », un des classiques absolus du rock des 50’s.

Ce qui permet de se rendre compte de plusieurs choses. Buddy Holly était un compositeur de génie, et un chanteur étonnant, vocalement limité à bien des égards, des limites qu’il arrive à compenser par un élan juvénile (on y va, on fonce, on verra bien …), participant à la création de ce phrasé approximatif à base de hiccups et de changements incessants d’octaves, que l’on trouve souvent dans le rock des pionniers.

Autre chose dont on se rend compte. Les trois-quarts des titres sont cosignés par Norman Petty, également producteur exécutif. On a longtemps vu dans Petty une sorte d’escroc à la Colonel Parker. Sauf que contrairement au faux bidasse d’Elvis, Petty avait déjà un petit nom dans le music business, ayant travaillé avec notamment Roy Orbison et « découvert » le tout jeune Waylon Jennings qui intègrera la dernière version des Crickets (et a eu la bonne idée de céder sa place dans l’avion qui allait se crasher au Big Bopper). Bon, sinon Petty s’est paraît-il bien gavé abusivement de droits d’auteur, mais son travail en studio est incontestable, et il n’est pas stupide d’affirmer (tendance générale) que sans Norman Petty, il n’y aurait pas eu de Buddy Holly, ou du moins pas à ce niveau-là.


Parce que Holly est un défricheur. Et un traditionnaliste à la fois. Défricheur parce qu’il a introduit dans le rock des fifties, un caractère mélodique inédit, séparé, voire déconnecté de l’aspect rythmique qui jusque là l’incluait (voir le cas d’école Chuck Berry, où c’est le rythme qui contient la mélodie). Et traditionnaliste parce que Buddy Holly part très souvent d’extrapolations de choses bien définies comme le gospel (« Oh boy ») et surtout le doo wop (« You’ve got love » et les quatre derniers titres de la rondelle, pas les plus connus et qui font un peu office de remplissage tant ils semblent déclinés à l’identique d’une même matrice).

Le remplissage final, certainement pour capitaliser sur les premiers succès des singles (« That’ll be the day ») finira dans le Top 3 des hit-parades), limite l’impact de ce premier Lp. Les progrès en termes de composition de Buddy Holly seront exponentiels, les titres d’anthologie s’enchaîneront à une vitesse frénétique. Le « Buddy Holly » paru à la fin de la même année sera meilleur.

Une bonne compilation (« The very best of Buddy Holly & the Crickets » de 1999 est parfaite) reste cependant la meilleure porte d’entrée pour l’œuvre de l’auteur le plus original des années 50.


Du même sur ce blog : 

Buddy Holly
The Very Best Of Buddy Holly & The Crickets


FRED McLEOD WILCOX - PLANETE INTERDITE (1956)

 

Peurs et fantasmes ...

« Planète interdite », lorsqu’il est sorti en salles au printemps 1956 aux Etats-Unis a connu un joli succès populaire. C’est un film « à part », à la croisée de multiples genres.

Fred Wilcox

C’est résolument une série B (voire pire) plus ou moins assumée, mêlant parfois en dépit du bon sens science-fiction, romance, humour et horreur (tous ces genres devant aujourd’hui être appréhendés à l’aune de ce qu’ils signifiaient au milieu des années 50). C’est une série B qui se donne les moyens d’avoir du succès. La MGM produit, le film est tourné en Scope et en couleurs (Eastmancolor), les effets spéciaux sont en pointe et ambitieux. Et c’est apparemment le premier film d’anticipation qui envoie l’Homme vers les planètes lointaines (jusqu’alors, c’étaient des Aliens plus ou moins sympathiques qui venaient sur Terre). C’est aussi un film qui exploite les rêves, peurs et angoisses du moment pour les projeter dans le scénario.

Un scénario qui est une extrapolation de « La tempête » de Shakespeare (aucun avis, j’ai pas lu cette pièce). Derrière la caméra, Fred (McLeod) Wilcox, réalisateur maison de la MGM, dont le seul titre de gloire était d’avoir tourné la première série de films sur le colley Lassie la décennie précédente. Sur « Planète interdite », Wilcox fait le job, et utilise au maximum les effets spéciaux novateurs mis à disposition par la MGM.

Robby & Morbius

La star du générique est Walter Pidgeon, acteur canadien à la grosse voix grave qui eut son heure de gloire la décennie précédente avec des premiers rôles dans « Qu’elle était verte ma vallée » et « Mrs Miniver », avant de voir son nom écrit de plus en plus petit au générique de séries B. En haut de l’affiche avec lui, deux quasi débutants, Leslie Nielsen (oui, celui qui obtiendra dans les années 80 la célébrité internationale avec son personnage d’inspecteur Debrin dans la série de film « Y a-t-il un flic … ») et Anne Francis, exemple type de ces starlettes des 50’s qui partageront leur emploi du temps entre seconds rôles sexy dans des nanars et shootings pour pages centrales des premiers magazines pour adultes.

Et bizarrement, la star du film se révèlera être un tas de ferraille et de plastoc (avec un type à l’intérieur), Robby le Robot. Certainement « l’acteur » le plus cher du générique, sa conception et sa réalisation ayant coûté la somme non négligeable à l’époque de cent mille dollars. D’ailleurs Robby vivra sa vie après le film, en devenant le personnage principal d’une série B « The invisible boy » et d’un épisode d’un autre nanar télévisé (« The thin man »), un robot sans aucun rapport avec le « personnage » de « Planète interdite ».

Leslie Nielsen

« Planète interdite » est un film d’anticipation se déroulant à la fin du XXIIème siècle (un siècle après que l’homme ait marché sur la Lune, nous apprend-on en voix off au début du film). L’évolution technologique a permis les voyages intersidéraux à x fois la vitesse de la lumière et un équipage est en route vers la lointaine étoile Altaïr, où un vaisseau d’exploration ne donne plus de signe de vie depuis une vingtaine d’années. La mission de secours est menée par le capitaine Adams (Leslie Nielsen). Lorsque leur vaisseau s’approche de la planète, ils reçoivent un message peu amène du scientifique de l’équipe supposée disparue (le professeur Morbius / Walter Pidgeon) leur stipulant qu’il n’a besoin de rien et surtout de personne et l’enjoignant de faire demi-tour. Le vaisseau de sauvetage se pose malgré tout, est accueilli par un Morbius soupe-au-lait et sa fille Altaïra (Anne Francis) beaucoup plus accorte et avenante, assistés par leur robot multifonction Robby.

Très vite, on voit que Morbius maîtrise des technologies bien plus avancées que ses visiteurs, on apprend qu’avec sa fille ils sont les seuls survivants de leur équipage, décimé par une force mystérieuse et maléfique. Et à mesure qu’Adams et sa troupe percent les secrets de la planète Altaïr, ils se trouvent confrontés de plus en plus violemment à un ennemi aussi invisible que dangereux.

Bon, ce genre de thriller spatial, on en a vu des milliards. « Planète interdite » est novateur dans le sens où son scénario jette les bases de plusieurs thématiques qui seront reprises dans les films de science-fiction à suivre. Par exemple, la série télévisée « Star Trek » est totalement décalquée sur Adams, son vaisseau et son équipe (le plus frappant ces décors d’intérieur, avec ces immenses tableaux représentant les futurs ordinateurs où trônent juste une poignée d’énormes boutons). La planète « habitée » par un créature maléfique (« Alien » of course et tant d’autres), les civilisations à l’intelligence supérieure (les Krells disparus d’Altaïr ont eu bien des « descendants » sur grand écran), tout ça est déjà dans « Planète interdite ». Par contre, ce qu’on verra pas trop par la suite ce sont des filles aussi girondes qu’Anne Francis dont les ultra mini-jupes (des années avant Mary Quant et Paco Rabanne) ont marqué les spectateurs de l’époque (oui, elle est plus sexy que Sigourney Weaver en marcel et petite culotte à la fin de « Alien »).

Anne Francis

« Planète interdite » est un film qui joue sur les peurs. Celles visuelles (l’apparition du monstre), mais aussi celles diffuses dans la société de l’époque liées au développement du nucléaire et à son corollaire, celui des bombes atomiques. Le vaisseau d’Adams est propulsé par l’énergie nucléaire, les Krells d’Altaïr ont exploité au maximum cette énergie, l’ont utilisée pour leur bien, avant d’en devenir les victimes et de laisser ses vestiges comme une malédiction pour quiconque foulerait leur planète. On n’ira pas jusqu’à dire que « Planète interdite » ouvre un débat de société, mais il traduit bien les réactions de l’époque face à une technologie qui s’accélère, suscitant espoirs réels et craintes diffuses mais tout autant réelles.

« Planète interdite » rajoute des situations comiques (les scènes avec le cuistot de l’équipage, l’apprentissage de la vie en société et amoureuse d’Altaira, certaines apparitions de Robby, …), de la psychologie à deux balles (l’inconscient générateur de monstruosités ou de monstres tout court). Le tout construisant une espèce de macédoine scénaristique où tout part dans tous le sens, oubliant parfois le bon (sens). Autre élément défavorable, le jeu des acteurs ne rentrera pas dans les grands moments du 7ème Art.

Par contre, ce film rappelons-le de 1956 surprend par son aspect visuel. Les couleurs pétaradantes d’abord (on se contentait du noir et blanc pour la science-fiction, les défauts des trucages se voyaient moins), « Planète interdite » est du grand spectacle (les vaisseaux spatiaux se déplaçant à proximité des planètes, les décors « lunaires » d’Altaïr (pompés, et même carrément pillés par Roger Dean pour les pochettes de disque des sinistres Yes). Mais surtout, deux choses ont marqué les esprits : la visite de la cité souterraine des Krells qui juxtapose toutes les techniques d’effets spéciaux (images renversées, mate painting, décors gigantesques, …), et la création du monstre (c’est l’antique chefs des effets spéciaux du « Fantasia » de Disney qui a été recruté pour créer la bestiole, ainsi que les rayons laser des armes, et l’atterrissage du vaisseau).


D’ailleurs dans les bonus du Blu-ray (des heures, pas toujours captivantes), on a droit à un défilé de réalisateurs stars de films de sci-fi (Spielberg, Lucas, Scott, Cameron, Landis, Carpenter, Dante, …) qui ne tarissent pas d’éloges sur « Planète interdite », nombreux étant ceux qui avouent y avoir pioché des sources d’inspiration pour leurs œuvres majeures à eux. Tous sont à peu près unanimes pour dire qu’il faudra attendre « 2001 » de Kubrick pour trouver un aussi gros choc visuel. Et le plus enthousiaste du lot est Spielberg, alors que d’autres (Ridley Scott et James Cameron pour pas les nommer) frisent parfois la condescendance …





HOWARD HAWKS - LE GRAND SOMMEIL (1946)


 Mystères ...

Il y a une anecdote fameuse sur le film qui résume bien le résultat final. Brainstorming entre Hawks et les scénaristes (dont William Faulkner, futur Prix Nobel de littérature, ce qui prouve qu’il savait écrire, et on peut supposer qu’il savait aussi lire) sur un personnage secondaire. Que devient-il dans l’histoire, il a disparu du scénario ? Est-il mort (et si oui qui l’a tué), s’est-il suicidé (et si oui pourquoi). Toute la bande sèche et en désespoir de cause, décide de téléphoner à Raymond Chandler, l’auteur du roman éponyme adapté. Qui après moultes hésitations et réponses invraisemblables, finit par avouer qu’il en sait foutre rien de ce qu’est devenu ce type, il l’a « oublié » dans le roman, au profit d’autres développements et intrigues …

Bacall, Bogard, ?, & Hawks

Autrement dit, si vous avez tout compris à « Mulholland Drive » ou si le « Le faucon maltais » (avec Bogart dans le rôle principal) n’a aucun secret pour vous, tentez de suivre les intrigues de « The big sleep » (« Le grand sommeil » en V.O.). Bon courage …

La première demi-heure, ça va, on y arrive. Le quart d’heure suivant, on se gratte l’occiput en se demandant mais ‘tain qui sont ces gens, qu’est-ce qu’ils foutent, et quel est le rapport avec l’histoire initiale ? Au bout de trois-quarts d’heure (peu ou prou à la moitié du film), on lâche l’affaire, on compte les morts, les clopes fumées par Bogart, les pelles roulées à Bacall, en attendant que « The end » s’affiche à l’écran …

Il n’empêche, « Le grand sommeil » est un film qu’on peut voir et revoir. Parce qu’il y a un rythme effréné, un feu d’artifices de répliques, plein de vamps qui allument Bogart, et plein de petits et de grands truands qui veulent l’occire. Parce qu’il réunit le couple à la ville Bogart-Bacall, et parce qu’il y a Howard Hawks à la mise en scène.

Hawks, c’est le man next door, le type à qui tu foutrais pas un coup de pompe quand tu le vois et l’entends et qui a signé des chefs-d’œuvre d’un éclectisme qui laisse pantois (des polars, des comédies avec Cary Grant un de ses acteurs fétiches, des films noirs, des westerns, …).


Parenthèse : il y a une édition Dvd du « Grand sommeil » dite collector, avec un Dvd de bonus comprenant quasiment une heure d’interview de Hawks en 1973 où il revient sur ses films, les acteurs qui l’ont accompagné, sa méthode de travail. Et une biographie d’une heure et demie de Bogart par Lauren Bacall (et quelques autres qui l’ont bien connu) tout à fait passionnante. Et comme personne a rien compris au film et se débarrasse du Dvd, cette édition est facile à trouver pour le prix d’une bière pression, et vaut largement l’acquisition …

Hawks, c’est la théorie du remplissage maximum. Pas de temps morts, toujours du mouvement, de l’action, des dialogues à vitesse supersonique, de l’humour, de la romance, et la recherche perpétuelle de l’attitude ou de la réplique qui vont marquer la scène. Et plus que tout, c’est lui qui le dit, l’indépendance (il n’a jamais été sous contrat avec une major, il n’en a toujours fait qu’à sa tête, ce qui explique son éclectisme, mais aussi le fait que « Le grand sommeil » ait été amputé de plusieurs scènes et personnages, un couple homo, une histoire de photos porno, le tout semble t-il disparu à jamais, autant d’éléments supprimés qui faciliteraient – ou pas – la compréhension de l’ensemble ).

Pour « Le grand sommeil », il a son histoire (le bouquin de Chandler, l’adaptation de son pote Faulkner (et de deux autres co-scénaristes), et sa star, Humphrey Bogart. Qui n’était pas son premier choix, mais surtout pas un mauvais choix. Bogey est le détective Philip Marlowe, chargé d’une affaire par un vieux général invalide, qui veut faire cesser un chantage sur sa fille cadette, une allumeuse décérébrée. Marlowe s’occupera de cette affaire, mais aussi d’autres qui concernent la sœur aînée, jouée par Lauren Bacall.


Bogart – Bacall, c’est un des couples (à la ville et à la scène, ils se marieront trois ans plus tard) les plus mythiques du cinéma. Lui, costaud, le regard noir, clope au bec et verre à la main, qui s’éternise pas en discussions, balance une mandale ou sort un flingue. Elle, vingt cinq ans de moins, longiligne au regard de velours et aux répliques cinglantes. Cherchez une image de Bacall sur le web, vous obtiendrez tout en haut de la liste celle où elle est avec son ensemble pied-de-poule noir et blanc, tirée du « Grand sommeil ». En fait, si ce couple est devenu mythique, c’est pas parce qu’ils ont beaucoup tourné ensemble (seulement quatre films, « Le port de l’angoisse », « Le grand sommeil », « Key Largo » et l’oubliable « Les passagers de la nuit »), c’est plutôt à cause de l’alchimie qui se mettait en place devant la caméra, surtout comme ici où ils jouent des personnages totalement dissemblables. C’est cette opposition contrastée qui donne toute sa saveur au film, et Bogart, souvent monolithique dans ses rôles, n’est vraiment excellent que dans ces situations (comme avec Ingrid Bergmann dans « Casablanca » ou Katherine Hepburn dans « African Queen »).

Devinez qui va mourir à la fin de la scène et pourquoi ...

Hawks, en gentleman, ne dit pas s’il connaissait leur liaison préalable, mais a surtout choisi Bacall parce qu’elle était sous contrat exclusif avec lui (s’il ne voulait signer avec personne, il ne rechignait pas à proposer des contrats que l’on peut supposer léonins aux jeunes acteurs et actrices qu’il repérait). Le reste du casting importe peu, et on voit dans le jeu des seconds rôles toutes les lacunes d’un scénario auquel ils n’ont rien compris (celui qui est au centre de la scène y va à fond, c’est son moment de gloire, les autres ont l’impression de se demander ce qu’ils foutent là).

« Le grand sommeil » (personne ayant participé à cette aventure n’est capable de dire ce que signifie le titre par rapport à ce que l’on voit à l’écran) tout incompréhensible qu’il soit, accumule tous les éléments (le détective, la femme fatale, le fric, les truands, les affaires familiales, les intrigues compliquées, les rebondissements, …) qui définissent le film noir.

C’est pour cela qu’il a une belle réputation. Justifiée par la mise en scène de Hawks, et le beau numéro d’acteurs de Bogart et Bacall. Pour le reste, l’intrigue palpitante qu’on se plaît à suivre, vaut mieux aller voir ailleurs …


Du même sur ce blog :



CHARLES LAUGHTON - LA NUIT DU CHASSEUR (1955)

 

Love and Hate ...

« La nuit du Chasseur » (idem en anglais, « Night of the Hunter »), ce serait trop facile (mais je vais pas m’en priver) de dire que des films comme ça, on n’en tourne qu’un dans sa vie …

Charles Laughton & Lilian Gish

Et effectivement, ce sera le seul passage de Charles Laughton derrière la caméra. Laughton, c’est un Anglais qui a surtout travaillé aux Etats-Unis (il sera naturalisé américain en 1950). Et c’est surtout un acteur de théâtre. Un genre exigeant, où on peut pas tricher, refaire la prise. Faut enchaîner et être juste. Son physique « particulier » (sur lequel il a beaucoup ironisé), lui vaudront au cinéma des rôles de méchants (l’inoubliable Capitaine Blight dans « Les révoltés du Bounty » de Frank Lloyd) ou de sournois (Gracchus dans « Spartacus », où à mon sens il enterre les Kirk Douglas, Laurence Olivier et autres Peter Ustinov, pourtant pas des débutants). Laughton est exigeant pour lui, et va devenir un maniaque derrière la caméra.

Enfin, derrière la caméra, c’est aller un peu vite en besogne. La technique de l’image, de l’éclairage, de la prise de vue, il n’y comprend rien. Pour « La nuit du Chasseur », Laughton est au sens le plus strict du terme, un metteur en scène. La caméra, elle est confiée à Stanley Cortez, un chef opérateur de l’A.S.C. déjà remarqué sur « La splendeur des Amberson » d’Orson Welles. Et pendant que Laughton peaufinera son scénario avec David Grubb (l’auteur du roman « La nuit du Chasseur »), Cortez placera ses caméras et va concevoir un éclairage fabuleux, un noir et blanc hyper contrasté, jeux d’ombres gigantesques et de pénombres.

Parenthèse. En 2019 est sortie par Wild Side une version restaurée en HD du film. Des Blu-ray de vieux films, j’en ai. Qui au niveau du film lui-même, ne présentent généralement aucun intérêt, la haute définition ayant même tendance à amplifier les défauts techniques de l’image d’origine. Si vous ne devez avoir qu’un vieux film en Blu-ray, c’est « La nuit du Chasseur » qu’il vous faut. Un travail tout bonnement extraordinaire, qui montre que Cortez avait dépassé toutes les contingences techniques de l’époque. Et tout ça avec des moyens certainement pas pharaoniques.

D’ailleurs, pas de noms flamboyants en haut de l’affiche au générique. Mitchum en est la star (mais pas le premier choix de la production). Mitchum est en 1954 lors du tournage (trente-six jours en tout et pour tout, quasiment tout en studio, y compris la descente de la rivière) au mieux un bon second rôle avec deux défauts majeurs, éthylique forcené à faire passer les soirées du Rat Pack pour des séances de yoga, et pire, plus ou moins « socialiste », ce qui aux U.S.A. à l’époque était comparé à de la haute trahison. En gros, Mitchum est ingérable. Laughton l’a vite compris, il organise tous les autres personnages par rapport au sien.

Robert Mitchum

Autre parenthèse. Dans le Blu-ray dont au sujet duquel je causais plus haut, il y a parmi les bonus plus de deux heures et demie (soit quasiment deux fois la durée du film) de rushes qui montrent la répétition des scènes. Avec un Laughton (à peu près toujours hors champ) omniprésent, qui donne la réplique à tous les acteurs, jouant tous les personnages. On voit qu’il vient du théâtre et que c’est un maniaque. Il fait refaire d’innombrables prises parce que l’intonation d’une seule syllabe, un clignement de paupières, un geste esquissé, un sourire trop ou pas assez prononcé ne lui conviennent pas. Passe encore pour quelqu’un qui a fait l’Actor’s Studio (comme Shelley Winters) mais Laughton tyrannise tout le monde (les deux gosses - la gamine a vraiment cinq ans et craque parfois – et le moindre figurant ou second rôle, témoin celui qui joue le vieux pote pêcheur du gamin, qui sera éjecté au premier jour de tournage et remplacé). N’est guère épargnée Lilian Gish (qui fut quand même dans sa jeunesse l’égérie de Griffith et la première star féminine mondiale, avant Louise Brooks ou Marlene Dietrich), dont on sent que derrière sa bonhommie placide, elle n’en pense pas moins lorsqu’elle doit multiplier les prises. Il n’y a que Mitchum qui a un traitement de faveur. Il tient même parfois tête à Laughton parce qu’il ne joue pas, il est le Révérend Powell et tout s’organise autour de lui …

Powell, c’est le personnage qui a fait rentrer Mitchum dans la légende du cinéma. Parce que Mitchum en fait tellement, que ce faux curé devient tout bonnement extraordinaire. Powell joué par Mitchum n’est plus humain, il est inhumain. La scène où Mitchum mime le combat du Bien et du Mal avec la bataille entre ses deux mains où sont tatouées sur les phalanges « love » et « hate » (ça, c’est de l’idée scénaristique géniale !) repousse les limites du raisonnable, de l’entendement et même de la folie. Et à la fin, alors qu’il vient de se faire plomber par Lilian Gish, sa fuite à travers l’appartement, le jardin, les clôtures, pour aller se réfugier dans la grange se fait en poussant des cris qui n’ont rien d’humain. Le jeu de Mitchum est totalement hanté, irréel, bestial … Pas sûr qu’au moment du tournage il ait été au mieux physiquement et mentalement, mais le résultat est époustouflant, une performance à la Daniel Day-Lewis, sa seule présence aux dires des témoins électrisait le plateau de tournage avant qu’il commence à jouer ses scènes … Il y a une anecdote avec Shelley Winters. Mitchum, sans qu’on sache très bien pourquoi, la détestait, à la limite de la haine. Quand le pêcheur la retrouve noyée attachée à sa voiture au fond de l’eau, c’est une prise sous-marine avec un mannequin au visage moulé sur celui de Winters. Mitchum a fait tout un foin, exigeant de Laughton que ce soit elle qui soit vraiment attachée à la bagnole au fond de la rivière, sinon le film allait perdre toute sa crédibilité … Ceci explique que des années plus tard, lors d’une interview où il revenait sur sa carrière, Mitchum tout en faisant son Mitchum (air goguenard, énormes lunettes fumées, cigare de la taille d’un tronc d’arbre), ait décrété que Laughton était de loin le meilleur metteur en scène avec qui il avait travaillé (sympa pour tous les autres, il a tourné avec le gotha des réalisateurs américains pendant quatre décennies).

Shelley Winters & Robert Mitchum

« La nuit du Chasseur » se passe dans l’Amérique rurale (un petit bled au bord du fleuve Ohio) post Grande Dépression. La crise économique, le chômage, la lutte quotidienne juste pour avoir quelque chose à mettre dans l’assiette, ont profondément transformé les gens. Ainsi, un père de famille, Ben Harper (parenthèse, c’est le vrai nom du guitariste baba cool soporifique, donc pas un pseudo en rapport avec le film), devient un braqueur de banques pour faire bouillir la marmite à la maison où l’attendent sa femme Willa (Shelley Winters) et ses deux gosses John (la douzaine), et Pearl (cinq ans). Un jour son braquage tourne mal, il tue deux types, est serré de près par la police, et a juste le temps de remettre le butin du casse (dix mille dollars) à ses enfants (surtout John), exigeant d’eux qu’ils le planquent et ne révèlent la cachette à personne, même pas à leur mère.

Parenthèse (pff, encore, tu commences à nous gonfler avec tes parenthèses). Le Ben Harper du film, qui n’a droit qu’à quelques scènes, est joué par un second couteau, Peter Graves, qui accèdera à la gloire mondiale en devenant des années plus tard, Jim Phelps, le chef des agents de la cultissime série télé « Mission Impossible ».

Avant d’être pendu, Harper se retrouve dans le même cachot que le (faux) révérend Harry Powell et manque lui révéler en parlant dans son sommeil (fabuleuse scène lorsque Harper marmonne son histoire et que la tête de Powell apparaît à l’envers - il est dans le lit au-dessus -, avant que Harper se réveille, l’aperçoive, lui colle une magistrale torgnole, avant de se mettre un mouchoir dans la bouche pour ne plus pouvoir parler en dormant).

Powell, on l’a déjà vu au tout début, roulant dans une voiture, ses tatouages LOVE-HATE sur les doigts, en train de s’adresser au Seigneur, avant de se tétaniser avec un regard d’assassin à un spectacle de strip-tease. Powell, c’est une extrapolation de tous ces évangélistes qui dans les années 30 parcouraient le Midwest sinistré par la crise pour ramener les âmes dans le « bon » chemin (et qui aujourd’hui sont les farouches partisans de Trump, la loi et l’ordre, et par-dessus tout le Seigneur qui nous guide tous). Son truc, à Powell, c’est pas de sauver les brebis égarées, c’est de séduire les veuves qui ont un petit magot, les buter et partir avec l’argent.

Il va donc arriver chez Willa Harper. Autre scène fabuleuse, le petit John raconte à sa sœur une histoire de croquemitaine, c’est la nuit, ils sont dans leur chambre à peine éclairée par la lumière de la rue, et se dessine sur le mur l’ombre gigantesque du chapeau que porte Powell (ces ombres démesurés, que l’on verra souvent dans le film, me semblent être un hommage de Laughton et plus encore de Cortez au cinéma expressionniste allemand des années 1920-1930, genre « Le cabinet du Docteur Caligari », « M le Maudit », etc …). Le plan suivant nous montrera sa silhouette devant la clôture de la maison, dans la lueur blafarde des réverbères. Ça vous dit rien cette image ? Ce sera copié-collé par Friedkin dans « L’exorciste » quand Max Von Sydow arrivera devant la maison de Linda Blair, elle servira d’ailleurs souvent d’affiche au film, au Blu-ray, Dvds, etc …

L'exorciste ?

Powell va courtiser la fragile Willa, poser son emprise sur elle (autre scène folle, celle de l’expiation, où la pauvre veuve avoue ses péchés devant les voisins, au milieu d’un cercle de torches enflammées, sous le regard impassible du pasteur en arrière-plan), l’épouser (autre scène énorme, celle de la nuit de noces), avant de la tuer (encore une scène démente ponctuée d’engueulades homériques où Powell expose sa vision du monde et des femmes, qui ne pensent qu’à la luxure alors que le Seigneur ne les a mises sur Terre que pour procréer, ‘tain, on croirait entendre l’agité du bocage de Villiers). Ne lui reste dès lors plus qu’à faire avouer aux gosses où est le magot (nous, on le sait, il est dans la poupée de chiffons que ne quitte pas la petite fille).

La gamine se laisserait embobiner, son frangin est beaucoup plus méfiant, et les deux s’enfuient en barque sur le fleuve, chassés par Powell (un autre plan à montrer dans les écoles de cinéma, les deux gosses réfugiés dans une grange, avec au loin au soleil levant, la silhouette menaçante de Powell sur son cheval au pas qui se détache sur l’horizon). C’est à ce moment-là, le moment de la chasse, qu’on passe du thriller haut de gamme à autre chose. Finies pour un temps les confrontations et les dialogues chiadés, on suit la barque qui descend le fleuve filmée depuis la rive avec au premier plan des lapins, des toiles d’araignée, des hiboux, des tortues, des crapauds. Comme une relaxation alanguie qui remplace la tension. Un procédé qui sera repris et sublimé par Malick au point de devenir sa trademark (je sais pas s’il s’est inspiré de Laughton) qui interrompt l’action pour nous montrer des rochers moussus, un petit ruisseau, des animaux, du vent qui agite des champs de blé ou des feuilles dans les branches, …


Le final de « La nuit du Chasseur » n’est pas celui d’un thriller. Ou si peu. Les enfants échouent (dans tous les sens du terme) chez une vieille dame, Mme Cooper (extraordinaire Lilian Gish) qui recueille des enfants abandonnés. Et plutôt que l’action (quasi inexistante), Laughton choisit de nous nous montrer le combat de deux esprits qui se revendiquent du même Seigneur. Parce que Powell n’a pas inventé son personnage de pasteur, il se croit réellement investi d’une mission, sauver le monde de la perdition, même si ça doit passer par quelques meurtres et en récupérant du fric au passage. Mme Cooper, elle, veut faire le bien de ses prochains tout en respectant scrupuleusement les Saintes Ecritures. La scène clé du film (et une des plus extraordinaires qu’il soit donné à voir sur un écran), c’est ce face-à-face nocturne devant la maison de Mme Cooper où Powell et elle se livrent un combat qui se veut définitif par chants religieux interposés, chacun chantant le sien pour couvrir la voix de l’autre.

« La nuit du Chasseur » est une œuvre unique, inclassable, où se mélangent poésie, mysticisme, polar, suspense, humour (noir). En fait la vraie direction du film nous est donnée dès la première scène, où Lilian Gish récite, façon lecture d’une page des Evangiles, ce qu’est l’histoire que nous allons voir et sa morale. « La nuit du Chasseur », c’est une fable biblique …

« La nuit du Chasseur » a été un bide lors de sa sortie, et Laughton (mort en 62) n’aura plus jamais les moyens (si tant est qu’il en ait eu l’envie) d’en tourner un autre. Chef-d’œuvre définitif, il est aujourd’hui très justement toujours cité comme un des plus grands films de tous les temps …