En 2003, Pixar commence à devenir un empire au sein
de l’Empire Disney. La firme à l’origine rachetée par Steve Jobs à George
Lucas, est passée du rang de boîte à fabriquer des ordinateurs haut de gamme, à
une filiale de Disney spécialisée dans l’animation de synthèse. Et dont les
premières productions, « Toy Story 1 & 2 », « 1001
pattes », « Monstres et Cie » surpassent (tant artistiquement
qu’en succès publics) ceux de la maison mère, engluée dans des suites qui
courent après le succès des films originaux (« La belle et le clochard
2 », « Cendrillon 2 », « Les 101 dalmatiens 2 »).
Andrew Stanton
Stratégiquement pour le groupe Disney, le gros coup
à venir doit être une nouvelle production Pixar, « Les
Indestructibles », des sortes de super-héros Marvel, revus en mode famille
dysfonctionnelle et images de synthèse.
Pixar, dans ses débuts, c’est organisé autour de
trois tètes pensantes au niveau artistique et créatif, John Lasseter, Lee
Unkrich et Andrew Stanton. C’est ce dernier qui sera officiellement
coréalisateur de « …Nemo » (avec Unkrich), de fait, c’est lui qui fera la
plus grosse partie du boulot (supervisant scénario, équipes d’animations et
d’effets spéciaux, et principal réalisateur).
Avant les fonds d’écran verts et le tout numérique,
l’animation était le seul domaine visuel qui pouvait transformer le rêve et
l’imagination en réalité visuelle. On pourrait s’imaginer une bande de potes
autour de bonnes bouteilles et trouvant l’inspiration en fin de soirée au fond
des verres … tu parles, Pixar c’est réglé comme du papier à musique, et plutôt
sur le mode multinationale – chef de projet que sur le mode téquila – gin fizz.
Faire un film d’animation qui se passe sous l’eau,
c’est pas original ou nouveau. « La petite sirène » chez Disney en
89, et de toutes façons dès l’ouverture du 1er Disneyland (1955 en
Californie, ce qui ne rajeunit personne), il y avait une attraction sous-marine
(avec une machine étanche et amphibie en forme de sous-marin sur rails qui
faisait virtuellement visiter les fonds marins, occupés entre autres par de
vraies jeunes filles déguisées en sirène, qui avaient beaucoup plus de succès
que les poissons en plastoc au milieu desquels elles évoluaient).
Nemo & Marin
Mais chez Pixar on est maniaque. La demi-douzaine de
personnes en charge de la partie artistique commencent par visiter la station
d’épuration de Sydney, où a lieu une partie du final, et ensuite les reste de
la ville (ne pas croire que la représentation de Sydney a été faite à partir
d’une carte postale). Ça c’était la partie divertissante des repérages et mise
en condition. Parce que la même équipe s’est retrouvée en mode commando au
large de Monterey (Californie) pour des séances sous-marine (et tous, loin s’en
faut, n’étaient pas adeptes de plongée), afin de visualiser la luminosité du
milieu, la flore, la faune (la façon de se déplacer de différentes espèces de
poissons a été longuement examinée), amasser de visu toutes les infos
nécessaires à rendre crédibles et naturelles les animations.
Ensuite il faut intégrer tout ça dans un scénario,
et s’amuser à rajouter des allusions subliminales à d’autres films,
généralement de la maison Disney-Pixar, mais pas seulement. Ça va de l’évident
(Nemo, comme le capitaine de Jules Verne le film commence comme
« Bambi » par la mort de la mère, il y a un séjour dans une baleine
comme dans « Pinocchio ») jusqu’au totalement cryptique (quelques
mesures de la musique de « Psychose » lors de l’apparition de la
petite nièce du dentiste, certains bateaux dans le port qui comportent le
prénom des types qui les ont dessinés, le « chef » des requins
s’appelle Bruce, comme avait été baptisée par l’équipe de Spielberg la maquette
du requin dans « Les dents de la mer », une pub pour le film
« Les indestructibles » qui sortira l’année suivante sur la page d’un
magazine chez le dentiste, une figurine de Buzz l’Eclair sur une étagère, …).
Nemo & Dory
« Le monde de Nemo » est un film d’action
aquatique. Nemo est un petit poisson-clown, né d’un œuf rescapé de l’attaque
d’un barracuda sur l’anémone de mer qui abrite son père, Marin, sa mère et leur
future progéniture. La mère, tentant de sauver ses œufs, y laissera sa peau
(hors champ, le public cible c’est les chères petites têtes blondes, on est
chez Pixar, pas chez Wes Craven), et le petit Nemo naîtra avec une nageoire
plus courte que l’autre. Marin chouchoutera son unique rejeton, ne consentant
lorsqu’il en aura l’âge qu’à le laisser aller à l’école après moultes
recommandations précautionneuses. Evidemment, Nemo pour impressionner ses
collègues, s’approchera d’un bateau et se fera capturer par un plongeur, un
dentiste que le mettra en compagnie d’autres de ses prises dans son grand
aquarium, avec pour projet d’en faire le cadeau d’anniversaire de sa petite
nièce, tortionnaire sadique qui a vite fait de dégommer tous les poiscailles
que Tonton lui offre. On suivra en parallèle les tentatives d’évasion de la
troupe de l’aquarium et la recherche désespérée de Marin, aidé par Dory, son
amie fofolle et amnésique, pour retrouver et sauver son fils.
« Le monde de Nemo » se déroule à un
rythme effréné, les gentils doivent faire face à une multitude de méchants (des
requins au milieu d’un champ de mines, une lamproie dans les abysses, des
champs de méduses, des mouettes affamées, …), trouvant aussi des alliés
précieux (des tortues dans un courant marin, une baleine, un pélican, …). Les
effets comiques annulent l’aspect anxiogène des situations, et évidemment tout
est bien qui finit bien.
« Le monde de Nemo » n’est pas seulement
un film d’animation à cent à l’heure. Visuellement, c’est magnifique, notamment
la représentation toute en réalisme stylisé du milieu aquatique. Tout ce qu’on
voit à l’écran est méticuleusement travaillé, et l’arrière-plan est aussi
détaillé que les « personnages » principaux.
Jaws
Pour terminer, et parce que c’est la période, une
recette d’utilisation du film en période de fêtes, lorsque la marmaille
familiale ou des amis commence à être remuante. Mettez-leur le film à la télé,
et ils vous foutront la paix pendant une heure et demie, ce qui laissera le
temps de faire chauffer le tire-bouchon entre adultes bien élevés. Attention,
c’est du one shot, si vous retentez le même coup le Noel suivant, les petits
salopiauds braillards auront vite fait de s’apercevoir qu’ils l’ont déjà vu ce
truc, et faudra trouver autre chose pour les occuper …
Ce qui prouve que « Le monde de Nemo » est
un film qui ne s’oublie pas, et donc un grand film …
« Princesse
Mononoke » c’est le film au retentissement mondial qui révèlera et Miyazaki et
les productions de sa (co-)création, les studios Ghibli. Et plein de cinéphiles
ou au moins d’amateurs de films d’animation s’aperçurent qu’il existait autre
chose dans ce domaine que les studios Disney et ses productions. Tiens, suffit
de comparer « Princesse Mononoke » avec le winner toutes catégories
(et surtout financière) du genre, « Le Roi Lion » sorti trois ans
plus tôt. « Le Roi Lion » c’est pour les enfants ou pour ceux qui
font l’effort de rétropédaler dans le temps et retrouver des émotions de gosse,
les personnages sont peu nombreux et les « saines » valeurs sont
développées, le malheur, la souffrance, la résilience, avant le triomphe final.
« Princesse Mononoke » a de quoi faire flipper les chères têtes
blondes.
Hayao Miyazaki
L’intrigue
est complexe et protéiforme, les personnages secondaires nombreux et surtout,
c’est un film violent (voir l’affiche du film, plutôt soft par rapport à de
nombreuses scènes). Le sang gicle de partout, l’amour et le « camp du
bien » ne triomphent pas forcément. Et comme dans la plupart des films de
Miyazaki, les héros se trouvent confrontés à des forces maléfiques et des
mondes parallèles.
Point de
départ, en des temps immémoriaux, le jeune prince Ashitaka, affronte la charge
d’un monstre géant qui menace son village. Il tue le bestiau mais est blessé.
Une vieille chamane du village lui révèle que sa blessure se révèlera mortelle
(car le monstre est un sanglier « contaminé » et mutant), sauf à
gagner les bonnes grâces d’une entité, l’Esprit de la forêt, qui seule a
théoriquement le pouvoir de guérir la blessure. Voici donc notre héros
chevauchant sa monture (un élan rouge) en route pour des contrées lointaines.
Où il rencontrera un moine trop malin pour être honnête, une reine de la
sidérurgie locale, des samouraïs belliqueux, forcément belliqueux, une jeune
princesse (Mononoke) qui vit en compagnie de loups géants, une immense harde de
sangliers géants, une foule de petites entités mignonnes et gentilles (les
Sylvains, un peu le pendant des Ewoks de la saga Star Wars), et finalement
l’Esprit de la forêt (un Dieu-Cerf qui marche sur l’eau le jour, et qui la nuit
se transforme en créature immense semi gazeuse).
Mononoke & Ashikata
Le monde (ou
plutôt les mondes) décrits par Miyazaki font référence à d’obscures légendes
nippones, le Bien et le Mal s’affrontent perpétuellement et les personnages
sont complexes, ambivalents (les amitiés et alliances sont de circonstance et
ne durent pas toujours). Et puis des intrigues vont bien au-delà de l’histoire
elle-même. On finit par comprendre que l’équilibre séculaire entre les humains
et les forces naturelles (symbolisées par les bestioles géantes) a été rompu et
que les animaux doivent tuer les hommes « mauvais » pour rétablir cet
équilibre. Le principal point d’achoppement est représenté par Dame Eboshi qui
règne sur une sorte de phalanstère de parias (lépreux, anciennes prostituées),
fournit des métaux transformés (acier et ferrailles diverses) à l’Empereur, et
pour entretenir ses hauts fourneaux, déforeste à tout-va, ce qui entraîne la
révolte des entités animales. Ce qui fait de « Princesse Mononoke »
un film écolo militant avant que l’écologie militante devienne à la mode.
L’activité de Dame Eboshi étant cruciale, elle doit la défendre en mettant au
point des armes innovantes (des arquebuses hyper puissantes) et faire face à la
convoitise de ses clients (l’Empereur qui envoie ses samouraïs conquérir le
village-usine).
Mononoke
représente elle les humains qui ont choisi de prendre fait et cause pour les
animaux et l’équilibre ancestral qu’ils défendent. Pas vraiment dans l’esprit
babacool, elle mène des raids violents à la tête de ses loups géants contre
tous les agresseurs de la nature. Ces trois personnages principaux (Ashitaka,
Eboshi, Mononoke) vont passer le film à s’observer, se jauger, s’allier, se
combattre, tout en n’étant jamais ensemble dans le même « camp ». Et
quand la cupidité des hommes (l’Empereur qui veut la tête du Dieu-Cerf censée
lui conférer pouvoir suprême et immortalité) ira crescendo, la riposte de la
Nature sera proportionnelle (l’espèce de lave qui s’écoule de la divinité
décapitée va tout emporter sur son passage) … on meurt beaucoup dans « Princesse
Mononoke » et pas seulement les méchants …
Dame Eboshi
Par rapport
aux précédents succès des studios Ghibli, notamment la triplette inaugurale de
ses productions, « Le château dans le ciel », « Mon voisin
Totoro » (dont le gentil monstre sert de logo aux studios), « Le
tombeau des lucioles », « Princesse Mononoke » est beaucoup plus
sombre, plus « engagé », plus « militant ». La fin est
positive a minima, on ne peut pas parler de happy end. Et de tous ceux que je
connais de l’immense Miyazaki, « Princesse Mononoke » est de loin le
plus sanglant, le plus violent.
Esthétiquement,
on est dans la ligne du parti des studios Ghibli. Tons pastel à la limite de la
transparence, décors de fond invariables quand l’action se passe au premier
plan. Ce qui n’empêche pas les prouesses graphiques des armées d’animateurs.
Les bases scénaristiques sont aussi intangibles, de jeunes héros évoluent dans
des mondes parfois parallèles peuplés de créatures aux pouvoirs surnaturels
face auxquelles ils doivent se surpasser, sortir de leurs zones de confort …
« Princesse
Mononoke » n’est pas la porte d’entrée la plus facile de l’œuvre (qui
accumule quand même une flopée de grands films) de Miyazaki. Mais c’est
certainement son film le plus adulte, le plus dense (plus de deux heures sans
temps mort), en un mot le plus magistral. Cauchemars garantis pour petites
têtes blondes non averties …
« Fantasia » est un projet
totalement fou de la société Walt Disney Productions. Une société partagée
entre deux frères, Walt Disney pour la partie artistique et Roy pour le
business et la compta. Cette société est exclusivement basée sur l’animation. En
1937, son premier long métrage, « Blanche Neige et les sept nains » a
été un gros succès populaire. Et un film d’animation révolutionnaire par sa
qualité d’image (Technicolor) et sa durée (une heure vingt).
Ce qui ne va pas empêcher Walt
Disney de s’entêter sur les « Silly Symphonies » ces courts-métrages
d’animation d’une poignée de minutes sur fond musical, qui ont permis
l’émergence des personnages historiques de Disney, Pluto, Dingo, Donald,
Mickey, … mais ne sont plus rentables et mettent en péril la situation
financière de l’affaire familiale.
Walt & Roy Disney
Entre-temps, Walt Disney Productions
est devenue une fourmilière de talents (tous les spécialistes de l’animation
viennent se faire engager, avec dans le lot quelques bricoleurs-inventeurs
azimutés dont les trouvailles vont stupéfier le petit monde de l’animation). Tout
ceci fait que les frangins Disney, qui envisageaient une autonomie totale,
doivent se rapprocher des grosses firmes de distribution, la RKO en
l’occurrence.
En 1938, deux projets de
long-métrage sont mis en chantier : « Pinocchio » et
« Fantasia ». Le premier sortira début 1940, et bien qu’il soit depuis
devenu un incontournable emblématique des studios Walt Disney, ne sera pas une
réussite financière. « Fantasia », c’est autre chose, une sorte de
délire qui devient réalité.
Walt Disney rêve d’un concept,
calqué sur ses « Silly Symphonies », animer avec les dernières
techniques disponibles des pièces majeures de la musique classique. Une
rencontre plus ou moins due au hasard avec un chef d’orchestre star controversé,
Leopold Stokowski (critiqué pour sa morgue et jalousé pour ses conquêtes
féminines, dont Greta Garbo) fera avancer de façon décisive le projet. Il va
falloir choisir, comment dire, des classiques du classique et mettre de
l’animation haut de gamme derrière. Le personnel de Walt Disney Productions est
sur le coup, et comme la réalisation prendra quasiment deux ans, des renforts de
première bourre affluent encore.
Si tout semble paré côté images
(un contrat exclusif pour l’utilisation du technicolor a été signé), c’est la
partition musicale qui va poser problème. L’Orchestre de Philadelphie est
réquisitionné sous la conduite de Stokowski. Qui ne fera pas qu’agiter les bras
(il présente l’assez rare particularité de ne pas utiliser la fameuse baguette
de chef d’orchestre), il va réarranger un certain nombre de titres, en
supprimant des mouvements, voire en réécrivant certaines partitions qui n’étaient
pas prévues pour un grand orchestre (la Toccata de Bach qui débute le film
n’était écrite que pour l’orgue). Stokie, comme on le surnommait, va aussi
jeter les oreilles sur la dernière trouvaille des studios Disney, un système de
sonorisation novateur baptisé Fantasound, duquel découlera en ligne directe le
Dolby Surround des décennies plus tard. Walt Disney envisage même de doubler la
taille de l’écran (esprit d’Abel Gance, es-tu là ?), mais y renoncera au
dernier moment et « Fantasia » sortira dans un classique
1,37 :1.
Ce dont pas grand-monde
(personne ?) ne s’était rendu compte, c’est que « Fantasia »
était un projet pharaonique, un peu trop pour les moyens techniques de l’époque
(les dernières bobines, retournées nuit et jour pendant une semaine, arriveront
au Broadway Theatre de New York où a lieu la première, quatre heures avant le
début de la projection). Contre l’avis de son frangin, Walt Disney veut faire
de « Fantasia » autre chose et beaucoup plus qu’un film. Pour lui,
« Fantasia » est un évènement et ne sera pas visible dans un premier
temps dans les cinémas jugés trop « populaires », sera juste mis sur
pied une tournée de salles de théâtre.
Les premières réactions seront
glaciales, les amateurs de musique classique n’ayant pas de mots assez durs
pour qualifier les libertés sonores prises avec leurs œuvres chéries, et ne
parlons même pas des caricatures animées grotesques qui étaient leur pendant
visuel. Le grand-œuvre des studios Disney prenait des allures de naufrage, les
huissiers préparaient leurs sommations. Quand on parle fric, on parle
comptabilité. C’est le frangin Roy, au grand dam de Walt, qui va trouver la
solution : un deal de distribution avec la RKO pour que le film soit
présenté partout en salles. Avec juste un bémol : d’une durée initiale de
deux heures dix, il sera ramené à une heure vingt. Autrement dit, un sacré
charcutage. Quelques jours après sa sortie, « Fantasia » et peut-être
même Disney Studios avec, semblent bon pour un enterrement first class.
C’est une petite souris qui va
sauver l’affaire. Mickey de son nom. Personnage secondaire de l’univers Disney,
maintes fois retouché les années précédentes, il est au centre du segment le
plus accessible du film, celui consacré à « L’apprenti sorcier » de
l’à peu près oublié Paul Dukas. La séquence des balais porteurs de seaux d’eau
est devenue mythique dans le cinéma d’animation et le cinéma tout court. Et
petit à petit, les autres séquences seront appréciées à leur juste valeur, à
savoir des prouesses visuelles, techniques, humoristiques, poétiques. Les
partitions musicales de « Fantasia » deviendront plus célèbres que
celles d’origine quand elles ont été modifiées.
Le film ressortira un nombre
impressionnant de fois, jusqu’à sa version définitive (?) restaurée de
2010. Chaque fois dans sa version originale de plus de deux heures (le
générique de fin a maintenant disparu, mais a subsisté l’annonce de l’entracte
au milieu du film). A noter que dans les années 60, un personnage
« discriminant » pour ne pas dire aux relents racistes a disparu. Il
s’agit d’une « centaurette » noire qui lustrait les sabots de ses
copines (blanches) et déroulait le tapis rouge lors de l’arrivée de Bacchus pour
le segment consacré à la « Symphonie pastorale » de Ludwig von
Beethoven. Elle faisait quand même un peu beaucoup « mauvais genre »
au moment des luttes de la communauté noire pour les droits civiques …
Il faut reconnaître que le
projet « Fantasia » n’a rien de facile malgré un sentiment de premier
degré lié à l’animation. La musique classique (la Grande Musique comme disent
les trois pelés qui en écoutent) n’a jamais été un genre populaire, et les
parties animées nécessitaient une certaine culture de base (sur l’art abstrait,
la mythologie gréco-romaine, la danse classique, les théories de l’évolution
des espèces, …) peu répandue dans les classes populaires qui remplissaient les
salles obscures des années 40. Et de toutes façons, les classes populaires des
années 40, avec les bruits de bottes et de canons qui arrivaient d’Europe
avaient largement de quoi s’occuper l’esprit ailleurs.
« Fantasia » reste un
projet unique. Les spécialistes qu’on peut entendre dans les différents bonus
des dernières éditions Dvd ou Blu-ray estiment que « Fantasia » est
resté d’un niveau inaccessible en termes d’animation jusqu’à l’arrivée de la
conception assistée par ordinateur dans les années 90. Les savants fous de chez
Disney ont fabriqué de toutes pièces (souvent avec trois bouts de bois ou de
ficelle) les supports visuels (à base d’engrenages, de surfaces concaves ou
convexes, de cylindres) et le matériel pour filmer tout ça (les caméras
multiplanes avec plusieurs filtres superposés). Le résultat est souvent magique
(les flocons de neige, les coulées de lave, la rosée sur la toile d’araignée,
les spectres qui sortent du cimetière, …). « Fantasia » est
généralement attribué à Walt Disney. Il a certes conçu et supervisé le projet
mais n’a pas touché un crayon ou une caméra (tout juste est-il la voix de Mickey
dans la V.O.). Une dizaine de réalisateurs (la plupart restés anonymes) ont
tourné « Fantasia ».
Rien n’a été laissé au hasard.
Des acteurs de Hollywood sont venus jouer des scènes devant les dessinateurs,
un corps de ballet est venu danser sur la « Danse des heures » afin
que puissent être reproduits leurs entrechats à l’écran par des autruches, des
hippopotames, des éléphants et des alligators, sur ce qui qui est la séquence
la plus drôle du film. Parmi les huit séquences musicales (dont les deux
dernières « Une nuit sur le Mont Chauve » de Moussorgski et l’« Ave
Maria » de Schubert ont été mixées ensemble), certaines ont servi de
support à des animations qui ont même dépassé les imaginations de leurs
créateurs. La doublette « Mont Chauve – Ave Maria » a inventé
l’univers gothique en général et celui de Tim Burton en particulier. Le plus
étonnant sera le sort réservé à l’animation abstraite qui ouvre le film sur la
« Toccata … » de Bach. Il paraît que tous les freaks du flower power
gobaient quelques acides avant d’aller voir « Fantasia » au ciné et
se projetaient dans son univers psychédélique digne des soirées du Club UFO à
Londres quand les jeunes Pink Floyd s’y produisaient …
Des personnages, anonymes au
départ, se sont même vus « baptisés », comme le vieux magicien de
« L’apprenti sorcier » qui deviendra Yen Sid (anagramme transparente,
à cause d’une facétie des dessinateurs qui ont intégré à son personnage le jeu
de sourcils de Walt Disney), le chef-danseur étoile des alligators (Ben Ali
Gator), le démon du Mont Chauve Chernobog, sans compter les prénoms donnés aux
couples de centaures, …
Des décennies plus tard,
certaines choses ont mal traversé le temps. Le plus pénible, c’est le
présentateur des séquences, un certain Deems Taylor (compositeur raté, et
animateur d’une émission télé sur la musique classique), guindé, hautain, et qui
explique genre professeur qui s’adresse à un public d’abrutis ce qui va suivre
à l’écran.
Pour finir, une anecdote (assez
connue) concernant Stravinski, seul musicien vivant à l’époque du film et dont
le « Sacre du printemps » est utilisé. Invité par Walt Disney à venir
voir son équipe travailler en studio, il n’a pas sur le moment tari d’éloges
sur le travail accompli. Las, le temps passant, il a fini par ne pas avoir de
mots assez durs pour qualifier l’insulte faite à son œuvre. L’éternelle
querelle arts (prétendus) majeurs – arts (supposés) mineurs …
L’insuccès initial de
« Fantasia » aurait pu être fatal pour les Disney Brothers et leur
studio. Heureusement pour eux (et pour nous) les deux films suivants seront
« Dumbo » et « Bambi », et les dollars vont affluer par
millions.
Reste que
« Fantasia » est le plus beau, le plus novateur, le plus fou de la
centaine (série en cours) de productions sorties des studios Disney.
P.S. Il y a eu une
« suite » décevante soixante ans plus tard (« Fantasia
2000 » of course), piètre copie sans imagination (et bien plus courte), à
tel point qu’elle incluait en intégralité la fameuse séquence de
« L’Apprenti sorcier » du « Fantasia » original …
« Toy Story 3 » est un film qui était
censé ne jamais voir le jour. Par rapport aux deux précédents, la boucle était
bouclée. Le propriétaire des jouets, Andy, était censé grandir, et le temps
passait, pas de troisième volet à l’horizon … Sauf que chez Pixar, lucrative
entreprise du géant Disney, il a dû y avoir un comptable ou un banquier qui
dise que finalement, donner une suite à la franchise, ça pourrait mettre encore
plus de beurre dans les épinards au caviar du résultat de fin d’année.
Poubelle direct ?
Et donc tout le monde au boulot … pendant quatre
ans. Pour trouver un fil conducteur, une histoire, et comment la mettre en
images. Les personnages-jouets de base (ceux d’Andy) sont évidemment tous là,
menés par les deux « stars » Woody et Buzz. Recréés de A à Z, avancée
des images de synthèse oblige, car la franchise a toujours été à la pointe de
la technologie en matière d’animation. Les expressions de visage, les
mouvements, tout est fait pour supporter la résolution du Blu-ray (et de la 3D).
Le cœur de cible est toujours le même, les chères têtes
blondes et les parents qui les accompagnent au cinéma. Ou ailleurs … parce que pour
ce que l’on appelle en langage marketing « produits dérivés », la
nébuleuse multinationale Disney-Pixar a fait fort. Au moment de la sortie de « Toy
Story 3 », 35 millions de jouets de Buzz l’Eclair ont déjà été vendus, un
espace Toy Story a été mis en place dans plusieurs Disneyland, de lucratifs
contrats ont été signés avec de grandes marques de jouets (Fisher Price pour le
téléphone, Mattel pour Ken et Barbie, …), les supports vidéo (Dvd, Blu-ray, B.O.
avec le thème par Randy Newman et les Gipsy Kings sur le générique final, …).
Après un an d’exploitation mondiale, « Toy Story 3 » est devenu de très
loin le film d’animation le plus rentable de tous les temps …
Lotso & Big Baby
Mais toutes ces architectures financières, plans
comptables et calculs de banquiers ne marchent pas si la matière première (le
film) ne tient pas la route. « Toy Story 3 » n’est pas forcément le
meilleur de la série, en tout cas il ne procure pas le choc initial du premier
volet de la saga qui inventait le concept qu’il suffisait de dérouler. Les
jouets parlent et agissent, et ça tous ceux qui ont été enfants un jour
(certains sont nés vieux et cons, on ne peut rien pour eux) le savent.
Le dilemme qui se posait aux scénaristes était
simple : soit on prend les mêmes (le gosse Andy et ses jouets) et on
recommence une nouvelle aventure, soit on fait grandir Andy et on voit les
conséquences pour les jouets. C’est cette seconde hypothèse de départ qui a été
choisie (et avec toujours les voix d’origine, Tom Hanks, Tim Allen, Joan
Cusack, … plus Michael Keaton entre autres pour les nouveaux personnages), Andy
a son permis de conduire, et va rentrer en fac. Avant de quitter le cocon
familial, un tri s’impose : poubelle, grenier, ou voiture. Ses jouets n’échappent
pas au choix, avec des fortunes diverses. C’est le point de départ du film …
enfin, après une intro, démonstration tour de force technique, dans lequel les
jouets se la jouent à un rythme effréné en mode western, James Bond, et super-héros
… Dans la majeure partie du film, ils seront tous réunis dans une garderie –
école maternelle …
Ken version disco
Le monde de « Toy Story 3 », est plus
oppressant (le camion-benne est un des « personnages » centraux du
film, revient plusieurs fois, avant la déchetterie qui est au bout et le but de
sa tournée), plus psychologique aussi (l’histoire de Lotso, l’ours en peluche,
abandonné au bord d’une aire de pique-nique, et qui finit par régner de façon tyrannique
à la Gandolfini-Corleone dans la garderie, est le grand moment « adulte »
du film) …
Et puis il y a quelques clins d’œil dans des scènes
(hommages ? parodies ? plagiats ? détournements ?), et on
se transpose dans l’univers de « Evil Dead » (quand Lotso attrape la
jambe de Woody et l’entraîne dans le container, selon l’aveu même du
réalisateur), dans celui de « Alien 3 » et « Le Seigneur des
anneaux » (le cheminement vers l’incinérateur), ou celui de Star Wars (le sauvetage
de l’incinérateur ressemble beaucoup au sauvetage dans le concasseur dans « L’Empire
contre-attaque »). La référence suprême restant « La Grande Evasion »,
sous-titre et accroche sur certaines affiches.
Lee Unkrich
Hormis l’intro, il y a d’autres moments d’anthologie
(qui reviennent façon running-gag) : l’histoire d’amour entre Ken et
Barbie (mention spéciale au défilé de mode de Ken sur « Le freak » de
Chic) et un Buzz l’Eclair rebooté en mode hispanique – danseur de flamenco (de
vrais danseurs professionnels de flamenco ont été filmés pendant des heures
pour que les ordis puissent recréer les mouvements).
Le réalisateur de « Toy Story 3 » est Lee
Unkrich, qui n’a cessé de monter dans l’organigramme de Pixar (monteur pour le
1, coréalisateur pour le 2). Bien évidemment, John Lasseter, le créateur de la
série et rouage essentiel des studios Disney-Pixar a tout supervisé et est le
producteur exécutif du film.
« Toy Story 3 » est à ranger pas très loin
de la télé, pour agrémenter les longues soirées d’hiver et/ou de confinement …
Spielberg et Jackson qui font un film sur Tintin, c’est
un truc qui parle aux Européens en général et aux francophones en particulier.
Ses meilleurs résultats d’exploitation, c’est en France que le film les a
faits. Pas un hasard …
A côté de P Jackson, Spielberg en train de filmer
« Le secret de la Licorne » est un film infaisable
même en rêve pour au moins 99% des réalisateurs. Parce qu’il faut bénéficier du
crédit illimité de ses banquiers pour se lancer dans pareil chantier. La
preuve, Spielberg tout seul n’aurait pas pu le faire. Et ce n’est pas faute d’avoir
essayé.
Lorsque sort « Les aventuriers de l’Arche
Perdue » (en l’an de grâce mitterrandien 1981, ce qui ne rajeunit
personne), Spielberg se tient au courant personnellement de la réception de son
film auprès de la critique internationale. Il tombe sur un article en français
où le mot « Tintin » revient à plusieurs reprises, il ne connaît pas
ce mot, il pense à un effet de style du journaleux, mais intrigué se fait
traduire le texte. Et donc remonte l’écheveau … ce qui signifie pour le moins
que Spielberg ne connaissait pas la BD (et que donc Tintin n’est pour rien dans
le personnage d’Indiana Jones … contrairement à « L’homme de Rio » de
Philippe de Broca dont Spielberg a reconnu l’influence). Spielberg lit les BD,
visionne les quelques (mauvais) films et (tout aussi mauvais) dessins animés
sortis sur Tintin, et se dit qu’il y a de quoi en faire une adaptation un peu
mieux foutue …
Spielberg contacte Hergé qui lui donne (moyennant
une encyclopédie de conditions) l’autorisation d’adapter son petit reporter au
cinéma. Avant même que quoi que ce soit débute, Hergé a la malencontreuse idée
de passer l’arme à gauche (en 1983). Les discussions pour une adaptation
doivent reprendre avec sa veuve et ses ayant-droits … je vous laisse imaginer
le nombre de réunions d’avocats … Et les années passent, mais Spielberg a
toujours son projet de film sur Tintin en tête, malgré des imbroglios
juridiques sur l’exploitation des droits (il les a obtenus, les a rétrocédés,
les a obtenus à nouveau, à la grande joie des avocats qui s’enrichissent …). Dans
le courant des années 2000, des rumeurs « officielles » font état d’une
trilogie de films sur Tintin dont au moins le premier serait réalisé par
Spielberg.
Quand t'es dans le désert ...
Scénario et préproduction se mettent en route, les
millions de dollars commencent à s’envoler, sans que rien de concret ne soit
envisagé. Vers la fin des années 2000 les choses se précisent. C’est « Le
secret de la Licorne » qui sera adapté, avec des éléments scénaristiques
piochant dans « Le crabe aux pinces d’or », dans le final du « Trésor
de Rackham le Rouge », et des références et allusions picorées dans les
autres BD de la série … Sauf que Universal qui devait financer, tape en touche,
les idées de réalisation de Spielberg paraissant tout bonnement infaisables (en
gros, il voulait transformer des acteurs en personnages de dessin animé).
Spielberg perd un partenaire, il va en trouver deux. Un petit gros néo-zélandais
du nom de Peter Jackson qui en ce début de siècle multiplie les records au
box-office, les Oscars, et a créé une boîte d’effets spéciaux (WETA) considérée
comme la meilleure du monde, va co-réaliser le film, et flairant la bonne
affaire, la Paramount rapplique avec le chéquier … Spielberg a le scénario et filmera
les acteurs, Jackson et son armée d’ordinateurs feront le reste …
Je ne sais même pas si les deux se sont rencontrés
pendant le « tournage » et le « montage » (hormis pour des
séances photos), on les voit dans les bonus communiquer à travers des écrans d’ordinateurs,
s’envoyer des fichiers entre Los Angeles et Wellington. Le tournage durera
trente et un jours dans un studio de la taille d’un terrain de basket. Le reste
(effets spéciaux, animations, …) deux ans. John Williams rajoutera la musique (certainement
pas son meilleur thème), et un étudiant en PAO (vu le résultat, je suppose) le
générique (genre celui de la « Panthère Rose » en beaucoup plus mauvais,
près de cinquante ans plus tard, fallait le faire …).
Spielberg filme les vrais acteurs en motion capture,
recouverts d’une combinaison en plastoc, un masque troué sur le museau avec de
la peinture verte dans les trous, une caméra fixée à leur harnachement en
permanence trente centimètres devant le visage, le tout relié par câbles
numériques à la console à joysticks portable de Spielberg. Parce que durant
tout le tournage, ni Spielberg ni qui que soit sur le plateau n’a tenu une caméra
…
Daniel Craig
Et les acteurs, dans tout ça, ils servent à quoi ?
Ben ne subsistent dans le film que leurs mouvements et leurs expressions de
visage, vu que quand ils jouent, c’est devant des armatures de décor et en utilisant
des objets, le tout en fil de fer. Milou (enfin Snowy pour les anglo-saxons) est
totalement virtuel, aucun clebs ou autre animal n’a été utilisé. Et le casting ?
Jackson a amené son Gollum (Andy Serkis) qui est le Capitaine Haddock, l’oublié
(depuis « Billy Elliott ») Jamie Bell sera Tintin, quelques nigauds
de seconde zone les Thompson Twins (les Dupont en VF) et les autres personnages
du film et de la BD … ah, au fait, ils ont oublié Tournesol, erreur assez
funeste quand on veut adapter Tintin au cinéma. Pourtant, tous les intervenants
(Spielberg, Jackson, jusqu’au type chargé d’éteindre la lumière à la fin de la
journée) se déclarent fans absolus de Tintin. Le seul qui est peu loquace, et
qui donne l’impression de s’emmerder ferme qu’il tourne ou apparaisse dans les bonus,
c’est la seule star du casting, Daniel Craig (dans le rôle de Sakharine,
personnage très secondaire de la BD, mais méchant principal du film).
Le résultat visuel est assez bluffant, une qualité d’expressions
de visage qu’on ne peut pas retrouver sur un dessin animé, et des séquences d’action
totalement folles, tout l’environnement étant numérique, les seules limites
étant l’imagination de Spielberg, de Jackson et de sa bande de geeks de la WETA.
Il y a juste un gros problème, c’est que quand on a lu les BD (ce qui fait pas
mal de monde sur cette planète), on connaît quasiment la fin de toutes les
scènes à l’avance, y compris le dénouement, ce qui est pas top, même au premier
visionnage, on a l’impression d’avoir vu le film dix fois… ce qui fait que l’on
a plutôt tendance à regarder dans les coins de l’écran, le détail ou l’allusion
tirés de la série de BD, et qui n’apportent en l’occurrence rien au film
lui-même. Par exemple dans la première scène le peintre de trottoir qui fait le
portrait de Tintin, ils lui ont refait la tête d’Hergé …
Une remarque pour finir. Tant qu’à faire dans le
numérique, le film a été tourné pour être également exploité dans sa version
3D. J’ai eu une télé compatible 3D et les binocles qui allaient avec il y a
longtemps. La 3D à la télé, c’est amusant cinq minutes et tu passes ensuite des
heures avec un mal de tête carabiné. A mon avis (ça vaut pour ce film et tous
ceux en 3D) à la maison, les versions Blu-ray ou DVD suffisent …
En conclusion, même signé Spielberg et Jackson, « Le
secret de la Licorne » au cinéma, ça vaut pas « Le secret de la
Licorne » en BD …
Y’a des
soirées comme ça, où on hésite … Soit l’intégrale Bergman des années 70, soit
un coffret Ozu au ralenti. Et puis, manière d’accorder un peu de RTT aux
quelques neurones encore en état marche mais déjà bien fatigués qui restent, on
revient vers des fondamentaux simples mais efficaces. Une comédie sans
prétention, ou un film d’animation … Avec « Babe, … » premier de la
série, on a les deux.
« Babe
… » est un conte pour enfants. Au premier degré. Pas de message retors ou
sournois, pas de message subliminal ou caché. Tout au plus peut-on y trouver
quelques allusions à une vie campagnarde idyllique et allégorique (le retour
aux fondamentaux de la nature, l’écologie bon enfant), et un militantisme
végétarien qui ne mange pas de pain …
Vieux fermier et jeune premier
« Babe … »
est une fable animale. Les animaux « humains » au milieu des vrais
« humains ». Et comme toujours dans ce genre de films, c’est chez les
animaux qu’on trouve le plus d’humanité, d’autant plus qu’ils « parlent »
entre eux (par ici on connaissait, Patrick Bouchitey faisait ça depuis des
années). L’intrigue est contenue dans le titre, un porcelet « au cœur
pur » gagné à une tombola par un vieux fermier sympa, finit par devenir
plus doué que les chiens de berger pour garder les troupeaux de brebis. En
ayant failli passer à la casserole à plusieurs reprises, fait quelques bêtises,
s’être conduit innocemment et héroïquement, avant l’apothéose et la
consécration finales.
On passe une
petite heure et demie sympa, au milieu de ces animaux qui parlent, d’un duo
d’acteurs « typés » (le fermier, grand, sec et peu bavard, sa femme,
petite, ronde et joviale, qui envisage les cochons uniquement du point de vue
alimentaire), d’un trio de souris (de synthèse) qui commentent les intertitres
annonçant les grands « chapitres » de l’intrigue (on les entend même
chanter « Jingle bells » ou « Blue moon »), d’une
silhouette nocturne de la ferme qu’on croirait dessinée par Tim Burton, de
quelques mimiques caricaturales des humains …
Derrière tout
çà, George Miller, le producteur et réalisateur de « Mad Max », film
perçu lors de sa sortie comme un sommet de violence, le changement de style est
ici radical. Le réalisateur de « Babe … » est un dénommé Chris
Noonan, qui a oublié de faire parler de lui depuis. Mais le plus gros boulot
concerne l’animation, qui fait cohabiter vrais animaux (18 porcelets
« jouent » Babe) et animaux numériques dus à la société créée par le
génial marionnettiste Jim Henson. Ce film a presque vingt ans, et bien
difficile de faire la différence entre vrais et faux habitants de basse-cour.
D’ailleurs cette adaptation d’un conte pour enfants australien à succès était
envisagée depuis des années, et n’a été mise en chantier que lorsque les effets
numériques ont été à la hauteur du résultat escompté.
Résultat
sympa, même si on ne s’approche pas de la lecture à plusieurs niveaux de films
comme la fabuleuse « Ferme des animaux », l’adaptation animée du
féroce pamphlet anti-totalitaire d’Orwell.
Qualité du Dvd
correcte, contenu plus que chiche, aucun bonus …
Bon c’est pas
le tout je bavarde, je bavarde … serait temps de passer à table. Au menu,
charcuterie et rôti de porc … Impeccable.