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HOLE - CELEBRITY SKIN (1998)

 

Hole you need is Love ...

Courtney Love a le cuir bien tanné … Genre scorpion qui résiste à toutes les apocalypses. Veuve de la méga-star de l’époque Kurt Cobain, junkie notoire, collègue d’excès en tous genres avec Drew Barrymore, et donc grande pourvoyeuse d’articles et de photos pour la presse à scandales. Artistiquement parlant, elle s’est lancée dans le cinéma avec louanges inattendues pour un grand second rôle dans « Larry Flint » de l’exigeant Milos Forman. Oui mais musicalement son « boulot » originel d’avant la célébrité mondiale, savoir son groupe Hole, que dalle depuis l’encensé « Live through this » paru quelques jours après le suicide de Cobain. Pire, de persiflantes rumeurs qui avançaient que ce disque était plutôt un side-project sous prête-nom de Cobain qu’un disque de Hole.

Hole 1998 : Love, Erlandson, Schemel, Auf Der Maur

Oh, on en avait bien entendu parler de Hole, mais dans la rubrique nécrologique, lorsque la bassiste Kristin Pfaff a claqué d’une overdose suite à une cure de désintoxication « mal gérée ». De fait, le groupe formé par le guitariste Eric Erlandson et Courtney Love était en stand-by. C’est alors que Zorro est arrivé, sous les traits d’une grande asperge chauve, le sieur Billy Corgan, lider maximo des Smashing Pumpkins qui commençaient à être un groupe très majeur dans le circuit du rock indé américain. Il convient de préciser que lui et la Love s’étaient déjà connus de très près avant qu’elle épouse Cobain, et qu’il se seraient à nouveau fréquentés après le veuvage de Love.

C’est en tout cas à l’instigation de Corgan que Hole retournera en studio. Le « Celebrity skin » dont au sujet duquel il est question ici provient de ces sessions. Corgan n’est pas venu les mains vides, il a participé à l’écriture de cinq titres (sur douze) et a conseillé – imposé l’arrivée de la superbe bassiste rousse Melissa Auf Der Maur pour remplacer Pfaff (c’est aussi Corgan qui dégottera un sessionman pour faire face aux carences techniques de la batteuse Patti Schemel, créditée par copinage sur le disque, présente sur les photos promo, mais qui n’effectuera pas la tournée suivant la parution de « Celebrity skin »).

From Courtney with Love...

On a souvent réduit Hole à un groupe féminin, avec un musicien additif aux guitares. Faux. Eric Erlandson s’il est bien guitariste lead (Love est tout juste capable d’aligner quelques accords sur scène), est aussi le co-compositeur de tous les titres, Love se contentant la plupart du temps des textes. Aux manettes en studio, Eric Beinhorm, révélé pour son boulot avec le rival vite écrasé de Nirvana, Soundgarden, et depuis très côté dans le milieu du rock à guitares viriles (Red Hot Chili Peppers, Living Colour, Aerosmith, Ozzy Osbourne, …).

Autant être clair d’entrée, « Celebrity skin » ne vaut pas « Live through this ». Mais il contient une belle majorité de titres intéressants, voire plus. Parce que Erlandson a la guitare lourde et sort des riffs qui déchirent les tympans, et que la Courtney, malgré une hygiène de vie assez déplorable assure au chant. On est d’accord, c’est pas Aretha Franklin ou Janis Joplin, elle est pas vraiment à l’aise sur les ballades (à guitares). Exemple le plus flagrant : « Northern star », lorsque le dépouillement instrumental laisse la voix de Love en avant, ça le fait pas du tout. Stevie Nicks, dont Courtney Love est une grande fan, aurait fait beaucoup mieux. A l’inverse, Stevie Nicks n’aurait pas été à la hauteur sur l’éponyme « Celebrity skin » qui ouvre le disque. Là, derrière un gros riff, un tempo enfiévré, un petit pont plus léger et mélodique, la Courtney assure, dans un registre rauque très Kurt Cobain. En moins de trois minutes, cette intro se révèlera d’assez loin comme le meilleur titre de la rondelle, surclassant tout ce qui va suivre.

« Celebrity skin » se partage à peu près équitablement entre titres rentre-dedans et ballades plus apaisées, les premiers plutôt au début, et forcément le reste dans la seconde partie du disque. Pour les raisons déjà évoquées (la voix de Love), c’est quand le tempo s’accélère et que la dame se déchire le larynx que les résultats sont les meilleurs. Morceaux les plus notables de la partie « rapide » : « Awful » et ses guitares violentes, avec la Courtney qui hurle dans les aigus, « Reasons to be beautiful », dont les grosses grattes ronflantes qui évoluent au final sur des arpèges apaisés compensent une relative faiblesse mélodique, « Boys on the radio » qui accumule tous les tics (gros son, refrain en forme d’hymne) des titres faits pour les arenas, « Playing your song », très Nirvana avec l’incontournable quiet/loud.


Avis favorable aussi pour une paire de morceaux que pour faire simple on qualifiera de power pop, dont le single le plus diffusé à l’époque « Malibu », où le très Bangles des débuts « Heaven tonight ». Le reste, une bonne poignée, ne mérite pas de se relever la nuit, tout juste peut-on montrer du doigt les ratages les plus évidents, le « Northern star » déjà cité, les geignardises de « Dying », et le final « Petals », ambitieux pensum à la place d’un feu d’artifice terminal qui aurait relevé le niveau.

« Celebrity skin » ne vaut pas son rageur prédécesseur. Il faut quand même lui reconnaître un travail sérieux d’écriture (les titres sont globalement plus longs, les arrangements plus fouillés, les ponts et les breaks permettent d’éviter un monolithisme qui pourrait sur la durée s’avérer redondant). Le Hole de « Celebrity skin », malgré de profonds remaniements de personnel est un vrai groupe qui n’a pas salopé le boulot sous prétexte d’opportunisme, d’un disque bâclé jeté en pâture au public pour voir si ça pourrait intéresser quelqu’un (à peu près à l’opposé de son successeur « Nobody’s daughter » douze ans plus tard, qui malgré quelques bons titres, sentait un peu trop le second service réchauffé).

En tout cas, « Celebrity skin » aura un succès correct, ce qui donnera à Courtney Love les moyens de s’adonner à des excès de plus en plus médiatisés, culminant avec le retrait par la justice de la garde de sa fille au début des années 2000. Junkie un jour, junkie toujours ?




BLUR - PARKLIFE (1994)

 

La guerre est déclarée ...

La grosse affaire du milieu des années 90, c’était la britpop et la rivalité Blur / Oasis. Présentation rapide des protagonistes. Oasis, c’était les prolos de Manchester menés par les frères ennemis Gallagher. Travaillistes jusqu’au bout des sourcils qu’ils avaient fort denses, supporters de foot, amateurs de picole et de défonce. Et grandes gueules. Musicalement, du gros boucan mélodique, empruntant aux Beatles et aux Stones revisités heavy. Principaux atouts, un brillant mélodiste, Noel, un grand chanteur, Liam, et deux premiers albums irréprochables et farcis de hits à reprendre en chœur dans les stades.

Blur 1994

En face, des Londoniens vaguement bobo / arty, Blur. Menés par Damon Albarn, un blondinet fan des Kinks et de Bowie, soutenu par un guitariste binoclard, Graham Coxon. Des minots qui la jouaient plutôt profil bas, sortaient des disques que pour faire simple on qualifiera de pop, lesquels disques se vendaient de mieux en mieux. De confidentiel avec des disques brouillons, Blur progressait à chaque rondelle, le groupe devenait connu voire reconnu.

1994 sera l’année de Blur et d’Oasis, année qui verra la parution de « Parklife », troisième rondelle des Londoniens, et de « Definitely maybe », la première d’Oasis. Les deux disques seront précédés de singles marquants (« Girls & boys » pour Blur, « Supersonic » pour Oasis). Les deux titres finiront en haut des charts, mais pas à la première place (le premier au printemps, le second à l’automne). Blur ayant un temps d’avance sur les parutions de singles et d’albums, ils deviendront la cible privilégiée d’Oasis, résolus à humilier leur « ennemi ». Des déclarations fracassantes et pas toujours très finaudes des frangins Gallagher raviront les tabloïds, qui se renforceront quand dès sa parution, « Defintively maybe » obtiendra un succès considérable, pulvérisant des records de vente. Il n’en faudra pas plus pour que les frangins en rajoutent une couche dans leurs provocations orales. Première manche pour Oasis, mais le combat se poursuivra l’année suivante, quand le « Country house » des Blur, numéro un des charts, surclassera « Wonderwall » d’Oasis, lui piquant cette première place. Inutile de dire que les Gallagher cracheront tout leur venin (« j’espère qu’ils choperont tous le Sida », ce genre d’amabilités) sur les gars de Blur. Qui durant toute la séquence jouaient le plus souvent l’indifférence que la surenchère en tous genres.

Les deux groupes n’ont qu’un gros point commun : plus Anglais qu’eux, tu peux pas. Pour schématiser, en 1994, Oasis, c’est des plus très jeunes qui jouent pour des vieux et Blur des jeunes qui jouent pour des jeunes. Et Blur ont l’arme secrète absolue, Damon Albarn, dont les progrès à l’écriture sont exponentiels d’un disque à l’autre.

« Parklife » ne vaut pas « Definitely maybe », avis ferme, définitif, etc …

Coxon & Albarn

« Parklife » part dans tous les sens, à toute blinde (seize titres en à peine plus de cinquante minutes, ça défile, on a pas le temps de s’ennuyer). Avec parfois des sorties de route, des morceaux qui tiennent plus de la blague de carabin que du pop-rock-machin … Exemple type, chaque face vinyle se terminait par des instrumentaux genre flonflons de fête foraine et bal musette. Heureusement, ils durent moins de deux minutes, il n’empêche qu’on se demande ce qu’ils viennent foutre là … Dispensable également, la sorte de ballade expérimentale « Far out » ouvre de piètre façon la seconde face du vinyle.

Le reste, certes hétérogène, c’est quand même du sérieux. Blur, c’est avec « Parklife », un groupe encore sous influence, avec derrière nombre de titres, de grands ancêtres (anglais, of course). Visible, l’influence du Madness des grands titres pop du début des 80’s, quand ils avaient mis en sourdine leurs blagues ska, et le « Clover over dover » de Blur est de la veine de choses comme « Our house ». Bowie a dû se reconnaître dans la ballade « To the end » (Albarn en fait une bonne imitation vocale), et plus encore dans « Jubilee » qu’on jurerait échappé des sessions de « Ziggy Stardust », et qui constitue un petit frère de « Suffragette City », avec un Coxon qui remet au goût du jour les parties de guitare de Ronson. Les Kinks sont aussi de la revue sur « Parklife » avec là un très grand titre, « Tracy Jacks ». Qui doit beaucoup au Ray Davies des sixties. Et aussi un peu au Who de la même époque, et aux Jam de la fin, période « The gift ». Plus anglais que « Tracey Jacks » tu peux pas.

Blur & Moet & Chandon

Blur est un vrai groupe, composé des quatre mêmes depuis plus de trente ans. Bon, on pourra toujours dire que la rythmique (Alex James, Dave Rowntree) n’est pas du calibre de Bogert-Appice, mais les deux autres, c’est du lourd. Graham Coxon est un guitariste brillant, capable de passer d’arpèges discrets à de furieuses ruades électriques toutes en saturation. Voir son parcours solo, une litanie de disques discrets souvent remarquables, et son nouveau projet avec sa femme (The Weave, superbe disque éponyme). Damon Albarn, c’est un touche-à-tout génial plus souvent qu’à son tour. Bon chanteur, compositeur prépondérant chez Blur, cheville ouvrière de multiples projets et collaborations longues comme un bottin (Gorillaz, The Good, The Bad & The Queen, des disques avec des musiciens maliens, avec Tony Allen le batteur de Fela, des opéras, des musiques de film, des apparitions sur de multitudes de disques, …)

Ces quatre boys next door, ils sont capables de sortir des trucs imparables sur ce « Parklife ». « Girls & boys », leur premier hit majeur, est une sorte de synthèse de trente ans de pop anglaise, et reste trois décennies après sa parution un truc qui se laisse écouter et un des incontournables du groupe. « Parklife » le titre, grosses batterie et guitare, ressuscite une power pop qu’on croyait disparue. « London loves » avec ses guitares à la Fripp-Belew, c’est aussi original que du Rita Mitsouko à l’époque, c’est dire si c’est bien. « Trouble in the message center », ça aurait pu figurer tel quel sur un disque de – oui, oui – Oasis, c’est dire si ça envoie le bois, « This is a low » avec son refrain à la « Hey Jude » est un autre grand classique du groupe. « To the end » est une ballade à la Bowie, « End of the century » n’a rien à voir avec les Ramones, c’est juste un autre grand titre pop. Et un seul titre sonne (un peu) américain, c’est « Badhead », ballade construite sur une trame country, avec ses faux airs du « San Francisco » de Scott McKenzie.


Malgré deux-trois machins dispensables, « Parklife » mérite amplement le détour.

Et la suite de la guerre Blur / Oasis, me direz-vous ? Vainqueurs du premier round : Oasis avec leurs deux premiers disques. La suite pour les Gallagher Bros sera une longue plongée dans une production de plus en plus mauvaise avec comme apothéose la tragi-comédie de la baston et de la dissolution de Rock en Seine. Par charité, on n’évoquera pas les carrières solo de Liam et Noel. Côté Blur, des disques de plus en plus exigeants, qui évoluent de la pop grand public vers des choses beaucoup plus expérimentales d’une belle qualité. Second round pour Blur. Alors que l’on croyait la partie terminée, un bon disque de Blur et la très prévisible tournée de reformation d’Oasis au succès colossal (et à la tarification dynamique) ont fait l’actualité des derniers mois. Les deux groupes semblent avoir enterré la hache de guerre. Noel Gallagher et Damon Albarn ont même écrit une chanson ensemble (pour un disque de Gorillaz).


ANDRE TECHINE - LES ROSEAUX SAUVAGES (1994)

 

Et au milieu coulait une rivière ...

« Les roseaux sauvages », c’est un film un peu particulier dans l’œuvre de Téchiné. Pour au moins deux raisons, c’est – quasiment – un film de commande et un film (quasiment) autobiographique.

André Téchiné
Quasiment une commande parce que le film est une extrapolation « rallongée » d’un moyen-métrage (« Le chêne et le roseau ») pour Arte. La chaîne franco-allemande avait demandé à une dizaine de réalisateurs connus de lui fournir une œuvre de fiction dont le thème central serait l’adolescence. Quelques-unes de ces fictions ont été « rallongées » pour répondre aux canons d’exploitation en salles. « Les roseaux sauvages », joli succès commercial et célébré par les professionnels de la profession est de cette série celui qui est passé à la postérité, et avec « Ma saison préférée » et « Hôtel des Amériques » fait partie pour beaucoup du tiercé majeur de Téchiné.

Et ceux qui connaissent bien Téchiné ont bien compris qu’il a mis beaucoup de lui dans cette histoire. Parce que le film se passe aux alentours de Villeneuve sur Lot (Téchiné est né et a grandi à Valence d’Agen, à quelques kilomètres), raconte l’histoire d’un groupe d’ados en 1962 (Téchiné est né en 43), dont l’un est plutôt attiré par les garçons que par les filles (Téchiné aussi). Téchiné n’a jamais contesté ces éléments, a même reconnu qu’il a vécu certaines scènes ou situations mises en images, mais réfute l’idée de biopic au sens strict du terme, des scènes ou des personnages étant pure invention …

Gorny, Bouchez, Morel & Rideau

« Les roseaux sauvages », c’est un film sur la France profonde, rurale, en 1962, au moment où la guerre d’Algérie est au cœur de l’actualité du pays. Et la guerre d’Algérie, ça n’occupait pas que les travées de l’Assemblée et les tentations putschistes d’un quarteron de généraux comme disait l’autre. « Les roseaux sauvages », après son générique façon lettrage de cahier d’écolier, débute par un mariage champêtre. Un fils de paysan, beau comme un camion de pompiers dans son uniforme militaire rutilant, convole avec sa promise sur fond de chansons paillardes reprises en chœur par les convives, et de valses crachotées par un petit électrophone. Très vite, la réalité rattrape les festivités bucoliques. Le marié, passablement bourré, serre de près une prof du village, partagé entre drague lourdingue et préoccupations beaucoup plus graves. Il va partir le lendemain pour l’Algérie et compte sur la prof, responsable locale du Parti Communiste, pour le faire revenir au plus vite au pays. Malaise de la prof, qui lui assure qu’elle ne peut rien faire, se débarrasse de ce cavalier trop entreprenant, et quitte la fête, emmenant au passage sa fille Maïté et un copain à elle, François.

Dans ces premières scènes, on a vu la guerre d’Algérie en filigrane, et les ados. Et ces ados campagnards, de près ou de loin, ils vont vivre la guerre et ses répercussions dans leur petit bled. Tout en restant des ados du début des années 60, en proie à leurs premiers émois amoureux et confrontés à une réalité historique qui va finir par tous les rattraper. Ces ados, ce sont donc Maïté (Elodie Bouchez, seule comédienne « parisienne » et qui trouve dans « Les roseaux sauvages » son premier grand rôle), François (Gael Morel), le jeune coincé introverti qui vient de la ville (Lyon), Serge (Stéphane Rideau), le jeune paysan frangin du marié, et Henri (Frédéric Gorny) beau gosse aux faux airs de Gabriel Attal, le plus âgé du lot, dont on apprendra assez vite qu’il rentre d’Algérie après un carnage familial, qui passe son temps à écouter les nouvelles de la guerre à la radio, et qu’il souscrit entièrement aux discours de l’OAS. Tous les quatre sont lycéens, les garçons dans la même classe, et ils ont comme prof Mme Alvarez, la mère de Maïté.


C’est autour de ces quatre ados que le film va s’organiser, même si les histoires connexes auront une grosse influence. Sur fond de premières boums (avec en fond sonore des titres, qui cahier des charges de la série oblige, devaient être contemporains de l’époque mise en images, on entend donc Chubby Checker, Beach Boys, Platters, Del Shannon, …), les amour(ette)s adolescentes vont se mettre en place. Maïté en pince pour François, qui est attiré par Serge. Le tournant du film sera la mort en Algérie du frangin de Serge. La mère de Maïté va culpabiliser, tomber en dépression et finir par un passage en hôpital psy. Serge veut abandonner le lycée pour revenir sur l’exploitation agricole, envisage même d’épouser sa veuve de belle-sœur qu’il « console » la nuit. Maïté va de plus en plus se politiser (la tradition communiste familiale), et Henri va se radicaliser, affichant de plus en plus ses affinités OAS.

Les scènes de tension vont se multiplier entre les quatre ados, entrecoupées de moments de plaisir simples, les matches de rugby, les séances ciné avec allusions aux films de Bergman (« A travers le miroir ») ou Demy (« Lola »), les virées alcoolisées en mob sur Toulouse, et les baignades dans la rivière (le Lot ?) qui traverse le village. C’est d’ailleurs dans et aux abords de cette rivière, en attendant les résultats du Bac, que se démêleront les histoires reliant les quatre ados.


« Les roseaux sauvages » est autant un exercice de style (la recréation méticuleuse de la vie provinciale du Sud-Ouest pendant la guerre d’Algérie), qu’un drame où des adolescents doivent faire face quasiment seuls aux bouleversements de l’Histoire, et s’initier à la vie amoureuse et sexuelle. On sait que Téchiné n’est jamais aussi bon que quand il scrute les tourments de l’âme et les dilemmes amoureux (voir ses films cités plus haut).

Dans « Les roseaux sauvages » il y arrive sans avoir recours à ses stars chevronnées habituelles (Deneuve, Auteuil, Dewaere, …). « Les roseaux sauvages » de son aveu est très écrit, minutieusement répété, et les jeunes acteurs s’en tirent très bien. Pourtant, seule Elodie Bouchez se fera un nom grâce à ce film. Les trois garçons tenteront aussi une carrière d’acteur, beaucoup moins successful, disparaissant assez vite des radars …


MEL GIBSON - BRAVEHEART (1995)

 

Chanson de geste écossaise ...

« Braveheart » est devenu un classique des films populaires des 90’s. Pas vraiment lors de son exploitation en salles, où il n’a obtenu que des résultats honorables. C’est plus tard, lorsqu’on louait des VHS dans les vidéo-clubs, et encore plus tard, lorsque sont arrivés les Dvds, Blurays, jusqu’à aujourd’hui, avec les plateformes de streaming, que le vrai grand succès populaire s’est concrétisé et jamais démenti, appuyé par une critique qui a eu tendance à le réhabiliter, voire l’encenser.

Faut dire que le projet « Braveheart » est plutôt audacieux. Confier à un type (Mel Gibson) qui n’a qu’une seule réalisation à son actif (le mélo à peu près oublié « L’homme sans visage ») un budget de plusieurs dizaines de millions de dollars pour un film à grand spectacle, biopic médiéval d’une figure mi-historique mi-légendaire de l’Ecosse de la fin du XIIIème siècle, ça coulait pas de source. Même si derrière la caméra, et finalement aussi devant, il y a un acteur bankable, starisé par les sagas « Mad Max » et « L’arme fatale ».

Mel Gibson

« Braveheart » met en images la vie de William Wallace, paysan écossais à l’origine et à la tête d’une révolte contre l’occupant et oppresseur anglais. Le problème, c’est que Wallace, on sait peu de choses de lui. Et que Mel Gibson va l’introduire dans l’Histoire, la vraie, celle qui est documentée. Au prix de quelques incohérences et anachronismes flagrants, voire de tentatives de réécriture. Le scénariste (Randall Wallace, ce n’est pas simplement une coïncidence patronymique, on y reviendra) et Gibson le reconnaissent d’une façon plutôt badine, prétextant la beauté de l’histoire (du film), tout du long de leurs commentaires sur l’édition Bluray de 2007.

Premier point à évoquer, la réalité historique, les faits avérés et documentés. De Wallace, on suppose qu’il est d’extraction très modeste (paysan ?), qu’avec quelques comparses il a mené quelques actions de guérilla contre les troupes « d’occupation » anglaises, avant de fédérer une petite armée de bric et de broc (quelques nobles et leurs hommes, mais surtout des paysans) qui défait des Anglais pourtant plus nombreux à Stirlink (1297), avant que les Ecossais soient laminés l’année suivante à Falkirk. Wallace disparaît de la circulation quelques années (exil en France apparemment), revient mener quelques actions coup de poing en Ecosse, est capturé (trahison ?) avant d’être supplicié (émasculé, écartelé, éviscéré, découpé en morceaux et ses morceaux « exposés » dans plusieurs villes) en 1305.

La bataille de Stirlink

Robert Bruce (avec qui Wallace a des relations plutôt compliquées dans le film) sera celui qui par les armes obtiendra une certaine indépendance de l’Ecosse grâce à sa victoire à Bannockburn (1314, la dernière scène de « Braveheart »)

Le Roi d’Angleterre Edouard Ier est considéré comme un des grands souverains anglais, très politique (plutôt machiavélique donc), et qui instaurera la première mouture de ce qui deviendra le Parlement. Surnommé (par les Anglais) « The Hammer of Scottish » par son intransigeance et sa cruauté face aux tentatives d’émancipation des Ecossais. Il mourra deux ans après Wallace (et non pas le même jour comme dans le film).

Son fils (le futur Edouard II) sera connu pour sa bisexualité avérée (nombreux « mignons » et favoris), et sera beaucoup plus dur et rude que la lopette qui nous est montrée dans « Braveheart ». Il épousera Isabelle de France, (Sophie Marceau dans le film) alors âgée d’une douzaine d’années trois ans après la mort de Wallace. Donc elle et Wallace ne se sont jamais rencontrés.

Quand aux autres personnages du film (à part quelques nobles qui ont réellement existé, mais dont les faits et gestes à l’époque ne sont généralement pas connus), ils sont tous inventés (Murron sa femme, ses compagnons d’armes, …). Les premiers récits des aventures de Wallace sont généralement attribués à un troubadour plus d’un siècle après les faits. Il n’en demeure pas moins que Wallace a de nombreuses statues un peu partout en Ecosse et qu’il est considéré comme le premier « libérateur » de son peuple.

Edouard Ier - Patrick McGoohan

Bon, une fois qu’on a dit ça pour démontrer que « Braveheart » est quasi intégralement une totale fiction, il en reste quoi de ce film ? Une grande fresque épique, romantique et violente. D’une durée conséquente. A peine un peu moins de trois heures, il manque dix minutes de « director’s cut » apparemment jamais vues, dont l’essentiel est composé du supplice de Wallace (Gibson dit que c’était très réaliste, trop pour une exploitation grand public en salles).

Le côté fresque épique, il est dû au scénariste Randall Wallace. Américain bon teint, et descendants d’émigrés écossais. Qui décide d’aller faire un voyage d’agrément familial sur la terre de ses ancêtres. Et tombe sur les statues, les musées, les lieux « saints » où son homonyme aurait écrit un pan d’histoire écossaise. Troublé par la coïncidence, le très chrétien Wallace (Randall) va écrire un scénario et faire de Wallace (William) un personnage mystique et très croyant (la grande place occupée dans le film par les funérailles, le mariage « clandestin », les prières avant la bataille, avant le supplice qui a lieu sur une croix horizontale). Evidemment, quand la 20th Century Fox le mettra en relation avec Gibson qui cherche un film à réaliser, le côté grenouille de bénitier va pas laisser le Mel indifférent, lui qui est catho intégriste (parenthèse, il appartient à un courant religieux ultra réac, et a fort logiquement soutenu le ticket de demeurés Donald-J.D., fin de la parenthèse).

Côté romantique, ça n’y va pas non plus avec le dos de la cuillère. Depuis le chardon offert par la petite Murron au gamin William lors de l’enterrement du père Wallace occis par les Anglais et conservé comme une relique, jusqu’au bout de tissu qui les a liés lors de leur mariage et que Wallace serrera dans sa main pendant son supplice, en passant par les visions de sa dulcinée, n’en jetez plus … Et l’entrée en « guerre » de Wallace et son obstination à lutter quoiqu’il advienne contre les « envahisseurs » aura pour cause l’assassinat de Murron par un petit notable anglais. Sans parler du coup de foudre réciproque entre Wallace et Isabelle de France …

Sophie Marceau & Mel Gibson

Mais ce qui a le plus fait jaser, c’est l’ultraviolence limite gore, du film. Les scènes de bataille sont particulièrement réalistes, ces mêlées-boucherie où tous les coups sont permis, tuer ou être tué. Les décapitations, amputations, les corps traversés par les épées, les lances, les haches, les flèches ou les poignards, les chevaux empalés. Et hors batailles, on a droit aux égorgements, aux têtes fracassées par les masses d’armes, … A côté, le supplice final de Wallace est plutôt soft, il n’y a que de la tension liée à l’agonie du roi, aux larmes d’Isabelle, à l’émotion des compagnons d’armes et de Bruce, grâce à un montage malin.

« Braveheart » a renforcé l’aura de Mel Gibson, parce qu’il joue William Wallace, ce qui n’était pas prévu au départ. Il avoue s’être fait berner par la Fox, qui alignait sans sourciller les millions de dollars à mesure que le scénario avançait, mais qui insidieusement suggérait qu’en plus de réaliser il tienne le rôle principal. Ce qu’il a fini par accepter, sans se douter de l’ampleur de la tâche. Rétrospectivement, Gibson avoue avoir fini le tournage (sept mois, dont plus de deux pour tourner les deux batailles, où il fallait gérer quotidiennement jusqu’à trois mille personnes sur le plateau) à peu près fou, les neurones cramés par la pression, le manque de sommeil, et le clap de fin qui n’apparaissait jamais. Il se sentait capable de réaliser, ayant beaucoup appris en tournant avec George Miller ou Peter Weir, mais il s’est fait bouffer par son projet, virant obsessionnel pour le moindre détail.

Les anecdotes sont légion. Pour donner un semblant d’organisation aux batailles, l’équipe a tourné sur un camp militaire et engagé les bidasses qui y étaient. Et Gibson a pu mesurer le fossé physique entre des pros qui s’entraînent tous les jours, et lui, à presque quarante ans (soit dix-quinze ans de plus que son personnage), qui devait sprinter comme un forcené pour être devant les soldats figurants lorsque les Ecossais chargeaient l’armée anglaise. En plus, Gibson a réalisé pratiquement toutes les cascades, sa doublure prévue passait les journées à se tourner les pouces. Et pour le final (le supplice de Wallace), Gibson a complètement disjoncté, et contre l’avis de tout son staff, a exigé d’être réellement pendu (on l’a descendu quand il a perdu connaissance, il a failli y passer, et rétrospectivement n’est pas très fier de cette décision aberrante). A côté de ça, l’utilisation d’une énorme vraie hache pour la décapitation fait figure de plaisanterie (pour le coup, il a quand même pris la précaution de filmer le geste de bas en haut, et de passer les images obtenues à l’envers au montage).

This is the end ...

Le résultat donne un film à grand spectacle (référence de Gibson, « Spartacus » le péplum plus ou moins réalisé par Kubrick), les plans filmés en hélicoptère sont nombreux, notamment lors de l’ouverture, avec panoramiques gigantesques des Highlands. Bien que sachant qu’il tournait une fiction à peu près intégrale, Gibson a apporté un soin maniaque aux détails, avec un énorme travail sur la création de décors en extérieur, les costumes et les maquillages. Le vice a été poussé jusqu’à rechercher parmi les agriculteurs écossais ceux qui pouvaient fournir des races centenaires de bovidés juste pour une scène, lorsqu’on ramène les dépouilles du père et du frère de Wallace morts au combat. Hormis les deux grandes batailles, tournées dans une base militaire irlandaise, les extérieurs sont en Ecosse, sous la pluie (invisible à l’écran, quand on la voit, c’est que de l’eau est versée à seaux sur le plateau) et le froid la plupart du temps. Quasiment aucun effet numérique n’a été rajouté, un encadrement médical, vétérinaire et de dresseurs était présent en nombre, aucun cheval n’a bien évidemment été abattu ou blessé (ceux qui sont empalés sont des chevaux mécaniques, trucage à l’ancienne), et parmi les centaines de figurants des scènes de bataille, Gibson est fier de préciser que seuls trois blessés ont été recensés, deux contusionnés et une fracture de la cheville en tout et pour tout …

La musique est dans l’air celtique du temps, et le thème principal est l’œuvre de James Horner qui en utilisera une version dérivée pour le thème de « Titanic » qu’il composera deux ans plus tard …

Un mot sur Sophie Marceau, principal rôle féminin en (future) reine glamour mais déterminée, elle entamera avec « Braveheart » un lustre de tentative de carrière internationale, qui malgré un autre succès remarqué au box office (le rôle de la méchante dans « Le monde ne suffit pas » de la saga James Bond), n’ira pas plus loin que la fin des années 90.

Alors au final, il faut en penser quoi ? « Braveheart » est un film d’action survitaminé et palpitant, et une incontestable réussite visuelle. Le seul reproche, les libertés prises avec la réalité historique qui enjolivent quelque peu (pour être gentil) ce biopic de William Wallace. Les Ecossais ont adoré le film, les Anglais moins …




DEEE-LITE - WORLD CLIQUE (1990)

 

Victime de la mode ...

Tel pourrait être son nom de code à Deee-Lite. Parce que trois petits (33) tours et puis s’en vont …

Ils furent pourtant les rois des airplays radio de l’année 90. Parce que ce qu’ils produisaient était ce que le public attendait (ou on leur a fait croire, au public, que ce qu’on leur faisait écouter était ce qu’ils avaient envie d’entendre).


A cette époque-là, la demi-décennie charnière fin 80’s – début 90’s où ce qu’on pourrait qualifier du vocable généraliste grand public de musiques dansantes électroniques passait de l’underground (les vinyles white labels à destination des DJ’s pressés à quelques dizaines d’exemplaires) au succès de masse (les bien nommés Massive Attack par exemple), ce qu’il fallait c’est se faire remarquer, sortir du troupeau d’anonymes. Et quoi de mieux que d’avoir une chanson qui passe à la radio et un clip à la télé ?

En 1988, ce fut Lisa Stansfield avec « All around the world ». Qu’on ne peut taxer d’opportuniste, c’était une vraie bonne chanteuse, qui grouillotait depuis quelques temps avec des joueurs de disquettes (Coldcut en l’occurrence). 1989 consacra Yazz, longiligne peroxydée amatrice de fringues fluo en plastoc qui fit la farce avec « The only way is up ». Yazz et Stansfield, deux Anglaises, et le continent apprécia.

Les Américains, jamais les derniers lorsqu’il s’agit de faire tinter le tiroir-caisse, obtinrent leur revanche en 1990 avec Deee-Lite et « Groove is in the heart ». Deee-Lite, c’est censé être un groupe (ils sont plus de deux). Dont la figure de proue est Lady Miss Kier (Kierin Magenta Kirby pour l’état-civil). Look Kate Pierson (la rousse à choucroute des B-52’s) revisitée par un couturier psychédélique (les fringues à motifs bucoliques). Fréquentant assidument les clubs dance newyorkais et s’acoquinant avec des DJ’s pour essayer de se faire remarquer. Au début des 80’s, ça avait donné Madonna. Lady Miss Kier est bien des tons en dessous, aujourd’hui on la qualifierait d’influenceuse, avec tout le côté péjoratif accolé au vocable.

Lady Miss Kier, toute en discrétion ...

Son « groupe », c’est elle et deux DJ’s. Exotiques. Un Russe, Dmitry et un Japonais, Towa Tei. Qui pour ne pas être en reste avec leur chanteuse, s’habillaient bariolé et fluo, avec un mauvais goût que les camions portugais devaient leur envier. Deee-Lite, c’est avant tout la réunion de trois fashionistas. Bo Diddley chantait deux points ouvrez les guillemets « don’t judge a book by its cover ». Ben y’a des fois que si. Livrés à eux-mêmes, les trois Deee-Lite accouchent de quelques machins sans le moindre intérêt, vaguement dans l’air du temps electro-dance-house-etc …, qui constituent la matière première de « World Clique », leur premier disque.

Et dans cette mélasse, on se surprend parfois à dresser l’oreille, et clignote quelque part le nom de James Brown (oui, on parle bien du même). Alors on feuillette le livret du Cd pour voir si le Godfather of Soul est crédité quelque part. Que nenni. Mais par contre, dans les intervenants de quelques titres, on voit apparaître le nom de Bootsy Collins. Et aussi ceux de Fred Wesley et Maceo Parker. Soit un tiers des mythiques JB’s, excusez du peu. Pourquoi traînent-ils là ? Apparemment Bootsy Collins fréquentait beaucoup les clubs newyorkais et comme vestimentairement (sans parler des binocles) il passe pas lui non plus vraiment inaperçu, la Kier l’a sollicité, il a dit banco et a amené ses deux vieux poteaux … Alors on se repasse la rondelle et bingo, c’est bien ça.

Deee-Lite, Bootsy Collins  et un DJ

Les trois ex-JB’s sont pas très souvent présent, unfortunately. Ils contribuent, et pas qu’un peu au hit « Groove is in the heart » (pour ceux que ça intéresse, le passage en rap dans le titre est de Q-Tip, le leader des concernés et militants A Tribe Called Quest, vous savez ceux qui avaient samplé la ligne de basse de « Walk on the wild side » pour leur hit « Can I kick it »). Collins, Wesley et Parker sont aussi présents sur « Try me on », le vrai meilleur titre du disque.

Sinon, pour être juste, faut reconnaître que les Deee-Lite ont fait tout seuls comme des grands « Power of love », un truc dance bêtement efficace quoiqu’un peu longuet. Et qu’ils se sont inspirés (pour pas les accuser de plagiat) de Kid Creole & The Coconuts pour « Smile on ». Le reste mérite pas qu’on s’y attarde …

Sur la lancée du méga-succès de « Groove is in the heart », ce « World Clique » se vendra bien. La suite confirmera les vides artistiques qu’il contient. Deux successeurs suivront, dont tout le monde a oublié le titre. Avant la débandade finale (quand Kier et Dmitry ne feront plus chambre commune disent ceux qui s’y connaissent en potins de plumard). On ne sait ce que les DJ’s sont devenus, Kier a elle continué un peu dans la musique (Djette), et évidemment, on l’a beaucoup aperçue dans les gradins des défilés de mode. Mission accomplie ?


HAYAO MIYAZAKI - PRINCESSE MONONOKE (1997)

 

Mother's Nature Son ...

« Princesse Mononoke » c’est le film au retentissement mondial qui révèlera et Miyazaki et les productions de sa (co-)création, les studios Ghibli. Et plein de cinéphiles ou au moins d’amateurs de films d’animation s’aperçurent qu’il existait autre chose dans ce domaine que les studios Disney et ses productions. Tiens, suffit de comparer « Princesse Mononoke » avec le winner toutes catégories (et surtout financière) du genre, « Le Roi Lion » sorti trois ans plus tôt. « Le Roi Lion » c’est pour les enfants ou pour ceux qui font l’effort de rétropédaler dans le temps et retrouver des émotions de gosse, les personnages sont peu nombreux et les « saines » valeurs sont développées, le malheur, la souffrance, la résilience, avant le triomphe final. « Princesse Mononoke » a de quoi faire flipper les chères têtes blondes.

Hayao Miyazaki

L’intrigue est complexe et protéiforme, les personnages secondaires nombreux et surtout, c’est un film violent (voir l’affiche du film, plutôt soft par rapport à de nombreuses scènes). Le sang gicle de partout, l’amour et le « camp du bien » ne triomphent pas forcément. Et comme dans la plupart des films de Miyazaki, les héros se trouvent confrontés à des forces maléfiques et des mondes parallèles.

Point de départ, en des temps immémoriaux, le jeune prince Ashitaka, affronte la charge d’un monstre géant qui menace son village. Il tue le bestiau mais est blessé. Une vieille chamane du village lui révèle que sa blessure se révèlera mortelle (car le monstre est un sanglier « contaminé » et mutant), sauf à gagner les bonnes grâces d’une entité, l’Esprit de la forêt, qui seule a théoriquement le pouvoir de guérir la blessure. Voici donc notre héros chevauchant sa monture (un élan rouge) en route pour des contrées lointaines. Où il rencontrera un moine trop malin pour être honnête, une reine de la sidérurgie locale, des samouraïs belliqueux, forcément belliqueux, une jeune princesse (Mononoke) qui vit en compagnie de loups géants, une immense harde de sangliers géants, une foule de petites entités mignonnes et gentilles (les Sylvains, un peu le pendant des Ewoks de la saga Star Wars), et finalement l’Esprit de la forêt (un Dieu-Cerf qui marche sur l’eau le jour, et qui la nuit se transforme en créature immense semi gazeuse).

Mononoke & Ashikata

Le monde (ou plutôt les mondes) décrits par Miyazaki font référence à d’obscures légendes nippones, le Bien et le Mal s’affrontent perpétuellement et les personnages sont complexes, ambivalents (les amitiés et alliances sont de circonstance et ne durent pas toujours). Et puis des intrigues vont bien au-delà de l’histoire elle-même. On finit par comprendre que l’équilibre séculaire entre les humains et les forces naturelles (symbolisées par les bestioles géantes) a été rompu et que les animaux doivent tuer les hommes « mauvais » pour rétablir cet équilibre. Le principal point d’achoppement est représenté par Dame Eboshi qui règne sur une sorte de phalanstère de parias (lépreux, anciennes prostituées), fournit des métaux transformés (acier et ferrailles diverses) à l’Empereur, et pour entretenir ses hauts fourneaux, déforeste à tout-va, ce qui entraîne la révolte des entités animales. Ce qui fait de « Princesse Mononoke » un film écolo militant avant que l’écologie militante devienne à la mode. L’activité de Dame Eboshi étant cruciale, elle doit la défendre en mettant au point des armes innovantes (des arquebuses hyper puissantes) et faire face à la convoitise de ses clients (l’Empereur qui envoie ses samouraïs conquérir le village-usine).

Mononoke représente elle les humains qui ont choisi de prendre fait et cause pour les animaux et l’équilibre ancestral qu’ils défendent. Pas vraiment dans l’esprit babacool, elle mène des raids violents à la tête de ses loups géants contre tous les agresseurs de la nature. Ces trois personnages principaux (Ashitaka, Eboshi, Mononoke) vont passer le film à s’observer, se jauger, s’allier, se combattre, tout en n’étant jamais ensemble dans le même « camp ». Et quand la cupidité des hommes (l’Empereur qui veut la tête du Dieu-Cerf censée lui conférer pouvoir suprême et immortalité) ira crescendo, la riposte de la Nature sera proportionnelle (l’espèce de lave qui s’écoule de la divinité décapitée va tout emporter sur son passage) … on meurt beaucoup dans « Princesse Mononoke » et pas seulement les méchants …

Dame Eboshi

Par rapport aux précédents succès des studios Ghibli, notamment la triplette inaugurale de ses productions, « Le château dans le ciel », « Mon voisin Totoro » (dont le gentil monstre sert de logo aux studios), « Le tombeau des lucioles », « Princesse Mononoke » est beaucoup plus sombre, plus « engagé », plus « militant ». La fin est positive a minima, on ne peut pas parler de happy end. Et de tous ceux que je connais de l’immense Miyazaki, « Princesse Mononoke » est de loin le plus sanglant, le plus violent.

Esthétiquement, on est dans la ligne du parti des studios Ghibli. Tons pastel à la limite de la transparence, décors de fond invariables quand l’action se passe au premier plan. Ce qui n’empêche pas les prouesses graphiques des armées d’animateurs. Les bases scénaristiques sont aussi intangibles, de jeunes héros évoluent dans des mondes parfois parallèles peuplés de créatures aux pouvoirs surnaturels face auxquelles ils doivent se surpasser, sortir de leurs zones de confort …

« Princesse Mononoke » n’est pas la porte d’entrée la plus facile de l’œuvre (qui accumule quand même une flopée de grands films) de Miyazaki. Mais c’est certainement son film le plus adulte, le plus dense (plus de deux heures sans temps mort), en un mot le plus magistral. Cauchemars garantis pour petites têtes blondes non averties …


ABEL FERRARA - THE KING OF NEW YORK (1990)

 

Série B ...

Ou film culte, comme on veut … Ou les deux … Ou pourrait aussi dire film de blaxploitation, sauf que le héros n’est pas Black et qu’il gagne pas à la fin. En tout cas « The King of New York » est avec son successeur « Bad Lieutenant » ce que Ferrara a fait de mieux.

Abel Ferrara 1990

Ferrara est un cas social hors du commun. Très marqué, pour pas dire traumatisé par l’éducation religieuse (comme Almodovar ou Scorsese), il va s’en éloigner le plus possible dans ses films (le premier sous pseudo est un porno), sans pour autant en renier les fondamentaux symboliques (péché-expiation-rédemption, cette sorte de choses). Les films de Ferrara sont là pour faire flipper le catho de base. Dans « The King of New York » le héros est un ex-taulard, dealer de coke qui assassine de sang-froid concurrents et flics dans une surenchère cataclysmique.

Les histoires de truands qui construisent un empire et finissent par crever de leur orgueil, c’est pas ça qui manque, du « Little Caesar » de Mervyn LeRoy, au « Scarface » de De Palma. Sauf que c’est pas ce genre de films que cite Ferrara pour son inspiration. Il a « vu » son film en sortant d’une projection de … « Terminator ». Même si c’est dit en termes diplomatiques, il pense que si pareille couillonade cartonne (l’obsession d’atteindre son but en dégommant tout ce qui s’y oppose), il peut faire aussi bien, voire mieux. Sauf qu’avec son pote depuis le lycée, le scénariste Nicholas St-John, il sont pas vraiment dans le trip post-apocalyptique de Cameron (ou de George Miller). Leur monde, c’est le New York contemporain. Pas le New York de Broadway et de Wall Street, le New York des quartiers glauques (le Bronx), des trafiquants en tout genres, et avec son ascendance italienne, celui du « milieu ».

Christopher Walken

Le Terminator de Ferrara sera Blanc (à double titre, il s’appelle Jack White, inutile de faire une disgression pour la symbolique catho liée au blanc), vient de s’endurcir en zonzon, et entend dès sa sortie devenir le roi de la dope sur la ville. Jack White, c’est Christopher Walken, qui deviendra après ce film un des acteurs fétiches de Ferrara. Plus ou moins dans le trip Brando quand Ferrara le rencontre (empâté, manteaux de fourrure, et jamais loin d’une quille de vin rouge), Walken va perdre vingt kilos avant le tournage pour jouer cette brute émaciée au regard fou et glaçant. Si Ferrara a son premier rôle, il a pas le fric pour tourner, les circuits de financement « classiques » américains lui ayant tous répondu quand il les a sollicités par un niet aussi poli que ferme et définitif. Ce sont ses connexions italo-américaines qui le mettront en relation avec des Italiens qui aligneront les lires pour que le film se fasse.

Et donc une fois considéré que Walken sera la star du générique, faut compléter avec des seconds couteaux. Et force est de reconnaître que l’Abel a eu le nez plutôt creux. Des seconds rôles seront notamment tenus par Wesley Snipes, Laurence Fishburne, et ont droit à quelques scènes Steve Buscemi ou Harold Perrineau. Bon y’a aussi eu des ratés, qui se souvient et a vu ailleurs Janet Julian (Jennifer, l’avocate et maîtresse de White), répondez pas tous en même temps.

Weley Snipes

Le scénario est ultra basique, ascension et chute d’un caïd de la drogue. Et Ferrara a beau jeu de dire que rien n’est crédible dans son film, les choses ne se passent pas comme ça dans la réalité (les « parrains » ne règlent pas leurs comptes eux-mêmes, ne participent pas aux gunfights punitifs, et un réseau mafieux ne s’écroule pas et ne se contrôle pas avec trois rafales de pistolet mitrailleur).

Ce qui compte pour Ferrara, c’est montrer « sa » ville, New York. Sous son prisme à lui. Walken est à peu près en roue libre, esquisse même quelques pas de danse (sa marotte dès qu’il peut glisser quelques entrechats dans ses films, il aurait préféré être danseur professionnel plutôt qu’acteur), tout le monde en fait des tonnes. N’empêche qu’il y a bel et bien dans « The King … » une « patte » Ferrara. L’art de susciter la tension avant les montées de violence froide (la scène aves Snipes et Buscemi venus conclure un deal avec les Hispanos, le règlement de comptes chez les mafieux ritals, …). L’envie de donner du spectacle (la baston lors de la party-partouze chez White, la course poursuite à la « Bullit » dans les grandes artères newyorkaises, …). La mise en scène d’une esthétique froide (tout ce bleu métallique qui domine dans la gamme chromatique), mais avec des partis-pris visuels forts (les très gros plans sur les visages lors des discussions). Et pourtant Ferrara n’a quasiment pas touché à la caméra. Il « visualisait » les scènes, donnait les ordres aux acteurs et à son caméraman, et partait surveiller tout ça dans le studio vidéo. D’où il ne s’extirpait pas souvent, montant, assemblant, sonorisant quasiment à la volée. D’où une séquence qui a marqué les participants au film, lors de la fête organisée le dernier jour de tournage, des écrans télé diffusaient quasiment dans sa version définitive « The King of New York » dont les dernières prises avaient eu lieu quelques heures auparavant.

Laurence Fishburne

Ferrara n’oublie pas de développer son postulat Bien / Mal. White est totalement amoral, sans aucune pitié ni scrupule (l’assassinat du flic lors de l’enterrement), veut devenir le King d’un monde où règnent luxure et dope. Et en même temps il patronne une soirée de bienfaisance pour récolter des fonds en vue de construire un hôpital pour les enfants. Séquence qui donne l’occasion d’une chanson par le second couteau soul Freddie Jackson. Alors que la bande-son est quasiment exclusivement composée de titres rap ou hip hop (Ferrara est très pote avec le rappeur Schooly D, omniprésent sur la B.O. et dont les connexions avec les bandes des quartiers mal famés où a été tourné le film ont permis à toute l’équipe d’évoluer sans encombre). De ce point de vue, Ferrara innove. Premier Blanc à donner une telle place au rap dans la bande-son, « The King of New York » est sorti moins d’un an après « Do the right thing » (Spike Lee / Public Enemy) et un an avant « Boyz in the hood » (John Singleton / Ice Cube).

Alors il faut voir « The King of New York ». Au moins parce que les dernières scènes (un Walken blessé à mort marchant tel un zombie dans les rues de « sa » ville avant d’aller agoniser à l’arrière d’un taxi cerné par les gyrophares des voitures de police et les flics qui le traquent), doivent rassembler toutes les chapelles de cinéphiles …





ROBERT ZEMECKIS - FORREST GUMP (1994)

 

Born to run ...

Parce que « Born to run » ça peut servir de résumé en trois mots du film. Et aussi parce que la masterpiece du Boss est la chanson qui manque dans la B.O., notamment quand Forrest Gump fait son marathon across the U.S.A. Question, Springsteen serait-il plus dur en affaires pour les autorisations sur ses titres que les rescapés et ayant-droit des Doors, qu’on entend trois fois dans « Forrest Gump », parmi les 45 titres de la B.O. ?

Zemeckis & Hanks

Tout ça pour dire que « Forrest Gump » est aussi un film qui s’écoute, même si les extraits musicaux sont souvent réduits à quelques secondes, et en sourdine au fin fond du mix sonore. Je vais vous dire, le tracklisting de la B.O. aurait pu être celui d’un film signé Scorsese. A une exception (majeure) près : dans « Forrest Gump » rien que des titres américains des fifties au tout début des eighties, qui illustrent chronologiquement l’histoire (à quelques pains temporels près, par exemple quand Forrest arrive en 67 au Vietnam, on entend « Fortunate son » de Creedence, sorti deux ans plus tard). C’est là tout l’a priori étrange de ce film, comment a-t-il pu être un immense succès mondial alors que plus américain tu peux pas, l’histoire d’un simplet de l’Alabama qui par hasard se trouve dans des situations, des endroits, en face de personnages qui ont fait l’Histoire, Histoire qu’il influence, en initiant Elvis à sa danse pelvienne désarticulée, en soufflant les paroles de « Imagine » à John Lennon, en téléphonant à la police pour signaler un cambriolage au Watergate Hotel, sans parler de ses « rencontres » avec JFK, Lyndon Johnson, Nixon ?

« Forrest Gump » vient d’un roman « récréatif » du même nom d’un historien, scénarisé par Eric Roth dont ce sera la première adaptation plébiscitée (il bossera par la suite pour des « grosses machines » réalisées par Michael Mann, Spielberg, Fincher, Villeneuve, …). Pour « Forrest Gump », seront portés aux nues les noms de Robert Zemeckis et Tom Hanks. Les deux ne sont pas des débutants, le premier vient de réaliser « … Roger Rabbit » et les deux premiers volets de « Retour vers le futur ». Hanks a déjà beaucoup tourné, et bien souvent n’importe quoi (avec même un Oscar pour le navrant « Big »), avant de vraiment capter l’attention avec ses deux derniers films, « Nuits blanches à Seattle » et « Philadelphia ». Pour Zemeckis et Hanks (premier choix de la production), « Forrest Gump » amènera la consécration définitive.

Hanks & Wright

Hanks est parfait dans le rôle du simplet parfois génial, comme une version exubérante de Hoffman dans « Rain Man », avec sa vision rousseauiste (l’homme est naturellement bon, c’est la société qui le pervertit). Je suis généralement pas très fan de son jeu sans aspérités et des personnages qu’il a tendance à ramollir, affadir pour qu’ils suscitent de la pitié larmoyante, mais force est de reconnaître que dans « Forrest Gump » toutes les récompenses et nominations prestigieuses qu’il obtiendra sont bien méritées.

Et le reste de la distribution se hisse à son niveau de Sally Field (la mère), à Robin Wright (l’amour de sa vie) en passant par Gary Sinise (son supérieur au Vietnam) ou l’extraordinaire Mykelti Williamson (Bubba, son « jumeau » noir).

Tout ceci ne serait pas aussi fort sans la Zemeckis touch. Il a du pognon pour tourner, et va l’utiliser. Pas pour les extérieurs, une grosse partie du film a été tourné dans un tout petit périmètre (à Savannah en Géorgie, et le Vietnam dans une zone marécageuse de Caroline du Sud toute proche). Mais surtout Zemeckis va utiliser toutes les techniques numériques de pointe. Beaucoup de scènes se feront devant un rideau vert, notamment quand intervient Sinise amputé de ses deux guiboles, les ordinateurs tourneront plein pot pour les effets de mouthmorphing (faire bouger les lèvres en fonction des dialogues « revisités » des Kennedy, Johnson, Lennon et autres), pour rajouter des balles de ping-pong (non, Hanks n’est pas devenu un des frères Lebrun, il ne fait qu’agiter la raquette dans le vide). Les effets spéciaux dernier cri ont simulé des balles traçantes, des lâchages de napalm, des foules dans les stades ou au mémorial Lincoln … Deux anecdotes. Tout n’est pas retouché, certaines scènes historiques ont été recréées avec des figurants (il n’y avait pas de films à bricoler, juste des photos qui témoignaient de l’événement). Une scène très longue à tourner fut la partie de ping-pong en Chine. L’adversaire de Hanks était un Sud Coréen parmi les tout meilleurs mondiaux. Comme il n’y avait pas de balle, les deux devaient mimer la partie. Hanks y arrivait sans problème, mais le pro n’arrivait pas à se synchroniser avec une balle imaginaire, c’est à cause de lui que d’innombrables prises ont dû être faites …

Zemeckis a réussi à virer Yoko Ono ...

Visuellement, « Forrest Gump » est à la pointe de la technologie. Mais c’est surtout un film finement drôle. Zemeckis se tient loin des gags cartoonesques de « … Roger Rabbit » ou de ceux plutôt lourdauds de « Retour vers le futur ». Mentions particulières au personnage de Bubba, sa lèvre pendante et son obsession pour la pêche aux crevettes et la façon de les cuisiner, et à la scène devenue culte où Robin Wright chante seulement « vêtue » d’une guitare acoustique « Blowin’ in the wind » dans un bouge à strip-tease. Les allusions sont parfois pointues, quand Hanks pousse Sinise dans son fauteuil roulant au milieu des taxis dans une rue enneigée de New York, c’est un hommage-pastiche d’une scène de « Macadam cowboy » similaire avec Dustin Hoffman et John Voight, et on y entend la même chanson (« Everybody’s talkin’ » de Harry Nilsson) que dans le film de Schlesinger.

Pour moi, c’est le final de « Forrest Gump » (en gros les vingt dernières minutes) qui est le moins réussi. Le ton change, on n’est plus dans l’ironie, on touche à des sujets graves (le Sida), et on dérive vers le pathos larmoyant, en rupture assez (trop ?) franche avec les deux heures précédentes. Tellement flagrant que c’est évidemment voulu, mais que les ficelles émotionnelles sont bien grosses. Ces dernières bobines permettent d’apercevoir dans le rôle du fils de Forrest Gump le tout jeune Haley Joel Osment, futur premier rôle des blockbuster « Sixième sens » et « A.I. Intelligence Artificielle » (avant qu’il aille tourner des nanars passés sous les radars, mais c’est une autre histoire).

Sinise, Williamson & Hanks

La plus grosse surprise étant que « Forrest Gump » reste un film accessible (à condition d’avoir un QI supérieur à 75) alors qu’a priori cette visite loufoque dans l’histoire politique et sociale des sixties et seventies américaines pourrait sembler assez hermétique. Mais tout passe, surtout si l’on fait attention aux monologues intérieurs de Gump, bien souvent aussi drôles que les scènes qui l’encadrent …

Ce qui fait que « Forrest Gump » me semble faire partie des rares films qui se bonifient à chaque nouveau visionnage …

Anecdote : « Forrest Gump » a été un succès mondial, a gagné plein d’Oscars, et forcément, bien des gens ont attendu une suite (ils avaient pas compris que l’histoire était terminée). Les rumeurs sur cette suite se sont soudainement amplifiées il y a quelques mois quand on a appris que Zemeckis tournait un film avec dans les deux rôles principaux Tom Hanks et Robin Wright. Raté, « Here » n’est évidemment pas la suite de « Forrest Gump » …