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DEAD KENNEDYS - FRESH FRUIT FOR ROTTING VEGETABLES (1980)

 

Plein la tête ...

Les Dead Kennedys ont déjà eu le mérite de relancer le rock sans fioritures dans le vieux fief des hippies, San Francisco. Et tant qu’à faire ils n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère. Déjà leur nom ne pouvait laisser indifférent, dans un pays ou le shooting des Présidents est quasi un sport national. Et puis ils comptent dans leurs rangs un type qui passe pas inaperçu. Eric Reed Boucher pour l’état-civil, Jello Biafra pour la scène.

Jello Biafra

Un activiste qui avant de faire de la musique (« Fresh fruit … » est leur premier disque) s’était signalé à l’attention des déclassés de tout poil en se présentant comme candidat au poste de Maire de San Francisco, avec un programme qui devait autant à Marx (Brothers) qu’au jusqu’auboutisme gauchiste. Entre rigolades, happenings, déclarations incendiaires, il avait réussi à rallier les suffrages de quelques milliers de personnes et fini en quatrième position sur une dizaine de candidats … Un attrait pour la vie politique (et la politique) qui ne l’a jamais vraiment quitté, il a même postulé aux primaires de l’élection présidentielle nationale au sein du parti écolo de Ralph Nader (c’est ce dernier qui en sortira vainqueur pour une candidature que l’on appelle pudiquement de témoignage en 2000).

Avec pareil background, Jello Biafra en musique allait pas donner un truc du genre des Doobie Brothers. Parce que c’est en gros la musique des jeunes et de la révolte, les Dead Kennedys feront dans le punk. Dans sa version la plus radicale, pas celle des pères fondateurs newyorkais genre Ramones and so on , pas non plus dans la version suivante anglaise (Pistols, Clash, etc ..), mais en s’inspirant du « retour » du punk dans son pays d’origine, en version encore plus radicale. Celle venue de Washington que l’on appellera hardcore, théorisée par Bad Religion ou Minor Threat et que le Hüsker Dü des débuts portera à son niveau d’incandescence …

« Fresh fruit … » dure trente deux minutes. Pour quatorze titres, dont six de moins de deux minutes. Ça va vite, voire très vite. Des brûlots de pur  hardcore (« Forward to death », « When ya get drafted », «  Drug me »), du hardcore qui lorgne vers le heavy metal (« Funland at the beach »), du hardcore qui peut se terminer en valse (!) (« Chemical warfare »), du hardcore avec de petits breaks pour reprendre son souffle (« Ill in the head »), du hardcore avec un pont plus « léger » (« I kill children »), un mix entre hardcore et punk (« Your émotions »), du punk tendance « Ah ça ira » (« Let’s lynch the Landlord »), du punk façon 33T d’AC/DC passé en 78 T (« Stealing people »). Tous ces titres étant dans la ligne du parti, attendus, voire espérés, par les premiers fans du groupe.

Dead Kennedys

Restent quatre morceaux, les plus longs (enfin, par rapport aux autres). « Kill the poor » ouvre le disque. Et prend le temps de s’installer avec son intro martiale, son tempo qui s’accélère progressivement pour finir sur un rythme punk frénétique. « Viva Las Vegas » clôture le disque. Ben oui, on parle bien du titre écrit par Doc Pomus et Mort Schuman pour Elvis Presley pour le navet filmé du même nom. Titre repris par une kyrielle de gens, des plus prévisibles (Springsteen) aux plus improbables (Amanda Lear). La version des Dead Kennedys me semble même supérieure à celle considérée comme de référence (et plus tardive) des ZZ Top. Manière de terminer une rondelle plutôt énervée par quelque chose de plus léger, plus enjoué, plus festif. Le tout of course sur un rythme effréné.

Les deux titres qui auront fait couler le plus d’encre sont par ordre d’apparition « California über alles » et « Holiday in Cambodia ». La première est le premier titre (sorti en 45T) publié par les Dead Kennedys. Batterie quasi tribale, guitares rampantes qui envoient de gros riffs, et explosion sonore sur le refrain. Charge violente contre le gouverneur de California Jerry Brown (cité dans la première phrase, on risque pas l’équivoque), qui bien que revendiqué Démocrate, n’avait rien à envier par ses méthodes et ses propos aux imbéciles trumpistes à venir. Le titre évoque évidemment l’hymne de l’Allemagne nazie (« Deutschland über alles ») et l’allusion se passe de commentaires. Commentaires offusqués qui n’ont évidemment pas manqué de prospérer, Jello Biafra est devenu, le temps que « l’opinion publique » passe à autre chose, une sorte d’Ennemi Public number One.


« Holiday in Cambodia » est le titre le plus « célèbre » du disque, entendre par là qu’il a fait une apparition dans les tréfonds des charts. Musicalement, c’est le plus, comment dire, travaillé, intro bruitiste, atmosphère oppressante avec brusques poussées d’adrénaline (le genre d’ambiance dont les Offspring des débuts feront leur trademark sonore). C’est aussi le moins raccord avec le boucan du reste du disque. Le texte parle de tous les bobos californiens, qui pour se donner l’air très progressif, citent à tout bout de champ les vertus prétendues de la révolution khmère rouge du Cambodge. Quelques années avant le film sur le sujet de Joffé (« La Déchirure / Killing fields »), Jello Biafra qui a les yeux ouverts sur monde et a laissé la niaiserie au placard, conseille à ces bobos d’aller passer leurs vacances au pays de Pol Pot et de ses massacres « politiques ».

Les Dead Kennedys n’ont évidemment pas été signés par une major. Avec l’argent gagné lors de leurs premiers concerts, ils ont monté leur propre label, Alternative Tentacles sur lequel sont parus tous leurs disques. Ce label, dirigé par Jello Biafra, aura par la suite à son catalogue des gens comme 16 Horsepower, les Melvins, Butthole Surfers ou les français Les Thugs, en se tenant farouchement à l’écart de tout mainstream.

Les Dead Kennedys dureront une demi-décennie, une petite poignée de disques qui n’imprimeront pas vraiment paraîtront, avant que des embrouilles (notamment entre Biafra et le guitariste East Ray Bay pour les habituelles histoires de droits d’auteur et des royalties qui vont avec) entraînent la débandade. Une « reformation » sans Jello Biafra se fera au début des années 2000 sans trop de retentissements, mais pas sans les interminables poursuites judicaires qui en découleront forcément.

Jello Biafra se dispersera beaucoup, quelques collaborations musicales avec des gens de la « famille », des stand-ups sous forme de spoken words, sera de beaucoup de combats altermondialistes, et rejoindra le Green Party (Les Verts version US).





ROBERT REDFORD - DES GENS COMME LES AUTRES (1980)

 

Un film ordinaire ?

En 1980, Robert Redford n’est pas rien. Le beau gosse à succès du cinéma américain (depuis « Butch Cassidy & the Sundance Kid » qui l’a révélé jusqu’à son dernier en date, le carcéral « Brubaker », et entre les deux une litanie de classiques), le gendre idéal d’une Amérique qui s’émancipe, bouscule et casse les codes …

Hutton & Redford

Pour son premier film derrière la caméra, Redford va mettre en images le premier bouquin de la romancière Judith Guest, « Ordinary people » (également titre du film en V.O.), via une adaptation par le scénariste Alvin Sargent. Le film de Redford fera passer le bouquin de joli succès de librairie à best seller majeur et une des références de la littérature américaine de la seconde moitié du XXème siècle.

Je sais pas si Redford ruminait depuis longtemps son envie d’être réalisateur, ni si son public l’attendait dans cet exercice. Toujours est-il que le succès critique et dans les salles de « Ordinary people », et les Oscars glanés l’année suivante (production, scénario, réalisation et meilleur second rôle masculin pour le débutant Timothy Hutton) ne risquaient pas de lui faire regretter son choix.

« Ordinary people », c’est un drame. Psychologique. Et un drame psychologique vrai de vrai. Zéro aparté ou disgression qui pourraient faire esquisser un sourire. On est dans le noir c’est noir pendant deux heures. Et je vais vous faire un aveu, j’ai fini par trouver le temps long. C’est bien filmé (d’une façon très académique, mais bien filmé quand même), et les acteurs sont bons (de toute façon quand on prend Donald Sutherland pour jouer un père la tête dans le sac et qu’il nous fait sa mine de chien battu des grands jours, on y croit à son personnage et à son histoire).

Le scénario est assez simple, même si le point de départ ne nous est servi que par bribes tout au long du film. Deux ados, Buck et Conrad Jarrett, font de la voile par gros temps. Buck tombe à l’eau et qui est-ce qu’il reste ? Colin. Hanté par le souvenir de ce frangin qu’il n’a pas pu sauver. Dépression, tentative de suicide, « traitement » en HP avec électrochocs, et retour à la vie normale de lycéen. C’est à ce moment que nous prenons l’histoire en route.

Moore & Hutton

Et on va suivre pendant à peu près une année les pérégrinations de Conrad. Pas exactement « guéri », qui doit faire face à son environnement lycéen, sa difficulté à communiquer avec les autres (notamment les filles, et surtout ses parents). Et qui dans sa tête va alterner les périodes de pas vraiment bien et de au fond du trou.

Le film se déroule dans une petite ville résidentielle de la banlieue de Chicago. La famille Jarrett vit dans une grande baraque cossue. Le père (Donald Sutherland donc) est haut placé dans une boîte financière, la mère (Mary Tyler Moore) on sait pas trop mais elle a un emploi du temps très chargé, ce sont deux bourgeois bien propres sur eux, plus ou moins progressistes mais qui après une vingtaine d’années de mariage n’utilisent plus le lit conjugal que pour dormir, fréquentent des amis aussi bourges qu’eux, comme Trump jouent au golf le weekend et rêvent de voyages de vacances à l’étranger.

Conrad (Timothy Hutton pour son premier rôle) est le boy next door, lycéen besogneux et nageur quelconque dans l’équipe de natation scolaire. Il va pas fort, se réveille en nage et en sursaut, a des moments d’absence, évite ou fuit ceux de son âge, dans ses bons moments est présent physiquement mais a la tête ailleurs chez ses vieux, et le plus souvent s’isole dans sa chambre. Il va finir par faire ce à quoi il s’était refusé jusqu’alors, consulter un psy (Judd Hirsch), dont l’adresse lui avait été fournie à sa sortie de l’hôpital psy. Sur le qui-vive et la défensive, ces séances ne se passeront pas très bien, il abandonnera entraînements et compets de natation. Tout cela sans en dire un mot à ses parents, avec lesquels les rares dialogues deviennent de plus en plus tendus. Une éclaircie apparaît lorsqu’il retrouve une ancienne « collègue » de l’hôpital psy qui lui affirme s’en être sortie de tous ses problèmes. Conrad finira par draguer sans conviction une sainte-nitouche du lycée qui chante avec lui dans une chorale étudiante jusqu’à ce qu’une (très) mauvaise nouvelle (no spoil) le remette au fond du trou mental et émotionnel.

Hutton & Sutherland

Conrad sera aussi l’élément perturbateur de la belle union apparente de ses parents. Là aussi, les fissures commencent à apparaître, et le cercle familial ne tourne plus très rond. La conclusion de l’histoire, bien que prévisible, est plutôt mal amenée, pour un final où toutes les ficelles du tire-larmes sont quand même bien grosses.

Alors oui, c’est assez finement écrit et bien interprété (réserve faite pour Judd Hirsch qui en fait des caisses, genre Robin Williams dans « Will Hunting »), le bleubite Hutton s’en sort bien (c’est lui le personnage principal), bien aidé d’après ses dires par les conseils de Redford et les consignes données aux autres acteurs (soyez froid et distant avec lui, parlez-lui le moins possible, afin qu’il se sente en permanence mal à l’aise).

« Ordinary people » est sobre, limite austère. Et sur la durée, on aurait tendance à faire comme Sutherland lors d’un spectacle théâtral au début du film : cligner des yeux et commencer à s’assoupir … Avec à peu près la même histoire (les parents, deux enfants dont l’un se noie), Nani Moretti a fait un chef-d’œuvre (« La chambre du fils »). Redford lui n’a fait qu’un film … ordinaire …





JIM JARMUSCH - DOWN BY LAW (1986)

 

Bayou Country ...

Jim Jarmusch est probablement, peut-être plus encore que Scorsese, le réalisateur le plus imprégné par la culture rock. Il réalisera notamment un documentaire sur Neil Young, et un autre sur les Stooges. Difficile de trouver une photo de lui sans ses éternelles darkshades (même quand il dirige ses films, ce doit pas être évident pour gérer les éclairages, même si Jarmusch est un adepte du noir et blanc), et à ses débuts, sans le blouson de cuir qui va bien avec.

Bobby Muller & Jim Jarmusch

« Down by law » est son troisième film, si l’on prend en compte « Permanent vacation » son film de fin d’études à l’Université de New York. Celui d’avant, « Stranger than paradise », description désabusée du pseudo rêve américain vu par de immigrants, l’avait positionné d’emblée parmi ceux qui comptent dans le cinéma d’auteur indépendant. Et les gens qu’il côtoie ou a côtoyés ne font pas partie du cinéma mainstream. Lui-même assistant de Wenders, il aura sur « Down by law » Claire Denis comme assistante. Et le film est dédié à Pascale Ogier, qui selon les potins de plumard, fut un temps sa compagne. Parce que Jarmusch est aussi grand amateur de culture française, et il parle à peu près couramment le français.

« Down by law » est dans un très beau noir et blanc, dû pour l’essentiel à la photographie du néerlandais (mais ayant beaucoup bossé en Allemagne, c’est la connexion Wenders qui l’a mis en relation avec Jarmusch) Robby Müller. Auquel il faut donner des loupiotes et une caméra, mais pas mettre un micro devant le museau. Dans la section bonus, il livre une intervention soporifique quasi monosyllabique, en gros il fait comme il sent, et faut pas chercher à savoir pourquoi. Et tant que j’y suis à évoquer le support physique, « Down by law » ça existe très peu en Blu-ray, pas beaucoup en Dvd à prix abordable, et dans tous les cas jamais en version française.

Waits, Lurie & Begnini , Jailhouse Rock ?

« Down by law » c’est la rencontre (dans le pénitencier de La Nouvelle Orleans) de laissés pour compte du rêve américain, trois types plus ou moins marginaux par leurs modes de vie ou leurs activités. Mais avant de les retrouver en taule, on nous montre qui ils sont et pourquoi ils finissent au trou.

Chez Jarmusch, ça se passe en famille, et ça pioche dans le milieu musical. John Lurie, concasseur de jazz dans les Flying Lizard et déjà présent dans ses deux premiers films, est Jack, un petit mac de La Nouvelle Orleans. Trop cool et trop sûr de lui, il se fait piéger par un habitué de ses « services » qu’il a envoyé balader (cette scène a été coupée), qui vient lui proposer de s’occuper d’une tapineuse esseulée. Il se rend dans une chambre, n’a pas le temps de faire un pas qu’il est capturé par les flics, parce que la fille qui l’attend soi-disant dans le lit est une gamine d’une dizaine d’années. Direction la prison de La Nouvelle Orleans.

Parallèlement, on a fait connaissance avec Zack (Tom Waits, qui deviendra un habitué des films de Jarmusch), DJ nonchalant qui cherche mollement une radio où bosser. La grande asperge dégingandée et nonchalante se fait virer de chez sa copine (Ellen Barkin pour une courte apparition), et finit à la rue. Une de ses connaissances lui propose un petit boulot facile et bien payé, conduire une rutilante Jaguar à l’autre bout de la ville où quelqu’un doit la récupérer. Sauf que les flics pistent cette voiture, arrêtent Zack au volant, ouvrent le coffre où il y a un macchabée. Direction la prison de La Nouvelle Orleans.

Les deux se retrouvent dans la même cellule spartiate avec deux rangs de lits superposés. Après avoir tenté la manière forte pour montrer qui est le mâle dominant, les deux par la force des choses finissent par plus ou moins se supporter et sympathiser. L’équilibre précaire de la cellule est rompu quand vient les rejoindre Roberto, Italien qui oscille entre tourisme et clochardisation, et qui avait fugacement croisé la route (ou plutôt le caniveau) de Zack. Roberto, c’est Roberto Begnini, jusque là cantonné à des petits rôles en Italie et qui avait entamé (sans trop de succès) une carrière de réalisateur. C’est avec « Down by law » qu’il obtiendra ses premiers lauriers internationaux.

In the bayou 
Son personnage exubérant tranche avec ses deux cafardeux voisins de cellule. Son anglais approximatif à fort accent rital (il a toujours sur lui un petit carnet où sont notées des expressions et leur traduction, qu’il n’utilise pas forcément à bon escient). Il finit par dérider Jack et Zack, jusqu’à les entraîner dans une sorte de danse tribale, une des grandes scènes du film. Le temps passe, rythmé par les traits que fait Zack sur le mur pour compter les jours. Jamais il n’est fait allusion à des procès, des avocats, des remises en liberté, c’est pas le but du film, que Jarmusch considère comme un conte de fées (?).

Jusqu’au jour où le couillon de service, Roberto donc, dit à ses deux compères qu’il connaît le moyen de s’évader. Une évasion dont on ne verra rien (c’est pas non plus le but du film), juste les trois qui courent dans les égouts sous la prison, avant de fuir vers le bayou pour semer les flics et leurs chiens à leurs trousses.

On entre ainsi dans la seconde partie du film, genre survival ou Odyssée d’Ulysse, où à pied ou en canot, il faut sortir du bayou, accessoirement s’alimenter (fabuleuse scène de Begnini qui fait rôtir un lapin), et faire face aux tensions qui se ravivent entre les trois. Au final, chacun sa route, chacun son chemin comme le chantaient les trois autres …

On the road again ...

« Dawn by law » n’est pas un film « classique ». Il y a certes une histoire, mais elle n’est que le prétexte à une succession de scènes (longues), qui s’apparentent plutôt à des sketches. Et les trois acteurs, en fait, ne jouent pas un personnage, ils ont dans le film comme ils sont dans la vie. Lurie, rétrospectivement le moins connu des trois, c’est le type cool, mais capable de poussées d’adrénaline qui le font monter dans les tours vis-à-vis des deux autres. Tom Waits est le pierrot lunaire que l’on a toujours connu, mal à l’aise avec sa grande carcasse longiligne, marmonnant et grommelant ses répliques. Et Begnini, tout en exubérance imprévisible, tel qu’on le verra toujours dans les films ou en public. Capable de partir en vrille dans les effets comiques et de tendresse béate quand vers la fin il rencontre l’amour en la personne de la tenancière d’une petite gargotte déserte au bord d’une route poussiéreuse (cette tenancière, c’est Nicoletta Braschi, compagne de Begnini à la ville, ils s’épouseront quelques années plus tard).

Jarmusch avec « Dawn by law » va se révéler un des leaders d’une sorte de nouvelle école du cinéma indépendant américain, résolument différent des succès du mainstream hollywoodien. Même si leurs carrières prendront par la suite des routes différentes, là, dans les 80’s, son cinéma se rapproche pas mal de celui de David Lynch (l’utilisation du noir et blanc, les acteurs fétiches, les personnages de bizarros laissés pour compte, …).

« Down by law », c’est pas un film classique. Mais avec le temps c’est devenu un classique.



Du même sur ce blog :

Dead Man





NENEH CHERRY - RAW LIKE SUSHI (1988)

 

Tout, tout, tout pour ma Cherry ?

Euh, non … « Raw like sushi », c’est un disque, comme son interprète, quelques peu disparus des radars. Qui a cependant eu un beau succès à la fin des 80’s, grâce à quelques titres bien foutus et novateurs (pour l’époque), et au charisme de la Neneh.


Neneh Cherry, elle a d’abord un nom connu. Le même que celui du jazzman Don Cherry. Qui n’est pas son père, mais son beau-père (Neneh naquit de deux artistes, une mère suédoise et un père du Sierra Leone). Elle s’est lancée tôt dans la musique, dans un oubliable et fort heureusement oublié groupe de jazz-funk, Rip Rig and Panic, dont elle était la chanteuse. Sous l’influence d’un premier mari vite révoqué, elle participera à d’autres obscurs projets, avant de rencontrer l’homme de sa vie, Cameron McVey. Une digression Closer qui a son importance ici.

Alors, oui, le disque est au nom de Neneh Cherry, c’est elle en photo sur la pochette (sexy mais pas nunuche, allure et regards déterminés genre « vous pouvez toujours me mater, mais n’essayez pas de me toucher »). La musique de Neneh Cherry n’a rien à voir avec le jazz de beau-papa, rien à voir avec le rock, rien à voir avec le passé (elle a commencé au début des années 80, avec le post-punk, et n’a pas remonté l’écheveau).

Elle a succombé au rap (elle se débrouille pas mal, en fout dans tous ses titres, quand bien même certains auraient pu s’en passer, enfin, c’est mon avis), et fréquente des bidouilleurs de synthés, des DJ’s, des programmeurs. Son disque est fait essentiellement avec des machines, des programmations, des boucles, des samples. La Neneh n’est que la partie visible de l’iceberg. Elle chante, écrit les paroles, et a son (petit) mot à dire sur la musique. Les hommes de l’ombre derrière cette rondelle sont lorsqu’elle est sortie à peu près des inconnus. Mais qui ne vont pas le rester. Le plus présent, c’est son mec, McVey, sous le pseudo de Booga Bear. Au casting des titres, on trouve aussi Tim Simenon (pseudo Bomb The Bass), Mark Saunders (qu’on retrouvera plus tard à la production de Cure, Tricky, Lydon, et des remixes pour Depeche Mode, Bowie, …), Nellee Hooper (créateur et tête pensante de Soul II Soul, collaborateur occasionnel de Björk, Madonna, U2, No Doubt, …), DJ Mushroom (Andy Wowles de son nom, homme de l’ombre de Massive Attack), et quelques autres moins connus.

Neneh Cherry & Cameron McVey

Allez voir leurs bios et vous verrez que la plupart sont nés ou vivent à ce moment-là à Bristol. Et qu’ils seront partie prenante dans la scène dance-electro-machin qui va éclore au début des 90’s avec Soul II Soul, Massive Attack, Portishead, Propellerheads, Tricky, Roni Size et consorts (ou pas) …

Ceci posé, il faut avoir l’oreille fine ou l’imagination débordante pour trouver beaucoup de similitudes entre Neneh Cherry et ces gens-là. Ce « Raw like sushi », c’est de la chansonnette basique, avec du rap, et des machines à la pointe du progrès générant les sons qui vont avec (le progrès).

Hasard ou pas, les trois meilleurs titres sont les trois premiers du disque, et en plus, rangés par ordre décroissant de qualité. En éclaireur, « Buffalo stance », le hit majeur de la rondelle. Une intro à la « Smoke on the water » de qui vous savez (et si vous savez pas, shame on you), les « instruments » arrivent les uns après les autres, du rap sur les couplets et un court refrain très mélodique (les Red Hot Chili Peppers n’ont rien inventé sur leurs meilleurs titres). « Manchild », joli succès aussi, est très pop, avec ses arrangements de fausses cordes, le passage rappé ne concerne qu’un court pont. « Kissed on the wind » sort aussi du lot, même si qualitativement, on est descendu de plusieurs étages. Le gimmick de l’intro parlée en espagnol amuse vingt secondes, un gros tapis de percussions mène la danse, et on trouve quelques intonations à la Madonna.


Madonna dont il sera aussi question (on est plus près du plagiat que de l’inspiration) sur « Inner City Mamma », très proche, jusque dans le chant de ce que faisait la Cicconne avant « Like a virgin ». Autre superstar de l’époque, Michou Jackson, dont les gros beats funky semblent l’inspiration majeure de « Outré-Risqué Locomotive » (??). Sinon, on a droit à un follow-up de « Buffalo stance », ça s’appelle « Heart », c’est conduit par un rap piaillé dans les aigus, et ça fait mal aux oreilles. Sont également de la revue une prévisible ballade (« Phoney ladies »), un titre 100% rap (« The next generation ») on s’en doute assez loin de Public Enemy, c’est rien de le dire mais ça va mieux en le disant. A l’opposé « Love ghetto » est totalement chanté mais trois fois hélas, ne vaut pas tripette.

Ce disque est sorti en 88 sous deux formes. Une version vinyle de dix titres, largement suffisante. Et une version Cd, qui comme il restait de la place, nous gâte avec quatre titres supplémentaires, un inédit oubliable et trois remix des trois meilleurs titres qui prennent un malin plaisir à les dé(cons)truire, les transformant en bouillasse sonore peu ragoûtante. Que ce soit en format vinyle ou cd, « Raw like sushi » ne tient pas la route sur la longueur, et sur la durée, a tout de même pris un sacré coup de vieux …

« Raw like sushi » obtiendra malgré tout des critiques favorables, se vendra bien, boosté par ses trois singles. Diminuée par la suite par la maladie de Lyme, Neneh Cherry mettra sa carrière en très gros pointillés, réussissant seulement à revenir dans les charts en 1994 grâce à son très bon duo avec Youssou N’Dour (« Seven seconds »).





ROLAND JOFFE - LA DECHIRURE (1984)

 

La petite histoire dans la grande ...

Comment rafler trois Oscars avec un film réalisé et scénarisé par deux inconnus, avec un casting d’inconnus, voire d’acteurs amateurs ? Ben, dans le cas de « La déchirure », prendre comme point de départ des faits réels et s’y tenir (plus ou moins, on y reviendra).

Et puis, autre chose. Faut quelqu’un pour croire à un projet. Dans le cas de « La déchirure » (« The killing fields » en V.O., ce qui est nettement plus raccord avec l’histoire), celui qui va tenir l’affaire à bout de bras, il s’appelle David Puttnam. Un producteur anglais qui enchaîne les succès au box-office (« Bugsy Malone », « Les duellistes », « Midnight express », « Les chariots de feu », « Local hero », …). Il a vaguement entendu parler d’un certain Sydney Schanberg, qui obtenu le prestigieux Prix Pulitzer en 1976 pour ses reportages sur le Cambodge lors de l’arrivée au pouvoir des khmers rouges. Trois ans plus tard, un entrefilet dans la presse annonçant que Schanberg a retrouvé son guide (aujourd’hui on appelle ça un fixeur) cambodgien lors de cette période, avec tout l’aspect mélodramatique qui accompagne les retrouvailles entre le journaliste et celui que l’on croyait mort, donne à Puttnam l’idée de faire un film sur cette histoire.

Ngor, Waterston & Joffé

Il faudra cinq ans pour que son projet de film se matérialise. Mais Puttnam est obstiné. Et quand un type de ce calibre passe un coup de fil, on répond et on écoute. Il lui faut un scénariste, un réalisateur et des acteurs. Sauf que les stars contactées taperont en touche. Sujet trop d’actualité, trop brûlant, et surtout passé sous silence dans les pays occidentaux. Pour le scénario, il se rabattra sur un inconnu, qui écrit pour des séries Tv anglaises, Bruce Robinson. Qui sent qu’il a là la chance de sa vie, bosse comme un forcené (se rend à Bangkok et à proximité de la frontière cambodgienne, rencontre Schanberg et son guide Dith Pran, …) et pond trois cents pages. Côté réalisation, Puttnam contacte Costa-Gavras, Louis Malle, Jacques Demy (?), et discute même le coup avec Kubrick. Refus poli. Il va alors recruter un réalisateur dont les parents sont français, et qui grouillote lui aussi dans les séries Tv, le parfait inconnu Roland Joffé. Lequel est sommé de s’inspirer de trois films : « La bataille d’Alger », « Apocalypse now » et « Rome ville ouverte ».

Pour les acteurs, refus poli de Puttnam pour le rôle de Schanberg des propositions de Warner, qui avait signé pour la distribution du film et avait sous le coude des gens comme Dustin Hoffman ou Roy Schreider. Puttnam imposera un autre inconnu, Sam Waterston (à son actif un petit second rôle dans « La porte du Paradis »), surtout pour une similitude physique avec Schanberg. Deux autres inconnus du grand public, Julian Sands et John Malkovich, complèteront les rôles des journalistes américains. Pour Dith Pran, des centaines d’acteurs le plus souvent amateurs sont testés, et Puttnam arrête son choix sur Haing S Ngor, toubib à Los Angeles, et qui a fui lui aussi le régime khmer (il gagnera l’Oscar du second rôle). Le tournage se fera en Thaïlande. La préparation du film aura duré cinq ans.

Sainds & Malkovich

Un budget conséquent pour l’époque est amené par Puttnam, un flot d’images est enregistré, avec selon Joffé de quoi faire six films différents sur cette histoire. La version choisie, d’une duré initiale de quatre heures, sera réduite quasiment de moitié au montage.

C’est pour cela que le début du film fait intervenir une voix off, qui présente « l’environnement ». Parce que quelques rappels historiques s’imposent. Les Américains viennent de se faire salement secouer au Vietnam, sont à l’intérieur en plein Watergate, et de ce fait la révolution communiste essaie de s’étendre aux pays voisins. Principale cible, le Cambodge, où un gouvernement corrompu et mal aimé tente de survivre. Soutenu mollement par quelques soldats américains qui y disposent de bases militaires. Les khmers progressent, armée de bric et de broc recrutée dans les campagnes (beaucoup de femmes et des enfants, certains pas plus hauts que leur kalachnikov). Quand la capitale Pnom Penh est menacée, les Américains décident d’intervenir, et envoient un de leurs gros bombardiers déverser des tonnes de projectiles sur un village censé être le QG des khmers. Pas de bol, l’avion se trompe de cible, et bombarde un autre patelin (Neak Loeung). Officiellement, des dizaines d’américains tués et de centaines de civils cambodgiens.

Cet évènement est le début du film. Devant les atermoiements de l’état-major US, Schanberg et Dith Pran décident de s’y rendre en soudoyant des militaires cambodgiens. Ils vont voir les résultats du carnage, et une fois rejoints par d’autres journalistes finalement amenés par l’armée américaine, se retrouver en première ligne face à la progression des khmers rouges. De retour à Pnom Penh déjà infiltrée par les khmers (attentats), les trois journalistes et Dith Pran sont témoins de la débandade du régime officiel. L’ambassade américaine est évacuée, y compris la femme et les enfants de Dith Pran. Lui et les journalistes restent, assistent à la chute de la capitale, et se réfugient à l’ambassade de France, dernière ambassade occidentale en poste, avec des civils cambodgiens proches du régime déchu. Sauf qu’ambassade ou pas, quand t’es encerclé, faut dealer. Les khmers laisseront sortir tous les ressortissants étrangers, par contre les Cambodgiens devront se rendre. Les journaleux essayent bien dans des conditions précaires de bidouiller un faux passeport à Dith Pran, ça foire, eux peuvent partir et lui est obligé de se rendre aux khmers rouges. C’est la première partie du film.


La seconde verra Dith Pran « réinséré » dans les camps de travail (ou de concentration, au choix), se faire passer pour un paysan inculte (le régime khmer élimine tous les « intellectuels » et il en faut pas beaucoup pour passer pour un intellectuel), tenter de s’échapper à travers les « killing fields », ces charniers à ciel ouvert où sont entassés les cadavres des « opposants » (trois millions de morts sur sept millions d’habitants du Cambodge pendant la « révolution »), se faire reprendre, gagner la confiance d’un petit chef khmer, qui sentant l’épuration du Parti arriver, lui confie son gosse, quelques dollars, et un plan sommaire de la région pour l’aider à gagner la frontière thaïlandaise. L’épilogue verra les retrouvailles quatre ans après leur séparation de Schanberg et Dith Pran.

Comme Joffé l’avait filmé, on peut faire beaucoup de choses avec un tel scénario et quelques moyens.

Le bilan est globalement positif, comme ils disaient en ces temps-là. Sont bien rendus le capharnaüm total dans les milieux occidentaux, les ambassades notamment, des scènes de bataille réalistes (matériel loué à l’armée thaïlandaise, ça tombe bien, c’est du matériel US, aide – a minima - d’instructeurs militaires américains pour les combats). Scènes impressionnantes (beaucoup de figurants) de l’exode des habitants de Pnom Penh qui vont se faire « rééduquer » dans les campagnes. Visions de chantiers pharaoniques (et sans aucun sens) des camps de travail, dans des carrières d’argile ou des rizières, entassement de milliers de faux cadavres dans les killing fields. Une évasion vers la Thaïlande où il faut traverser des villages pulvérisés par la guerre civile et inhabités, échapper aux patrouilles khmères, éviter de se faire sauter sur une mine (tous les fuyards ne s’en sortiront pas), … Chaos total chez les « révolutionnaires » où une gamine d’une quinzaine d’années a droit de vie et de mort sur les centaines de « rééduqués » du camp, purges « idéologiques » à tous les niveaux chez les khmers, séances de lavage de cerveau sur des gamins tout juste en âge de marcher, …

Les killing fields

Une séquence extraordinaire, lorsque les journalistes et Dith Pran se font capturer par une escouade khmère. Les occidentaux se retrouvent avec le canon des flingues sur la tempe, pendant que Dith Pran, mains jointes, essaye de négocier leur survie avec celui qui est leur chef. Cette discussion (quelques autres aussi plus tard) n’est pas traduite ou sous-titrée, on comprend rien et on sait pas ce qui va se passer. C’est fait exprès, y’a pas un bug technique, Joffé a voulu mettre le spectateur en « situation », à la place des journalistes, qui ne savent pas s’ils vont se faire dégommer ou être relâchés.

Quelques couacs aussi. Cette histoire d’amitié et de reconnaissance éternelle est quelque peu enjolivée. Schanberg n’avait guère d’estime pour Dith Pran, le traitait plutôt dans la vraie vie comme du poisson pourri, jusqu’à ce que le cambodgien lui sauve la vie. Une scène aussi, guère convaincante, n’a jamais eu lieu. Celle où Malkovich, vient, sorte de conscience à la Jimini Cricket, faire la morale à Schanberg le jour où celui-ci reçoit le Prix Pulitzer. Le plus gros foirage est la scène des retrouvailles, pathos larmoyant totalement surfait avec en fond sonore (what else ?) le « Imagine » de Lennon (alors que les reste de la bande musicale est plutôt bon, signée en grande partie par Mike Oldfield).

Malgré ces quelques réserves, « La déchirure » (quel titre imbécile en français !), est un grand et bon film, avec en toile de fond le terrible régime de Pol Pot, peu utilisé par le cinéma …


THE CURE - DISINTEGRATION (1989)

 

Reconstruction ...

1989. Robert Smith va avoir trente ans. Et il fait sa petite crise de la trentaine. Il gagne beaucoup de fric avec des disques qu’il n’aime pas beaucoup (comme son dernier en date « Kiss me, kiss me, kiss me » qui lui a cependant ouvert les hit parades et la lucrative tournée des arenas américaines), et pose deux options sur la table : il a fait des maquettes d’un nouveau disque, plutôt sombre, et soit il paraît sous le nom de Cure, soit il met fin au groupe et le sort sous son seul nom.


On le sait depuis déjà un moment, Robert Smith c’est Cure, ou inversement. Mais là, il fout un coup de pression supplémentaire sur les autres. Ses potes cofondateurs, Simon Gallup et plus encore Laurence (Lol) Tolhurst, qui lui a toujours été à ses côtés quand Cure était vers 83-84, réduit à l’état de duo. Sauf que Tolhurst a un gros problème, il picole beaucoup, un adjectif qui n’est pas rien quand on connaît le goût de Smith pour la dive bouteille (lors de la tournée qui suivra « Disintegration » pour tenir les trois heures des concerts, il lui faudra deux quilles de rouge et un pack de bière sur scène, ce qui donnera lieu à quelques fins de set et rappels étranges et titubants). Il n’empêche que FatBob va virer très rapidement des séances un Tolhurst épave humaine, ne consentant qu’à le créditer à la dernière ligne du casting, pour avoir joué « other instruments ». Un crédit tout diplomatique (Tolhurst n’a rien joué sur l’album), peut-être lié à des histoires de contrats ou par simple copinage pour qu’il touche quelques royalties …

Robert Smith a toujours alterné avec Cure disques que pour aller vite on qualifiera de sombres (la triplette « Seventeen seconds », « Faith », « Pornography »), avec d’autres plus enjoués, marqués par des singles lumineux (« Charlotte sometines », « Boys don’t cry », « Just like heaven », « Why can’t I be you ? », …). « Disintegration » est conçu comme la suite à « Pornography » (1982). Remarque : si pour les fans les trois cités plus haut constituent la trilogie « dark » de Cure, pour Smith c’est « Pornography », « Disintegration » et « Bloodflowers » (sorti en 1996, et le moins bon des trois).


L’heure n’est donc plus à la rigolade. Rien que le titre du disque indique la couleur. La pochette aussi. On y voit un Smith avec les cheveux courts, période « Kiss me … » (il va les laisser pousser à nouveau et va les crêper au-delà du raisonnable pour pérenniser cette excentricité capillaire qui ne le quittera plus), semblant immergé (mort ?) dans une eau saumâtre où croupissent avec lui corps morts (coquillage) ou plantes en voie de décomposition. Les cinq premiers vers du premier titre (« Plainsong ») contiennent tout le vocabulaire qui sera dupliqué tout au long des autres (« dark », « rain », « wind is blowing », « end of the world », « cold », « dead »).

Les instruments utilisés ne laissent pas de doute sur le son général. Deux guitaristes, Smith et Porl Thompson (qu’on retrouvera sur la « réunion » de Page et Plant quelques années plus tard), une rythmique (l’éternel complice Simon Gallup à la basse, et Boris Williams à la batterie). Et puis des claviers. Un attitré (Roger O’Donnell), plus Smith et Gallup. Le son de « Disintegration » est farci de synthés (qui parfois sonnent comme des guitares et vice-versa), la basse est le point d’ancrage de tous les titres, et la batterie métronomique évite le plus souvent le recours aux cymbales, ce qui rend la tonalité d’ensemble lourde et martiale. Robert Smith assure seul toutes les parties vocales, explorant tous les registres dont il est capable (certains titres sont quasiment murmurés, d’autres sont hurlés dans les aigus). Et le chant se fait attendre sur tous les morceaux, l’intro la plus courte est celle de « Lovesong » (30 secondes), la plus longue (un peu plus de trois minutes) celle de « Lovesick ». Forcément, avec de telles intros, les titres ne font pas dans la concision (six minutes en moyenne, plus d’une heure dix pour les douze), « The same deep water as you » fait plus de neuf minutes, et certains titres sont quasiment des instrumentaux « Plainsong », « Homesick », « Untitled »).



De prime abord, « Disintegration » est un disque monolithique. Des nappes lancinantes de synthés, la batterie économe et martiale sont présents partout. Sauf qu’il y a un travail sur les structures et les mélodies qui au fil des écoutes montrent que derrière cet aspect apparemment uniforme, se cache un vrai travail de composition et une recherche jamais démentie de mélodies.

 « Plainsong » ouvre donc le disque, tout d’abord par un frémissement de clochettes, et va crescendo vers une atmosphère lourde, lente, sombre, avec la voix démultipliée par l’écho, et ce son mat, compact, empli de claviers et synthés, avec une batterie sourde réduite à l’essentiel (marquer le tempo), noyée au fond d’un mix faisant la part belle aux basses… Tout prend forme sur les premiers titres. Cure est de retour vers la cold wave, qui a généré ses premiers bataillons de fans. Le son est d’une densité et d’une compacité sans faille (pas de breaks, de pauses, de silences, …), on pense à « Closer » de Joy Division, aux premiers Killing Joke (la noirceur et le côté martial). Si les claviers sont omniprésents (pas pianotés comme dans la pop new wave, ils sont sous la forme de nappes chères au krautrock), ils ne servent qu’à doubler la ligne de basse et la mélodie principale, et rajouter à l’atmosphère oppressante du disque. Ils sont aussi utilisés pour remplacer des sections de cordes comme notamment sur « Lullaby » (où ils sonnent comme des violons jouant pizzicato), « Prayers for rain » ou « The same deep water … ».


Dans son ensemble, on pourrait qualifier « Disintegration » de disque baudelairien, « Les fleurs du mal » mises en musique. Mais il n’y a pas qu’un ciel bas et lourd chez Smith. Il y a aussi quelques éclaircies. « Pictures of you » accélère le tempo, le chant est quasi hurlé, et tout cela donne une ambiance majestueuse, solennelle. « Lullaby » est le seul titre où un petit gimmick à la guitare sert de point d’accroche, la rythmique est en contretemps, et les synthés façon section de cordes font de ce titre à mon sens le plus beau du disque.

Il sortira (comme trois ou quatre autres) en single, mais ne sera pas celui qui grimpera en haut des charts. Dans ce rôle, il y aura « Lovesong ». Seul titre réellement en rupture avec le reste de la rondelle. Un morceau clair, limpide, avec une de ces mélodies magiques comme Smith en produit parfois (« Charlotte sometimes », « Boys don’t cry »). Résolument pop, « Lovesong » comme son intitulé le dit, est adressé à Mary Poole, son ancien amour de collège, devenue depuis Mrs Robert Smith. Une des très rares chansons « positives » de Cure, et résolument dans un format radio friendly (trois minutes trente, une intro « courte »).

Les six premiers titres (l’album original en comptait dix, « Last dance » et « Homesick » ont très vite été rajoutés, d’abord en Cd puis en rééditions vinyles) sont globalement plus concis. Par la suite, les morceaux vont avoir tendance à s’étirer, devenir plus « atmosphériques », plus lancinants. On commence avec « Fascination Street » (en référence à Bourbon Street, la célébrissime rue de La Nouvelle Orleans) qui n’a rien de cajun ou de zydeco, avec son tempo assez rapide et sa saturation dans les aigus qui renvoie à « Pornography ». Suit ce que les aficionados considèrent comme l’apex du disque, la triplette « Prayers for rain », « The same deep water as you » et « Disintegration », longs titres (entre six et neuf minutes), ensemble cohérent d’incantations plutôt désespérées d’une tragique beauté. « Prayers … » à l’ambiance « Seventeen seconds », avec synthés imitant une section de cordes, son tempo lent et ses vocaux dans un halo brumeux tout juste compréhensible, est quasiment enchaîné avec « The same deep … », dans lequel Smith qui vient de prier pour la pluie, introduit et termine le titre (joke ?) par des bruits d’orage et d’averses copieuses, sur fond de tempo très down. Pour beaucoup « Disintegration » le morceau, avec son gimmick lancinant comme un abcès dentaire, est une longue plainte de souffrance et constitue un sommet dépressif de toute la disco des Cure.


Manière de montrer que ce disque agit pour Smith comme une thérapie, retour de rayons de soleil (bien voilés les rayons, quand même) avec les deux derniers titres. « Homesick », son intro au piano et sa voix susurrée et un apaisement certain dans le son, impression d’apaisement confirmée par l’ultime « Untitled » (pas besoin de lui donner un titre, il reprend tous les tics sonores du Cure « dark », mais là aussi de façon bien apaisée …

Bon, on rembobine. Smith a conçu « Disintegration » comme une réponse et une antithèse à la dérive pop et commerciale de son groupe. Dans une sorte de geste artistique bravache et romantique (dans le sens du mouvement poétique littéraire français), il confirme que dixit Musset « les plus désespérés sont les chants les plus beaux … ».

Résultat de cette plongée dans l’esprit sombre et tortueux de Robert Smith : « Disintegration », œuvre dans la lignée des grands disques dépressifs genre « Tonight’s the night » de Neil Young ou « Red » de King Crimson, devient dès sa parution le disque le mieux vendu des Cure, succès jamais démenti au fil des décennies …

Top 10 d’office …



Des mêmes sur ce blog :

JOHN HUSTON - GENS DE DUBLIN (1987)

 

The final cut ...

John Huston est un géant du cinéma. Avis ferme, définitif et surtout incontestable. De son premier film (« Le faucon maltais », rien que ça), à « L’honneur des Prizzi » son dernier en date, il a une filmographie éloquente quand il s’attaque à « Gens de Dublin ».

John Huston, Anjelica Huston & Donal McCann

Sauf que là, il est face à quelques problèmes. Il sait, rongé par la maladie depuis des années, que « Gens de Dublin » sera son dernier film. D’ailleurs, il sera mort avant que son film sorte en salles à l’automne 1987. Et cette mort qu’il voit venir, elle est au centre du film. D’ailleurs en V.O. il s’appelle « The dead », ce qui est assez peu elliptique.

Le film est adapté d’une nouvelle éponyme de James Joyce, retranscrite à quelques détails près de façon très fidèle. Comme chacun (?) le sait Joyce était Irlandais, très attaché à son pays, et Huston a tenu à ce que le film soit tourné en Irlande, avec une très grosse partie du casting irlandais. Seule sa fille Anjelica et un petit second rôle anglais ne sont pas des locaux. Sauf que tout ne se passera pas comme prévu. Huston est en fauteuil roulant, sous oxygène, et seuls les quelques rares extérieurs seront tournés à Dublin et sa proche campagne par son fils Danny. Son état de santé de plus en plus en plus dégradé obligera toute l’équipe du film à tourner dans des studios californiens. C’est à ce genre de détails qu’on reconnaît l’obstination de Huston, parce que quasiment tout le film se passe en intérieurs, mais il aurait voulu que cette histoire intimiste située par Joyce dans le Dublin de 1904 soit tournée en Irlande.


« Gens de Dublin » est un film crépusculaire. Et pas seulement parce qu’il se passe pendant une soirée et une nuit. Même si le titre trouvera son explication rationnelle dans les dernières scènes, tout ce qui a précédé nous montre un monde agonisant.

Le jour de l’Epiphanie 1904, comme chaque année ce jour-là, des invités se rendent dans une maison de petites bourgeoises, chez deux sœurs d’au moins la soixantaine et leur nièce. Soirée qui se veut mondaine, où se presse une société qui s’est mise sur son 31 pour l’occasion. Convives plutôt âgés, la moyenne étant un peu abaissée par la présence de quelques jeunes (mais plutôt vieux dans leurs têtes), venus là pour tâter du piano, chanter et danser. Evidemment, on n’est pas dans l’ambiance rave party, la musique c’est du classique ou du religieux, idem pour les danses, chants et poèmes qui occupent l’assistance (une quinzaine de personnes au total), le temps que tous les convives arrivent et boivent un verre (ou plusieurs, on y reviendra) avant de passer à table.

Très vite, hormis les trois maîtresses de maison, quatre personnes sont mises en avant : un couple, les Conroy (Anjelica Huston et Donal McCann), Freddy (Donal Donnelly) le fils d’une amie de la famille, et Dan Browne (Dan O’Herlihy) un protestant, seul au milieu de tous les cathos. On voit vite que chez les Conroy on s’épie, on se surveille et que tout ne va pas pour le mieux dans le couple, que Freddy, ivrogne réputé est déjà bourré en arrivant, et que le vieux Mr Browne lève facilement le coude à l’apéro.


Quand tout ce petit monde passe à table, on pourrait s’attendre, comme plus tard dans l’extraordinaire « Festen » de Thomas Vintenberg, à ce que tout parte en vrille. Mais on sait se tenir chez les petits bourgeois de Dublin en 1904. Et chacun y va de sa petite minauderie, sa petite digression, son discours pompeux et ringard, pour maintenir toute la bienséance qui s’impose. Ce qui scénaristiquement est fort bien vu, mais laisse l’impression (le titre en V.O.) qu’il y a un « ancien monde », corseté dans ses traditions qui est en train de mourir. Une femme invitée ancienne amante de Conroy, part avant le repas, pour aller assister à une réunion « politique » (républicaine irlandaise ? suffragette ?). Toute cette assemblée, percluse par ses règles d’un autre siècle, on la sent prête à disparaître, la plupart sinon la totalité des discussions, resassent que oui, c’était bien mieux avant (la plupart des convives sont férus de musique et de chanteurs classiques, Caruso suscite chez eux bien d’interrogations dubitatives, alors que les vieilles gloires chantantes locales sont évoquées avec des trémolos dans la voix).

Il faut bien avouer qu’arrivé dans ces conditions au bout d’une heure (c’est-à-dire aux trois quarts du film), on commence quand même à trouver le temps un peu long. C’est finement joué (la plupart du casting vient du théâtre), mais on voit mal ce qui pourrait raviver l’attention.


Il faut attendre le départ des convives et une chanson traditionnelle poussée par un ténor (la star chantante de la soirée, qui avait jusque là prétexté l’économie de sa voix pour ne pas pousser la goualante), pour voir Mme Conroy se raidir, s’arrêter net dans l’escalier et être fortement troublée par cette rengaine. Dès lors, dans les dernières vingt minutes, Huston se concentrera sur le couple Conroy rentré à son hôtel et on comprendra pourquoi une simple chanson traditionnelle peut faire ressurgir plein de souvenirs, on s’en doute pas forcément gais …

Je connais pas suffisamment la filmo de Huston (y’a du boulot, des dizaines de films) pour l’affirmer catégoriquement, mais « Les gens de Dublin » a peu à voir avec les pièces majeures de son œuvre, au moins au niveau du rythme. Il se passe pas vraiment grand-chose en une heure vingt, et tout le casting disparaît pour laisser Anjelica Huston et Donal McCann dans leur face-à-face. Et là on retrouve cette fascination pour les personnages tragiques qui comptent tant chez Huston.

Renforcé par la décence qu’imposait la mort de Huston, « Gens de Dublin » a reçu un bon accueil (critique, c’est pas avec des films comme ça que tu remplis les salles). Alors oui, c’est un clap de fin honnête et digne, un bon Huston mais pas un « grand » Huston …


Du même sur ce blog : 


U2 - THE JOSHUA TREE (1987)

 

Zabriskie Point ...

Quand commence la seconde moitié des années 80, U2 écrase toute forme de concurrence en Europe. Les quatre potes Irlandais sont devenus le groupe rock phare du Vieux Continent. Avec une musique pleine d’hymnes aux guitares carillonnantes, un chant tout en lyrisme (pompier disent les détracteurs, détracteurs qui n’ont pas toujours tort), et une production toute batterie en avant qui les fait instantanément reconnaitre au bout de trois mesures. Pour leur défense, on peut aussi dire qu’ils ont tenté (et réussi si l’on s’en tient au strict résultat commercial), un virage assez risqué en allant se faire produire par le Canadien Daniel Lanois et surtout Brian Eno, maltraiteur de sons en chef (leur quand même assez décousu « The unforgettable fire »).

The Edge, Larry Mullen, Adam Clayton, Bono : U2 1987

Avec « The Joshua Tree », les U2 ne changent pas une équipe qui gagne, mais décident de placer la barre beaucoup plus haut, l’objectif après l’Europe étant de conquérir le marché américain, soit devenir the next big thing around the world. Mission accomplie. Et fait assez rare pour être souligné, sans se compromettre éhontément dans le « commercial », et sans rien renier de ce qui avait fait U2 depuis ses débuts. Alors oui, « The Joshua tree » est un disque américain, en tout cas le disque le plus américain de toute la discographie de U2.

Ça commence avec la pochette. Toujours signée Anton Corbjin, en totale rupture avec leurs précédentes. Très arty, à l’opposé du gosse (le même) en gros plan (« Boy », « War »), de la photo passe-partout des quatre (« October »), du vieux château so british envahi par le lierre (« The unforgettable fire »). La photo de « The Joshua tree » a été prise en Californie, dans la désertique Death Valley, et précisément au Zabriskie Point, son endroit le plus célèbre et touristique (et pas seulement à cause du film d’Antonioni). Le joshua tree est un végétal qui pousse dans le coin, à mi-chemin entre l’arbuste et le cactus. Celui qui est au verso de la pochette est devenu un quasi-lieu de pèlerinage (il a fini par crever de soif, et un gros finaud l’a abattu à la tronçonneuse, gros émoi du U2 fan-club).

Joshua Tree Tour 1987

« The Joshua tree », avant même de l’écouter, il suffit de regarder la tracklisting pour voir à quel point ce disque se veut américain. Tous les titres de chansons pourraient être des titres ou des répliques de western. Et ces titres sont agencés dans un ordre particulier derrière lequel il y a une histoire. Si tous les titres ont été produits par Eno et Lanois, certains mixages de morceaux ont été réalisées par leur historique metteur en sons, Steve Lillywhite. Une fois son boulot terminé, une soirée familiale a été organisée avec les U2. A laquelle participait Kirsty MacColl, chanteuse anglaise (cf son succesful duo avec Shane McGowan des Pogues « Fairytale of New York »), à la ville Mme Lillywhite. Elle est autorisée à écouter les bandes, et classe les onze titres du disque en fonction de ses goûts personnels, du meilleur au moins bon. Quand ils voient cette liste, les U2 (et leur management, maison de disques, …) décident de la conserver telle quelle pour l’ordre des titres du disque. Force est de reconnaître que dame MacColl avait des goûts personnels raccord avec ceux du public, puisque les trois premiers titres ont été les trois plus gros succès du groupe lorsqu’ils sont sortis en single.

Par ordre d’apparition, d’abord « Where the streets have no name », qui pose la trame de tout ce qui va suivre. Des nappes discrètes de synthés, une note de guitare répétée, puis la rythmique se met en place et « lance » le titre ; il faut attendre 1’45 pour entendre la voix de Bono. Même si c’est la plus longue intro du disque, toutes les autres sont minutieusement usinées, installant une atmosphère avant que le riff ou la mélodie s’installent. « The Joshua tree » est un disque très travaillé, où tout a été pesé, mesuré (idem pour toutes les fins de titres, aucun shunt brutal ou fading). Et ça fonctionne. La comparaison qui me vient à l’esprit pour le côté ultra chiadé, c’est « Dark side of the moon » du Floyd. Bon, « The Joshua tree » n’atteindra pas les mêmes scores intersidéraux de vente, mais il s’en dépotera quand même une grosse vingtaine de millions dans le monde, ce qui le situe largement dans le Top 50 des disques les plus vendus de tous les temps.


Second titre et second hit « I still haven’t found what I’m looking for » fait évidemment partie des classiques de U2, en forme d’hymne qui pour une fois reste sobre et permet de mesurer à quel point Bono est devenu un très grand chanteur.

Bono est encore à la manœuvre et éclabousse « With or without you » de sa présence vocale. Une ballade de format tout ce qu’il y a de classique avec son crescendo, et même si elle ne vaut pas « One » sur « Achtung baby », reste un des incontournables du groupe.

Bon, et une fois qu’on a passé les trois classiques, il reste quoi de bon dans « The Joshua tree » ? Ben m’sieur, à peu près tout le reste.

Perso, j’aurais tendance à zapper « In God’s country » énième single paru, parce que c’est le titre qui renvoie le plus à ce qui avait fait le succès et la trademark sonore des Irlandais. Ce titre aurait pu figurer sur n’importe lequel de leurs disques précédents, il n’est pas indigne, mais à mon sens en deçà de tous les autres.

Dans le même registre (qui assurent la transition avec le passé), mais avec la touche d’originalité qui fait la différence « Exit » (morceau mené une fois n’est pas coutume par la basse avant l’explosion tachycardique), et le lyrique « Red hill mining town » (dans la lignée « War » - « Unforgettable fire »).

J’ai une tendresse particulière pour « Bullet the blue sky », avec son gros riff de guitare saturée, son tempo lourd, sa batterie en avant, pour un rendu très post-punk, pas très éloigné dans l’esprit de ce que faisait Nick Cave du temps des Birthday Party.


« « Running to stand still » est le titre le plus américain de ce disque très américain. Intro au dobro, ballade country crépusculaire et mutante, hantée par les yodels de Bono et son final avec harmonica en avant.  Un harmonica qu’on retrouve sur « Trip through your wires », couplée à un gros son de batterie très Lillywhite style, et une mélodie qui il me semble bien sera décalquée sur l’un de leurs hits à venir, « Angel of Harlem » (sur le disque suivant, le foutraque « Rattle and hum »).

« One tree hill » est une ballade en hommage à Greg Carroll (à qui le disque est dédié), un Australien membre de leur staff de tournée et qui a fait une Duane Allman. C’est une chanson au rythme triste (le contraire eût été malvenu), mais qui évite le piège du lamento larmoyant.

Le dernier titre de la rondelle (« Mothers of the disappeared ») est le titre politique du disque. Il fait référence à toutes ces femmes argentines, qui après le coup d’Etat de Videla qui avait fait disparaître (emprisonnés ou pire) leurs enfants, maris, parents, tournaient tous les jours en rond sans un mot sur la Plaza de Mayo à Buenos Aires (toute manifestation ou revendication étant évidemment interdite). Cette dignité révoltée et silencieuse avait fortement marqué le groupe lors d’une tournée en Amérique du Sud et ils en ont tiré une chanson, longue ballade triste. Ce titre dans l’esprit de « Sunday bloody Sunday » est une incursion de U2 dans la « politique ». Pour le meilleur et pour le pire, Bono n’en sortira pas intact et va dans les années suivantes se prendre pour un chef d’Etat et aller discutailler d’égal à égal avec les grands de ce monde. Pas sûr que ce soit ni sa place ni son rôle …

N'empêche quel grand disque que ce « Joshua tree » …


Des mêmes sur ce blog :

War
Achtung Baby
All That You Can't Leave Behind