9 Août 1974 ...
C’est la date de la démission de Richard Nixon, 37éme Président (Républicain) des Etats-Unis. Démission au terme d’une succession de révélations et de scandales sur les magouilles financières de son parti, d’espionnage des adversaires démocrates, dans lequel tout le haut de l’organigramme du parti et du gouvernement (jusqu’à Nixon lui-même) étaient impliqués. Cette démission est la conclusion historique de l’affaire dite du Watergate, le plus gros scandale politico-financier ayant touché un président des USA (en attendant possiblement que le truand affairiste et queutard Trump prenne quelques centaines d’années de taule …).
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| Hoffman, Redford & Pakula |
L’affaire du Watergate et sa
conclusion furent un traumatisme profond et sidérant pour la société
américaine, qui voyait le chef d’Etat lui-même remettre en cause les fondements
démocratiques du pays.
Et à peine plus d’un an après
la chute de Nixon, le cinéma allait porter cette affaire à l’écran. Oh, ça
s’est pas bousculé dans le tout-Hollywood pour participer au projet. Derrière
lequel il y a un homme, Robert Redford, une des stars les plus en vue et ardent
militant démocrate. C’est lui qui produit le film, ce qui finit par attirer
Warner Bros pour le distribuer. Pour tenir la caméra, le choix de Redford se
porte sur Alan J Pakula, peu connu, mais réalisateur du polar anxiogène
« Klute » et de « A cause d’un assassinat » qui traite de
celui de JF Kennedy, et lui vaudra la réputation de cinéaste
« engagé ».
« Les hommes du Président » ne couvre pas toute l’affaire, le film se termine en 1973 alors que l’issue politique est improbable et que le Parti républicain fait tout pour protéger ses chefs à plumes (dont Nixon) et étouffer le scandale. La suite (que tous les Américains connaissaient) est montrée avant le générique sous forme de dates précisant celles des procès et procédures ayant entraîné la chute et la démission de Nixon.
« Les hommes du
Président » s’en tient à l’enquête menée par deux journalistes du
Washington Post qui se sont intéressés et ont investigué les premiers après le
pseudo-cambriolage dans l’immeuble Watergate. Ces deux journalistes, Bob
Woodward et Carl Bernstein, ont écrit aussi ensemble le livre-résumé de leur
enquête, dont le titre sera également celui du film, auquel ils ont été
associés avec l’écrivain et scénariste William Goldman. Redford a affirmé du
bout des lèvres qu’il voulait se contenter de mettre des billets et ne voulait
pas être du casting. Il n’y a cependant pas trop eu à le supplier pour qu’il
prenne le rôle du plumitif débutant Bob Woodward. Pour Bernstein, la légende
(et Redford) prétendent que lui et Hoffman se sont rencontrés par hasard à un
match de basket (des Knicks de New York dont ils étaient tous deux supporters)
et que le Dustin (lui aussi démocrate, tendance écolo), a accepté le rôle de
Bernstein. Si la légende est plus belle que la vérité, etc …
Le film commence par le braquage des bureaux du Parti Démocrate dans l’immeuble Watergate. Cinq hommes bien sapés s’y introduisent de nuit munis de talkies-walkies, guidés-protégés par un complice dans un immeuble voisin. Un veilleur de nuit trouve une porte fracturée, appelle les flics et les cambrioleurs se font serrer par une patrouille de flics en civil, menés par un moustachu à cheveux longs et coiffé d’un bob informe (hommage subliminal à Serpico ?). Woodward, journaliste débutant au Washington Post, à peu près cantonné à la rubrique des chiens écrasés se rend au tribunal (le Watergate est à Washington), où les cinq braqueurs sont jugés en comparution immédiate. Il ne comprend pas très bien ce que ces types bien sapés, dont la plupart se prétendent cubains venant de Miami cherchaient, et est troublé par la présence dans le public de l’audience pour cette affaire très mineure, de l’avocat particulier du principal conseiller de Nixon, qu’il ne connaissait évidemment pas.
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| Redford, Balsam, Hoffman & Robards |
Tout seul dans son coin au
journal, il se rencarde auprès de collègues, finit par découvrir que les
prétendus Cubains sont en réalité des militants Républicains et que l’un
d’entre eux est haut placé dans l’organigramme de l’équipe chargée de recruter
les fonds du parti pour les campagnes électorales. Il rédige un papier,
espérant être publié que récupère et amende son chevronné collègue Carl
Bernstein . Les deux décident de bosser ensemble sur l’affaire,
commencent à dévider quelques fils de l’écheveau politico-financier mais malgré
le soutien de leur chef de service (joué par Jack Wardens) se heurtent au
rédacteur en chef Ben Bradlee (Jason Robards) qui sent le sujet explosif et
veut du concret certifié et pas des allégations sans preuves formelles.
Le film va suivre l’enquête des deux journalistes, aidés épisodiquement par un indicateur très haut placé dans on ne sait quel service d’Etat, mais qui sait beaucoup de choses et ne peut se mouiller personnellement. Cet informateur que Redford rencontre de nuit dans l’obscurité d’un parking, est surnommé « Gorge profonde » et est joué (malgré la pénombre, on reconnaît son faciès émacié en quart de lune) par Hal Holbrook.
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| Gorge Profonde, Deep Throat, Hal Holbrook |
Autant le dire, à moins de
connaître parfaitement l’affaire, on saisit pas toujours les tenants et
aboutissants de l’histoire, noyés que l’on est par un name dropping de pontes
le la Maison Blanche et/ou du Parti Républicain liés de près ou de loin à ce qui
petit à petit deviendra le scandale du Watergate (espionnage en règle du Parti
Démocrate et constitution d’une colossale caisse noire au Parti Républicain).
On suit un peu paumé les innombrables coups de fil des deux journalistes
(bizarrement, à l’époque du téléphone à cadran, le propriétaire du numéro est
toujours à coté de son bigophone pour répondre à la première sonnerie), leurs
visites au domicile de personnes dont les noms arrivent au fur et à mesure de
leurs investigations, de la pression qu’ils finissent par avoir de leur
hiérarchie journalistique, …
En clair, « Les hommes du
Président » est un film incompréhensible pour les non initiés, non
contemporains et non américains, ce qui fait quand même beaucoup de monde,
surtout aujourd’hui.
Mais il y a du rythme, comme
les poussées d’adrénaline des deux compères journalistes, quand la lumière
jaillit, ou que la pression devient forte. Redford et Hoffman sont parfaits,
ils font quand même partie de la poignée des acteurs confirmés et starisés de
l’époque, et sont « politiquement » impliqués dans le film. Pakula
fait du Pakula (mais en accéléré si on se réfère à son précédent
« Klute », « Les hommes du Président » est un film au
montage et au jeu des acteurs nerveux, tonique), travaille beaucoup dans
l’obscurité anxiogène qui est sa marque de fabrique (les rencontres dans le
parking, les visites nocturnes chez les protagonistes de l’affaire, …) qui
contraste avec la salle de rédaction du Washington Post, toute en néons riches
en lumens et ambiance de ruche (reconstituée à l’identique dans les studios de
la Warner à Burbank).
Le tout dans une ambiance col blanc macho très seventies (les hommes sont forts, manipulent et tirent les ficelles, les femmes sont faibles, tourmentées et finissent par balancer). A titre d’exemple, le film qui se veut retranscrire scrupuleusement l’enquête vécue par les deux journalistes, zappe totalement (ça a été remarqué et parfois critiqué) l’importance de la propriétaire du Washington Post, Katharine Graham. C’est elle, qui au moment où l’affaire du Watergate devenait scandale d’Etat et les pressions/menaces des Républicains maximales, qui a soutenu Woodward et Bernstein, les enjoignant de continuer à publier et enquêter, et pas son rédacteur en chef Bradlee. Etrangement son personnage est totalement absent du générique. Et pour la petite histoire, Gorge Profonde, était d’après ses dires au moment de sa mort en 2008, Mark Felt, ancien adjoint de l’éternel Hoover au FBI.
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| Les vrais Bernstein & Woodward |
Et malgré tout, « Les
hommes du Président » est un film à voir et à revoir. C’est un film sur la
presse qui nous montre ce qu’est le métier de journaliste d’investigation. Du flair,
de l’obstination, de l’information, des faits qu’on est allé chercher et
vérifier, et surtout de la rigueur. Ne jamais abandonner même quand les difficultés
sont désespérantes et les pressions (de la hiérarchie, de la flicaille, des politiques,
…) multiples. Une démarche à mettre en parallèle avec les zozos qui ont des
cartes de presse aujourd’hui (faut surtout pas les appeler des journalistes),
aux ordres d’un quelconque Bolloré qui les paye, et prêts à toutes les
compromissions (éthiques, financières, …) pour servir façon complotiste la
soupe extrêmedroitarde de leur maître. Peut-être certains de ces pantins rêvent
de prix Pulitzer. Woodward et Bernstein eux, l’ont eu.
Du même sur ce blog :





