Bébés rockeurs ...
Première chose. Jack Black est la tête d’affiche de ce film … Soit. C’est la moitié de Tenacious D., groupe-duo, où avec un pote encore plus gras que lui, ils pastichent du hard-metal-trash-etc … toutes guitares acoustiques en avant. Jamais pu écouter ces deux types plus de deux minutes. Le problème c’est pas qu’ils soient gros, ni qu’ils fassent une fixette sur du rock bourrin, le problème c’est qu’ils ne font que ça … et à moins d’être accro au dernier degré au comique de répétition, leur machin lasse assez vite.
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| Richard Linklater |
Deuxième chose. Je me souviens au début des 80’s, il
y avait en France plein de groupes (dont quasiment aucun n’a fait de
« carrière » notable), mélangeant influences punk, revival 50’s (les
Stray Cats étaient partout), et rock sixties garage (les américains of course,
mais aussi les Français genre Dutronc des débuts, Ronnie Bird, …). De ces
groupes, il y en avait beaucoup à Nice, sous l’impulsion des
« stars » locales, les Playboys. Dans Best un journaleux
(Lenquette ?) était allé faire un petit papier sur eux et avait demandé à
l’un des leaders du groupe (Nègre ? Albertini ?) pourquoi il y avait
autant de bons groupes à Nice. Réponse : « Parce qu’il y a un super
Conservatoire et qu’aucun de nous n’y est allé ».
Vous me voyez venir avec mes gros sabots, et le
verdict qui va tomber sur « Rock Academy ». C’est un film fait par
des ados attardés pour des enfants. Le pitch (bien amené, le scénario est
plutôt bon, signé par Mike White, dont la tête d’ahuri perpétuel lui vaut
également un second rôle), nous montre un guitariste raté (Jack Black), leader
d’un groupe de rock raté, dont il se fait virer, et qui se fait embaucher sur
un malentendu comme instit dans une école de fils de bourges. Il va initier ces
gamins coincés au rock et à sa culture, et trouver dans la classe une
rythmique, un guitar hero à Flying V, un claviériste à la Wakeman, des
choristes, un éclairagiste, des roadies, une manageuse, etc … Pour finir par
triompher avec les gosses à un tremplin rock local, face à son ancien groupe.
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| Jack Black |
Tout est cousu de fil blanc, y compris le petit
twist final.
On a tout dans le film pour ratisser large. La
comédie musicale, le jeu en roue libre tout en grimaces de Black, les
personnages stéréotypés, les vilains petits canards qui deviennent des as du
binaire, envers et contre tous (les parents rigides, la directrice du Poudlard
pour riches, la mégère colocatrice, le pote soumis, …). Bon, vous me direz, le
scénario est pas plus con que celui de « Purple rain » (le film) qui
sortira l’année suivante, mais Jack Black, musicalement, c’est pas Prince, et
la moto mauve du nabot de Minneapolis est plus sexy que le van fumant de Black.
J’apprécie aussi très moyennement cette mise en avant de gosses prétendument surdoués (noter que personne n’est doublé, tous ceux qui jouent de la musique dans le film en jouent vraiment), qui en quelques jours deviennent des Keith Moon, Jack Bruce, Hendrix, etc … C’est pas nouveau dans le monde merveilleux de Hollywood, depuis Judy Garland jusqu’à l’époque du film Britney Spears, le fait de mettre en avant des gosses au talent dépassant très largement la moyenne. Bizarrerie, aucun des gosses musiciens du film n’en fera « métier », à part la chef de classe-manageuse (Miranda Cosgrove) qui sortira un disque, et qui a dû répéter pendant des heures pour apprendre à chanter faux (les directeurs de casting ont parfois des idées saugrenues). Et sinon, la bassiste est très mimi et … voilà, c’est dit, je vais finir avec cinquante plaintes au cul pour pédocriminalité, ou pire, être comparé à Bruel, mais cette gamine avec son air détaché et sexy survole le casting des enfants, et ce en n’ayant quasiment aucune réplique … A noter que quand elle est retournée au lycée, elle était la star, sous pression permanente des autres minots et qu'elle a très vite fini poivrote et défoncée, et redevenue clean, elle a dénoncé ce système (le film est fini, débrouille-toi seule maintenant) qui lui avait broyé sa jeunesse ...
Qu’est-ce qu’il faut sauver de ce film ? La B.O., parce que la Paramount qui distribue la chose a eu les moyens d’amener du lourd sur la bande-son. « Immigrant song » en est l’exemple-type, Led Zep et ses ayants-droits étant peu enclins à vendre à qui que ce soit leur répertoire. On a droit à du hard viril mais correct avec prééminence pour AC/DC (que ce soit pour une paire de titres, ou les multiples clins d’œil tout du long du film), mais pas que, avec des extraits du Clash, des Ramones, du Velvet, des Doors, de Bowie, de Cream, des Who, … Et le générique final, où le texte est surimposé sur Black et ses minots jammant sur « It’s a long way to the top » est pas mal du tout. C’est le cinquième Sonic Youth de l’époque, Jim O’Rourke, qui a supervisé tout ce qui était musical (la B.O. mais aussi le jeu des gamins et de Black, et le tremplin rock devant un millier de figurants).
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| Joan Cusack |
Mais s’il fallait ne sauver qu’une chose, dans ce
film, pour moi c’est le grand numéro comique (non, pas de Jack Black, ses
grimaces non-stop finissent par être contreproductives), voire burlesque de
Joan Cusack (la sœur du John du même nom). Excellente dans le rôle de la
directrice d’école coincée et psychorigide, elle a droit à une scène d’anthologie
lorsqu’après avoir bu une pinte de bière, elle se lance dans un bar à bikers sur
un playback extraordinaire avec en fond sonore un titre de Stevie Nicks, la Barbie
à voiles cocaïnée de Fleetwood Mac (et believe me, faut en vouloir pour devenir
nuts sur les disque solo de Stevie Nicks).
Un mot sur le réalisateur, Richard Linklater. Qui donne
l’impression que c’est lui qui fait le film parce qu’il fallait bien quelqu’un pour
tenir la caméra. Jusque-là à peu près passé sous les radars bien qu’ayant une bonne
dizaine de films à son actif (?), il mettra du temps à se faire un nom (en fait
il sort un film dont on parle tous les dix ans, c’est ce qu’il faudra attendre
avant « Boyhood » et encore avant « Nouvelle vague »). A noter
qu’il fait un mini cameo (c’est lui le troisième larron sur la photo de l’ancien
groupe de Black et White).
Comme « Rock Academy » est tout ce qu’il y
a de convenu et de montrable à nos chères têtes blondes, il est rediffusé
quasiment en boucle sur les chaînes du câble. Si vous l’avez pas vu, vous avez pas
perdu grand-chose …




