WOLFGANG PETERSEN - LE BATEAU (1981)

 

Et vogue le navire ...

Comme le chantait Ringo Starr, collectionneur de bagues, grand amateur de cocktails alcoolisés et de top models, accessoirement batteur de … comment s’appelait-il déjà son groupe, ça me reviendra peut-être, donc comme il le chantait, nous vivons tous dans un sous-marin jaune …

En regardant « Le bateau », on vit tous pendant 200 minutes (ouais, trois heures vingt) dans un sous-marin vert-de-gris de la Kriegsmarime nazie, de fin 1941 à quelque part l’année suivante. « Le bateau » (« Das boot » en V.O.) est un film allemand de Wolfgang Petersen. Ce film sera son fait d’armes principal (il sera aussi responsable et souvent coupable par la suite de choses comme « L’histoire sans fin », « Dans la ligne de mire », « Troie », …). « Le bateau » a connu un succès considérable chez nos teutons voisins, a été nominé six fois aux Oscars (ce qui en d’autres termes veut dire qu’il n’en a gagné aucun). Et tous les gens impliqués de près ou de loin dans le projet, même des décennies plus tard, y vont de tous les superlatifs de leur vocabulaire pour encenser le film.

Wofgang Petersen

Et la citation péremptoire qui revient le plus souvent est que « Le bateau » est le plus grand film allemand de tous les temps. Ben voyons, comme dirait l’autre. Et « L’aurore », « L’ange Bleu », « Le dernier des hommes », « Le cabinet du Docteur Caligari », « M le maudit », « Metropolis » et quelques autres de la même antédiluvienne époque, vous les oubliez ? Et les deux détraqués des années 70, Herzog et Fassbinder, ils ont pas derrière eux une œuvre, une forme d’expression, qui certes ne les a pas conduits au haut du box office, mais qui les place quand même très nettement au-dessus de Petersen et de son rafiot ?

Bon, je suis méchant là, parce que « Le bateau » est un vrai bon et grand film. Plus gros budget jamais réuni pour une production locale (l’équivalent de près de vingt cinq millions de dollars), tourné en Allemagne (aux studios Bavaria, dans un lac de Bavière et au large des îles d’Heligoland pour les scènes en extérieur), avec une équipe technique allemande et un casting allemand (à l’exception de Rita Cadillac – cocorico – pour une scène au début), et dans la langue de Beckenbauer.

Jürgen Prochnow

Il existe à peu près autant de versions de ce film que de versions de « Apocalypse now » (version pour l’Allemagne, pour le reste du monde, director’s cut, etc …). Avec en plus une version de six heures (!) pour la télévision (allemande of course) diffusée une première fois en 1985. Le tournage a duré un an, souvent dans des conditions dantesques. Quatre maquettes de sous-marin ont été utilisées (une d’un mètre, une de trois mètres, une de onze mètres, une grandeur nature), plus des parties du sous-marin à l’identique (la salle des machines, le « mess », les « cabines-dortoirs », …) pour les besoins de certaines scènes. Et tout fait main (pas de numérique et de rideau vert au début des années 80).

Le casting (Allemagne oblige) est constitué d’inconnus du point de vue international. Le moins inconnu est le rôle principal, celui du capitaine du sous-marin, échu à Jürgen Prochnow. Quant aux autres, d’après Petersen, ils vont devenir d’immenses stars (en Allemagne). Et Petersen insiste beaucoup sur Herbert Grönemeyer, second rôle majeur dans le film (celui du correspondant de guerre), qui a vite abandonné le cinéma pour la musique, et est devenu, toujours selon Petersen, le Springsteen allemand. Ach, la légendaire délicatesse allemande. Faudra leur expliquer, à ces gens-là, que plus américain que Springsteen tu peux pas, et que toute transposition ou comparaison avec un non-américain est forcément nulle et non avenue. Bon, passons ...

Avant l'embarquement

Au film, puisque c’est le but de cette notule. Il raconte, de façon à peu près exacte, hormis la scène finale, les faits d’armes du U-96, U pour Unterseeboot et 96 pour le numéro de série. Un carton au début du film nous situe le contexte, celui de la guerre totale entre les forces de l’Axe (le Reich et ses alliés) et à peu près tout le reste de la planète. En 1941, les Gaulois irréductibles qui résistent encore et toujours à l’envahisseur sont les Anglais. Copieusement bombardés nuit et jour, mais ravitaillés par une noria de bateaux américains (les USA sont officiellement neutres, plus pour longtemps). Pour détruire ces convois protégés par des bateaux de guerre, le Reich décide la construction d’une multitude de sous-marins chargés de les attaquer. Quarante mille sous-mariniers allemands participeront à cette guerre invisible, trente mille ne reviendront jamais au port.

Les premières scènes nous montrent le capitaine accompagné du correspondant de guerre qui lui a été attribué se rendre dans un bar-club-bordel de La Rochelle pour une dernière nuit de fiesta avant un départ le lendemain matin. On constate que les Allemands sont de sacrés soiffards, bourrés jusqu’au coma éthylique, et que la plupart sont très jeunes. Ces premières scènes, « à l’air libre » sont visuellement réussies, avec à moment donné un super plan-séquence lors d’une chanson de l’entraîneuse en chef de l’établissement (Rita Cadillac).

Les trois heures suivantes (hormis une scène lors d’une escale de ravitaillement à Vigo) vont se passer à l’intérieur du sous-marin. Claustrophobes s’abstenir, les acteurs évoluent dans un milieu exigu, où la promiscuité est la norme (fameuse scène de recherche de morpions par l’infirmier de bord). Rigueur militaire oblige, malgré les jours, les semaines et les mois passés en vase clos, on s’en réfère à l’incontestable hiérarchie. Le capitaine et le chef machiniste sont à peu près les seuls à avoir une expérience maritime, et on leur obéit sans moufter, malgré des décisions parfois pour le moins hasardeuses et osées.

Les mêmes, quelques mois plus tard

Le but de la mission est de trouver et détruire le maximum de bateaux qui viennent en convoi ravitailler les Anglais. Avec des communications réduites au très strict minimum avec la hiérarchie militaire (tout juste peut-on voir dans les quelques mètres carrés qui servent de mess pour les gradés un portrait d’un dignitaire nazi (Donitz, chef de la Marine de Guerre ?), symboliquement parcouru en permanence par une mouche à ver. On est dans le sous-marin très loin de l’idéologie du régime, on essaye de faire le taf et de survivre. Tout juste y a-t-il un officier nazi vrai de vrai, au début rasé de près avec son uniforme rutilant mais qui finit très vite hirsute, comme tout le reste de l’équipage. Le film a été tourné chronologiquement, tout le casting achève barbu (pour la toilette et l’hygiène, il n’y a qu’une chiotte de quelques décimètres carrés). Et ils ont ramassé de la flotte sur la frimousse en quantités industrielles. La technologie sous-marine de l’époque faisait que le sous-marin passait la majeure partie de son temps en surface, avec des types scrutant l’horizon sous les paquets de mer à la recherche d’un bateau à torpiller. Les acteurs sont unanimes à dire que « Le Bateau » n’était pas un film aux moyens hollywoodiens et que l’eau qu’ils recevaient sur le museau provenait de lances à incendie et était dans le meilleur des cas froide, voire glacée.

Comme l’Atlantique Nord est plutôt vaste, il se passe pas grand-chose pendant une heure, hormis la quête vaine d’une cible à torpiller. Seul objet flottant croisé, un autre sous-marin allemand (scène historiquement véridique). Et puis quand un convoi est visuellement détecté, y’a un gros souci qui s’appelle destroyer d’escorte. Les Américains étant technologiquement mieux dotés, ils ont de sonars qui permettent de détecter les sous-marins (qui ne peuvent guère dépasser les deux cents mètres de profondeur, sous peine d’être désintégrés par la pression) et sont dotés d’énormes grenades sous-marines, capables de couler les U Boot s’ils les touchent et à minima de les secouer très fortement si elles explosent à proximité. Les maquettes étaient montées sur vérins et les acteurs à l’intérieur ont eu droit à quelques séquences très agitées.


Dans cette épopée, quelques scènes sont marquantes. Un take no prisoners lorsque le sous-marin coule un pétrolier et que les marins qui se sont jetés à l’eau sont abandonnés (pas de place et de nourriture pour des prisonniers) et un échouage à deux cent cinquante mètres de fond suite à un bombardement par un avion alors que le sous-marin tentait de traverser le Détroit de Gibraltar en restant en surface. Craquements de la structure, manque d’oxygène, avaries à la pelle, et manœuvres désespérées du capitaine et du machiniste en chef pour pas crever au fond de l’eau …

« Le Bateau » n’est pas un film de guerre au sens strict du terme, les types sont là pour essayer de s’en sortir vivants, la guerre n’est là que comme un environnement avec lequel on doit composer, aucune allusion n’est d’ailleurs faite à ce qui se passe ailleurs dans le monde. « Le Bateau » tient plutôt du film d’aventures qui se déroulerait dans quelques mètres carrés, et les types qui filment, au plus près, forcément au plus près des acteurs, accomplissent des prouesses pour les suivre, surtout lors des montées d’adrénaline et des scènes de combat. Les relations entre les protagonistes ne sont pas esquivées, même si la psychologie de la plupart des acteurs n’est pas le but du film, on nous montre quand même leur relation avec le monde extérieur réduite à la portion congrue (les photos de la famille, les lettres écrites à la fiancée).

Même si dans sa version « courte », « Le Bateau » a parfois quelques longueurs, il se hisse sans problème sur le podium du sous-genre des films de sous-marins et côtoie les réussites dans ce domaine que sont « USS Alabama » ou « A la poursuite d’Octobre Rouge » …



THE LIMIÑANAS - I'VE GOT TROUBLE IN MIND 7" AND RARE STUFF 2009/2014 (2014)

 

From Cabestany to Chicago ...

Cabestany ? c’est quoi, qui, où, … ? Bon, je vous dit tout. Pour ceux qui auraient oublié de réviser leur géographie, chapitre Pyrénées-Orientales (au milieu du fond d’une carte de France), Cabestany, c’est un peu la banlieue de Perpignan. Perpignan, on en entend parler, c’est le laboratoire du RN dans les villes de plus de 100 000 habitants, avec l’ex à Marine La Peine dans le rôle du maire, et avec les extraordinaires résultats qui vont avec : dette municipale en croissance exponentielle, idem pour les effectifs de police et la délinquance (comme quoi … no comment), copinage et favoritisme à tout-va, et subventions municipales en panne pour tout ce qui a l’air culturel, … et c’est pour ces tristes tocards que plein de gens veulent voter, ‘tain on est mal …

Marie & Lionel Limiñana

Les Limiñanas, ils sont pas potes avec Louis Alliot et ils ont bien raison. Les Limiñanas, c’est le rock de la France provinciale d’en bas, ceux dont logiquement on devrait jamais entendre parler parce qu’ils sont pas parisiens. Et d’ailleurs, leur carrière a commencé avec une forte odeur de sapin. Les Limiñanas, c’est Lionel et Marie, époux légitimes. Disquaires un temps en ville, ils montent ensuite un groupe-duo. Et se font remarquer et signer par un tout jeune label de Chicago, Trouble in Mind. Faut dire qu’avec leurs influences (en gros, années 60, version garage) ils avaient peu de chances de concourir dans les minables télécrochets de l’époque. Et c’est pas avec des débuts pareils que tu vas remplir des Stade de France quand tu fais un concert.

Avec une constance qui mérite le respect, les Limiñanas vont faire leur musique droits dans leurs godillots, sans aucune concession à l’air du temps. Bon, pas de quoi leur filer une médaille, y’en a des bottins pleins de groupes comme eux, qui font leur truc en se foutant totalement de l’audience qu’ils peuvent recueillir. Et réciproque à peu près toujours vérifiée, de l’audience ils n’en ont point.

Sauf que les Limiñanas, ils étaient tellement bons que plein de gens ont voulu jouer avec eux. Les plus connus étant le voisin catalan Pascal Comelade, jusqu’au plus improbable, le pape de la techno underground française Laurent Garnier, en passant par le très barré Anton Newcombe (du Brian Jonestown Massacre), avec lequel et la très people Mathilde Seigner (Mme Roman Polanski pour ceux qui avaient oublié de renouveler depuis cinquante ans leur abonnement à Gala) ils formeront même un groupe side-project, L’Epée. On peut aussi citer parmi ceux ayant croisé la gamme avec eux, des gens aussi dissemblables que Bertrand Belin ou le couple Areski – Brigitte Fontaine, …

Pourquoi tant de gens veulent collaborer avec les Limiñanas ? Peut-être bien parce qu’ils ont du talent et n’hésitent pas à le partager. Les Limiñanas, c’est un peu nos White Stripes ou nos Black Keys, un duo guitare (lui), - batterie (elle). Particularité, aux débuts, c’est le plus souvent (voire quasi exclusivement) Marie au chant.


Ce qu’il y a de bien avec cette rondelle, c’est que le titre dit de quoi il retourne. Une compilation de faces A ou B de 45T, de collaborations, de participations à des projets divers et variés, du temps de leur signature sur Trouble In Mind, de 2009 à 2014, c’est-à-dire l’époque de leurs débuts discographiques.

Les deux premiers titres font partie de la légende des Limiñanas. « I’m dead », chanté par Marie en anglais, c’est de la pop psychédélique 60’s à la sauce française, comme en sont remplies les compiles Wizzz !, avec sur le refrain une mélodie qui se rapproche de celle de « Harley Davidson » de Gainsbourg – Bardot. « Migas 2000 », toujours rock psyché acidulé fait une large place à la guitare fuzz de Lionel, un élément sonore qui deviendra un peu la marque de fabrique du groupe. Le texte est une recette de cuisine, celle de la fabrication des migas, spécialité de la cuisine ibérique à base de viande et de pain émietté, comme quoi, du moment que ça fait la farce, on peut chanter sur n’importe quel thème.

Il n’y a dans cette compile bien évidemment rien qui soit allé affoler les compteurs de ventes. Mais plein de titres sympas, où alternent réminiscences très 60’s, soit qu’on les envisage du côté yé-yé français (le côté mélodique et acidulé), soit du côté garage américain (le côté très binaire alourdi par les guitares fuzz, qui finissent par s’incruster dans tous les titres). Les titres originaux se taillent la part du lion, même si d’évidentes influences transparaissent. « Je m’en vais » présente pas mal de similitudes avec « Cheree » de Suicide (les bidouillages rythmiques cheap, les paroles « Chéri, chéri … » d’entrée, le phrasé nonchalant, …). « Tu es à moi », où l’on repère un riff à la « You really got me », un ensemble très Troggs, et un final à la « Louie Louie ». Avec « Mobylette » (un clin d’œil au « Vélomoteur » des feues Calamités qui s’abreuvaient – normal pour des Bourguignonnes – aux mêmes sirops 60’s ?), Lionel écrase la pédale fuzz. Au final « Dead swan » c’est plutôt la wah-wah chère à Hendrix qui est à l’honneur, l’orientalisante « Liverpool » (featuring Lio est-il annoncé, mais on du mal à l’entendre la Reine des Brunes), fait penser au « Black Mountain side » du 1er Led Zep.

On le voit et surtout l’entend, les Limiñanas sont un groupe lettré, qui aime tel un Petit Poucet version rock’n’roll, semer des indices sur son chemin. Et pour que les choses soient bien claires, trois reprises clarifient le propos, l’intention, et le background musical du duo.

Les Limiñanas en formation live

Un chant de Noel (« Christmas », what else) signé Greenwich, Barry et Spector, évoque bien le style girl-group, mais laisse de côté le wall of sound cher au nabot emperruqué. « An ugly death » est une déférence-hommage à Jay Reatard, garagiste phare des années 2000, et mort à trente ans en 2010. Last but not least, le « I know there’s a answer » des Beach Boys de « Pet sounds », certes moins aérien que l’original, vient nous rappeler que ce titre est un des préférés des rockeurs purs et durs des générations suivantes (Frank Black l’avait repris sous sa variante « Hang on to your ego » sur son premier disque d’après Pixies).

A l’heure où ils signent sur Trouble in Mind (label qu’ils remercient sur l’évidente « (I’ve got) Trouble in mind », qui semble surgie de la compile Nuggets), les Limiñanas ne sont plus des perdreaux de l’année. Ils ont eu le temps d’accumuler les références, et de roder leur répertoire on the road à de multiples reprises. Les Limiñanas tournent beaucoup, publient pas mal de choses. Si c’est le couple Lionel-Marie qui est les Limiñanas, ils aiment bien s’entourer de gens de la « famille » sur scène (ils sont au moins une demi-douzaine en concert, avec autant sinon plus de guitares que Lynyrd Skynyrd). Pour les avoir vus deux fois live, je dirais que c’était bien mieux avant, vers 2020, que deux-trois ans plus tard une fois la notoriété venue, avec sono monumentale à donf, un cyclone de guitares fuzz sans répit, Marie qui ne chantait plus un seul titre, on aurait dit un Brian Jonestown Massacre des mauvais soirs (qui sont nombreux je vous le concède) …



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