From Cabestany to Chicago ...
Cabestany ? c’est quoi, qui, où, … ? Bon, je vous dit tout. Pour ceux qui auraient oublié de réviser leur géographie, chapitre Pyrénées-Orientales (au milieu du fond d’une carte de France), Cabestany, c’est un peu la banlieue de Perpignan. Perpignan, on en entend parler, c’est le laboratoire du RN dans les villes de plus de 100 000 habitants, avec l’ex à Marine La Peine dans le rôle du maire, et avec les extraordinaires résultats qui vont avec : dette municipale en croissance exponentielle, idem pour les effectifs de police et la délinquance (comme quoi … no comment), copinage et favoritisme à tout-va, et subventions municipales en panne pour tout ce qui a l’air culturel, … et c’est pour ces tristes tocards que plein de gens veulent voter, ‘tain on est mal …
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| Marie & Lionel Limiñana |
Les Limiñanas, ils sont pas potes avec Louis Alliot
et ils ont bien raison. Les Limiñanas, c’est le rock de la France provinciale
d’en bas, ceux dont logiquement on devrait jamais entendre parler parce qu’ils
sont pas parisiens. Et d’ailleurs, leur carrière a commencé avec une forte
odeur de sapin. Les Limiñanas, c’est Lionel et Marie, époux légitimes.
Disquaires un temps en ville, ils montent ensuite un groupe-duo. Et se font
remarquer et signer par un tout jeune label de Chicago, Trouble in Mind. Faut
dire qu’avec leurs influences (en gros, années 60, version garage) ils avaient
peu de chances de concourir dans les minables télécrochets de l’époque. Et
c’est pas avec des débuts pareils que tu vas remplir des Stade de France quand
tu fais un concert.
Avec une constance qui mérite le respect, les
Limiñanas vont faire leur musique droits dans leurs godillots, sans aucune
concession à l’air du temps. Bon, pas de quoi leur filer une médaille, y’en a
des bottins pleins de groupes comme eux, qui font leur truc en se foutant
totalement de l’audience qu’ils peuvent recueillir. Et réciproque à peu près
toujours vérifiée, de l’audience ils n’en ont point.
Sauf que les Limiñanas, ils étaient tellement bons
que plein de gens ont voulu jouer avec eux. Les plus connus étant le voisin
catalan Pascal Comelade, jusqu’au plus improbable, le pape de la techno underground
française Laurent Garnier, en passant par le très barré Anton Newcombe (du
Brian Jonestown Massacre), avec lequel et la très people Mathilde Seigner (Mme
Roman Polanski pour ceux qui avaient oublié de renouveler depuis cinquante ans
leur abonnement à Gala) ils formeront même un groupe side-project, L’Epée. On
peut aussi citer parmi ceux ayant croisé la gamme avec eux, des gens aussi
dissemblables que Bertrand Belin ou le couple Areski – Brigitte Fontaine, …
Pourquoi tant de gens veulent collaborer avec les Limiñanas ? Peut-être bien parce qu’ils ont du talent et n’hésitent pas à le partager. Les Limiñanas, c’est un peu nos White Stripes ou nos Black Keys, un duo guitare (lui), - batterie (elle). Particularité, aux débuts, c’est le plus souvent (voire quasi exclusivement) Marie au chant.
Ce qu’il y a de bien avec cette rondelle, c’est que
le titre dit de quoi il retourne. Une compilation de faces A ou B de 45T, de
collaborations, de participations à des projets divers et variés, du temps de
leur signature sur Trouble In Mind, de 2009 à 2014, c’est-à-dire l’époque de
leurs débuts discographiques.
Les deux premiers titres font partie de la légende
des Limiñanas. « I’m dead », chanté par Marie en anglais, c’est de la
pop psychédélique 60’s à la sauce française, comme en sont remplies les
compiles Wizzz !, avec sur le refrain une mélodie qui se rapproche de
celle de « Harley Davidson » de Gainsbourg – Bardot. « Migas
2000 », toujours rock psyché acidulé fait une large place à la guitare
fuzz de Lionel, un élément sonore qui deviendra un peu la marque de fabrique du
groupe. Le texte est une recette de cuisine, celle de la fabrication des migas,
spécialité de la cuisine ibérique à base de viande et de pain émietté, comme
quoi, du moment que ça fait la farce, on peut chanter sur n’importe quel thème.
Il n’y a dans cette compile bien évidemment rien qui
soit allé affoler les compteurs de ventes. Mais plein de titres sympas, où
alternent réminiscences très 60’s, soit qu’on les envisage du côté yé-yé
français (le côté mélodique et acidulé), soit du côté garage américain (le côté
très binaire alourdi par les guitares fuzz, qui finissent par s’incruster dans
tous les titres). Les titres originaux se taillent la part du lion, même si
d’évidentes influences transparaissent. « Je m’en vais » présente pas
mal de similitudes avec « Cheree » de Suicide (les bidouillages
rythmiques cheap, les paroles « Chéri, chéri … » d’entrée, le phrasé
nonchalant, …). « Tu es à moi », où l’on repère un riff à la
« You really got me », un ensemble très Troggs, et un final à la
« Louie Louie ». Avec « Mobylette » (un clin d’œil au
« Vélomoteur » des feues Calamités qui s’abreuvaient – normal pour
des Bourguignonnes – aux mêmes sirops 60’s ?), Lionel écrase la pédale
fuzz. Au final « Dead swan » c’est plutôt la wah-wah chère à Hendrix
qui est à l’honneur, l’orientalisante « Liverpool » (featuring Lio
est-il annoncé, mais on du mal à l’entendre la Reine des Brunes), fait penser
au « Black Mountain side » du 1er Led Zep.
On le voit et surtout l’entend, les Limiñanas sont un groupe lettré, qui aime tel un Petit Poucet version rock’n’roll, semer des indices sur son chemin. Et pour que les choses soient bien claires, trois reprises clarifient le propos, l’intention, et le background musical du duo.
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| Les Limiñanas en formation live |
Un chant de Noel (« Christmas », what
else) signé Greenwich, Barry et Spector, évoque bien le style girl-group, mais
laisse de côté le wall of sound cher au nabot emperruqué. « An ugly
death » est une déférence-hommage à Jay Reatard, garagiste phare des
années 2000, et mort à trente ans en 2010. Last but not least, le « I know
there’s a answer » des Beach Boys de « Pet sounds », certes moins aérien que
l’original, vient nous rappeler que ce titre est un des préférés des rockeurs
purs et durs des générations suivantes (Frank Black l’avait repris sous sa
variante « Hang on to your ego » sur son premier disque d’après
Pixies).
A l’heure où ils signent sur Trouble in Mind (label
qu’ils remercient sur l’évidente « (I’ve got) Trouble in mind », qui
semble surgie de la compile Nuggets), les Limiñanas ne sont plus des perdreaux
de l’année. Ils ont eu le temps d’accumuler les références, et de roder leur
répertoire on the road à de multiples reprises. Les Limiñanas tournent
beaucoup, publient pas mal de choses. Si c’est le couple Lionel-Marie qui est
les Limiñanas, ils aiment bien s’entourer de gens de la « famille »
sur scène (ils sont au moins une demi-douzaine en concert, avec autant sinon plus
de guitares que Lynyrd Skynyrd). Pour les avoir vus deux fois live, je dirais
que c’était bien mieux avant, vers 2020, que deux-trois ans plus tard une fois
la notoriété venue, avec sono monumentale à donf, un cyclone de guitares fuzz
sans répit, Marie qui ne chantait plus un seul titre, on aurait dit un Brian
Jonestown Massacre des mauvais soirs (qui sont nombreux je vous le concède) …
Des mêmes sur ce blog :




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