THE FEELIES - CRAZY RHYTHMS (1980)

 

Batucada new wave ?

Ce « Crazy rhythms », quand les grands connaisseurs du binaire sortent des listes des meilleures rondelles des septante dernières années, il y est souvent. Pourtant, il s’en est vendu des nèfles, et ses successeurs, encore moins. Enfin, successeurs, on parle avec les Feelies d’un groupe qui en plus de quarante ans d’existence a sorti six disques avec des « absences » de parfois vingt ans. Et dont deux des quatre membres présents sur l’enregistrement ont jeté l’éponge après ce premier « Crazy rhythms ». Et j’ai beau fouiller les tréfonds de mes neurones valides, j’ai pas le souvenir de gens qui se réclament la filiation du groupe ou de ce disque (hormis Peter Buck de R.E.M., ce qui ne vaut rien, le gars est fan – et sincèrement - de millions de gens dont il connaît les disques, Buck est un érudit du genre de feu John Peel).


Donc « Crazy rhythms » est étrange, forcément étrange. C’est le bébé de deux newyorkais, Bill Million et Glenn Mercer, dont les deux influences principales seraient les Beatles et le Velvet Underground, deux groupes aux antipodes l’un de l’autre, que ce soit en termes de popularité ou de musique produite. Soyons clair, les Feelies ne font pas un invraisemblable mix des deux, c’est soit l’un soit l’autre dans leurs titres. Et le plus souvent autre chose … En fait, le groupe auquel ils me font penser est celui des azimutés de Devo, on en reparlera plus bas.

« Crazy rhythms » est sorti en 1980. Temporellement, il se rattache au post-punk et à la new wave, sauf que ces deux termes sont le plus souvent accolés à des groupes anglais. En fait, ce disque est une capsule sonore sans trop d’équivalents, surtout dans les deux genres ci-dessus évoqués.

Les Feelies n’ont rien de glamour ou de sexy. Quatre boys next door dont deux binoclards (comme Blur ou R.E.M.), fringués Prisu décontracté, le buste retouché Photoshop (ou un de ses ancêtres logiciels) sur fond bleu, dans un cadrage 1/3 – 2/3 que John Ford aurait apprécié s’il eût encore été de ce monde. A noter que cette pochette sera dupliquée-plagiée par les autres boys next door de Weezer sur un de leurs disques (sur leur premier, l’évidemment surnommé « blue album », le groupe de Rivers Cuomo ayant souvent l’habitude de ne pas donner de titre à leurs rondelles).

Un peu tartes (aux pommes) les Feelies ?

Vous allez me dire mais pourquoi diable ces quatre quelconques ont suscité l’intérêt. Parce qu’ils ont trouvé un gimmick sonore dont ils usent et abusent, ils rajoutent des percussions partout sur leur base classique, deux guitares, basse, batterie. C’est pas forcément original, l’oublié Michael Viner avec son Incredible Bongo Band avait fait à peu près la même chose au début de la décennie avec « Bongo rock », maltraitant au passage quelques standards (« Apache », « In-A-Gadda-Da-Vida », « Satisfaction », « Pipeline » …). Les Feelies forcent un peu moins sur le côté percu à tout-va, elles ne sont pas au premier plan, viennent juste entretenir un roulement continu au fond du mix. Autre particularité sonore des Feelies, parfois de longs blancs entre les titres, des intros qui peuvent atteindre les trois minutes, qui commencent par un tout juste perceptible murmure sonore, avant que les décibels n’arrivent crescendo.

Bon, tout ça c’est bien joli (quoi que …), mais au final ça ressemble à quoi ? Surtout à Devo, je vous l’ai déjà dit, faut suivre …Flagrant sur des titres comme sur « The boy with the perpétuel nervousness » qui ouvre l’album avec ses accords de guitare saccadés. Et encore plus sur « Everybody’s got something to hide (except me and my monkey) » reprise des comment s’appelaient-ils déjà ces quatre garçons dans le vent de Liverpool, traitée à peu près de la même façon (déstructurée si on veut être gentil, portnawak si on veut être lucide) que les Devo reprenant « Satisfaction » sur leur premier disque. Et tant qu’on évoque les Stones, a été très tôt rajouté aux rééditions de « Crazy rhythms », une cover de « Paint it black », avec mélodie (accélérée) assez fidèle à l’originale et sur laquelle les tapis de percus donnent une petite couleur « Sympathy for the devil ». On le voit, les nerds des Feelies connaissaient leurs classiques.

Autre source d’inspiration (voir plus haut) des newyorkais, le Velvet. Evident sur « Forces at work » et ses plus de sept minutes, qui fait penser au crissant « Sister ray », avec sa simpliste batterie métronomique et ses guitares grinçantes, comme l’était le violon alto de John Cale. Et peut-être encore plus marquant sur « Loveless love », un des musts de la rondelle, avec son intro floydienne, le phrasé grave à la Lou Reed, le tout sur la trademark sonore des Feelies, les percus superposées au rythme saccadé.


« Crazy rhythms » est porté par ce gimmick des percus démultipliées qui lui confère une certaine cohérence, unité sonore clairement identifiable. Et ce même si les titres peuvent partir dans des directions musicales différentes. « Fa Cé-la » ( ? ) paru en éclaireur en 45T , guitares stridentes, rythme tachycardique et phrasé punk, envoyé en deux minutes chrono, évoquerait plutôt les pastilles surréalistes des premiers B-52’s, alors que « Moscow nights » avec son intro tempête de blizzard est très new wave anglaise genre Cure de la même époque, et que « Original love » renvoie plutôt à le new wave hiératique de Joy Division (la voix forcée dans les graves), même si la mélodie est plus enlevée et enjouée que celles que gravait la bande à Ian Curtis.

Pour ceux qui aiment le rock basique, il faut se contenter de « Raised eyebrows », mené par son riff accrocheur de guitare. Et puis laisser de côté le titre éponyme, assez long pensum qui commence bien (du rythme, de la mélodie), avant qu’une pénible partie centrale (une sorte de solo de batterie soutenu par les percus) ne vienne tout gâcher.

« Crazy rhythms » n’est pas un bébé à jeter avec l’eau du bain. Quelques titres bien foutus le rendent même plutôt sympathique. De là à en faire un disque majeur et crucial, y’a quand même un monde …


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