JACQUES AUDIARD - DE BATTRE MON COEUR S'EST ARRETE (2005)

 

La leçon de piano ...

« De battre … » est le quatrième film de Jacques Audiard. En fait un remake (avec beaucoup de libertés prises par rapport à l’original) de l’assez oubliable « Fingers » (« Mélodie pour un tueur » en V.F.) de l’Américain James Toback, avec Harvey Keitel dans le rôle principal.

« Fils de », du grand scénariste Michel Audiard (il suffit de citer « Les Tontons flingueurs »), Jacques Audiard avait déjà un nom, il commence à se faire un prénom. « De battre … » va surclasser ce qu’il avait fait jusque là, et précéder son premier chef-d’œuvre « Un prophète ».

Duris & Audiard

« De battre mon cœur s’est arrêté », il paraît que grammaticalement ça s’appelle un chiasme. En fait, Audiard a piqué le titre à un autre grand manieur de style, Jacques Lanzman, qui avait utilisé cette tournure syntaxique dans « La fille du Père Noel », chanson créée par Dutronc en 1966 (avec le riff de « I’m a man » de Bo Diddley et de « Hoochie Coochie Man » de Muddy Waters et Willie Dixon, le même riff sera repiqué par Bowie pour « Jean Genie », fin de la parenthèse musicale). D’ailleurs Audiard, dans une scène de son film coupée au montage final, faisait passer le titre de Dutronc sur l’autoradio de sa bagnole et Duris le reprenait en chœur.

Bon, parce que « De battre … » est porté par Romain Duris, qui doit être de toutes les scènes. Duris, c’est l’acteur fétiche de Cédric Klapisch, qui a beaucoup tourné, sans atteindre une renommée majeure. Avec « De battre … » il va franchir un palier (même si parmi la tripotée de Césars glanée par le film, il n’aura pas celui de meilleur acteur).

Zaccaï, Cohen & Duris

Duris est T(h)om(as), et donne dans l’affairisme immobilier. En dehors de toutes les règles. Son truc, c’est d’encaisser des loyers présumés perdus, de virer des squatteurs à coups de batte de baseball, et une fois les locaux libérés, de prendre une grosse commission (en liquide of course) sur leur revente. Ses « associés » sont Fabrice (Jonathan Zaccaï) et Sami (Gilles Cohen). Parenthèse, on retrouvera ces deux-là une décennie plus tard (Zaccaï dans un grand second rôle et Cohen en personnage récurrent) dans la série « Le Bureau des Légendes », dont – le monde est petit – Audiard tournera les deux derniers épisodes.

Tom est le fils d’une pianiste concertiste (morte, on sait pas de quoi ou pourquoi) et d’un père (Niels Arestrup) qui fut lui aussi un cador de l’affairisme immobilier, qui a initié Tom au métier, mais qui là, actuellement, a quelque peu perdu la main … Tom passe son temps à écouter de la musique au casque (de la techno-electro-machin-truc), mais a gardé un piano de sa mère et un petit home studio. Un jour que par hasard il traîne à l’entrée d’une salle de concert classique, il se branche avec le prof de sa mère qui lui suggère de reprendre des cours de piano qu’il a depuis longtemps abandonnés et de passer une audition.

Linh-Dan Pham & Duris

La brute de l’immobilier se coltine donc les douceurs mélodiques de Bach (« Toccata en mi mineur ») prend des cours avec une virtuose asiatique (Linh-Dan Pham, la fille adoptive de Deneuve dans « Indochine »), doit gérer une passion soudaine pour la femme de Fabrice (Aure Atika) et un père qui fraye avec des mafieux russes dangereux (pléonasme). Comme on n’est pas chez la Comtesse de Ségur, tout va tourner vinaigre. Seul l’épilogue du film (deux ans après les faits montrés) laissera voir la possibilité d’une reconversion-rédemption …

Le personnage de Tom est très fouillé (normal, puisqu’il est de toutes les scènes). Duris est excellent, tout en nervosité impulsive, et incapable de gérer plus d’une chose à la fois. Quand il prend ses cours de piano, il oublie ses potes et son « boulot », leur fait foirer un gros coup, sa passion pour la femme de son pote lui fait négliger tout le reste, il est « ailleurs » quand son père, maintenant « dépassé » demande son aide (quand ça commence à chauffer grave avec les Russes, il se contente de les menacer par téléphone et de sauter l’escort qui les accompagne, Mélanie Laurent dans un de ses premiers rôles), ou lui présente sa nouvelle compagne (Emmanuelle Devos) que Tom méprise et traite comme une vulgaire catin. 

Arestrup & Duris

Avec son envie de réussir son audition, Tom change de vie, finies les soirées avinées et les bastons qui vont avec après une « affaire » rondement menée, et les coups d’un soir draguées en boîte ou ramassées sur le trottoir, place à l’improbable liaison « sérieuse » avec la femme de son pote. Le type toujours à cran ne bronche pas quand il se fait malmener et rabrouer par sa prof de piano qui ne parle pas un mot de français, il s’applique à essayer de communiquer avec elle, … Duris, qui savait déjà jouer du piano, a réellement pris des cours, et c’est lui qui joue le plus souvent (les parties les plus compliquées sont faites par sa sœur Caroline Duris, vraie concertiste virtuose, le reste de la musique est composé par Alexandre Desplat, et le « Monkey 23 » des Kills est présent deux fois, et accompagne le générique de fin).

Audiard impose sa patte, sa vision de l’histoire, élague impitoyablement son propos. Vingt minutes de scènes tournées sont virées au montage (principale victime, Emmanuelle Devos, rôle majeur dans son précédent « Sur mes lèvres » et qui au final n’aura droit ici qu’à deux-trois scènes) sous prétexte de « redondance ». Audiard veut donner du rythme, veut coller au caractère sanguin de son personnage principal. Quitte à donner dans le déroutant.

Atika & Duris

Première scène, où un Gilles Cohen introspectif raconte à un Duris qui a l’air de s’en foutre royalement, les rapports compliqués qu’il a eus avec son père et maintenant avec sa fille. Cette intro bizarre a été rajoutée au dernier moment, et plus ou moins improvisée. Deuxième scène, les trois compères dans une bagnole, avec caméra à l’intérieur et musique de l’autoradio qui parasite les dialogues, se rendent devant un immeuble, sortent deux sacs qui remuent de la malle, et les ouvrent devant un appart, laissant s’échapper un troupeau de rats. On ne comprend que pouic à ce début de film, Audiard explique qu’il a voulu interpeller le spectateur, le forcer à se concentrer sur l’histoire qu’il va lui présenter. Et plusieurs fois, on doit faire l’effort de comprendre ce qui s’est passé entre deux scènes et qui n’a pas été montré, et on a parfois du mal à saisir les notions de temps (genre ça se passe quand, trois heures ou trois semaines après la scène précédente ?).

Audiard entend filmer « le réel ». Très peu de trucages, et la caméra qui colle à ses personnages (de très gros plans des visages), est embarquée dans les voitures, et présente dans le vrai trois-pièces de 50 m² où Duris et sa prof répètent du Bach.

C’est dans « De battre … » qu’Audiard fait appel pour la première fois à Niels Arestrup sur lequel il avoue avoir eu des réserves, ne lui confiant qu’un second rôle, estimant qu’un acteur de théâtre aurait du mal dans un film. Il a révisé sa position, Arestrup se révèle excellent, et il aura un rôle majeur dans son tournage suivant, celui de « Un prophète » …





ERNST LUBITSCH - NINOTCHKA (1939)

 

Les éclats de rire avant les éclats d'obus ...

Les nazis n’aimaient pas Lubitsch, ils l’avaient déchu de la nationalité allemande. Ça tombait bien, il les aimait pas non plus. Je pense que les Russes devaient pas trop l’aimer non plus, à Lubitsch, si tant est que Staline, occupé à affamer les Ukrainiens et envisageant de se partager l’Europe avec l’Adolph, ait eu le temps de mater les films de Lubitsch. Et quand on regarde « Ninotchka » (peut-être la masterpiece de Lubitsch, mais la lutte est serrée avec « To be or not to be »), on se rend compte que l’Ernst, il aimait pas les Soviets.

Garbo & Lubitsch

Et plutôt que la critique politique ou idéologique frontale, il choisit de s’attaquer au communisme par le rire. Et pour ça, il va chercher la glaciale star Garbo, maîtresse incontesté du tragique (sa mort dans « Le roman de Marguerite Gautier », adaptation de « La Dame aux camélias » est une des plus belles morts du cinéma). Garbo dans une comédie, c’est pas chose courante. La star du muet, puis du parlant, avait peu donné dans la légèreté, d’où la célébrissime accroche du film « Garbo rit » (sous-entendant que c’était une première à l’écran, ce qui était factuellement faux).

Ceci étant, difficile de ne pas avoir à rire quand on tourne pour Lubitsch. Et surtout quand on a au scénario une écriture ciselée par Billy Wilder et Charles Brackett (ces deux-là se retrouveront pour le quelque peu caricatural « Le poison » et le chef-d’œuvre « Boulevard du Crépuscule »). Quiconque désirant entreprendre une carrière de scénariste devrait connaître par cœur les répliques ravageuses de « Ninotchka ». C’est d’un anticommunisme primaire, mais tellement juste …

Garbo & Douglas

« Ninotchka » commence par les tribulations parisiennes d’un trio d’émissaires soviétiques venus vendre les bijoux de l’aristocratie russe confisqués lors de la Révolution et dont l’argent sera fort utile à un régime qui en manque cruellement. La rigidité politique des trois apparatchiks ne résistera pas longtemps aux charmes de la vie parisienne, et leurs scrupules idéologiques se dilueront bien vite dans une way of life très bourgeoise. Bien aidés en cela par un aigrefin, le très aristocratique comte Léon d’Algout (excellente interprétation de Melvyn Douglas), amant occasionnel de l’exilée duchesse Swana (Ina Claire), ancienne propriétaire des bijoux, que le duo compte bien récupérer en grugeant les trois Russes. Le Politburo surveille l’affaire, et sentant les choses mal engagées, envoie la psychorigide Ninotchka Yacouchova (Garbo), remettre de l’ordre.

Tout d’abord insensible aux charmes de la vie parisienne et d’Algout, elle finira par goûter aux deux, dans une suite de scènes où se succèdent malentendus, quiproquos et comique de situation. Avant que la rouée Swana récupère ses breloques, et les échange contre le retour de Ninotchka et ses hommes en Russie, afin de pouvoir renouer avec son amant d’Algout, qui est tombé éperdument amoureux de Ninotchka.

Garbo & Lugosi

Après la vie parisienne, retour à la vie soviétique, nettement moins glamour. Avec les joies de la colocation dans les luxueuses demeures aristocratiques partagées d’office entre camarades (dont les mouchards de service) et qui sont devenues des taudis où manger une omelette est un luxe (à condition que chaque invité amène son œuf). Le tout surveillé par l’intransigeant Commissaire Politique (Bela Lugosi qui quitte ses habituels cercueils pour un austère bureau à l’atmosphère glaçante).  Pendant ce temps d’Algout essaye de retrouver Ninotchka, lui écrivant (fabuleuse lette caviardée où ne subsistent que la date et un « Yours » final), ou tentant d’obtenir un visa à l’ambassade soviétique de Paris (extraordinaire réplique du planton qui suggère à une personne qui demande des nouvelles d’un proche disparu depuis quelques temps de se renseigner auprès de sa veuve).

Finalement c’est à Constantinople que Ninotchka (encore une fois chargée de remettre dans le droit chemin les trois émissaires qui ont tendance à déraper idéologiquement) retrouvera son amoureux, et les quatre Russes finiront par sombrer définitivement dans le capitalisme, les trois compères montent un restaurant, le plus crétin du lot finissant homme-sandwich devant l’entrée, dernier plan du film …

« Ninotchka » mélange romance et comédie. La partie romantique de l’histoire se traîne un peu en comparaison du rythme effréné de la satire, feu d’artifice de répliques d’anthologie. Les Soviets, qu’ils soient Rouges ou Blancs (Swana) sont moqués à chaque plan, les frivoles parisiens aussi. Les nazis, qui seront au centre de l’intrigue de « To be or not to be » sont aussi évoqués sur une scène, quand les trois compères sont venus accueillir l’émissaire russe sur le quai de la gare, s’avancent vers un type austère encombré de bagages, lequel les ignore pour faire un salut bras levé à sa dulciné qui l’attend sur le même quai.

Garbo rit...

La mise en scène est précise, et offre quelques vrais plans de Paris. Les acteurs sont bons, y compris les personnages secondaires, ce qui n’était pas toujours le cas à l’époque. Garbo nous fait un beau numéro, passant de la rigidité glaciale (l’arrivée) à l’exubérance amoureuse (la cuite au champagne), puis à la tristesse mélancolique (le retour au pays). Ce sera son avant-dernier film, elle quittera le métier en pleine gloire deux ans plus tard, ce qui renforcera son aura et entretiendra les rumeurs les plus délirantes. Etrangement, Ina Claire aura la même trajectoire, abandonnant aussi les plateaux de cinéma peu d’années plus tard, des décennies avant sa mort …

La charge frontale ou en filigrane du régime soviétique, c’est pas ça qui manque dans le cinéma, surtout une fois le maccarthysme posant sa chape de plomb sur les studios hollywoodiens. Peu de films l’aborderont de façon aussi légère et subtile que Lubitsch dans ce « Ninotchka », qui est quasi unique dans son genre (et pitié ne me sortez pas le tragique « Don Camillo en Russie »).

Film cousin recommandé (avec la romance en moins) : le djihadisme détruit par le rire dans l’extraordinaire « We are four lions ».


DEAD KENNEDYS - FRESH FRUIT FOR ROTTING VEGETABLES (1980)

 

Plein la tête ...

Les Dead Kennedys ont déjà eu le mérite de relancer le rock sans fioritures dans le vieux fief des hippies, San Francisco. Et tant qu’à faire ils n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère. Déjà leur nom ne pouvait laisser indifférent, dans un pays ou le shooting des Présidents est quasi un sport national. Et puis ils comptent dans leurs rangs un type qui passe pas inaperçu. Eric Reed Boucher pour l’état-civil, Jello Biafra pour la scène.

Jello Biafra

Un activiste qui avant de faire de la musique (« Fresh fruit … » est leur premier disque) s’était signalé à l’attention des déclassés de tout poil en se présentant comme candidat au poste de Maire de San Francisco, avec un programme qui devait autant à Marx (Brothers) qu’au jusqu’auboutisme gauchiste. Entre rigolades, happenings, déclarations incendiaires, il avait réussi à rallier les suffrages de quelques milliers de personnes et fini en quatrième position sur une dizaine de candidats … Un attrait pour la vie politique (et la politique) qui ne l’a jamais vraiment quitté, il a même postulé aux primaires de l’élection présidentielle nationale au sein du parti écolo de Ralph Nader (c’est ce dernier qui en sortira vainqueur pour une candidature que l’on appelle pudiquement de témoignage en 2000).

Avec pareil background, Jello Biafra en musique allait pas donner un truc du genre des Doobie Brothers. Parce que c’est en gros la musique des jeunes et de la révolte, les Dead Kennedys feront dans le punk. Dans sa version la plus radicale, pas celle des pères fondateurs newyorkais genre Ramones and so on , pas non plus dans la version suivante anglaise (Pistols, Clash, etc ..), mais en s’inspirant du « retour » du punk dans son pays d’origine, en version encore plus radicale. Celle venue de Washington que l’on appellera hardcore, théorisée par Bad Religion ou Minor Threat et que le Hüsker Dü des débuts portera à son niveau d’incandescence …

« Fresh fruit … » dure trente deux minutes. Pour quatorze titres, dont six de moins de deux minutes. Ça va vite, voire très vite. Des brûlots de pur  hardcore (« Forward to death », « When ya get drafted », «  Drug me »), du hardcore qui lorgne vers le heavy metal (« Funland at the beach »), du hardcore qui peut se terminer en valse (!) (« Chemical warfare »), du hardcore avec de petits breaks pour reprendre son souffle (« Ill in the head »), du hardcore avec un pont plus « léger » (« I kill children »), un mix entre hardcore et punk (« Your émotions »), du punk tendance « Ah ça ira » (« Let’s lynch the Landlord »), du punk façon 33T d’AC/DC passé en 78 T (« Stealing people »). Tous ces titres étant dans la ligne du parti, attendus, voire espérés, par les premiers fans du groupe.

Dead Kennedys

Restent quatre morceaux, les plus longs (enfin, par rapport aux autres). « Kill the poor » ouvre le disque. Et prend le temps de s’installer avec son intro martiale, son tempo qui s’accélère progressivement pour finir sur un rythme punk frénétique. « Viva Las Vegas » clôture le disque. Ben oui, on parle bien du titre écrit par Doc Pomus et Mort Schuman pour Elvis Presley pour le navet filmé du même nom. Titre repris par une kyrielle de gens, des plus prévisibles (Springsteen) aux plus improbables (Amanda Lear). La version des Dead Kennedys me semble même supérieure à celle considérée comme de référence (et plus tardive) des ZZ Top. Manière de terminer une rondelle plutôt énervée par quelque chose de plus léger, plus enjoué, plus festif. Le tout of course sur un rythme effréné.

Les deux titres qui auront fait couler le plus d’encre sont par ordre d’apparition « California über alles » et « Holiday in Cambodia ». La première est le premier titre (sorti en 45T) publié par les Dead Kennedys. Batterie quasi tribale, guitares rampantes qui envoient de gros riffs, et explosion sonore sur le refrain. Charge violente contre le gouverneur de California Jerry Brown (cité dans la première phrase, on risque pas l’équivoque), qui bien que revendiqué Démocrate, n’avait rien à envier par ses méthodes et ses propos aux imbéciles trumpistes à venir. Le titre évoque évidemment l’hymne de l’Allemagne nazie (« Deutschland über alles ») et l’allusion se passe de commentaires. Commentaires offusqués qui n’ont évidemment pas manqué de prospérer, Jello Biafra est devenu, le temps que « l’opinion publique » passe à autre chose, une sorte d’Ennemi Public number One.


« Holiday in Cambodia » est le titre le plus « célèbre » du disque, entendre par là qu’il a fait une apparition dans les tréfonds des charts. Musicalement, c’est le plus, comment dire, travaillé, intro bruitiste, atmosphère oppressante avec brusques poussées d’adrénaline (le genre d’ambiance dont les Offspring des débuts feront leur trademark sonore). C’est aussi le moins raccord avec le boucan du reste du disque. Le texte parle de tous les bobos californiens, qui pour se donner l’air très progressif, citent à tout bout de champ les vertus prétendues de la révolution khmère rouge du Cambodge. Quelques années avant le film sur le sujet de Joffé (« La Déchirure / Killing fields »), Jello Biafra qui a les yeux ouverts sur monde et a laissé la niaiserie au placard, conseille à ces bobos d’aller passer leurs vacances au pays de Pol Pot et de ses massacres « politiques ».

Les Dead Kennedys n’ont évidemment pas été signés par une major. Avec l’argent gagné lors de leurs premiers concerts, ils ont monté leur propre label, Alternative Tentacles sur lequel sont parus tous leurs disques. Ce label, dirigé par Jello Biafra, aura par la suite à son catalogue des gens comme 16 Horsepower, les Melvins, Butthole Surfers ou les français Les Thugs, en se tenant farouchement à l’écart de tout mainstream.

Les Dead Kennedys dureront une demi-décennie, une petite poignée de disques qui n’imprimeront pas vraiment paraîtront, avant que des embrouilles (notamment entre Biafra et le guitariste East Ray Bay pour les habituelles histoires de droits d’auteur et des royalties qui vont avec) entraînent la débandade. Une « reformation » sans Jello Biafra se fera au début des années 2000 sans trop de retentissements, mais pas sans les interminables poursuites judicaires qui en découleront forcément.

Jello Biafra se dispersera beaucoup, quelques collaborations musicales avec des gens de la « famille », des stand-ups sous forme de spoken words, sera de beaucoup de combats altermondialistes, et rejoindra le Green Party (Les Verts version US).