Bon, faut pas venir chouiner après avoir écouté
cette rondelle, l’acheteur-auditeur est prévenu dès le titre du disque. Bon
vous me direz, les foules se sont pas précipitées chez les disquaires (les
quoi ?? ouais, bon ça va, je le sais que je suis plus tout jeune, mais z’avez
vu la qualité sonore de ce que vous écoutez sur Spotify ou Deezer, venez pas la
ramener …).
Donc The Men, c’est des vieux punks. Par force,
parce qu’il y a bien quinze ans qu’ils font du boucan du côté de Brooklyn. Un
quatuor de barbus qui pour les photos du moins s’affichent pas tout sourire en
costume fluo. Des types avec qui t’as envie d’être pote parce qu’au fond t’es
un gros froussard … Pas tibulaires mais presque, les The Men.
Et pas près de d’assagir non plus. Punks un jour
punks toujours. Avec en plus l’expérience. Les types peuvent se permettre s’enregistrer
live en studio, ce qui est le cas de ce « Buyer beware ». Ce qui veut
dire deux choses. Un, ils en sont capables. Et deux, ils le font bien. Les
types ont gardé la foi, aussi speeds que s’ils avaient vingt ans, mais avec en
plus la capacité d'aligner un mur du son de guitares stridentes par-dessus une
rythmique qui ne te laisse pas la possibilité de ralentir le tempo, et un type
qui s’égosille au micro. De toutes façons, suffit de regarder le label sur lequel
paraît « Buyer beware », Fuzz Club Records, label (forcément) indépendant
d’origine norvégienne sur lequel, au milieu de groupes dont l’intitulé seul n’évoque
pas spécialement du folk champêtre, on retrouve actuellement les stakhanovistes
de King Gizzard & the Lizard Wizard.
Résultat, treize titres en moins de trente cinq
minutes. Et non, c’est pas le même dupliqué une douzaine de fois. Bon, ça va
pas plaire à tous ceux qui ont casqué un SMIC pour entendre couiner Céline Dion,
mais quelque part ça force le respect. En tout cas le mien.
« Buyer beware » est construit comme un
état des lieux. On montre d’abord qu’on n’a pas perdu la rage. Les deux tiers
des titres sont basés sur des tempos échevelés et la messe est dite en une paire
de minutes. D’entrée « Pony » nous renvoie en 1977, avec juste une
différence par rapport aux punks d’origine, The Men sont capables de glisser un
solo de guitare dans le déferlement sonore furieux. Et tout du long de ce
disque, ce sont les deux guitares qui mènent la danse. Dégainant des riffs
mémorables sur « Black heart blue » ou « Buyer beware » le morceau,
« PO Box 96 » qui évoque les Stooges de « Funhouse », alors
que « Charm » renvoie plutôt au Hüsker Dü mélodique de la fin, et que
« Control », avec son tempo frénétique, ses guitares grinçantes et
stridentes fait penser au Sonic Youth des débuts. Parce que oui, derrière l’apparence
bourrin – toutadonf, on sent des types qui tant qu’à faire du boucan, ne
rechignent pas à l’organiser.
Après avoir montré qu’ils n’ont perdu ni la foi ni
la rage, les Hommes nous servent un final (les trois derniers titres) plutôt
différent, et à mon sens la meilleure partie du disque (ce qui apparemment ne
fait pas l’unanimité des premiers fans). Sur « The path » on a un ralentissement
sensible du tempo, un riff lourd et ralenti qui fait penser à la structure de « Iron
Man » de Black Sabbath. Avec « Tombstone », on n’est clairement
plus dans le punk. Plutôt dans du rock’n’roll high energy comme le MC5 de « Back
in the USA » ou les débuts de Motörhead. Le dernier titre (« Get my
soul »), toutes proportions gardées, force encore plus sur l’aspect « expérimental »,
avec ses riffs aplatissant, sa voix éructée sur fond de bric à brac sonore
comme si les quatre types avaient voulu mettre tout ce qu’il leur restait d’idées
sur ce morceau. A mon sens le moins bon de cette triplette finale.
Rien qu’à voir la pochette (une peinture assez
torturée d’un pote japonais à eux), on sent bien que « Buyer beware »
malgré ses tempos souvent tachycardiques n’est pas un disque festif. Les textes
le confirment, on sent un malaise, une colère, une rage, plus ou moins contenus
mais bien présents. Bon, y’en a pas eu des piles dans le Leclerc du coin, de ce « Buyer
beware », et encore moins ici qu’au pays de l’Oncle Sam. Faut dire que
quand on a un président qui fait de son mieux (?) pour réhabiliter les Village
People en se dandinant sur leur musique à chaque meeting MAGA, des excités
new-yorkais qui se sentent pas très bien dans leur peau mais toujours vers
1977, c’est pas le meilleur plan pour faire fortune dans la musique.
Changez rien, les gars, vous avez raison, let’s rock’n’roll
…
Parce que ce « Live » il faut le défendre.
Pas parce que c’est un bon disque en public, assez loin de là, mais parce que
c’est le dernier témoignage discographique acceptable d’un artiste hors normes,
auteur (paroles et musiques) de coups de génie comme personne avant lui et
certainement plus personne après. Et qu’on vienne pas chouiner avec la Sainte Trinité
des anars près de leurs sous (Brassens, Ferré, Brel), certes capables de
fulgurances d’écriture mais dont les musiques étaient comment dire … vous
m’avez compris.
Ecce Homo ...
Dans les années 80, Gainsbourg était devenu ce qu’il
avait toujours rêvé d’être. Une star. Davantage par un comportement social
erratique (quelques mois avant la sortie de ce « Live », il avait
scandalisé le monde libre en déclarant à la télé en direct vouloir fucker
l’encore nunuche (elle finira boulimique et complètement accro à la dope)
Whitney Houston), dernier dérapage incontrôlé à date d’apparitions publiques
douteuses. Ces provocations sous l’emprise des double pastis, c’est à peu près
la seule façon qu’avait trouvé ce timide complexé d’entrer le monde futile du
paraître. Lui qui avait commencé comme pianiste jazzy de bar, avant de se
lancer dans l’écriture à double sens (France Gall a mis des années à comprendre
de quoi parlait « Les sucettes »), dans l’anticonformisme (les
scandaleuses chansons de la fin des années 60 avec Bardot à son bras),
entretenait une fascination pour les stars anglo-saxonnes du rock.
Gainsbourg pouvait sortir des chansons sublimes
(pour lui ou pour d’autres, en général des femmes), deux grands disques dans
les seventies (l’ultra célébré « Melody Nelson » et surtout selon moi
le bien meilleur « L’homme à tête de chou »), ce grand public dont il
aurait aimé plus que tout avoir la reconnaissance ne remarquait que ses
frasques et provocs avinées. L’auteur Gainsbourg tombait (sombrait ?) dans
la facilité, le pochetron Gainsbarre faisait le buzz ... Le reggae, en
filigrane dans « L’homme à la tête de chou », était devenu la base
des piètres disques suivants (« Aux armes etc », « Mauvaises
nouvelles des étoiles ») dans lesquels il marmonnait des textes loin de
ses fulgurances d’écriture passées. En 1984, il venait de se découvrir une
nouvelle tocade musicale, le disco-funk (la fréquentation forcenée des
nightclubs parisiens). Et embauché dans la foulée des musiciens de studio
américains pour l’enregistrement de son nouveau disque, sous la conduite de
Billy Rush, guitariste et compositeur du sous-Springsteen Southside Johnny
(lesquels Southside et Billy Rush n’avaient d’ailleurs rien de disco ni de
funky). Le résultat de ces sessions sera « Love on the beat » (une
enfilade de titres sans intérêt, dont deux seulement étaient à sauver, surtout « Sorry
angel » et accessoirement « Lemon incest » avec fifille
Charlotte).
Gainsbourg & Billy Rush
Allez savoir pourquoi, ce disque sera son premier
vrai succès commercial. Avec logiquement une tournée organisée dans la foulée.
Gainsbourg, qui goûte peu le fait de se produire en public, prend cette fois-ci
la chose à cœur. A la surprise de ses connaissances il se met au vert, prend
des cours de chant pour pouvoir offrir un vrai spectacle, plutôt que la vision
d’un poivrot chantant faux et bredouillant dans sa barbe de trois jours des
textes incompréhensibles. Soyons clair. Arrêter les 102, et pousser quelques
vocalises n’a pas transformé Gainsbourg en Pavarotti. La diction est souvent
saccadée, et le souffle manque quand il faut tenir la note. Mais reste quand
même un répertoire mythique dans lequel il peut piocher.
Ce « Live » provient d’un mix de trois
enregistrements consécutifs (comme « Made in Japan » de Procol Harum
ou Deep Purple, je sais plus …) au Casino de Paris en Octobre 1985. Gainsbourg
est entouré d’un groupe de musiciens américains, Billy Rush aux guitares, un
certain John K. bassiste cherchant un peu trop la lumière, le méga-requin Stan
Harrison qui a soufflé dans son sax derrière la Terre entière, le jeunot Gary
Georgett aux synthés, les frangins Simms déjà repérés chez Madonna ou Bowie aux
chœurs, et Tony « Thunder » Smith, enclumeur sans génie aux fûts. Parenthèse,
c’est ce batteur venu du jazz qui est le plus problématique du lot, abusant de
la grosse caisse quand on s’en passerait bien, et à la ramasse sur le reggae « Lola
Rastaquouère ». C’est pas que tous ces ricains soient mauvais, c’est qu’ils
sont totalement inadaptés au répertoire gainsbourgien, dont nombre de titres sont
inspirés (voire plus) de pièces de la musique classique européenne. Les chansons
ont souvent été réarrangées pour permettre à cet aréopage incongru de s’exprimer,
et Billy Rush a supervisé la production du disque, en compagnie de Philippe
Lerichomme. A voir ce qui sort des enceintes, on peut se douter que le producteur
historique de Gainsbourg n’a pas eu le dernier mot au mixage.
« Live » se veut « dynamique »,
dans l’air du temps, avec prédominance pour un fonds sonore funky, ce qui
convient autant à Gainsbourg et son répertoire que la lecture d’Aleister Crowley
dans les écoles cathos tradi … Beaucoup de titres ont un rendu problématique surtout
ceux qui à l’origine reposaient sur une instrumentation minimaliste (« Dépression
au-dessus d’un jardin », « Marilou sous la neige », « L’eau
à la bouche », dans une moindre mesure « La javanaise »), d’autres
« bénéficient » d’arrangements de mauvais goût (« Lola Rastaquouère »
trop funky, « Nazi rock » trop rockabilly). Les titres issus de l’album
« Love on the beat » diarrhée funky aux textes d’une vulgarité crasse
sont atroces en version live (« Love on the beat », dix minutes en
intro, l’insignifiant « I’m a boy » et son solo de basse, le quasi
hard rock « Harley David son ofa
bitch »). Seul rescapé de ce mauvais vinyle, la belle « Sorry angel »
tire son épingle du jeu.
Restent quelques immarcescibles classiques qui
arrivent à surnager. « Initials BB » grâce (miracle !) à des arrangements
revisités et réussis, une version accélérée de « Harley Davidson » où
Gainsbourg est à la peine vocalement et qui de toutes façons ne pouvait pas remplacer
le phrasé sexy, hautain et nonchalant de Bardot. La même remarque vaut pour l’intéressante
version de « Bonnie and Clyde ». La reprise de l’antique scie « You
rascal you » (« Vieille canaille ») est meilleure que la version
studio et servira de base au duo à succès avec Eddy Mitchell.
Trois titres pourraient à eux seuls justifier l’achat
du disque. « Ballade de Johnny-Jane » que Gainsbourg chante
étonnamment bien, faisant oublier la délicatesse timide de Jane Birkin sur l’originale,
et avec pour une fois un arrangement musical sobre et de bon goût. Et ensuite
enchaînées (ici, mais pas sur les versions expended du disque qui reprennent le
tracklisting du concert) « My lady Héroïne » (Gainsbourg parfait vocalement
et un accompagnement classieux comme il dirait) et « Je suis venu te dire que
je m’en vais » (la plus belle de son répertoire ?) que les gros coups
de caisse claire de Smith ne parviennent pas à gâcher.
A l’écoute de ce disque, seuls les fans ultimes ont
pleuré de joie. Tous les autres ont noté, alors qu’ils s’attendaient au pire
vocalement, que ce sont les pros américains qui ont finalement saboté ce « Live »
…
Qui sera le testament artistique de Gainsbourg. La suite
(l’atroce « You’re under arrest ») sera l’œuvre de Gainsbarre …
Première chose. Jack Black est la tête d’affiche de
ce film … Soit. C’est la moitié de Tenacious D., groupe-duo, où avec un pote
encore plus gras que lui, ils pastichent du hard-metal-trash-etc … toutes
guitares acoustiques en avant. Jamais pu écouter ces deux types plus de deux
minutes. Le problème c’est pas qu’ils soient gros, ni qu’ils fassent une fixette
sur du rock bourrin, le problème c’est qu’ils ne font que ça … et à moins
d’être accro au dernier degré au comique de répétition, leur machin lasse assez
vite.
Richard Linklater
Deuxième chose. Je me souviens au début des 80’s, il
y avait en France plein de groupes (dont quasiment aucun n’a fait de
« carrière » notable), mélangeant influences punk, revival 50’s (les
Stray Cats étaient partout), et rock sixties garage (les américains of course,
mais aussi les Français genre Dutronc des débuts, Ronnie Bird, …). De ces
groupes, il y en avait beaucoup à Nice, sous l’impulsion des
« stars » locales, les Playboys. Dans Best un journaleux
(Lenquette ?) était allé faire un petit papier sur eux et avait demandé à
l’un des leaders du groupe (Nègre ? Albertini ?) pourquoi il y avait
autant de bons groupes à Nice. Réponse : « Parce qu’il y a un super
Conservatoire et qu’aucun de nous n’y est allé ».
Vous me voyez venir avec mes gros sabots, et le
verdict qui va tomber sur « Rock Academy ». C’est un film fait par
des ados attardés pour des enfants. Le pitch (bien amené, le scénario est
plutôt bon, signé par Mike White, dont la tête d’ahuri perpétuel lui vaut
également un second rôle), nous montre un guitariste raté (Jack Black), leader
d’un groupe de rock raté, dont il se fait virer, et qui se fait embaucher sur
un malentendu comme instit dans une école de fils de bourges. Il va initier ces
gamins coincés au rock et à sa culture, et trouver dans la classe une
rythmique, un guitar hero à Flying V, un claviériste à la Wakeman, des
choristes, un éclairagiste, des roadies, une manageuse, etc … Pour finir par
triompher avec les gosses à un tremplin rock local, face à son ancien groupe.
Jack Black
Tout est cousu de fil blanc, y compris le petit
twist final.
On a tout dans le film pour ratisser large. La
comédie musicale, le jeu en roue libre tout en grimaces de Black, les
personnages stéréotypés, les vilains petits canards qui deviennent des as du
binaire, envers et contre tous (les parents rigides, la directrice du Poudlard
pour riches, la mégère colocatrice, le pote soumis, …). Bon, vous me direz, le
scénario est pas plus con que celui de « Purple rain » (le film) qui
sortira l’année suivante, mais Jack Black, musicalement, c’est pas Prince, et
la moto mauve du nabot de Minneapolis est plus sexy que le van fumant de Black.
J’apprécie aussi très moyennement cette mise en
avant de gosses prétendument surdoués (noter que personne n’est doublé, tous
ceux qui jouent de la musique dans le film en jouent vraiment), qui en quelques
jours deviennent des Keith Moon, Jack Bruce, Hendrix, etc … C’est pas nouveau dans
le monde merveilleux de Hollywood, depuis Judy Garland jusqu’à l’époque du film
Britney Spears, le fait de mettre en avant des gosses au talent dépassant très
largement la moyenne. Bizarrerie, aucun des gosses musiciens du film n’en fera « métier »,
à part la chef de classe-manageuse (Miranda Cosgrove) qui sortira un disque, et
qui a dû répéter pendant des heures pour apprendre à chanter faux (les
directeurs de casting ont parfois des idées saugrenues). Et sinon, la bassiste
est très mimi et … voilà, c’est dit, je vais finir avec cinquante plaintes au
cul pour pédocriminalité, ou pire, être comparé à Bruel, mais cette gamine avec
son air détaché et sexy survole le casting des enfants, et ce en n’ayant
quasiment aucune réplique … A noter que quand elle est retournée au lycée, elle était la star, sous pression permanente des autres minots et qu'elle a très vite fini poivrote et défoncée, et redevenue clean, elle a dénoncé ce système (le film est fini, débrouille-toi seule maintenant) qui lui avait broyé sa jeunesse ...
Qu’est-ce qu’il faut sauver de ce film ? La B.O.,
parce que la Paramount qui distribue la chose a eu les moyens d’amener du lourd
sur la bande-son. « Immigrant song » en est l’exemple-type, Led
Zep et ses ayants-droits étant peu enclins à vendre à qui que ce soit leur
répertoire. On a droit à du hard viril mais correct avec prééminence pour AC/DC
(que ce soit pour une paire de titres, ou les multiples clins d’œil tout du
long du film), mais pas que, avec des extraits du Clash, des Ramones, du
Velvet, des Doors, de Bowie, de Cream, des Who, … Et le générique final, où le
texte est surimposé sur Black et ses minots jammant sur « It’s a long way
to the top » est pas mal du tout. C’est le cinquième Sonic Youth de l’époque,
Jim O’Rourke, qui a supervisé tout ce qui était musical (la B.O. mais aussi le
jeu des gamins et de Black, et le tremplin rock devant un millier de figurants).
Joan Cusack
Mais s’il fallait ne sauver qu’une chose, dans ce
film, pour moi c’est le grand numéro comique (non, pas de Jack Black, ses
grimaces non-stop finissent par être contreproductives), voire burlesque de
Joan Cusack (la sœur du John du même nom). Excellente dans le rôle de la
directrice d’école coincée et psychorigide, elle a droit à une scène d’anthologie
lorsqu’après avoir bu une pinte de bière, elle se lance dans un bar à bikers sur
un playback extraordinaire avec en fond sonore un titre de Stevie Nicks, la Barbie
à voiles cocaïnée de Fleetwood Mac (et believe me, faut en vouloir pour devenir
nuts sur les disque solo de Stevie Nicks).
Un mot sur le réalisateur, Richard Linklater. Qui donne
l’impression que c’est lui qui fait le film parce qu’il fallait bien quelqu’un pour
tenir la caméra. Jusque-là à peu près passé sous les radars bien qu’ayant une bonne
dizaine de films à son actif (?), il mettra du temps à se faire un nom (en fait
il sort un film dont on parle tous les dix ans, c’est ce qu’il faudra attendre
avant « Boyhood » et encore avant « Nouvelle vague »). A noter
qu’il fait un mini cameo (c’est lui le troisième larron sur la photo de l’ancien
groupe de Black et White).
Comme « Rock Academy » est tout ce qu’il y
a de convenu et de montrable à nos chères têtes blondes, il est rediffusé
quasiment en boucle sur les chaînes du câble. Si vous l’avez pas vu, vous avez pas
perdu grand-chose …
Parce que les B-52’s furent les premiers à mettre
Athens, Géorgie, sur la carte du rock, devançant de quelques années R.E.M. Et
vous, dont la science encyclopédique n’a échappé à personne, vous demandez
comment deux groupes majeurs du rock U.S. et même d’ailleurs ont pu voir le
jour dans un bled de même pas cinquante mille âmes. Fastoche, parce que Athens
est une des villes universitaires de Georgie, et les facs ont toujours été aux
States un lieu propice à la création de groupes de rock.
Schneider, C. Wilson, Strickland, R. Wilson & Pierson
A l’origine, un apprenti chanteur, Fred Schneider et
ses deux potes, le guitariste Ricky Wilson et le batteur Keith Strickland. Un
trio rejoint par Cindy, la sœur de Ricky, et une routarde excentrique d’une
dizaine d’années leur aînée, Kate Pierson. Un groupe presque paritaire, c’était
peu commun à l’époque. Mais très tôt, les B-52’s allaient se faire remarquer
grâce à la coiffure des deux filles (une idée de Pierson semble t-il), mix
improbable entre les pompadours de l’Ancien Régime et les pièces montées capillaires
des Merveilleuses lors du Directoire. Aretha Franklin avait ébauché le genre
(pochette de « Lady Soul »), et Amy Winehouse en donnera une version
débraillée et titubante. Cette éphémère mode capillaire sur le campus d’Athens
(sauf pour Pierson et Wilson, qui en feront leur look définitif) deviendra dans
l’argot des étudiant(e)s un B-52’s (à cause du fuselage avant du bombardier
lourd américain). Et rapidement le nom du groupe …
Se faire remarquer par des excentricités capillaires
(et des tenues flashy et/ou fluo qui seront vite le quotidien des cinq) c’est
un début, ça attire les yeux, mais quand on fait de la zique, faut aussi
attirer les oreilles. La Géorgie, c’est le fief des foutus frangins Allman et
de tout le catéchisme du rock sudiste qui va avec, de la technique velue et des
solos d’un quart d’heure. Pas dans les possibilités ni même les envies des
B-52’s. Les cinq vont donc faire autre chose, le contraire en fait, des trucs
rigolos, loufoques et festifs.
Si le groupe ne compte aucun virtuose, tous jouent
approximativement de plusieurs instruments, et au moins trois (Schneider et les
deux filles) savent chanter correctement. Musicalement, ils regarderont en
arrière (le rock des origines, et surtout son sous-genre, le surf
instrumental), et feront une petite fixette sur la sci-fi vintage qui vécut son
âge d’or cinématographique à la même époque.
« Play loud » (ou « The B-52’s », car
« Play loud » n’est écrit nulle part sur la pochette originale) sera
leur première parution. Peu inspiré par l’air punk du temps (juste une
accélération du tempo, autant que leur technique le leur permet), mais remarqué
(surtout aux States, mais pas que) pour son côté enjoué et chatoyant.
« Planet Claire » ouvre le bal. Une intro
surf sur fond de légers bidouillages électroniques (genre « Telstar »
pour ceux qui ont la réf) qui par sa durée (deux minutes trente) aurait pu
faire un single, jusqu’à ce que de gros riffs de guitare soutenus par la voix
menaçante de Schneider l’envoient dans une dimension baroque. Sur ce titre, on
n’entend pas les deux filles. Qui vont se rattraper sur le titre suivant,
« 52 girls », emmené par la voix suraiguë de Kate Pierson (c’est une
vraie grande chanteuse, à l’aise sur plusieurs octaves et plusieurs registres,
voir la kyrielle de chansons d’autres artistes sur lesquelles elle a
participé). Musicalement, on reste dans le rockab-surf.
« Dance this mess around » n’a rien à voir avec
le « Mess around » de la figure tutélaire musicale de la Géorgie, le
sieur Ray Charles (à la limite, une joke-hommage). Pierson y chante lead,
toujours dans les aigus (mais moins perce-oreilles que dans « 52
girls »), sur un mid tempo minimaliste genre « Fever » (d’Angele
et Dua Lippa ou d’Elvis, je sais plus …).
Masterpiece du disque, « Rock lobster »
est mené par un énorme riff de basse, une guitare orientalisante, et des
arrangements sautillants genre tex-mex. Titre totalement hors de toutes les
normes connues et de tous les sentiers battus, qui passe en revue un bestiaire
sous-marin et réussit à capter l’attention pendant sept minutes, avec les trois
préposés au chant qui alternent au micro.
Les B-52’s, qu’on pourrait supposer en party
permanente sans se poser trop de questions, n’en conservent pas moins leurs
lignes directrices, des riffs « old school », du fun, et cette
fascination un peu crétine pour l’univers sci-fi 50’s. Quoi de mieux pour
l’illustrer que « There’s a moon in the sky (called the Moon) », qui
par son intitulé pourrait passer pour une blague de carabin. Ben non, c’est un
titre construit, sérieux, qui n’oublie pas les fondamentaux du rock, qui se
cache derrière des lyrics totalement loufoques. S’il fallait une preuve que
musicalement les B-52’s ne font pas n’importe quoi, « Hero worship »
est un titre très rentre-dedans, porté par un immense riff que n’aurait pas
renié un Keith Richards. « 60608-842 » n’est pas un numéro d’écrou
(le coup avait déjà été fait par Toots & The Maytals pour un absolute
reggae classic). C’est le numéro d’une sex-line (fictive) où après avoir fait
patienter le client (en surtaxé of course), il est déconnecté avant que Tina,
la star du réseau, prenne son appel … Tout çà avec gros riff rockab en avant et
vocaux démultipliés par les trois au micro …
La vraie surprise arrive avec le dernier titre. Et
ma foi, c’est pas une bonne surprise. Changement radical de tempo, très ralenti
ici, minimalisme instrumental austère. Tout ici est à l’opposé de ce qu’on a
entendu depuis le début. Et pourtant, il y avait matière à poursuivre sur la
même lancée fun, car le matériau de base s’y prêtait, rien de moins que le
« Downtown » un des plus gros hits de l’éternelle Petula Clark (je
croyais qu’elle était claquée, ben non elle continue toujours de pousser la
chansonnette à bien plus de quatre vingt dix balais). La reprise « déconstruite »
et ralentie de ce gros succès des 60’s est à mon sens un naufrage total.
Dommage car jusque là, « Planet Claire » était irréprochable.
« Planet Claire » sera un gros succès qui
traversera les océans, car en plus d’être rigolos et plein de bonne humeur sur
disque, les B-52’s donneront des concerts festifs et spectaculaires (le look
des filles n’y sera pas pour rien), tout en restant fidèles à un son très rock
50’s. Une paire de disques suivront, dans la même veine mais moins marquants.
Le décès de Ricky Wilson (SIDA) en 1985 remettra en cause la survie du groupe
(il n’était pas seulement le frère de la chanteuse, il était l’âme des B52’s). Qui
deviendra plus expérimental (donc plus chiant), s’accordant de longues
parenthèses sous les radars …le temps de l’insouciance était bel et bien fini.
A leurs débuts, les B-52’s ont marqué leur temps. A
ses débuts, Cyndi Lauper en sera une descendante évidente …
Ouais, je l’avais presque
oublié celui-là … Un de ces innombrables classiques des années 50, il y en a
tellement dans cette décennie, et dans plein de genres … coincé dans ma mémoire
chancelante entre deux masterpieces absolues, « Sunset Boulevard »
film sur le cinéma et « Citizen Kane » pour son récit en flashbacks.
Mais sans l’aura légendaire des deux cités. La faute à Minnelli, sans doute, on
y reviendra …
Vincente Minelli
Et puis, on tombe sur un blog
(thanks, Luc) où l’on en dit le plus grand bien, on cherche dans la pile de
Dvds, on donne la galette argentée à bouffer à la bécane, et cent treize
minutes plus tard, comme dans cette pub stupide sur je sais plus quoi (une bagnole ?),
on pousse un grand « Wow ! ». Parce que, oui, « Les
ensorcelés » (« The bad and the beautiful » en V.O.), il est pas
loin du tout de « Sunset … » ou « Citizen … ».
Pourtant, j’ai appris à mes
dépens à me méfier de Minnelli. Capable parfois du meilleur (« Comme un
torrent », « Un américain à Paris ») et souvent coupable du pire
(toutes ces minables comédies musicales genre « Gigi » ou « Meet
me in St Louis »). Bon, là, et sans évidemment avoir tout vu de sa
pléthorique filmo, « Les ensorcelés » sauve pour moi sa réputation et
le fait jouer dans la cour des très grands.
« Les ensorcelés »,
c’est l’histoire racontée par ceux qui à un moment ou un autre ont été très
proches de lui, du producteur Jonathan Shields (impeccable Kirk
Douglas, un de ses meilleurs rôles). Qui bien évidemment n’a jamais existé.
Mais qui est tellement vrai, comme tous les autres personnages principaux (le
comptable, le réalisateur, l’actrice, le scénariste) ou secondaires. Le but du
jeu devant être à l’époque comme maintenant, de mettre un vrai nom sur tous ces
personnages de fiction. Pas assez compétent dans cet exercice (d’autant que
chacun doit être un mix de plusieurs « modèles », comme dans
« Spinal Tap »), je n’ai vu dans « Les ensorcelés » que le
premier degré, cette peinture amère et peu amène du cinéma hollywoodien.
Sullivan, Douglas & Pidgeon
La construction du film est
magnifique. Tout commence par trois coups de téléphone. Shields (qu’on ne voie
pas appelle depuis Paris trois personnes qui lui raccrochent au nez et/ou
l’insultent sans même écouter de quoi il veut leur parler). Les trois se retrouvent
dans le bureau de Pebbel, joué par Walter Pidgeon (qui on l’apprendra au cours
du film, gère comme il peut la faillite de la Shields Inc., autrefois prospère,
et dont il fut à l’origine avant que Shields en devienne le boss incontesté)
qui leur dit pourquoi Shields les a appelés (il veut retravailler avec eux,
pour un dernier tour de piste qui va être génial) et doit rappeler pour avoir
leur réponse.
Les trois personnes contactées
par Shields sont le réalisateur Fred Amiel (Barry Sullivan), l’actrice Georgia
Lorrison (Lana Turner), et le scénariste James Lee Bartlow (Dick Powell). Et
pendant qu’ils attendent le coup de fil de Shields, on nous présente en
flashback la relation particulière qu’ils ont entretenu avec lui, les trois
ayant été à des époques différentes très proches du producteur.
Shields et Amiel se sont
rencontrés à l’enterrement du père de Shields, un producteur pas très
recommandable dont Amiel commente à voix haute la nécrologie récitée par
l’officiant. Sans savoir que le fils est à côté de lui et entend ses remarques
acides, avant de le voir distribuer à la fin de la cérémonie une poignée de
billets à ceux qui étaient venus. Payer des figurants pour un enterrement,
c’est assez peu commun, Shields bien que fauché n’en est pas à ça près. Les
deux finissent par s’associer dans la dèche, le premier rêvant de passer
derrière la caméra, le second de produire ses films. On les voit taper
l’incruste dans les soirées du tout-Hollywood, espérant rencontrer la bonne
étoile qui leur permettra de faire fortune, vivant au jour le jour,
grouillottant dans des jobs subalternes dans des productions minables. Le flash
a lieu alors qu’ils se débattent avec des figurants feignasses et des costumes
de chats géants tueurs trop grands, trop vieux, trop mités, que Shields a
l’idée de suggérer les minous plutôt que de les montrer à l’image, et de
substituer l’imaginaire du spectateur à l’image qui serait apparue sur l’écran.
Beaucoup ont utilisé cette méthode, et l’hommage à Jacques Tourneur, maître de
l’épouvante américaine avec trois bouts de ficelle, est ici évident et
l’allusion à son « Cat people » guère voilée … Shields et Amiel
s’attirent la sympathie et la reconnaissance (le film sera un succès) de leur
patron, qui leur confie de plus en plus de responsabilités, le malin Shields
devenant peu à peu calife à la place du calife. Las, Amiel s’apercevra alors
qu’il s’apprête à diriger son premier film avec le bellâtre latin idolâtré du
moment dans le rôle principal, que Shields l’a doublé et confié la caméra à un
metteur en scène allemand reconnu. Amiel ne voudra plus entendre parler de
Shields.
Turner & Douglas
Deuxième très proche de
Shields, Georgia Lorrison, fille solitaire, recluse, dépressive et alcoolique,
que Shields et Amiel ont rencontré alors qu’ils visitaient le manoir qu’ils
croyaient abandonné de son père, vieille star déchue morte dans l’oubli et
l’indifférence générale. Géniale inspiration de Minelli qui durant toute la
séquence, ne nous montre que les jambes de Turner pendant au bord d’un accès
aux combles de la bicoque (faille temporelle, on pense à ce moment-là à Johnny
Depp dans « Edward aux mains d’argent »). Attirés ou au moins
intrigués l’un par l’autre, les deux solitaires misanthropes Shields et
Lorrison vont se rapprocher, le premier devenu quelqu’un qui compte, essayant de
faire décrocher la seconde de la picole et de la pistonner pour de la
figuration ou des petits rôles. Après « Le facteur sonne toujours deux
fois », on s’aperçoit que le blanc dont elle est à peu près tout le temps
vêtue sied définitivement à ravir à Lana Turner, et que pour ce personnage
d’amie puis compagne alcoolo, Minelli n’a pas eu trop à forcer son imagination,
il avait le modèle original à la maison … Evidemment, c’est quand Lorrison
obtiendra son premier rôle et se verra promise à un avenir de star, qu’elle se
rendra compte que Shields se fout totalement d’elle et qu’il préfère s’envoyer
une starlette aguicheuse et médisante …
Troisième victime de Shields,
James Lee Bartlow, un auteur provincial à succès, dont Shields a lu un des
bouquins, qu’il veut adapter (et réaliser lui-même, le bonhomme ne se sent plus et
commence à avoir un gros melon). Et qu’il invite à venir peaufiner le scénario
à Hollywood. Le péquenot refuse de prime abord, mais poussé par sa femme,
pipelette idiote et maniérée qui mène des réunions Tupperware (magnifique
second rôle de Gloria Grahame, qui lui vaudra d’ailleurs un Oscar), finit par
se rendre à Los Angeles avec sa moitié, bécasse tout excitée par le milieu
« merveilleux » qu’elle découvre, ses lubies fantasques empêchant son
mari de bosser sur un scénario. Shields éloignera l’importune grâce au charme
de son pote le bellâtre latino, mais l’escapade se finira tellement mal que
Bartlow vouera désormais une haine tenace (il y a quand même un peu de quoi) à
Shields.
Grahame & Powell
Réunis tous les trois dans le
bureau de Pebbel (qui assure un peu le lien entre les protagonistes dans les
trois histoires), on les sent malgré tout et malgré toutes les rancunes
subjugués (d’où le titre du film, aussi finalement explicite que son titre original,
alors qu’ils font allusion à des protagonistes différends) par Shields. La voix
de ce dernier au téléphone depuis Paris et les réactions qu’elle suscitera chez
les trois sont les dernières séquences du film.
« Les ensorcelés »
est un film sur le cinéma, avec ses visions gigognes (le réalisateur filme un
plateau avec un réalisateur qui tourne un film, tous les participants qui
interviennent sur un tournage étant ainsi démultipliés). Première (?) réussite
dans un sous-genre qui en comptera beaucoup (« Sunset Blvd »,
« Singing in the rain » et « Le mépris » en étant les
chefs-d’œuvre absolus, « Babylon » étant la dernière (?) réussite en
date).
Surtout Minelli nous dépeint un
milieu où le paraître et l’apparence dominent, et où l’individualisme forcené
règne en maître. Les lucioles attirées par la lumière des étoiles viennent s’y
brûler les ailes (le personnage de Gloria Grahame), on oublie les gens aussi
vite qu’on les avait portés au pinacle (les parents de Shields et Lorrison).
« Les ensorcelés » est un film sombre, et en même temps doté d’un
humour sarcastique (la scène ou Shields porte dans ses bras, figure du père
protecteur qui protège son enfant, une Lorrison bourrée qui a séché son premier
tournage en tant que tête d’affiche, avant de s’immobiliser au bord d’une
piscine et de la balancer sans ménagement à la flotte).
Ensorcelés ...
Le casting est remarquable,
joue juste (hormis peut-être un Powell qui comme trop souvent en fait des
caisses).
On sent que Minnelli n’aime pas
ce monde du paraître hollywoodien, dont il fait quand même bien partie grâce (à
cause ?) de sa Judy Garland d’épouse.
Et le portrait au vitriol d’un
réalisateur anglais pointilleux toujours accompagné – approuvé par sa mégère de
femme, nous indique que le Vincente ne devait guère apprécier le gros Hitchcock
et son omniprésente épouse …