THE MEN - BUYER BEWARE (2025)

 

Les Hommes, les Vrais ...

Bon, faut pas venir chouiner après avoir écouté cette rondelle, l’acheteur-auditeur est prévenu dès le titre du disque. Bon vous me direz, les foules se sont pas précipitées chez les disquaires (les quoi ?? ouais, bon ça va, je le sais que je suis plus tout jeune, mais z’avez vu la qualité sonore de ce que vous écoutez sur Spotify ou Deezer, venez pas la ramener …).


Donc The Men, c’est des vieux punks. Par force, parce qu’il y a bien quinze ans qu’ils font du boucan du côté de Brooklyn. Un quatuor de barbus qui pour les photos du moins s’affichent pas tout sourire en costume fluo. Des types avec qui t’as envie d’être pote parce qu’au fond t’es un gros froussard … Pas tibulaires mais presque, les The Men.

Et pas près de d’assagir non plus. Punks un jour punks toujours. Avec en plus l’expérience. Les types peuvent se permettre s’enregistrer live en studio, ce qui est le cas de ce « Buyer beware ». Ce qui veut dire deux choses. Un, ils en sont capables. Et deux, ils le font bien. Les types ont gardé la foi, aussi speeds que s’ils avaient vingt ans, mais avec en plus la capacité d'aligner un mur du son de guitares stridentes par-dessus une rythmique qui ne te laisse pas la possibilité de ralentir le tempo, et un type qui s’égosille au micro. De toutes façons, suffit de regarder le label sur lequel paraît « Buyer beware », Fuzz Club Records, label (forcément) indépendant d’origine norvégienne sur lequel, au milieu de groupes dont l’intitulé seul n’évoque pas spécialement du folk champêtre, on retrouve actuellement les stakhanovistes de King Gizzard & the Lizard Wizard.


Résultat, treize titres en moins de trente cinq minutes. Et non, c’est pas le même dupliqué une douzaine de fois. Bon, ça va pas plaire à tous ceux qui ont casqué un SMIC pour entendre couiner Céline Dion, mais quelque part ça force le respect. En tout cas le mien.

« Buyer beware » est construit comme un état des lieux. On montre d’abord qu’on n’a pas perdu la rage. Les deux tiers des titres sont basés sur des tempos échevelés et la messe est dite en une paire de minutes. D’entrée « Pony » nous renvoie en 1977, avec juste une différence par rapport aux punks d’origine, The Men sont capables de glisser un solo de guitare dans le déferlement sonore furieux. Et tout du long de ce disque, ce sont les deux guitares qui mènent la danse. Dégainant des riffs mémorables sur « Black heart blue » ou « Buyer beware » le morceau, « PO Box 96 » qui évoque les Stooges de « Funhouse », alors que « Charm » renvoie plutôt au Hüsker Dü mélodique de la fin, et que « Control », avec son tempo frénétique, ses guitares grinçantes et stridentes fait penser au Sonic Youth des débuts. Parce que oui, derrière l’apparence bourrin – toutadonf, on sent des types qui tant qu’à faire du boucan, ne rechignent pas à l’organiser.


Après avoir montré qu’ils n’ont perdu ni la foi ni la rage, les Hommes nous servent un final (les trois derniers titres) plutôt différent, et à mon sens la meilleure partie du disque (ce qui apparemment ne fait pas l’unanimité des premiers fans). Sur « The path » on a un ralentissement sensible du tempo, un riff lourd et ralenti qui fait penser à la structure de « Iron Man » de Black Sabbath. Avec « Tombstone », on n’est clairement plus dans le punk. Plutôt dans du rock’n’roll high energy comme le MC5 de « Back in the USA » ou les débuts de Motörhead. Le dernier titre (« Get my soul »), toutes proportions gardées, force encore plus sur l’aspect « expérimental », avec ses riffs aplatissant, sa voix éructée sur fond de bric à brac sonore comme si les quatre types avaient voulu mettre tout ce qu’il leur restait d’idées sur ce morceau. A mon sens le moins bon de cette triplette finale.

Rien qu’à voir la pochette (une peinture assez torturée d’un pote japonais à eux), on sent bien que « Buyer beware » malgré ses tempos souvent tachycardiques n’est pas un disque festif. Les textes le confirment, on sent un malaise, une colère, une rage, plus ou moins contenus mais bien présents. Bon, y’en a pas eu des piles dans le Leclerc du coin, de ce « Buyer beware », et encore moins ici qu’au pays de l’Oncle Sam. Faut dire que quand on a un président qui fait de son mieux (?) pour réhabiliter les Village People en se dandinant sur leur musique à chaque meeting MAGA, des excités new-yorkais qui se sentent pas très bien dans leur peau mais toujours vers 1977, c’est pas le meilleur plan pour faire fortune dans la musique.

Changez rien, les gars, vous avez raison, let’s rock’n’roll …


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