RICHARD LINKLATER - ROCK ACADEMY (2003)

 

Bébés rockeurs ...

Première chose. Jack Black est la tête d’affiche de ce film … Soit. C’est la moitié de Tenacious D., groupe-duo, où avec un pote encore plus gras que lui, ils pastichent du hard-metal-trash-etc … toutes guitares acoustiques en avant. Jamais pu écouter ces deux types plus de deux minutes. Le problème c’est pas qu’ils soient gros, ni qu’ils fassent une fixette sur du rock bourrin, le problème c’est qu’ils ne font que ça … et à moins d’être accro au dernier degré au comique de répétition, leur machin lasse assez vite.

Richard Linklater

Deuxième chose. Je me souviens au début des 80’s, il y avait en France plein de groupes (dont quasiment aucun n’a fait de « carrière » notable), mélangeant influences punk, revival 50’s (les Stray Cats étaient partout), et rock sixties garage (les américains of course, mais aussi les Français genre Dutronc des débuts, Ronnie Bird, …). De ces groupes, il y en avait beaucoup à Nice, sous l’impulsion des « stars » locales, les Playboys. Dans Best un journaleux (Lenquette ?) était allé faire un petit papier sur eux et avait demandé à l’un des leaders du groupe (Nègre ? Albertini ?) pourquoi il y avait autant de bons groupes à Nice. Réponse : « Parce qu’il y a un super Conservatoire et qu’aucun de nous n’y est allé ».

Vous me voyez venir avec mes gros sabots, et le verdict qui va tomber sur « Rock Academy ». C’est un film fait par des ados attardés pour des enfants. Le pitch (bien amené, le scénario est plutôt bon, signé par Mike White, dont la tête d’ahuri perpétuel lui vaut également un second rôle), nous montre un guitariste raté (Jack Black), leader d’un groupe de rock raté, dont il se fait virer, et qui se fait embaucher sur un malentendu comme instit dans une école de fils de bourges. Il va initier ces gamins coincés au rock et à sa culture, et trouver dans la classe une rythmique, un guitar hero à Flying V, un claviériste à la Wakeman, des choristes, un éclairagiste, des roadies, une manageuse, etc … Pour finir par triompher avec les gosses à un tremplin rock local, face à son ancien groupe.

Jack Black

Tout est cousu de fil blanc, y compris le petit twist final.

On a tout dans le film pour ratisser large. La comédie musicale, le jeu en roue libre tout en grimaces de Black, les personnages stéréotypés, les vilains petits canards qui deviennent des as du binaire, envers et contre tous (les parents rigides, la directrice du Poudlard pour riches, la mégère colocatrice, le pote soumis, …). Bon, vous me direz, le scénario est pas plus con que celui de « Purple rain » (le film) qui sortira l’année suivante, mais Jack Black, musicalement, c’est pas Prince, et la moto mauve du nabot de Minneapolis est plus sexy que le van fumant de Black.

J’apprécie aussi très moyennement cette mise en avant de gosses prétendument surdoués (noter que personne n’est doublé, tous ceux qui jouent de la musique dans le film en jouent vraiment), qui en quelques jours deviennent des Keith Moon, Jack Bruce, Hendrix, etc … C’est pas nouveau dans le monde merveilleux de Hollywood, depuis Judy Garland jusqu’à l’époque du film Britney Spears, le fait de mettre en avant des gosses au talent dépassant très largement la moyenne. Bizarrerie, aucun des gosses musiciens du film n’en fera « métier », à part la chef de classe-manageuse (Miranda Cosgrove) qui sortira un disque, et qui a dû répéter pendant des heures pour apprendre à chanter faux (les directeurs de casting ont parfois des idées saugrenues). Et sinon, la bassiste est très mimi et … voilà, c’est dit, je vais finir avec cinquante plaintes au cul pour pédocriminalité, ou pire, être comparé à Bruel, mais cette gamine avec son air détaché et sexy survole le casting des enfants, et ce en n’ayant quasiment aucune réplique … A noter que quand elle est retournée au lycée, elle était la star, sous pression permanente des autres minots et qu'elle a très vite fini poivrote et défoncée, et redevenue clean, elle a dénoncé ce système (le film est fini, débrouille-toi seule maintenant) qui lui avait broyé sa jeunesse ...


Qu’est-ce qu’il faut sauver de ce film ? La B.O., parce que la Paramount qui distribue la chose a eu les moyens d’amener du lourd sur la bande-son. « Immigrant song » en est l’exemple-type, Led Zep et ses ayants-droits étant peu enclins à vendre à qui que ce soit leur répertoire. On a droit à du hard viril mais correct avec prééminence pour AC/DC (que ce soit pour une paire de titres, ou les multiples clins d’œil tout du long du film), mais pas que, avec des extraits du Clash, des Ramones, du Velvet, des Doors, de Bowie, de Cream, des Who, … Et le générique final, où le texte est surimposé sur Black et ses minots jammant sur « It’s a long way to the top » est pas mal du tout. C’est le cinquième Sonic Youth de l’époque, Jim O’Rourke, qui a supervisé tout ce qui était musical (la B.O. mais aussi le jeu des gamins et de Black, et le tremplin rock devant un millier de figurants).

Joan Cusack

Mais s’il fallait ne sauver qu’une chose, dans ce film, pour moi c’est le grand numéro comique (non, pas de Jack Black, ses grimaces non-stop finissent par être contreproductives), voire burlesque de Joan Cusack (la sœur du John du même nom). Excellente dans le rôle de la directrice d’école coincée et psychorigide, elle a droit à une scène d’anthologie lorsqu’après avoir bu une pinte de bière, elle se lance dans un bar à bikers sur un playback extraordinaire avec en fond sonore un titre de Stevie Nicks, la Barbie à voiles cocaïnée de Fleetwood Mac (et believe me, faut en vouloir pour devenir nuts sur les disque solo de Stevie Nicks).

Un mot sur le réalisateur, Richard Linklater. Qui donne l’impression que c’est lui qui fait le film parce qu’il fallait bien quelqu’un pour tenir la caméra. Jusque-là à peu près passé sous les radars bien qu’ayant une bonne dizaine de films à son actif (?), il mettra du temps à se faire un nom (en fait il sort un film dont on parle tous les dix ans, c’est ce qu’il faudra attendre avant « Boyhood » et encore avant « Nouvelle vague »). A noter qu’il fait un mini cameo (c’est lui le troisième larron sur la photo de l’ancien groupe de Black et White).

Comme « Rock Academy » est tout ce qu’il y a de convenu et de montrable à nos chères têtes blondes, il est rediffusé quasiment en boucle sur les chaînes du câble. Si vous l’avez pas vu, vous avez pas perdu grand-chose …




THE B-52's - PLAY LOUD (1979)

 

Quand les Athéniens nous atteignirent ...

Parce que les B-52’s furent les premiers à mettre Athens, Géorgie, sur la carte du rock, devançant de quelques années R.E.M. Et vous, dont la science encyclopédique n’a échappé à personne, vous demandez comment deux groupes majeurs du rock U.S. et même d’ailleurs ont pu voir le jour dans un bled de même pas cinquante mille âmes. Fastoche, parce que Athens est une des villes universitaires de Georgie, et les facs ont toujours été aux States un lieu propice à la création de groupes de rock.

Schneider, C. Wilson, Strickland, R. Wilson & Pierson

A l’origine, un apprenti chanteur, Fred Schneider et ses deux potes, le guitariste Ricky Wilson et le batteur Keith Strickland. Un trio rejoint par Cindy, la sœur de Ricky, et une routarde excentrique d’une dizaine d’années leur aînée, Kate Pierson. Un groupe presque paritaire, c’était peu commun à l’époque. Mais très tôt, les B-52’s allaient se faire remarquer grâce à la coiffure des deux filles (une idée de Pierson semble t-il), mix improbable entre les pompadours de l’Ancien Régime et les pièces montées capillaires des Merveilleuses lors du Directoire. Aretha Franklin avait ébauché le genre (pochette de « Lady Soul »), et Amy Winehouse en donnera une version débraillée et titubante. Cette éphémère mode capillaire sur le campus d’Athens (sauf pour Pierson et Wilson, qui en feront leur look définitif) deviendra dans l’argot des étudiant(e)s un B-52’s (à cause du fuselage avant du bombardier lourd américain). Et rapidement le nom du groupe …

Se faire remarquer par des excentricités capillaires (et des tenues flashy et/ou fluo qui seront vite le quotidien des cinq) c’est un début, ça attire les yeux, mais quand on fait de la zique, faut aussi attirer les oreilles. La Géorgie, c’est le fief des foutus frangins Allman et de tout le catéchisme du rock sudiste qui va avec, de la technique velue et des solos d’un quart d’heure. Pas dans les possibilités ni même les envies des B-52’s. Les cinq vont donc faire autre chose, le contraire en fait, des trucs rigolos, loufoques et festifs.


Si le groupe ne compte aucun virtuose, tous jouent approximativement de plusieurs instruments, et au moins trois (Schneider et les deux filles) savent chanter correctement. Musicalement, ils regarderont en arrière (le rock des origines, et surtout son sous-genre, le surf instrumental), et feront une petite fixette sur la sci-fi vintage qui vécut son âge d’or cinématographique à la même époque.

« Play loud » (ou « The B-52’s », car « Play loud » n’est écrit nulle part sur la pochette originale) sera leur première parution. Peu inspiré par l’air punk du temps (juste une accélération du tempo, autant que leur technique le leur permet), mais remarqué (surtout aux States, mais pas que) pour son côté enjoué et chatoyant.

« Planet Claire » ouvre le bal. Une intro surf sur fond de légers bidouillages électroniques (genre « Telstar » pour ceux qui ont la réf) qui par sa durée (deux minutes trente) aurait pu faire un single, jusqu’à ce que de gros riffs de guitare soutenus par la voix menaçante de Schneider l’envoient dans une dimension baroque. Sur ce titre, on n’entend pas les deux filles. Qui vont se rattraper sur le titre suivant, « 52 girls », emmené par la voix suraiguë de Kate Pierson (c’est une vraie grande chanteuse, à l’aise sur plusieurs octaves et plusieurs registres, voir la kyrielle de chansons d’autres artistes sur lesquelles elle a participé). Musicalement, on reste dans le rockab-surf.


« Dance this mess around » n’a rien à voir avec le « Mess around » de la figure tutélaire musicale de la Géorgie, le sieur Ray Charles (à la limite, une joke-hommage). Pierson y chante lead, toujours dans les aigus (mais moins perce-oreilles que dans « 52 girls »), sur un mid tempo minimaliste genre « Fever » (d’Angele et Dua Lippa ou d’Elvis, je sais plus …).

Masterpiece du disque, « Rock lobster » est mené par un énorme riff de basse, une guitare orientalisante, et des arrangements sautillants genre tex-mex. Titre totalement hors de toutes les normes connues et de tous les sentiers battus, qui passe en revue un bestiaire sous-marin et réussit à capter l’attention pendant sept minutes, avec les trois préposés au chant qui alternent au micro.

Les B-52’s, qu’on pourrait supposer en party permanente sans se poser trop de questions, n’en conservent pas moins leurs lignes directrices, des riffs « old school », du fun, et cette fascination un peu crétine pour l’univers sci-fi 50’s. Quoi de mieux pour l’illustrer que « There’s a moon in the sky (called the Moon) », qui par son intitulé pourrait passer pour une blague de carabin. Ben non, c’est un titre construit, sérieux, qui n’oublie pas les fondamentaux du rock, qui se cache derrière des lyrics totalement loufoques. S’il fallait une preuve que musicalement les B-52’s ne font pas n’importe quoi, « Hero worship » est un titre très rentre-dedans, porté par un immense riff que n’aurait pas renié un Keith Richards. « 60608-842 » n’est pas un numéro d’écrou (le coup avait déjà été fait par Toots & The Maytals pour un absolute reggae classic). C’est le numéro d’une sex-line (fictive) où après avoir fait patienter le client (en surtaxé of course), il est déconnecté avant que Tina, la star du réseau, prenne son appel … Tout çà avec gros riff rockab en avant et vocaux démultipliés par les trois au micro …


La vraie surprise arrive avec le dernier titre. Et ma foi, c’est pas une bonne surprise. Changement radical de tempo, très ralenti ici, minimalisme instrumental austère. Tout ici est à l’opposé de ce qu’on a entendu depuis le début. Et pourtant, il y avait matière à poursuivre sur la même lancée fun, car le matériau de base s’y prêtait, rien de moins que le « Downtown » un des plus gros hits de l’éternelle Petula Clark (je croyais qu’elle était claquée, ben non elle continue toujours de pousser la chansonnette à bien plus de quatre vingt dix balais). La reprise « déconstruite » et ralentie de ce gros succès des 60’s est à mon sens un naufrage total. Dommage car jusque là, « Planet Claire » était irréprochable.

« Planet Claire » sera un gros succès qui traversera les océans, car en plus d’être rigolos et plein de bonne humeur sur disque, les B-52’s donneront des concerts festifs et spectaculaires (le look des filles n’y sera pas pour rien), tout en restant fidèles à un son très rock 50’s. Une paire de disques suivront, dans la même veine mais moins marquants. Le décès de Ricky Wilson (SIDA) en 1985 remettra en cause la survie du groupe (il n’était pas seulement le frère de la chanteuse, il était l’âme des B52’s). Qui deviendra plus expérimental (donc plus chiant), s’accordant de longues parenthèses sous les radars …le temps de l’insouciance était bel et bien fini.

A leurs débuts, les B-52’s ont marqué leur temps. A ses débuts, Cyndi Lauper en sera une descendante évidente …





VINCENTE MINNELLI - LES ENSORCELES (1952)

 

Oublié ...

Ouais, je l’avais presque oublié celui-là … Un de ces innombrables classiques des années 50, il y en a tellement dans cette décennie, et dans plein de genres … coincé dans ma mémoire chancelante entre deux masterpieces absolues, « Sunset Boulevard » film sur le cinéma et « Citizen Kane » pour son récit en flashbacks. Mais sans l’aura légendaire des deux cités. La faute à Minnelli, sans doute, on y reviendra …

Vincente Minelli

Et puis, on tombe sur un blog (thanks, Luc) où l’on en dit le plus grand bien, on cherche dans la pile de Dvds, on donne la galette argentée à bouffer à la bécane, et cent treize minutes plus tard, comme dans cette pub stupide sur je sais plus quoi (une bagnole ?), on pousse un grand « Wow ! ». Parce que, oui, « Les ensorcelés » (« The bad and the beautiful » en V.O.), il est pas loin du tout de « Sunset … » ou « Citizen … ».

Pourtant, j’ai appris à mes dépens à me méfier de Minnelli. Capable parfois du meilleur (« Comme un torrent », « Un américain à Paris ») et souvent coupable du pire (toutes ces minables comédies musicales genre « Gigi » ou « Meet me in St Louis »). Bon, là, et sans évidemment avoir tout vu de sa pléthorique filmo, « Les ensorcelés » sauve pour moi sa réputation et le fait jouer dans la cour des très grands.

« Les ensorcelés », c’est l’histoire racontée par ceux qui à un moment ou un autre ont été très proches de lui, du producteur Jonathan Shields (impeccable Kirk Douglas, un de ses meilleurs rôles). Qui bien évidemment n’a jamais existé. Mais qui est tellement vrai, comme tous les autres personnages principaux (le comptable, le réalisateur, l’actrice, le scénariste) ou secondaires. Le but du jeu devant être à l’époque comme maintenant, de mettre un vrai nom sur tous ces personnages de fiction. Pas assez compétent dans cet exercice (d’autant que chacun doit être un mix de plusieurs « modèles », comme dans « Spinal Tap »), je n’ai vu dans « Les ensorcelés » que le premier degré, cette peinture amère et peu amène du cinéma hollywoodien.

Sullivan, Douglas & Pidgeon

La construction du film est magnifique. Tout commence par trois coups de téléphone. Shields (qu’on ne voie pas appelle depuis Paris trois personnes qui lui raccrochent au nez et/ou l’insultent sans même écouter de quoi il veut leur parler). Les trois se retrouvent dans le bureau de Pebbel, joué par Walter Pidgeon (qui on l’apprendra au cours du film, gère comme il peut la faillite de la Shields Inc., autrefois prospère, et dont il fut à l’origine avant que Shields en devienne le boss incontesté) qui leur dit pourquoi Shields les a appelés (il veut retravailler avec eux, pour un dernier tour de piste qui va être génial) et doit rappeler pour avoir leur réponse.

Les trois personnes contactées par Shields sont le réalisateur Fred Amiel (Barry Sullivan), l’actrice Georgia Lorrison (Lana Turner), et le scénariste James Lee Bartlow (Dick Powell). Et pendant qu’ils attendent le coup de fil de Shields, on nous présente en flashback la relation particulière qu’ils ont entretenu avec lui, les trois ayant été à des époques différentes très proches du producteur.

Shields et Amiel se sont rencontrés à l’enterrement du père de Shields, un producteur pas très recommandable dont Amiel commente à voix haute la nécrologie récitée par l’officiant. Sans savoir que le fils est à côté de lui et entend ses remarques acides, avant de le voir distribuer à la fin de la cérémonie une poignée de billets à ceux qui étaient venus. Payer des figurants pour un enterrement, c’est assez peu commun, Shields bien que fauché n’en est pas à ça près. Les deux finissent par s’associer dans la dèche, le premier rêvant de passer derrière la caméra, le second de produire ses films. On les voit taper l’incruste dans les soirées du tout-Hollywood, espérant rencontrer la bonne étoile qui leur permettra de faire fortune, vivant au jour le jour, grouillottant dans des jobs subalternes dans des productions minables. Le flash a lieu alors qu’ils se débattent avec des figurants feignasses et des costumes de chats géants tueurs trop grands, trop vieux, trop mités, que Shields a l’idée de suggérer les minous plutôt que de les montrer à l’image, et de substituer l’imaginaire du spectateur à l’image qui serait apparue sur l’écran. Beaucoup ont utilisé cette méthode, et l’hommage à Jacques Tourneur, maître de l’épouvante américaine avec trois bouts de ficelle, est ici évident et l’allusion à son « Cat people » guère voilée … Shields et Amiel s’attirent la sympathie et la reconnaissance (le film sera un succès) de leur patron, qui leur confie de plus en plus de responsabilités, le malin Shields devenant peu à peu calife à la place du calife. Las, Amiel s’apercevra alors qu’il s’apprête à diriger son premier film avec le bellâtre latin idolâtré du moment dans le rôle principal, que Shields l’a doublé et confié la caméra à un metteur en scène allemand reconnu. Amiel ne voudra plus entendre parler de Shields.

Turner & Douglas

Deuxième très proche de Shields, Georgia Lorrison, fille solitaire, recluse, dépressive et alcoolique, que Shields et Amiel ont rencontré alors qu’ils visitaient le manoir qu’ils croyaient abandonné de son père, vieille star déchue morte dans l’oubli et l’indifférence générale. Géniale inspiration de Minelli qui durant toute la séquence, ne nous montre que les jambes de Turner pendant au bord d’un accès aux combles de la bicoque (faille temporelle, on pense à ce moment-là à Johnny Depp dans « Edward aux mains d’argent »). Attirés ou au moins intrigués l’un par l’autre, les deux solitaires misanthropes Shields et Lorrison vont se rapprocher, le premier devenu quelqu’un qui compte, essayant de faire décrocher la seconde de la picole et de la pistonner pour de la figuration ou des petits rôles. Après « Le facteur sonne toujours deux fois », on s’aperçoit que le blanc dont elle est à peu près tout le temps vêtue sied définitivement à ravir à Lana Turner, et que pour ce personnage d’amie puis compagne alcoolo, Minelli n’a pas eu trop à forcer son imagination, il avait le modèle original à la maison … Evidemment, c’est quand Lorrison obtiendra son premier rôle et se verra promise à un avenir de star, qu’elle se rendra compte que Shields se fout totalement d’elle et qu’il préfère s’envoyer une starlette aguicheuse et médisante …

Troisième victime de Shields, James Lee Bartlow, un auteur provincial à succès, dont Shields a lu un des bouquins, qu’il veut adapter (et réaliser lui-même, le bonhomme ne se sent plus et commence à avoir un gros melon). Et qu’il invite à venir peaufiner le scénario à Hollywood. Le péquenot refuse de prime abord, mais poussé par sa femme, pipelette idiote et maniérée qui mène des réunions Tupperware (magnifique second rôle de Gloria Grahame, qui lui vaudra d’ailleurs un Oscar), finit par se rendre à Los Angeles avec sa moitié, bécasse tout excitée par le milieu « merveilleux » qu’elle découvre, ses lubies fantasques empêchant son mari de bosser sur un scénario. Shields éloignera l’importune grâce au charme de son pote le bellâtre latino, mais l’escapade se finira tellement mal que Bartlow vouera désormais une haine tenace (il y a quand même un peu de quoi) à Shields.

Grahame & Powell

Réunis tous les trois dans le bureau de Pebbel (qui assure un peu le lien entre les protagonistes dans les trois histoires), on les sent malgré tout et malgré toutes les rancunes subjugués (d’où le titre du film, aussi finalement explicite que son titre original, alors qu’ils font allusion à des protagonistes différends) par Shields. La voix de ce dernier au téléphone depuis Paris et les réactions qu’elle suscitera chez les trois sont les dernières séquences du film.

« Les ensorcelés » est un film sur le cinéma, avec ses visions gigognes (le réalisateur filme un plateau avec un réalisateur qui tourne un film, tous les participants qui interviennent sur un tournage étant ainsi démultipliés). Première (?) réussite dans un sous-genre qui en comptera beaucoup (« Sunset Blvd », « Singing in the rain » et « Le mépris » en étant les chefs-d’œuvre absolus, « Babylon » étant la dernière (?) réussite en date).

Surtout Minelli nous dépeint un milieu où le paraître et l’apparence dominent, et où l’individualisme forcené règne en maître. Les lucioles attirées par la lumière des étoiles viennent s’y brûler les ailes (le personnage de Gloria Grahame), on oublie les gens aussi vite qu’on les avait portés au pinacle (les parents de Shields et Lorrison). « Les ensorcelés » est un film sombre, et en même temps doté d’un humour sarcastique (la scène ou Shields porte dans ses bras, figure du père protecteur qui protège son enfant, une Lorrison bourrée qui a séché son premier tournage en tant que tête d’affiche, avant de s’immobiliser au bord d’une piscine et de la balancer sans ménagement à la flotte).

Ensorcelés ...

Le casting est remarquable, joue juste (hormis peut-être un Powell qui comme trop souvent en fait des caisses).

On sent que Minnelli n’aime pas ce monde du paraître hollywoodien, dont il fait quand même bien partie grâce (à cause ?) de sa Judy Garland d’épouse.

Et le portrait au vitriol d’un réalisateur anglais pointilleux toujours accompagné – approuvé par sa mégère de femme, nous indique que le Vincente ne devait guère apprécier le gros Hitchcock et son omniprésente épouse …

Grand film …



Du même sur ce blog :

Gigi


PAUL McCARTNEY & WINGS - BAND ON THE RUN (1973)

 

Wings over Africa ...

Juillet 1973. Paul McCartney renoue après une longue période (à son aune s’entend) de vaches maigres avec le haut des charts, grâce à la bande-son d’un James Bond, « Live and let die ». Enfin, pas vraiment McCartney, mais son groupe, les Wings. Ou son backing band, selon comment on envisage les choses, tant les Wings sont aux ordres de Macca. Ce qui redonne un coup de boost au brave Paulo, qui de Beatle essentiel, évoluait lentement vers le statut de ringard.

Lennon avait mis le monde à ses genoux avec la doublette « Plastic Ono Band – Imagine », et se permettait même, par chansons interposées, de se gausser de son ancien meilleur pote (« How do you sleep »). Le Beatle tranquille Harrison s’était fendu (with a little help from his friends) d’une triple rondelle vinyle, qui comme tous les triple était bien trop longue, mais contenait des trucs brillants. Et Ringo, me direz-vous ? euh il était sûrement au bar en train de siroter des cocktails, compter ses bagouzes et faire de l’œil à toutes les jolies filles qui passaient par là …


Donc McCartney va vouloir frapper un grand coup avec ses Wings, et sortir un disque qui va marquer son temps. Il veut ce qui se fait de mieux sur le plan sonore pour enregistrer, se fait refiler une liste exhaustive des meilleurs studios du monde, et choisit sur la foi de rumeurs aussi dithyrambiques qu’invérifiables, celui de Lagos au Nigéria.

Un périple exotique qui ne ravit guère le guitariste et le batteur qui rendent leur tablier avant le départ, laissant les Wings sous la forme de trio (Paul et son inamovible Linda, plus Denny Laine, l’ancien co-fondateur des Moody Blues).

Las, le périple au Nigéria tournera court, le studio est plus proche de la cabane à Sam Philips que des adresses high-techs occidentales. De plus, le Nigéria est un pays où alternent guerres civiles et dictatures, et les trois Anglais en goguette ne tardent pas à se faire braquer rudement en plein jour. Enfin, dernière cerise sur le clafoutis, un musicien local un peu beaucoup mégalo, un certain Fela, accuse McCartney de traîner au Nigéria juste pour piquer la musique des Noirs, antienne classique des périodes de tension raciales.

Wings au Nigéria : welcome to the jungle

Direction l’aéroport, pour Macca et ce qu’il lui reste de groupe, pour finir l’enregistrement dans les plus cossus et moins dangereux studios Air de Londres. Logiquement, on devrait s’attendre au pire artistiquement après pareilles débandades. Ben non, brothers and sisters « Band on the run », est une des meilleures (si ce n’est la meilleure) galette de McCartney hors Beatles. C’est bien simple, « Band on the run » me fait penser à la fin de « Abbey Road », sauf qu’au lieu d’aligner des vignettes de trente secondes, ici ça dure cinq minutes, tout en passant du coq à l’âne (parfois sur le même morceau) mais sans jamais donner l’impression d’un gloubi-boulga indigeste.

Le morceau-titre ouvre le disque. Une intro à la Stevie Wonder, une ballade avec la voix toute miel de Paulo, et puis, au bout d’une minute, place aux synthés (datés) en avant, et une minute plus tard, on rebat les cartes, on change tout … et là, on pense forcément au chef-d’œuvre de Brian Wilson (et des Beach Boys) « Good Vibrations ». La partie la plus mélodique de « Band on the run » et son refrain sont ultra-connus, et l’ensemble permet de s’apercevoir, pour ceux qui en doutaient, que McCartney est un compositeur hors norme doublé d’un exceptionnel chanteur. En cinq minutes, il vient de montrer que plus que n’importe quel autre sur cette planète, il peut être les Beatles à lui tout seul.

Tiens puisque le nom magique est lâché, vous vous souvenez (et ‘tain si vous vous en souvenez pas, retournez écouter Jul et Aya Nakamachin) de la pochette de « Sgt Pepper’s … », où l’on voyait grâce à un photo-montage tout un tas de célébrités, contemporaines ou pas, entourer les quatre garçons dans le vent ? Celle de « Band on the run » n’est pas un montage. On y voit les trois Wings entourés de quelques peoples de l’époque (qui ont oublié de passer à la grosse postérité) mais surtout, au dernier rang et au centre Christopher Lee (pour quelle raison le Prince des Ténèbres – oubliez le piteux Ozzy Osbourne - aux mille vies et encore plus de morts est-il là, mystère et boule d’opium) et James Coburn (de passage à Londres pour un tournage). Même pour ces stars confirmées du grand écran, on refuse pas de prendre la pose à côté de(s) McCartney. Il aurait pu y avoir aussi Dustin Hofmann, qui est l’instigateur d’un titre (on en recausera plus bas de cette folle histoire …).


J’ai parlé un peu plus haut (ouais, faut suivre) de « Live and let die » (le couplet tout miel et le riff qui arrache tout pour introduire le refrain, toute la carrière de Queen est dans ce titre). « Band on the run » va nous présenter le petit frère de « Live and let die ». Il s’appelle « Jet », c’est du glam-rock à la McCartney, moins pécore que Slade, moins sauvage que Bowie, mais ça valide (ou ça suit diront les mesquins) le courant musical qui met l’Angleterre et le monde à genoux à ce moment-là …

« Bluebird », c’est le titre que détesteront ceux qui détestent Macca, parce qu’il coche toutes les cases qu’aiment mettre en avant ses détracteurs (mièvre, puéril, planplan, neuneu, … ouais, mais qui a écrit plus violent que « Helter skelter », répondez pas tous en même temps …). « Bluebird » est la ballade mélancolique, héritière des « Yesterday » et « Michelle » d’antan. Et permet de s’apercevoir que dorénavant Linda est capable d’assumer des chœurs corrects.

Cette triplette inaugurale est très bonne. Elle est suivie par le premier des deux titres qui montrent tout le génie du Paulo. « Mrs Vandebilt » il s’appelle. Le texte vise pas le Nobel de littérature (des vignettes sibyllines sur une femme libre et sur les contraintes qu’elle rejette), mais le titre possède en guise de refrain un gimmick qui tue en forme d’onomatopée chantée, le fameux « Ho, hey, ho » (à rapprocher du « Na na hey hey », rengaine égarée dans le répertoire heavy des hardeux teutons de Jeronimo). On trouve aussi dans « Mrs Vandebilt » un solo de sax dont le one hit wonder Gerry Rafferty saura se souvenir pour son « Baker street ».

Ensuite, comme Paulo est un gentil garçon, il va pas répondre aux insinuations perfides de Lennon le concernant par un texte au vitriol destiné au binoclard, il va plutôt l’attaquer sur son propre terrain. La réponse est juste musicale, elle s’appelle « Let me roll it » et c’est un blues rustique, près de l’os (cf « Yer blues » et un paquet de titres de « Plastic Ono Band »), pour prouver que s’il veut, McCartney peut tout faire. Il y a quand même une vacherie au énième degré, le Paulo double sa voix (très rare chez lui, surtout parce qu’il est un tel chanteur qu’il n’a pas besoin de subterfuges de studio), comme le fait systématiquement Lennon.

« Mamunia », c’est du McCartney que quelques-uns attendent, une ballade qui coule tellement de source, à se demander pourquoi personne l’avait écrite avant. Ce que j’ai dit sur « Bluebird » peut-être mis en copier-coller pour la définir.

Déboule ensuite « Picasso’s last words ». L’anecdote sur la création du titre est célèbre mais vaut quand même la peine d’être rappelée. Printemps 1973. Les McCartney sont en vacances en Jamaïque et y rencontrent Dustin Hofmann qui y tourne « Papillon ». Dîner en commun dans un hôtel et une discussion à bâtons rompus entre la poire et le fromage qui dérive sur l’art et la création. La mécanique qui amène la construction d’une chanson demeure une énigme pour Hofmann, qui ne se considère que comme interprète (d’un scénario, d’un texte, d’une vision du réalisateur) et se demande comment on peut « inventer » dans le domaine artistique, par exemple écrire une chanson. McCartney lui dit que c’est facile, on prend un thème, une idée, un bout de phrase et l’inspiration vient. Défi de Hofmann, qui prend un magazine qui traîne et qui fait ses gros titres de la mort toute récente de Pablo Picasso, dont les derniers mots prononcés, à la fin d’un dîner entre amis qu’il a quittés pour aller se reposer, se sentant fatigué ont été « Drink to me, drink to my health » (Picasso est mort pendant son sommeil d’une embolie pulmonaire). McCartney se lève, va au piano de l’hôtel, et en quelques secondes trouve une mélodie (qui deviendra le refrain) reprenant les derniers mots de Picasso. Voilà, voilà, c’est facile d’écrire une chanson … A noter pour que l’histoire soit complète que « Picasso’s last words » cite des plans entiers de « Jet » et « Mrs Vandebilt », à moins que ce ne soit l’inverse, ce qui rendrait la prouesse moindre …


« No words » qui suit est le titre le plus faible de la rondelle. Parce qu’il cite de façon un peu trop évidente le son de l’intro de « Strawberry fields forever » (de Lennon, ça c’est limite vachard), avant de partir dans tous les sens, parfois en dépit du bon (sens). Heureusement, il a la bonne idée de ne durer que deux minutes et demie.

« Nineteen hundred and eighty five », c’est un peu « Lady Madonna » revisité (même rythme, mélodie cousine, et même voix trafiquée qui donne l’impression d’écouter un acétate des années 20 …). Et comme toute cette fin de disque, parfois en roue libre, retour à la case départ et autocitation avec au final du titre quelques mesures de « Band on the run » …

Sur l’édition de Cd 2013, on trouve en plus en bonus le single paru en éclaireur « Helen wheels », petit boogie somme toute anecdotique et « Country dreamer », machin country-rock un peu neuneu qui montre que McCartney est vraiment capable de chanter n’importe quoi (dans tous les sens du terme).

Depuis la parution de « Band on the run » en décembre 73, on tente à intervalles réguliers de nous faire croire que la dernière galette du Paulo est la meilleure depuis les Beatles. Fake news comme dirait Donald …


Du même sur ce blog :

McCartney
Egypt Station







THE FEELIES - CRAZY RHYTHMS (1980)

 

Batucada new wave ?

Ce « Crazy rhythms », quand les grands connaisseurs du binaire sortent des listes des meilleures rondelles des septante dernières années, il y est souvent. Pourtant, il s’en est vendu des nèfles, et ses successeurs, encore moins. Enfin, successeurs, on parle avec les Feelies d’un groupe qui en plus de quarante ans d’existence a sorti six disques avec des « absences » de parfois vingt ans. Et dont deux des quatre membres présents sur l’enregistrement ont jeté l’éponge après ce premier « Crazy rhythms ». Et j’ai beau fouiller les tréfonds de mes neurones valides, j’ai pas le souvenir de gens qui se réclament la filiation du groupe ou de ce disque (hormis Peter Buck de R.E.M., ce qui ne vaut rien, le gars est fan – et sincèrement - de millions de gens dont il connaît les disques, Buck est un érudit du genre de feu John Peel).


Donc « Crazy rhythms » est étrange, forcément étrange. C’est le bébé de deux newyorkais, Bill Million et Glenn Mercer, dont les deux influences principales seraient les Beatles et le Velvet Underground, deux groupes aux antipodes l’un de l’autre, que ce soit en termes de popularité ou de musique produite. Soyons clair, les Feelies ne font pas un invraisemblable mix des deux, c’est soit l’un soit l’autre dans leurs titres. Et le plus souvent autre chose … En fait, le groupe auquel ils me font penser est celui des azimutés de Devo, on en reparlera plus bas.

« Crazy rhythms » est sorti en 1980. Temporellement, il se rattache au post-punk et à la new wave, sauf que ces deux termes sont le plus souvent accolés à des groupes anglais. En fait, ce disque est une capsule sonore sans trop d’équivalents, surtout dans les deux genres ci-dessus évoqués.

Les Feelies n’ont rien de glamour ou de sexy. Quatre boys next door dont deux binoclards (comme Blur ou R.E.M.), fringués Prisu décontracté, le buste retouché Photoshop (ou un de ses ancêtres logiciels) sur fond bleu, dans un cadrage 1/3 – 2/3 que John Ford aurait apprécié s’il eût encore été de ce monde. A noter que cette pochette sera dupliquée-plagiée par les autres boys next door de Weezer sur un de leurs disques (sur leur premier, l’évidemment surnommé « blue album », le groupe de Rivers Cuomo ayant souvent l’habitude de ne pas donner de titre à leurs rondelles).

Un peu tartes (aux pommes) les Feelies ?

Vous allez me dire mais pourquoi diable ces quatre quelconques ont suscité l’intérêt. Parce qu’ils ont trouvé un gimmick sonore dont ils usent et abusent, ils rajoutent des percussions partout sur leur base classique, deux guitares, basse, batterie. C’est pas forcément original, l’oublié Michael Viner avec son Incredible Bongo Band avait fait à peu près la même chose au début de la décennie avec « Bongo rock », maltraitant au passage quelques standards (« Apache », « In-A-Gadda-Da-Vida », « Satisfaction », « Pipeline » …). Les Feelies forcent un peu moins sur le côté percu à tout-va, elles ne sont pas au premier plan, viennent juste entretenir un roulement continu au fond du mix. Autre particularité sonore des Feelies, parfois de longs blancs entre les titres, des intros qui peuvent atteindre les trois minutes, qui commencent par un tout juste perceptible murmure sonore, avant que les décibels n’arrivent crescendo.

Bon, tout ça c’est bien joli (quoi que …), mais au final ça ressemble à quoi ? Surtout à Devo, je vous l’ai déjà dit, faut suivre …Flagrant sur des titres comme sur « The boy with the perpétuel nervousness » qui ouvre l’album avec ses accords de guitare saccadés. Et encore plus sur « Everybody’s got something to hide (except me and my monkey) » reprise des comment s’appelaient-ils déjà ces quatre garçons dans le vent de Liverpool, traitée à peu près de la même façon (déstructurée si on veut être gentil, portnawak si on veut être lucide) que les Devo reprenant « Satisfaction » sur leur premier disque. Et tant qu’on évoque les Stones, a été très tôt rajouté aux rééditions de « Crazy rhythms », une cover de « Paint it black », avec mélodie (accélérée) assez fidèle à l’originale et sur laquelle les tapis de percus donnent une petite couleur « Sympathy for the devil ». On le voit, les nerds des Feelies connaissaient leurs classiques.

Autre source d’inspiration (voir plus haut) des newyorkais, le Velvet. Evident sur « Forces at work » et ses plus de sept minutes, qui fait penser au crissant « Sister ray », avec sa simpliste batterie métronomique et ses guitares grinçantes, comme l’était le violon alto de John Cale. Et peut-être encore plus marquant sur « Loveless love », un des musts de la rondelle, avec son intro floydienne, le phrasé grave à la Lou Reed, le tout sur la trademark sonore des Feelies, les percus superposées au rythme saccadé.


« Crazy rhythms » est porté par ce gimmick des percus démultipliées qui lui confère une certaine cohérence, unité sonore clairement identifiable. Et ce même si les titres peuvent partir dans des directions musicales différentes. « Fa Cé-la » ( ? ) paru en éclaireur en 45T , guitares stridentes, rythme tachycardique et phrasé punk, envoyé en deux minutes chrono, évoquerait plutôt les pastilles surréalistes des premiers B-52’s, alors que « Moscow nights » avec son intro tempête de blizzard est très new wave anglaise genre Cure de la même époque, et que « Original love » renvoie plutôt à le new wave hiératique de Joy Division (la voix forcée dans les graves), même si la mélodie est plus enlevée et enjouée que celles que gravait la bande à Ian Curtis.

Pour ceux qui aiment le rock basique, il faut se contenter de « Raised eyebrows », mené par son riff accrocheur de guitare. Et puis laisser de côté le titre éponyme, assez long pensum qui commence bien (du rythme, de la mélodie), avant qu’une pénible partie centrale (une sorte de solo de batterie soutenu par les percus) ne vienne tout gâcher.

« Crazy rhythms » n’est pas un bébé à jeter avec l’eau du bain. Quelques titres bien foutus le rendent même plutôt sympathique. De là à en faire un disque majeur et crucial, y’a quand même un monde …


ALAN J PAKULA - LES HOMMES DU PRESIDENT (1976)

 

9 Août 1974 ...

C’est la date de la démission de Richard Nixon, 37éme Président (Républicain) des Etats-Unis. Démission au terme d’une succession de révélations et de scandales sur les magouilles financières de son parti, d’espionnage des adversaires démocrates, dans lequel tout le haut de l’organigramme du parti et du gouvernement (jusqu’à Nixon lui-même) étaient impliqués. Cette démission est la conclusion historique de l’affaire dite du Watergate, le plus gros scandale politico-financier ayant touché un président des USA (en attendant possiblement que le truand affairiste et queutard Trump prenne quelques centaines d’années de taule …).

Hoffman, Redford & Pakula

L’affaire du Watergate et sa conclusion furent un traumatisme profond et sidérant pour la société américaine, qui voyait le chef d’Etat lui-même remettre en cause les fondements démocratiques du pays.

Et à peine plus d’un an après la chute de Nixon, le cinéma allait porter cette affaire à l’écran. Oh, ça s’est pas bousculé dans le tout-Hollywood pour participer au projet. Derrière lequel il y a un homme, Robert Redford, une des stars les plus en vue et ardent militant démocrate. C’est lui qui produit le film, ce qui finit par attirer Warner Bros pour le distribuer. Pour tenir la caméra, le choix de Redford se porte sur Alan J Pakula, peu connu, mais réalisateur du polar anxiogène « Klute » et de « A cause d’un assassinat » qui traite de celui de JF Kennedy, et lui vaudra la réputation de cinéaste « engagé ».

« Les hommes du Président » ne couvre pas toute l’affaire, le film se termine en 1973 alors que l’issue politique est improbable et que le Parti républicain fait tout pour protéger ses chefs à plumes (dont Nixon) et étouffer le scandale. La suite (que tous les Américains connaissaient) est montrée avant le générique sous forme de dates précisant celles des procès et procédures ayant entraîné la chute et la démission de Nixon.


« Les hommes du Président » s’en tient à l’enquête menée par deux journalistes du Washington Post qui se sont intéressés et ont investigué les premiers après le pseudo-cambriolage dans l’immeuble Watergate. Ces deux journalistes, Bob Woodward et Carl Bernstein, ont écrit aussi ensemble le livre-résumé de leur enquête, dont le titre sera également celui du film, auquel ils ont été associés avec l’écrivain et scénariste William Goldman. Redford a affirmé du bout des lèvres qu’il voulait se contenter de mettre des billets et ne voulait pas être du casting. Il n’y a cependant pas trop eu à le supplier pour qu’il prenne le rôle du plumitif débutant Bob Woodward. Pour Bernstein, la légende (et Redford) prétendent que lui et Hoffman se sont rencontrés par hasard à un match de basket (des Knicks de New York dont ils étaient tous deux supporters) et que le Dustin (lui aussi démocrate, tendance écolo), a accepté le rôle de Bernstein. Si la légende est plus belle que la vérité, etc …

Le film commence par le braquage des bureaux du Parti Démocrate dans l’immeuble Watergate. Cinq hommes bien sapés s’y introduisent de nuit munis de talkies-walkies, guidés-protégés par un complice dans un immeuble voisin. Un veilleur de nuit trouve une porte fracturée, appelle les flics et les cambrioleurs se font serrer par une patrouille de flics en civil, menés par un moustachu à cheveux longs et coiffé d’un bob informe (hommage subliminal à Serpico ?). Woodward, journaliste débutant au Washington Post, à peu près cantonné à la rubrique des chiens écrasés se rend au tribunal (le Watergate est à Washington), où les cinq braqueurs sont jugés en comparution immédiate. Il ne comprend pas très bien ce que ces types bien sapés, dont la plupart se prétendent cubains venant de Miami cherchaient, et est troublé par la présence dans le public de l’audience pour cette affaire très mineure, de l’avocat particulier du principal conseiller de Nixon, qu’il ne connaissait évidemment pas.

Redford, Balsam, Hoffman & Robards

Tout seul dans son coin au journal, il se rencarde auprès de collègues, finit par découvrir que les prétendus Cubains sont en réalité des militants Républicains et que l’un d’entre eux est haut placé dans l’organigramme de l’équipe chargée de recruter les fonds du parti pour les campagnes électorales. Il rédige un papier, espérant être publié que récupère et amende son chevronné collègue Carl Bernstein . Les deux décident de bosser ensemble sur l’affaire, commencent à dévider quelques fils de l’écheveau politico-financier mais malgré le soutien de leur chef de service (joué par Jack Wardens) se heurtent au rédacteur en chef Ben Bradlee (Jason Robards) qui sent le sujet explosif et veut du concret certifié et pas des allégations sans preuves formelles.

Le film va suivre l’enquête des deux journalistes, aidés épisodiquement par un indicateur très haut placé dans on ne sait quel service d’Etat, mais qui sait beaucoup de choses et ne peut se mouiller personnellement. Cet informateur que Redford rencontre de nuit dans l’obscurité d’un parking, est surnommé « Gorge profonde » et est joué (malgré la pénombre, on reconnaît son faciès émacié en quart de lune) par Hal Holbrook.

Gorge Profonde, Deep Throat, Hal Holbrook

Autant le dire, à moins de connaître parfaitement l’affaire, on saisit pas toujours les tenants et aboutissants de l’histoire, noyés que l’on est par un name dropping de pontes le la Maison Blanche et/ou du Parti Républicain liés de près ou de loin à ce qui petit à petit deviendra le scandale du Watergate (espionnage en règle du Parti Démocrate et constitution d’une colossale caisse noire au Parti Républicain). On suit un peu paumé les innombrables coups de fil des deux journalistes (bizarrement, à l’époque du téléphone à cadran, le propriétaire du numéro est toujours à coté de son bigophone pour répondre à la première sonnerie), leurs visites au domicile de personnes dont les noms arrivent au fur et à mesure de leurs investigations, de la pression qu’ils finissent par avoir de leur hiérarchie journalistique, …

En clair, « Les hommes du Président » est un film incompréhensible pour les non initiés, non contemporains et non américains, ce qui fait quand même beaucoup de monde, surtout aujourd’hui.

Mais il y a du rythme, comme les poussées d’adrénaline des deux compères journalistes, quand la lumière jaillit, ou que la pression devient forte. Redford et Hoffman sont parfaits, ils font quand même partie de la poignée des acteurs confirmés et starisés de l’époque, et sont « politiquement » impliqués dans le film. Pakula fait du Pakula (mais en accéléré si on se réfère à son précédent « Klute », « Les hommes du Président » est un film au montage et au jeu des acteurs nerveux, tonique), travaille beaucoup dans l’obscurité anxiogène qui est sa marque de fabrique (les rencontres dans le parking, les visites nocturnes chez les protagonistes de l’affaire, …) qui contraste avec la salle de rédaction du Washington Post, toute en néons riches en lumens et ambiance de ruche (reconstituée à l’identique dans les studios de la Warner à Burbank).

Le tout dans une ambiance col blanc macho très seventies (les hommes sont forts, manipulent et tirent les ficelles, les femmes sont faibles, tourmentées et finissent par balancer). A titre d’exemple, le film qui se veut retranscrire scrupuleusement l’enquête vécue par les deux journalistes, zappe totalement (ça a été remarqué et parfois critiqué) l’importance de la propriétaire du Washington Post, Katharine Graham. C’est elle, qui au moment où l’affaire du Watergate devenait scandale d’Etat et les pressions/menaces des Républicains maximales, qui a soutenu Woodward et Bernstein, les enjoignant de continuer à publier et enquêter, et pas son rédacteur en chef Bradlee. Etrangement son personnage est totalement absent du générique. Et pour la petite histoire, Gorge Profonde, était d’après ses dires au moment de sa mort en 2008, Mark Felt, ancien adjoint de l’éternel Hoover au FBI.

Les vrais Bernstein & Woodward

Et malgré tout, « Les hommes du Président » est un film à voir et à revoir. C’est un film sur la presse qui nous montre ce qu’est le métier de journaliste d’investigation. Du flair, de l’obstination, de l’information, des faits qu’on est allé chercher et vérifier, et surtout de la rigueur. Ne jamais abandonner même quand les difficultés sont désespérantes et les pressions (de la hiérarchie, de la flicaille, des politiques, …) multiples. Une démarche à mettre en parallèle avec les zozos qui ont des cartes de presse aujourd’hui (faut surtout pas les appeler des journalistes), aux ordres d’un quelconque Bolloré qui les paye, et prêts à toutes les compromissions (éthiques, financières, …) pour servir façon complotiste la soupe extrêmedroitarde de leur maître. Peut-être certains de ces pantins rêvent de prix Pulitzer. Woodward et Bernstein eux, l’ont eu.



Du même sur ce blog :

Klute





THE STOOGES - THE STOOGES (1969)

 

Tels les mousquetaires ...

les plus fameux Stooges n’étaient pas trois, mais quatre. Par ordre d’apparition dans les crédits au verso de la pochette de cet album éponyme, leur premier en 1969, Iggy Stooge (vocals), Ron Asheton (guitar), Dave Alexander (bass), Scott Asheton (drums).

Et comme tous les disques majeurs, celui-ci a son histoire. Que le vieux Lester va vous conter …

Au départ était Jac Holzman, passionné de musique, qui fonde dans les années 50 à L.A. un petit label de folk, Elektra. Label qui accumule les coups foireux pendant une décennie, malgré la signature d’un génie, Tim Buckley (le père du noyé Jeff), et d’un autre surdoué déjà bien cramé, Arthur Lee et son groupe multiracial Love. En ce milieu des années 60, Love et Buckley vendent que dalle. Mais Holzman, impressionné par l’incandescent Lee, signe sur les recommandations de celui-ci un groupe bluesy vaguement expérimental de Los Angeles, les Doors. Et là, carton mondial. Du coup, Holzman et Elektra ont plein de fric. Et tout en gardant le folk comme danseuse (signature de Judy Collins), Holzman comprend qu’il faut du rock pour faire bouillir la marmite. Il recrute comme homme à tout faire le journaliste branché (il a fréquenté la Factory de Warhol) Danny Fields.


Fields va informer son patron qu’il y a du rock qui dépote à Detroit, et un groupe dont on parle beaucoup dans le Michigan, les dénommés MC5. Holzman donne carte blanche à Fields, le fout dans un avion pour qu’il aille juger sur pièces, avec pleins pouvoirs pour entamer une discussion de business si affinités. Fields débarque à Detroit, rencontre le manager du MC5, l’agitateur John Sinclair, qui l’impressionne fortement avec ses discours gauchistes, et va voir le 5 en concert à la Grande Ballroom, la salle de concert rock de la ville, où le groupe est quasi résident. Grosse perf scénique du band, et grosse claque pour Fields. Backstage, discussion avec Sinclair et les membres du groupe, qui veulent bien tenter le coup avec Elektra, mais qui disent que dans le coin, à Ann Arbor, dans la proche banlieue de Detroit, il y a un groupe de minots qui arrachent tout live, The Stooges. Celui qui est le plus admiratif pour les Stooges est le guitariste du MC5 Wayne Kramer. Le lendemain, Fields va voir les Stooges en concert, prend la claque de sa vie et téléphone aussi sec à Holzman pour lui dire qu’il a la possibilité de signer non pas un mais deux groupes, le MC5 et les Stooges. Banco de Holzman qui sort le chéquier, vingt mille dollars pour signer le MC5 et cinq mille pour les Stooges.

Dans le récit de ce weekend plutôt riche musicalement, Danny Fields (d’après ses dires à lui, qu’on trouve dans le livret d’une médiocre réédition Cd de 1987) avoue avoir été subjugué par la performance scénique du chanteur des Stooges (pourtant dans les 60’s, y’avait pas que des baltringues on stage ou derrière un micro). Crédité en tant qu’Iggy Stooge, plus tard Pop, le gars s’appelle aux yeux de l’état-civil James Osterberg, et avait commencé dans la musique en tant que batteur d’un autre groupe de Detroit, les Iguanas. D’où un surnom particulièrement stupide (only en France) d’Iguane.


Quand Fields les voit jouer, les Stooges sont essentiellement un groupe de reprises, tendance garage, comme il y en avait des milliers dans toute l’Amérique. En plus d’un chanteur-performer qui capte l’attention, les Stooges disposent en la personne de Ron Asheton d’un guitariste qui va à l’essentiel, pas de parties alambiquées (le riff de « I wanna be your dog » c’est trois notes) et le pied soudé sur la pédale fuzz. Un son et une attitude qui font des Stooges de 1969 les ancêtres des punks et de tous les « retours » du rock énervé à guitares.

Prendre cinq mille balles à Elektra, c’est bien, mais faut aller en studio. Et là c’est pas gagné. Les Stooges n’ont que – d’après la légende, peut-être vraie - trois titres quand ils rentrent en studio (au Hit Factory de New York, loin du Michigan, ils sont logés au Chelsea Hotel, déjà connu pour être le repaire de tous les artistes « bizarres »). Le producteur (choisi par Holzman, qui ira de temps en temps voir ce qu’il se trame en studio et en repartira plutôt horrifié) est John Cale (l’homme du terrorisme sonore du Velvet Underground) qui n’a qu’une seule production à son actif, le « Marble Index », fiasco commercial de sa copine Nico.

Les trois titres dont dispose le groupe sont « 1969 », « I wanna be your dog » et « No fun ». Faut reconnaître que quand on a cette triplette à son répertoire (classiques éternels des Stooges et du rock au sens large), le disque sur lequel ils figurent ne passera pas inaperçu. Quoique … « The Stooges » sera comme de bien entendu un magistral flop commercial, les quelques gens de prétendu bon goût qui l’avaient écouté lors de sa sortie n’avaient pas de mots assez durs pour le démolir (comme son à peu près cousin quelques années plus tard, le premier Ramones). La réhabilitation viendra plus tard …


Eh ducon, tu vas nous en parler de la musique qu’on trouve sur ces trente quatre minutes ? Ah bon, vous la connaissez pas par cœur, cette galette ? Vous avez fait quoi de votre fucking life, alors ? Dans un grand élan de mansuétude pour les déficients auditifs égarés sur cette page, un petit rappel des (mé)faits sonores ici présents.

Le disque commence par un état des lieux, « 1969 ». Pas un millésime folichon nous disent les Stooges, plutôt un cantique pour jeunes paumés et abandonnés par le « système », sur fond de guitare fuzz et d’une rythmique sur le mode handclaps. Oui mais 69, comme on le chantait dans la douce France, c’est aussi une année érotique … et pour Iggy, l’année des fantasmes, avec le titre ultime de toute sa carrière, la manifeste pervers, BDSM, « I wanna be your dog ». Un titre qui a lui seul préfigure les Ramones, le punk, et toutes celles et tous ceux qui en découlent. Un titre qu’Iggy a même chanté en playback il y a quelques années pour une pub SFR (cherchez le lien, bon courage, à moins qu’il s’agisse juste de payer les traites de sa villa de Miami) … Troisième incontournable, « No fun » porté par son riff rockab, avec lequel les Stooges inventent le glam-rock. Un titre qui a fortement impressionné Bowie durant sa période Iggy St…, pardon Ziggy Stardust, et s’est retrouvé cheval de bataille live des Sex Pistols (entre beaucoup d’autres).

Comme les Stooges sont signés sur Elektra, dont les Doors sont le groupe phare, il y a du Doors dans ce premier disque. Flagrant sur l’intro de « We will fall », pièce de bravoure (plus de dix minutes), rumination sexuelle désenchantée d’un défoncé, enjolivée (enfin, façon de parler) par les crissements du violon alto de John Cale. Dans la même veine, « Ann » semble un pastiche du groupe de Morrison, la guitare fuzz en plus et la technique de Densmore aux fûts en moins.


Si pour l’amateur lambda, les Stooges c’est Iggy Pop, sur ce premier disque, le plus impressionnant est Ron Asheton, qui pousse la saturation de sa guitare à des niveaux jamais osés jusque-là. « Not right », basique rock garage, constitue son empreinte la plus indélébile sur ce disque.

Et puis, comme l’inspiration n’était pas toujours au rendez-vous, on a droit en final à « Little doll » qui rappelle bien souvent « 1969 ». Pour finir le tour de piste(s), « Real cool time » est un bon titre, voire plus, dont le seul défaut est d’arriver après la quadrette majeure « 1969 », « I wanna be your dog », « We will fall », « No fun ».

« The Stooges » aura à peu près autant de succès que le premier Velvet Underground (une de leurs influences revendiquées). Contrairement à la bande à Lou Reed, les Stooges vont asseoir leur réputation sur scène, Alexander et les deux frangins Asheton tissant une clôture de barbelés sonique sur lesquelles Iggy se livrera à des performances (au sens premier du terme) enterrant tout que pouvait offrir la concurrence.

Avant les brouilles et les embrouilles (une paire d’années suffiront à bousiller le groupe), les Stooges feront paraître l’année suivante un « Fun house », aussi bon et encore plus extrémiste. Qui pour moi ne peut pas surpasser ce premier jet, essentiel et quintessenciel …