La guerre est déclarée ...
La grosse affaire du milieu des années 90, c’était la britpop et la rivalité Blur / Oasis. Présentation rapide des protagonistes. Oasis, c’était les prolos de Manchester menés par les frères ennemis Gallagher. Travaillistes jusqu’au bout des sourcils qu’ils avaient fort denses, supporters de foot, amateurs de picole et de défonce. Et grandes gueules. Musicalement, du gros boucan mélodique, empruntant aux Beatles et aux Stones revisités heavy. Principaux atouts, un brillant mélodiste, Noel, un grand chanteur, Liam, et deux premiers albums irréprochables et farcis de hits à reprendre en chœur dans les stades.
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| Blur 1994 |
En face, des Londoniens vaguement bobo / arty, Blur.
Menés par Damon Albarn, un blondinet fan des Kinks et de Bowie, soutenu par un
guitariste binoclard, Graham Coxon. Des minots qui la jouaient plutôt profil
bas, sortaient des disques que pour faire simple on qualifiera de pop, lesquels
disques se vendaient de mieux en mieux. De confidentiel avec des disques brouillons,
Blur progressait à chaque rondelle, le groupe devenait connu voire reconnu.
1994 sera l’année de Blur et d’Oasis, année qui
verra la parution de « Parklife », troisième rondelle des Londoniens,
et de « Definitely maybe », la première d’Oasis. Les deux disques
seront précédés de singles marquants (« Girls & boys » pour Blur,
« Supersonic » pour Oasis). Les deux titres finiront en haut des
charts, mais pas à la première place (le premier au printemps, le second à
l’automne). Blur ayant un temps d’avance sur les parutions de singles et
d’albums, ils deviendront la cible privilégiée d’Oasis, résolus à humilier leur
« ennemi ». Des déclarations fracassantes et pas toujours très
finaudes des frangins Gallagher raviront les tabloïds, qui se renforceront
quand dès sa parution, « Defintively maybe » obtiendra un succès considérable,
pulvérisant des records de vente. Il n’en faudra pas plus pour que les frangins
en rajoutent une couche dans leurs provocations orales. Première manche pour
Oasis, mais le combat se poursuivra l’année suivante, quand le « Country
house » des Blur, numéro un des charts, surclassera
« Wonderwall » d’Oasis, lui piquant cette première place. Inutile de
dire que les Gallagher cracheront tout leur venin (« j’espère qu’ils
choperont tous le Sida », ce genre d’amabilités) sur les gars de Blur. Qui
durant toute la séquence jouaient le plus souvent l’indifférence que la
surenchère en tous genres.
Les deux groupes n’ont qu’un gros point
commun : plus Anglais qu’eux, tu peux pas. Pour schématiser, en 1994,
Oasis, c’est des plus très jeunes qui jouent pour des vieux et Blur des jeunes
qui jouent pour des jeunes. Et Blur ont l’arme secrète absolue, Damon Albarn,
dont les progrès à l’écriture sont exponentiels d’un disque à l’autre.
« Parklife » ne vaut pas « Definitely maybe », avis ferme, définitif, etc …
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| Coxon & Albarn |
« Parklife » part dans tous les sens, à
toute blinde (seize titres en à peine plus de cinquante minutes, ça défile, on
a pas le temps de s’ennuyer). Avec parfois des sorties de route, des morceaux
qui tiennent plus de la blague de carabin que du pop-rock-machin … Exemple
type, chaque face vinyle se terminait par des instrumentaux genre flonflons de
fête foraine et bal musette. Heureusement, ils durent moins de deux minutes, il
n’empêche qu’on se demande ce qu’ils viennent foutre là … Dispensable
également, la sorte de ballade expérimentale « Far out » ouvre de
piètre façon la seconde face du vinyle.
Le reste, certes hétérogène, c’est quand même du sérieux. Blur, c’est avec « Parklife », un groupe encore sous influence, avec derrière nombre de titres, de grands ancêtres (anglais, of course). Visible, l’influence du Madness des grands titres pop du début des 80’s, quand ils avaient mis en sourdine leurs blagues ska, et le « Clover over dover » de Blur est de la veine de choses comme « Our house ». Bowie a dû se reconnaître dans la ballade « To the end » (Albarn en fait une bonne imitation vocale), et plus encore dans « Jubilee » qu’on jurerait échappé des sessions de « Ziggy Stardust », et qui constitue un petit frère de « Suffragette City », avec un Coxon qui remet au goût du jour les parties de guitare de Ronson. Les Kinks sont aussi de la revue sur « Parklife » avec là un très grand titre, « Tracy Jacks ». Qui doit beaucoup au Ray Davies des sixties. Et aussi un peu au Who de la même époque, et aux Jam de la fin, période « The gift ». Plus anglais que « Tracey Jacks » tu peux pas.
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| Blur & Moet & Chandon |
Blur est un vrai groupe, composé des quatre mêmes
depuis plus de trente ans. Bon, on pourra toujours dire que la rythmique (Alex
James, Dave Rowntree) n’est pas du calibre de Bogert-Appice, mais les deux
autres, c’est du lourd. Graham Coxon est un guitariste brillant, capable de passer
d’arpèges discrets à de furieuses ruades électriques toutes en saturation. Voir
son parcours solo, une litanie de disques discrets souvent remarquables, et son
nouveau projet avec sa femme (The Weave, superbe disque éponyme). Damon Albarn,
c’est un touche-à-tout génial plus souvent qu’à son tour. Bon chanteur,
compositeur prépondérant chez Blur, cheville ouvrière de multiples projets et
collaborations longues comme un bottin (Gorillaz, The Good, The Bad & The
Queen, des disques avec des musiciens maliens, avec Tony Allen le batteur de
Fela, des opéras, des musiques de film, des apparitions sur de multitudes de
disques, …)
Ces quatre boys next door, ils sont capables de sortir des trucs imparables sur ce « Parklife ». « Girls & boys », leur premier hit majeur, est une sorte de synthèse de trente ans de pop anglaise, et reste trois décennies après sa parution un truc qui se laisse écouter et un des incontournables du groupe. « Parklife » le titre, grosses batterie et guitare, ressuscite une power pop qu’on croyait disparue. « London loves » avec ses guitares à la Fripp-Belew, c’est aussi original que du Rita Mitsouko à l’époque, c’est dire si c’est bien. « Trouble in the message center », ça aurait pu figurer tel quel sur un disque de – oui, oui – Oasis, c’est dire si ça envoie le bois, « This is a low » avec son refrain à la « Hey Jude » est un autre grand classique du groupe. « To the end » est une ballade à la Bowie, « End of the century » n’a rien à voir avec les Ramones, c’est juste un autre grand titre pop. Et un seul titre sonne (un peu) américain, c’est « Badhead », ballade construite sur une trame country, avec ses faux airs du « San Francisco » de Scott McKenzie.
Malgré deux-trois machins dispensables,
« Parklife » mérite amplement le détour.
Et la suite de la guerre Blur / Oasis, me
direz-vous ? Vainqueurs du premier round : Oasis avec leurs deux
premiers disques. La suite pour les Gallagher Bros sera une longue plongée dans
une production de plus en plus mauvaise avec comme apothéose la tragi-comédie
de la baston et de la dissolution de Rock en Seine. Par charité, on n’évoquera
pas les carrières solo de Liam et Noel. Côté Blur, des disques de plus en plus
exigeants, qui évoluent de la pop grand public vers des choses beaucoup plus
expérimentales d’une belle qualité. Second round pour Blur. Alors que l’on
croyait la partie terminée, un bon disque de Blur et la très prévisible tournée
de reformation d’Oasis au succès colossal (et à la tarification dynamique) ont
fait l’actualité des derniers mois. Les deux groupes semblent avoir enterré la
hache de guerre. Noel Gallagher et Damon Albarn ont même écrit une chanson
ensemble (pour un disque de Gorillaz).





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