Plutôt ouvert, le Dr.
A près de soixante dix balais, il aurait pu se contenter
de sa petite réputation auprès du « grand public » et de sa grosse
cote auprès des autres musicos. Le musician’s musician par excellence. Il
aurait pu continuer à sortir des disques tous les deux-trois ans, qui certes ne
valaient pas ceux de ses débuts à la fin des 60’s, mais qui bon an mal an,
ravissaient son public clairsemé.

Sauf que la confrontation-collaboration avec
Auerbach a peut-être obligé Dr John à sortir de sa routine, à écouter et
partager avec un autre, alors qu’il avait depuis longtemps l’habitude de n’en
faire qu’à sa tête. Rarement sa voix aura été aussi claire et précise, lui qui
d’habitude se contentait de marmonner et grommeler sur sa musique. Sans que
pour autant on puisse le confondre avec Florent Pagny.
En fait, le seul moment de flottement à l’écoute de
ce disque, c’est pendant l’intro de « Locked down », le titre. Une
similitude rythmique très troublante avec … le Magma de73. Le reste est, comme
d’habitude, indescriptible, humide, sale, moite, un joyeux foutoir groovy et
festif. On jurerait entendre le ronronnement des antiques amplis à lampes tant
on est loin du son actuel ripoliné et ultra-compressé.
De temps en temps, on perçoit une tentative de prise
de pouvoir par Auerbach, quand la rythmique se rigidifie un peu
(« Revolution »), ou « You lie » avec sa guitare aux riffs
très Black Keys, avant que les cuivres ne viennent faire tanguer et swinguer ce
boucan … Et puis, on sent que les deux ont du s’amuser, en écrivant pour
recréer des choses que l’on n’avait plus l’habitude d’entendre. Une paire de
titres très blackxploitation (« Gateway », « Eleggua »),
qui voient passer les ombres de Richard Roundtree, Ron O’Neal, Shaft, Superfly,
Curtis Mayfield et Isaac Hayes. On a droit aussi en filigrane sur quelques
morceaux à des chœurs féminins traités façon hippie enjoué, des choses qui
rappellent « Jesus-Christ superstar », « Hair », ce genre
de comédies musicales désuètes fleurant patchouli et baba-coolisme. Marrant,
parce qu’effet madeleine proustienne garanti.
Il faut attendre les deux derniers titres pour avoir
les choses les plus classiques, celles dont on peut désosser le plus facilement la mécanique. C’est très fin
années 60, l’un dominé par un Rhodes, l’autre par un B3, et ça évoque
furieusement ce que faisait Dylan à cette époque-là, c’est dire si c’est du
très bon …
Résultat, on se retrouve, un peu con parce qu’on
l’avait pas vu (re)venir, avec un bon disque de Dr John sur les bras. Qui ne
vaut pas « Gris-gris » ou « Gumbo », mais n’en est pas si
loin que çà …
Du même sur ce blog :
Gris-Gris
In The Right Place
The Very Best Of Dr John
Du même sur ce blog :
Gris-Gris
In The Right Place
The Very Best Of Dr John
Je viens juste de le recevoir (ça fait chic, non ? Recevoir...) je ne l'ai écouté qu'une fois et demi. Sans doute pas assez concentré, car j'ai eu l'impression de n'écouter qu'un seul titre de 40 minutes... Le son vintage à l'extrême m'a un peu surpris, un peu too much. En fait, cela m'a surtout rappelé immédiatement l'album "Sunny side up" de Slow Joe, dont nous avions parlé au Déblocnot. Mais je n'ai pas dit mon dernier mot, cent fois sur le métier...
RépondreSupprimerExactement la même réflexion que toi à la première écoute, un morceau de 40 minutes ... faut laisser décanter, et les nuances apparaissent ...
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