HOLE - CELEBRITY SKIN (1998)

 

Hole you need is Love ...

Courtney Love a le cuir bien tanné … Genre scorpion qui résiste à toutes les apocalypses. Veuve de la méga-star de l’époque Kurt Cobain, junkie notoire, collègue d’excès en tous genres avec Drew Barrymore, et donc grande pourvoyeuse d’articles et de photos pour la presse à scandales. Artistiquement parlant, elle s’est lancée dans le cinéma avec louanges inattendues pour un grand second rôle dans « Larry Flint » de l’exigeant Milos Forman. Oui mais musicalement son « boulot » originel d’avant la célébrité mondiale, savoir son groupe Hole, que dalle depuis l’encensé « Live through this » paru quelques jours après le suicide de Cobain. Pire, de persiflantes rumeurs qui avançaient que ce disque était plutôt un side-project sous prête-nom de Cobain qu’un disque de Hole.

Hole 1998 : Love, Erlandson, Schemel, Auf Der Maur

Oh, on en avait bien entendu parler de Hole, mais dans la rubrique nécrologique, lorsque la bassiste Kristin Pfaff a claqué d’une overdose suite à une cure de désintoxication « mal gérée ». De fait, le groupe formé par le guitariste Eric Erlandson et Courtney Love était en stand-by. C’est alors que Zorro est arrivé, sous les traits d’une grande asperge chauve, le sieur Billy Corgan, lider maximo des Smashing Pumpkins qui commençaient à être un groupe très majeur dans le circuit du rock indé américain. Il convient de préciser que lui et la Love s’étaient déjà connus de très près avant qu’elle épouse Cobain, et qu’il se seraient à nouveau fréquentés après le veuvage de Love.

C’est en tout cas à l’instigation de Corgan que Hole retournera en studio. Le « Celebrity skin » dont au sujet duquel il est question ici provient de ces sessions. Corgan n’est pas venu les mains vides, il a participé à l’écriture de cinq titres (sur douze) et a conseillé – imposé l’arrivée de la superbe bassiste rousse Melissa Auf Der Maur pour remplacer Pfaff (c’est aussi Corgan qui dégottera un sessionman pour faire face aux carences techniques de la batteuse Patti Schemel, créditée par copinage sur le disque, présente sur les photos promo, mais qui n’effectuera pas la tournée suivant la parution de « Celebrity skin »).

From Courtney with Love...

On a souvent réduit Hole à un groupe féminin, avec un musicien additif aux guitares. Faux. Eric Erlandson s’il est bien guitariste lead (Love est tout juste capable d’aligner quelques accords sur scène), est aussi le co-compositeur de tous les titres, Love se contentant la plupart du temps des textes. Aux manettes en studio, Eric Beinhorm, révélé pour son boulot avec le rival vite écrasé de Nirvana, Soundgarden, et depuis très côté dans le milieu du rock à guitares viriles (Red Hot Chili Peppers, Living Colour, Aerosmith, Ozzy Osbourne, …).

Autant être clair d’entrée, « Celebrity skin » ne vaut pas « Live through this ». Mais il contient une belle majorité de titres intéressants, voire plus. Parce que Erlandson a la guitare lourde et sort des riffs qui déchirent les tympans, et que la Courtney, malgré une hygiène de vie assez déplorable assure au chant. On est d’accord, c’est pas Aretha Franklin ou Janis Joplin, elle est pas vraiment à l’aise sur les ballades (à guitares). Exemple le plus flagrant : « Northern star », lorsque le dépouillement instrumental laisse la voix de Love en avant, ça le fait pas du tout. Stevie Nicks, dont Courtney Love est une grande fan, aurait fait beaucoup mieux. A l’inverse, Stevie Nicks n’aurait pas été à la hauteur sur l’éponyme « Celebrity skin » qui ouvre le disque. Là, derrière un gros riff, un tempo enfiévré, un petit pont plus léger et mélodique, la Courtney assure, dans un registre rauque très Kurt Cobain. En moins de trois minutes, cette intro se révèlera d’assez loin comme le meilleur titre de la rondelle, surclassant tout ce qui va suivre.

« Celebrity skin » se partage à peu près équitablement entre titres rentre-dedans et ballades plus apaisées, les premiers plutôt au début, et forcément le reste dans la seconde partie du disque. Pour les raisons déjà évoquées (la voix de Love), c’est quand le tempo s’accélère et que la dame se déchire le larynx que les résultats sont les meilleurs. Morceaux les plus notables de la partie « rapide » : « Awful » et ses guitares violentes, avec la Courtney qui hurle dans les aigus, « Reasons to be beautiful », dont les grosses grattes ronflantes qui évoluent au final sur des arpèges apaisés compensent une relative faiblesse mélodique, « Boys on the radio » qui accumule tous les tics (gros son, refrain en forme d’hymne) des titres faits pour les arenas, « Playing your song », très Nirvana avec l’incontournable quiet/loud.


Avis favorable aussi pour une paire de morceaux que pour faire simple on qualifiera de power pop, dont le single le plus diffusé à l’époque « Malibu », où le très Bangles des débuts « Heaven tonight ». Le reste, une bonne poignée, ne mérite pas de se relever la nuit, tout juste peut-on montrer du doigt les ratages les plus évidents, le « Northern star » déjà cité, les geignardises de « Dying », et le final « Petals », ambitieux pensum à la place d’un feu d’artifice terminal qui aurait relevé le niveau.

« Celebrity skin » ne vaut pas son rageur prédécesseur. Il faut quand même lui reconnaître un travail sérieux d’écriture (les titres sont globalement plus longs, les arrangements plus fouillés, les ponts et les breaks permettent d’éviter un monolithisme qui pourrait sur la durée s’avérer redondant). Le Hole de « Celebrity skin », malgré de profonds remaniements de personnel est un vrai groupe qui n’a pas salopé le boulot sous prétexte d’opportunisme, d’un disque bâclé jeté en pâture au public pour voir si ça pourrait intéresser quelqu’un (à peu près à l’opposé de son successeur « Nobody’s daughter » douze ans plus tard, qui malgré quelques bons titres, sentait un peu trop le second service réchauffé).

En tout cas, « Celebrity skin » aura un succès correct, ce qui donnera à Courtney Love les moyens de s’adonner à des excès de plus en plus médiatisés, culminant avec le retrait par la justice de la garde de sa fille au début des années 2000. Junkie un jour, junkie toujours ?