We can be heroes just for one day ...
… ou presque. Parce qu’ils n’a pas duré très longtemps, le Beta Band. Une poignée d’années et trois disques, au tournant du siècle. Et puis basta. Evaporés dans la nature dans l’incompréhension totale, une reformation confidentielle sans passage en studio en 2025, R.A.S de notable au niveau des carrières solo …
Et pourtant, on commençait à parler beaucoup d’eux (et en
bien), ils avaient été portés sur les fonds baptismaux et adoubés à grands
renforts de superlatifs par deux mastodontes de l’époque, Radiohead et Oasis,
avaient ouvert pour eux en concert, ce « Heroes to zeros » avait reçu
un bon accueil critique, se vendait pas mal Outre-Manche.
Radiohead et Oasis donc. Je sais pas ce que les
dépressifs d’Oxford ou les sourcilleux frangins leur avaient trouvé, mais on
peut pas dire que la musique du Beta Band ressemble à ce qu’ils faisaient. Juste
quelques saturations de guitare avec parcimonie peuvent avec beaucoup
d’imagination évoquer Oasis, et une ambiance électronique cafardeuse sur un
titre (« Space Beatle », qui n’a rien de spatial et rien à voir avec
les Fab Four) faire penser à la bande à Yorke, dont le producteur attitré Nigel
Godrich est crédité au mixage de ce « Heroes to zeros », le Beta Band
se réservant la production.
Qu’est-ce qu’on peut bien raconter sur le Beta Band ? Qu’ils sont Ecossais, que les deux fondateurs, Steve Mason et Gordon Anderson (ce dernier ayant assez vite jeté l’éponge pour cause de maladie) sont amis d’enfance, que leurs pochettes de disques sont plutôt moches, celle de « Heroes to zeros » détenant le pompon, affreux mix entre Marvel et mangas (c’est un pote au groupe qui en est responsable et coupable).
« Heroes to zeros », sorti au temps du Cd roi
est conçu comme un vinyle : la quarantaine de minutes syndicales, douze
titres, les six premiers (première face) plus « faciles », les six
autres (seconde face) plus « expérimentaux ».
Globalement, « Heroes to zeros » est un disque
agréable, « facile » à écouter. Le Beta Band est plutôt doué pour
l’écriture, allant jusqu’à glisser plusieurs morceaux dans le même, dans la
tradition du « Good vibrations » des Beach Boys. Un break, un
changement de rythme, et le titre part dans une autre direction. Même si ce
genre de galipette d’écriture n’est pas forcément ma tasse de thé (tout le
monde n’est pas Brian Wilson), y’a rien à dire, c’est le plus souvent bien
fait. Les quatre Beta Band semblent jouer de plein d’instruments, ce qui donne
une grande variété de sons, c’est pas monolithique, on s’ennuie pas. Et de
temps en temps, des cuivres et des cordes point trop envahissants amènent leur
contribution.
Deux titres (qui n’ont pas fait grande carrière dans les
charts ») sont extraits de « Heroes to zeros ».
« Assessment » qui inaugure le disque débute avec ses guitares à la
U2, sa mélodie saccadée à la Talking Heads, avant un break ponctué par un gros
riff bien saturé qui débouche sur un final bien graisseux, très rock.
« Out-side » mélange guitares saturées et accalmies, ça rappelle ce
que faisait Blur à peu près à la même époque, c’est un titre sympa sans être
renversant.
Parmi les titres hautement recommandables, priorité à « Lion thief », pastiche (?) du Jefferson Airplane période « Surrealistic pillow ». C’est totalement bluffant, ne manque que la voix acidulée de Grace Slick. « Easy » titille aussi les oreilles, avec son intro (également au clavinet ?) qui renvoie immédiatement au « Superstition » de Stevie Wonder, avant que le titre se transforme en folk (l’harmonica) sur rythmique hip-hop (ça à l’air totalement improbable présenté de la sorte, mais ça se laisse écouter). Et que le Grand Cric me croque si au début de « Wonderful » c’est pas la mélodie du « Paint it black » (de qui vous savez ou alors c’est que vous êtes un pasdaran égaré sur ces pages) avant que le batteur écrase ses toms sur fond de gros riffs bien craspecs, avant un folk alangui à la fin.
Et tant qu’on est à parler de folk (y’en a plein de
bribes sur ce disque), un mot sur « Troubles » qui renvoie à la fin
des sixties où Fairport Convention tenait la dragée haute aux spécialistes
américains du genre.
Tous ces titres sont au début de l’album. Le reste est
plus … comment dire … compliqué. Plutôt expérimental, comme signalé quelque
part plus haut, mais qui laisse souvent dubitatif. « Rhododendron »
(déjà rien que le titre fait peur), on dirait une méthode Assimil pour orgue
Hammond et clochettes, heureusement c’est le morceau le plus court du disque.
« Liquid bird » sample Siouxsie pour un rendu étonnant (en
l’occurrence pas vraiment un compliment), son très mat, voix étouffée, alors
que la grande prêtresse punk était tout en saturation dans les aigus. Et les
deux derniers titres « Simple » et Pure for » ne font pas partie
des plus réussis, le premier fait penser aux foirades sonores de Kate Bush (ça
lui arrive, nobody’s perfect), et le second folk acoustique parasité par plein
de bruitages, évoque le Wilco des mauvais jours (ça leur arrive aussi, nobody’s
perfect bis).
Après ce disque, honnête sans être indispensable, le
groupe s’est séparé, apparemment sans explication connue. On en connaît de
moins talentueux qui ont duré bien plus longtemps …



