Quelque part, il y a une donnée
qui résume tout : 11 Oscars pour Ben-Hur, record mondial partagé avec « Titanic
» et « Le Seigneur des Anneaux – Le retour du Roi ». En clair, pour ramasser
pareille avalanche de statuettes dorées, faut faire dans le grand spectacle
familial consensuel. Ce qui n’est pas honteux, mais oblige quand même à
arrondir certains angles… ou à en faire un peu trop …
Il y a tout ça dans
« Ben-Hur », film fleuve (faut-il faire des films de plus de trois
heures pour gagner plus de dix Oscars ?) centré sur cinq ans de la vie de
Judah Ben-Hur, riche juif de Judée sous le règne de l’empereur Tibère.
C Heston, S Boyd (Messala) & W Wyler |
Sauf que … la première scène
voit les Rois Mages en Galilée qui suivent des yeux l’Etoile du Berger (merci
Sheila) pour aller déposer leurs présents sur le berceau du fils du
charpentier. Deux cent vingt minutes plus tard, un rayon de soleil éclaire le
Golgotha et ses trois croix … Et de temps en temps dans le film, le petit Jésus
(pas si petit que ça, de subtils cadrages ou subterfuges, à se demander s’ils
le mettent sur un escabeau, il dépasse tout le monde de deux têtes) vient
croiser la route de Judah Ben-Hur (ou le contraire) : il lui donne à boire
quand il est conduit aux galères, il prêche au Mont des Oliviers quand Judah
passe par là, et Ben-Hur traîne dans les rues lors du Chemin de Croix, et est au
premier rang lors de la crucifixion … un Jésus toujours filmé de dos, mais bien
présent. Trop ? En tant que suppôt de Satan, pour moi c’est oui. Et ça
vient parasiter un peu beaucoup l’intrigue principale sans lui apporter quoi
que soit de déterminant (le pardon rédempteur de la fin, on a vu ça des
milliards de fois sans pour autant que Dieu ou sa famille aient besoin de s’en
mêler). « Ben-Hur » ne risquait pas de s’attirer les foudres de tous
ces groupuscules et lobbies de pression religieux si influents aux Etats-Unis.
Ça ne devait pas déranger outre
mesure non plus William Wyler, bon metteur en scène chasseur de succès au box
office (« Les Hauts de Hurlevent » « Mrs Miniver »,
« Vacances romaines »), qu’il ne viendrait à personne l’idée de
qualifier de réalisateur révolutionnaire … Même si techniquement le Wyler se
surpasse. Avec une histoire de format d’image novateur auquel j’entrave rien,
mais surtout avec quelques scènes grandioses, comme la bataille navale, le
triomphe à Rome, et forcément la course de chars. Cette dernière ayant
nécessité des semaines de tournage, des nuées de figurants, des caméras partout
(il paraît qu’on en voit si on fait défiler image par image, non mais, y’a
vraiment des gens qui ont rien à foutre de leur vie, comme si ça durait pas
assez longtemps …), quelques vrais blessés sur le tournage pour cette version
antique des duels Prost – Schumacher …
Ben-Hur & Esther |
Il n’empêche, que réserves
laïques (païennes ?) mises à part, Ben-Hur se laisse regarder plaisamment.
Surtout en Blu-Ray avec image restaurée (version 2009) et d’une netteté euh …
diabolique. Ben-Hur, c’est Charlton Heston. Le beau gosse baraqué de l’époque,
tous pectoraux en avant. Faut dire qu’il avait déjà testé le péplum biblique en
étant en haut du casting dans « Les Dix Commandements ». Et faut
reconnaître aussi qu’il signe une performance irréprochable et mérite la
statuette dorée qu’il a récoltée à titre personnel. Il y aurait beaucoup à dire
sur ce qu’est devenu le jeune premier (un Républicain figure de proue de la
NRA). On s’en tiendra juste à la remarque qu’on peut avoir été un grand acteur
et finir sale gros con … « Ben-Hur » repose sur les épaules de
Heston, entouré d’acteurs que l’on peut sans être injurieux qualifier de
seconds couteaux, venant de tous horizons (en plus des obligatoires américains,
on trouve des anglais et même une israélienne, Haya Harareet, qui joue Esther,
l’amoureuse-compagne de Ben-Hur).
Un certain sens du grandiose |
L’histoire est simple, les
ressorts de l’intrigue également. Ben-Hur, chef d’une famille princière très
aisée de Judée, voit débarquer à Jérusalem son ami d’enfance, le Romain
Messala. Ils ne se sont pas vus depuis longtemps et après les premières
effusions, l’atmosphère devient glaciale, puis très vite haineuse entre eux. Judah
ne rêve que d’émancipation pour son peuple colonisé et asservi par Rome,
Messala est un ambitieux arriviste qui rêve lui d’une grande carrière dans l’Empire.
Messala utilisera le premier prétexte venu pour envoyer Ben-Hur aux galères, où
il ramera des années avant de sauver la vie d’un haut dignitaire romain lors d’une
bataille navale, d’être adopté par lui, de triompher à ce titre à Rome, d’y
devenir un grand conducteur de chars. Il sera dès lors temps pour lui de revenir
en Judée pour se venger de Messala lors de la fameuse course de chars, Messala
représentant Rome, et Ben-Hur les Judéens et les Arabes (autre peuple asservi)
qui lui ont fourni les chevaux. D’autres événements et personnages secondaires
donnant un peu plus de consistance au scénario, la recherche par Ben-Hur de sa
mère et de sa sœur arrêtées en même temps que lui, l’histoire d’amour avec
Esther, la fille de son intendant, l’apparition des personnages historiques ou
bibliques tels Ponce Pilate, Tibère, Balthazar, …
Si l’on est pervers, on peut
voir dans Ben-Hur la symbolique du peuple opprimé se révoltant contre son
oppresseur, on peut garder les Juifs et « remplacer » les Romains par
les nazis, et toutes sortes de symboliques de ce genre. Pas sûr que Wyler et
ses scénaristes aient voulu aller aussi loin. Beaucoup plus prosaïquement, faut
certainement s’en tenir à ce qu’on voit à l’écran.
Et si on s’en tient à ça, « Ben-Hur »
reste quand même un bon film et un bon spectacle familial …
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