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RICHARD HAWLEY - STANDING AT THE SKY'S EDGE (2012)

Qu'a fait Hawley ?

Ben ouais, quoi … quand on  a réussi à se faire un (petit) nom dans le music business, qu’on a son (petit) public, quand son patronyme est immédiatement assimilé à une forme d’expression musicale, faut pas chercher à comprendre, faut passer sa vie à refaire le même disque sous peine de retomber dans l’anonymat.
Mais voilà, Richard Hawley n’est pas – au hasard – Chris Isaak. Il aurait pu être ad vitam aeternam un crooner anglais triste, torchant des rondelles dont chacune serait la photocopie de la précédente ou de la suivante, avec comme seul point de différenciation un état de grâce dans la composition qu’on atteint parfois. Ses états de grâce à Hawley s’appelaient « Cole’s corner » qui lui valut le Mercury Prize (sorte de prix Goncourt british du rock-pop-machin) et « Truelove’s gutter » sur lequel sa recette patiemment mise en place touchait au sublime.
En train de raconter une histoire un peu Hawley Hawley ?
« Truelove’s gutter » est le disque précédant ce « Standing … ». Et Hawley qui ne doit être ni sourd ni con a dû se dire qu’il avait placé la barre tellement haut qu’il serait vain de vouloir la dépasser. Et des évènements extérieurs lui ont collé une sorte de rage, contenue, mais la rage quand même. Selon lui, ces idées noires lui seraient venues de la mort d’un ami proche et de l’exercice du pouvoir calamiteux (what else ?) des conservateurs revenus aux affaires en Angleterre. Parce que Hawley est Anglais, peut-être pas autant musicalement que Ray Davies, mais Anglais quand même, est originaire de Sheffield, vieux bastion industriel du Labour Party, à l’activité saccagée par les années Thatcher …
Hawley s’est aussi souvenu qu’il avait été guitariste en tournée et parfois en studio du Pulp de Jarvis Cocker et que ce dernier venait de le rappeler quelques mois plus tôt pour remonter une énième mouture de son groupe. Parce que Hawley, c’est un de ces guitar heroes anglais, reconnus par leur pairs (comme tous ces Chris Spedding, Albert Lee, Richard Thompson, Bert Jansch, liste infinie) mais condamnés à passer leur vie dans l’obscurité qu’ont posé sur leurs successeurs la Sainte Trinité des 60’s des Beck, Clapton et Page. Et Hawley oubliant sa trademark et sa petite notoriété publique, a fait un disque de guitariste. Pas même besoin d’écouter la rondelle, suffit de voir l’intérieur du (maigre) livret rempli de gros plans sur des détails de guitares qu’on suppose prestigieuses et vintage …
La plupart des habitués de la maison Hawley furent déçus par ce « Standing … » de rupture. Ils ont dû l’écouter en travers, cette rondelle. Qui si effectivement n’a que peu à voir avec les précédentes, vaut plus que largement le coup d’oreille. D’abord parce que Hawley n’est pas un guitariste brise burnes reléguant les autres musicos au fond du mix pour placer plein centre de la stéréo un solo que l’on imagine toutes grimaces en avant de douze mille milliards de notes à la seconde. Non, Hawley mixe sa guitare à un volume tout à fait déraisonnable tout le temps, et ne se hasarde que très rarement à des solos égomaniaques (les deux sur le premier titre « She brings the sunlight » étant l’exception qui confirme la règle), qui de toute façon misent tout sur le rendu sonore plutôt que sur l’agilité des doigts le long du manche. En gros, si vous aimez le Neil Young énervé et grand-père du grunge de la fin des 80’s, ce disque est pour vous. Dans un registre de chansons tout à fait différent de celles du canadien …
Je vous avais dit qu'il était guitariste ?
Le domaine de prédilection de Hawley, c’est la ballade down ou mid tempo. Dont il s’éloigne parfois pour faire des machins beaucoup plus rentre dedans. Ainsi « Down in the woods » dont le riff rappelle le « 1969 » des Stooges (pas besoin d’en dire davantage, le seul nom des Stooges vaut plus que de longs discours). Ou « Leave your body behind you », qui avec son gros riff qui dépote et sa voix aérienne ramène au shoegazing (Angleterre, quelques mois vers la fin du XXème siècle, avec My Bloody Valentine et Ride en tête de gondole, mais que sont ces gens devenus ?). On pense aussi de loin aux Jesus & Mary Chain pour ces mélodies pur sucre noyées sous des guitares toutes en reverb, feedback et larsens …
Ce qui nous amène à parler du chanteur Richard Hawley. On sent qu’il chante parce qu’il en faut bien un qui s’y colle et comme c’est son disque, c’est tombé sur lui. Faut être clair, dans le genre ballade triste, il se situe à des années lumière de l’expressivité d’un Roy Orbison, si vous voyez ce que je veux dire … Et quand les titres s’emballent, Hawley n’a pas le coffre pour accompagner la musique. C’est le seul gros reproche qu’on peut faire à cette rondelle, avec la faiblesse relative par rapport au reste du morceau « The wood collier’s grave ».  Parce que il y a dans « Standing … » de la matière. Hawley compose bien, évite le monolithisme donnant parfois dans l’ambiance floydienne (le crescendo de « Don’t stare at the sun » même si son jeu de guitare n’a rien à voir avec celui de Gilmour), l’alternance du quiet / loud sur le même tempo (la somptueuse ballade terminale « Before »), la prière incantatoire rageuse du titre d’ouverture (« She brings the sunlight »), quelques intros (longues et très travaillées chez Hawley) qui évoquent les ambiances sombres des Doors …
Tout à fait « logiquement », malgré de louables efforts de sa nouvelle maison de disques (Parlophone) qui a sorti quatre titres en singles, « Standing … » a été une gamelle commerciale …
Normal par les temps qui courent. C’est un bon disque …



KING TUFF - THE OTHER (2018)

Le King est mort, etc ...

Bien que celui dont il s’agit ici, le dénommé King Tuff, doit un peu s’en foutre d’un quelconque royaume … Il se contente, le sieur Kyle Thomas de son vrai nom, d’être guitariste plus ou moins attitré des Muggers, un des backing bands de la « superstar » Ty Segall et donc évidemment pote avec cette nébuleuse de types de la scène garage de San Francisco. Le King Tuff donnant l’impression d’être un gars assez instable et bizarre. 
Décontracté au milieu du mur de Marshalls, le King ...
Suffit de le voir poser sur sa pochette en chapeau pointu turlututu. Paraît qu’il est fan du mage sataniste Aleister Crowley (comme Jimmy Page  … ou l’Ozzy Osbourne). Paraît aussi que sous ses airs frappadingues de roi de pacotille c’est plutôt un dépressif. Tout ça nous amène à ce « The Other », aux textes pas forcément très joyeux et remplis à la gueule pour ce que j’en ai compris de références ésotériques plus ou moins fumeuses.

Ça aurait pu donner une galette genre Cure – Joy Division au rabais, le truc à écouter quand après avoir raté ta vie, tu te prépares à rater ton suicide. Ben non, pas du tout. On est très loin de la cold wave et d’une black celebration. La musique du Roi Tuff est apaisée, plutôt enjouée, voire carrément funky. Ses potes sont venus lui filer un coup de main (Ty Segall à la batterie sur la plupart des titres, quand c’est pas lui c’est Charles Moothart, Mikal Cronin fait une apparition au saxo, et Kevin Morby fait les chœurs sur un titre, on reste dans la famille). King Tuff s’occupe de tout le reste, il a écrit, enregistré at home, produit, chante et joue de tout un tas d’instruments. Dont les maintenant incontournables synthés 80’s, dont il ne garde heureusement que le côté sonore vintage, préférant en napper ses titres plutôt que d’en tirer des mélodies putassières jouées à un doigt. En résumé, le type a plutôt bon goût.
Et il écrit même des trucs qui, s’ils ne risquent pas de faire de l’ombre à Kanye West et Justin Timberlake en haut des charts se laissent écouter, et certains plutôt deux fois qu’une. A commencer par le morceau-titre qui ouvre les hostilités par des bruits de clochettes, auxquels se greffent des nappes de synthés et une mélodie évidente, le tout donnant l’illusion parfaite de la ballade 60’s toute en émotion et feeling. Le genre de titre dont pourraient tomber amoureux les fans de Nick Drake, s’il en reste encore et qu’il leur vienne à l’idée d’écouter cette galette. Ce « The Other » surclasse pour moi tout le reste du disque… sans que toutefois le reste démérite. On pourra néanmoins zapper sans trop de regrets « Infinite smile », le genre de titre un peu foutraque comme le scientologue Beck doit en écrire dix par jour et foutre à la poubelle ensuite. Le single choisi, censé booster la notoriété du machin, c’est « Psycho star » qui à mon avis est plutôt quelconque, passons ….
Au milieu d'un cadre très aristocratique ...
Mais il serait quand même dommage de passer à côté du somptueux « Birds of paradise » (rien à voir avec les terrifiants Mahavishnu Machin), grande chanson pop citant je crois bien des bribes du « Pastime paradise » de Stevie Wonder. Et tant qu’on est parler de l’aveugle dreadlocké de la fin des 70’s, il y a parfois tout du long de ce « The Other » de ces intonations funky jazzeuses dont était friand le Wonder. J’ai même cru déceler (ou sont-ce mes nouvelles enceintes qui sont pas encore rodées) sur les couplets de « Circuits in the sand » des bribes mélodiques très « I will survive ». Rayon bonne pioche, on peut prendre « Raindrop blue » classic rock d’americana qui ne dépaysera pas les aficionados de la sainte trinité centriste Springsteen-Seger-Petty. Et alors que la planète semblait avoir oublié le Knopfler du temps de Dire Straits, l’intro de « Ultraviolet » (rien à voir avec l’égérie de Warhol ou le morceau de U2) fera ressortir des étagères « Money for nothing » pour constater que la gratte du Tuff sonne comme celle du Marko K… Précisons que tout ceci tient plus du subliminal que de la citation scolaire ou de la copie éhontée.
King Tuff est un guitariste. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il la joue pas vraiment guitar hero, et perso ça me gêne pas. Il s’appuie volontiers sur ses vieux claviers et ça donne une patine très rétro chic à son disque, sans que ça tourne non plus à la citation énamourée de la syntaxe musicale 60’s – 70’s. Il y a chez lui une sorte de classicisme, une envie de faire un disque « à l’ancienne ». Et comme une évidence, « The Other » se termine avec « No man’s land » par une ballade-berceuse (genre « Goodnight ladies » de Lou Reed) qui va crescendo en s’appuyant sur des nappes de synthé comme on en a entendu des milliers …
De la belle ouvrage, plutôt bien faite, quelques excellents titres, rien de révolutionnaire, donc le King peut garder sa couronne …



SONNY SMITH - ROD FOR YOUR LOVE (2018)

L'homéopathie Smith ...

Ne surtout pas se fier à la pochette. On dirait l’affreux Michael Youn en train de se la péter dans une décapotable vintage ricaine. Ben non, ce type est une de ces légendes underground (entendez par là qu’à part sa famille et quelques spécialistes du rock indé de la Côte Ouest des USA, personne en a jamais entendu causer) dont les faits d’armes sont habituellement commentés par ses maigres cohortes de fans.
Sonny Smith & Dan Auerbach
La plupart du temps, il sévit en groupe, sous le nom de Sonny & The Sunsets (et cette fois-ci, c’est bien avec ses Sunsets qui l’accompagnent sur scène qu’il a enregistré, mais comme les paroles sont très personnelles, « Rod for your love » paraît sous son seul nom). Son plus haut fait d’armes à ce jour est d’avoir fait le pari (stupide ?) de sortir cent (oui, vous avez bien lu) 45T sous autant de pseudos différents et avec des comparses plus ou moins nouveaux à chaque fois. Sinon, il est paraît-il pote avec Ty Segall et John Dwyer, et rien que pour ça, il a toute ma sympathie, Smith.
Pour ce « Rod for your love », il s’est acoquiné avec Dan Auerbach le chanteur guitariste des Black Keys, et s’en est allé enregistrer dans le studio de ce dernier, à Nashville (le disque sort d’ailleurs sur le label d’Auerbach, Easy Eye Sound). Vu la tournure de plus en plus mainstream qu’a pris la carrière des Black Keys, il aurait été présomptueux d’attendre un décape-oreilles radical de l’Auerbach.
On est fixé dès l’intro du premier titre « Pictures of you » qui a comme un petit air de celle de « Mr Tambourine Man » par les Byrds. Ce qui en soi est plutôt pas mal. La mélodie est superbe, le chant de crooner désabusé du Smith soutenu par des chœurs féminins discrets et des arrangements millimétrés, tout concourt à faire de cette mise en bouche une réussite. Bon, des types capables d’un morceau génial entouré de machins soporifiques, c’est pas ça qui manque.
Et bien, avec Sonny Smith, on a pas le temps de piquer un somme. D’abord parce que le disque dure pas trois plombes (dix titres en 31 minutes), et ensuite parce que le niveau d’excellence se maintient d’un bout à l’autre. Assez surprenant, parce que le Smith n’est pas un joyeux de nature, plutôt un dépressif qui fait des efforts pour avoir juste l’air triste. Après écoute de cette rondelle, il y a un nom qui clignote chez moi, celui d’Elvis. Non, pas l’amateur de sandwiches au beurre de cacahuètes, mais le teigneux binoclard Costello. Et plus précisément le Costello de « Imperial bedroom » (1982), quand l’autre Elvis s’était mis en tête de sortir au milieu de sa logorrhée vinylique, un disque de chansons comme on n’en avait pas entendu depuis … Lee Hazlewood ? … Burt Bacharach ?
Sonny Smith
« Rod for your love » est un disque de sunshine pop triste, inspiré par les grandes chansons des années soixante, avec le son des années quatre vingt. Vous situez ? Non ? Tant pis pour vous … Que le grand cric me croque si certaines mélodies n’ont pas comme un air de déjà entendu (attention, on ne parle pas copie ou plagiat, mais réminiscences). Si l’intro de « Burnin’ up » n’évoque pas celle de « Stand by me » ; si les paroles du ska ralenti  « Live, love and be free » (sublime meilleure chanson du disque, adressée à son fils) ne rappellent pas les Specials (« A message to you my son » vs « A message to you Rudy ») … Et tiens, ces Specials là étaient produits par … Elvis Costello, je vois que vous suivez. Le Joe Jackson de la grande époque (celle de ses débuts) pointe son museau (les lignes de basse de « Lost »), le Ray Davies qui torchait plus souvent qu’à son tour des titres géniaux planqués sous des mélodies désuètes est aussi de la revue (« More bad times »). Sinon, on pense à la power pop du Dwight Twilley Band, à l’americana mainstream de Petty (« Refugees », un titre pareil ne peut pas être une coïncidence).
Pour faire simple, on dira que sur dix morceaux, ils y en a neuf de magnifiques. Le dixième (« Bores me to tears »), placé à la fin du disque est le plus ambitieux, comme si Sonny Smith voulait donner sa version de « Good vibrations ». Faut quelquefois savoir raison garder, le résultat est plutôt médiocre, n’est pas Brian Wilson qui veut …
Disque totalement improbable et pourtant réussite majeure… quand je vous disais qu’il a toute ma sympathie, Smith …



INSECURE MEN - INSECURE MEN (2018)

Rebirth of cool ?

Même s’il s’agit d’un premier disque, la matrice des Insecure Men, la paire Saul Adamczewski (guitariste) et  Lias Saoudi (chanteur) commence à être bien connue de ceux qui prennent la peine de lire les notes de pochette … ben ouais, y’a pas de notes de pochette quand on écoute Deezer ou un mp3, z’avez qu’à les acheter les skeuds, ça peut vous rendre sinon intelligents, du moins un peu plus cultivés, et je dis pas ça pour faire gagner de la thune aux maisons de disques, rien à foutre …
Romans Hopcraft et Adamczewski, du boulot pour les dentistes ...
Bon, Adamczewski et Saoudi, c’est les deux zozos plus ou moins leaders des very surestimés Fat White Family, mais aussi ceux que l’on retrouve sur le projet (sans lendemain ?) Moonlandingz, rondelle sortie l’année dernière et dont je dis le plus grand bien quelque part sur ce blog, z’avez qu’à chercher, j’ai la flemme de foutre un lien … Même si pour les Insecure Men dont il est question ici, la paire décisive c’est Adamczewski (‘tain, il pouvait pas s’appeler Page ou Beck ou Young, comme tout le monde …) et un pote à lui Ben Romans Hopcraft, entourés de toute une raya de dépenaillés électriques (treize !! d’après les notes, encore elles, de pochette) parmi lesquels figure Sean Lennon (oui, le fils de son père) qui produit la rondelle.
Et ça ressemble à quoi, le bruit que font les Insecure Men ? Pas facile à décrire, y’a plein de choses a priori hétéroclites et disparates qui agissent sur le cerveau telles les proverbiales madeleines du Marcel en ce qui concerne l’habillage sonore. Point commun à tous les titres, ils sont écrits et produits à l’ancienne, avec une intro, une mélodie, des couplets, un refrain qui arrive pile poil quand on l’attend, des breaks bienvenus et malins, toute cette sorte de chose qui sont autant d’énigmes insolubles pour … plein de gens qui sortent des disques aujourd’hui.
La dominante c’est une ambiance cool, peinarde (pour la musique, les textes semblant un peu plus, heu … clivants, comme souvent chez cette bande d’énergumènes, mais qui cependant semblent sur ce coup-ci avoir mis quand même pas mal de flotte dans leur piquette nationaliste rance un peu trop voyante chez la Fat White Family). Les rares embardées électriques, comme « Mekong glitter » (effectivement glitter avec ses riffs martiaux qui soulignent la mélodie pop, et sa trame rythmique siamoise de celle de « We will rock you » de Queen), sautent immédiatement à l’oreille. Alors qu’à l’opposé le talking blues sur fond de piano bar jazzy de « Ulster » donne envie de piquer un petit roupillon tellement ce genre de machins soporifiques a été commis des milliards de fois par des types plus doués (le Tom Waits des débuts s’il ne fallait en citer qu’un), alors qu’il suffit de pas grand-chose dans un registre très similaire pour que ça fonctionne (« Cliff has left the building »).
Insecure Men live (et pas Jamiroquai)
C’est quand ils s’adonnent à une pop à synthés voyants sans être vulgaires (exercice délicat) que les Insecure Men sont les meilleurs. Ça tombe bien, c’est l’essentiel du disque, et dans un genre pourtant plutôt rebattu depuis plus de trente piges, ils réussissent à capter l’attention. Que ce soit  dans la langueur de l’inaugurale ballade « Subaru nights », dans la terminale « Whitney Houston & I » (hommage tellement narquois qu’on ne sait plus si c’est de l’art ou du cochon) qui donne envie de se servir une autre bière juste pour le plaisir de chialer dedans, le groupe évolue dans un genre qu’il maîtrise à la perfection. On pense à l’esprit des Stranglers de « Feline » assez souvent, parfois à celui des Cars (« Teenage toy ») tant les ficelles sont grosses (mais bien utilisées d’une façon quasi chirurgicale), les chœurs féminins (en plus d’être treize, il y a sur quelques titres une chorale féminine) et le sax de « All women love me » renvoient à Roxy Music ou au Bryan Ferry en solo des 80’s (ce qui on en conviendra est blanc bonnet et bonnet blanc). Même si le rythme s’énerve (« I don’t wanna dance ») avec un chant maniéré, la merveille de la mélodie et les arrangements subtils font passer la sauce, les cuivres sont parfois de sortie (« The saddest men … ») et alors on dirait un inédit du 3ème Velvet en version rythmn’n’blues.
Même s’il y a des fois où ça coince (« Heathrow » fait penser aux pénibles titres du Clash tartinés par Mick Jones sur « Sandinista ! »), les Insecure Men ont sorti un disque qui s’il ne révolutionnera certes pas le binaire électrique, est plutôt plus réussi que la plupart des rondelles contemporaines. A preuve le titre bonus rajouté sur la version Cd (« Buried in the bleak ») qui ne fait pas comme c’est bien trop souvent le cas remplissage miséreux ou blague en roue libre qu’on rajoute parce qu’il  reste de la place sur la rondelle argentée …
A noter que les Insecure Men sont signés par le label Fat Possum, que l’on connaissait plus comme maison de retraite de bluesmen de seconde zone que comme repaire de revivalistes 80’s…



BEECHWOOD - SONGS FROM THE LAND OF NOD (2018)

East - West ...

Selon la Bible, la Terre de Nod est située à l’Est d’Eden. Je vois à votre mine ébahie que vous savez pas ou est l’Eden, alors ce qu’il y a à l’Est, hein … Remarquez, j’en sais pas plus que vous, je lis pas l’Ancien Testament tous les matins. Ce que je sais, c’est que les Beechwood sont de New-York, donc de l’Est des Etats-Unis. Mais qu’ils sont aussi un peu à l’Ouest. Mais non, pas de Los Angeles ou San Francisco, à l’Ouest quoi, autrement dit ailleurs … Vous pigez ? Pff, c’est bon, laissez tomber …

Heureusement, maintenant que le vinyle revient à la mode, on fait des pochettes qui parlent, qui en disent parfois plus long qu’un discours vaseux. Et que voit-on, sur celle de « Songs from the Land of Nod » ? Trois gugusses qui prennent la pose sur un trottoir, au ras du caniveau, attifés comme des New York Dolls version Emmaüs. Le grand blond en rouge et noir (no Jeanne Mas fan) se fait appeler Gordon Lawrence, c’est lui qui écrit tous les titres et joue de la guitare, en se prenant pour Johnny Thunders, Tom Verlaine ou Lou Reed (au hasard - enfin, non, pas au hasard - trois newyorkais). Le métèque à l’Ouest, enfin, à gauche, c’est son pote batteur, plus tatoué qu’une Amy Winehouse qui serait devenue centenaire. Au milieu, le bassiste prétend se prénommer Sid, ça vous pose un bassiste, n’est-ce pas …
Ces trois déglingués par une vie sociale ricaine apparemment pas faite pour eux, sortent donc un disque aussi bordélique que leurs références et que leur parcours dans la vie, si l’on en croit une bio (plus vraie que nature ?), sorte de chanson de geste du zonard post X Generation.
L'art de se faire remarquer vestimentairement
Leur musique leur ressemble, débraillée, dépenaillée, mais pas honteuse, s’assumant et assumant ses influences. Le Velvet et sa multiple descendance, les Dolls et les Heartbreakers de Thunders, les punks, le rock garage, et les drogues qui aident à faire la musique pour des gens qui aiment à écouter cette musique en prenant des drogues (merci Spiritualized). Autrement dit, avec les Beechwood, on avance au moins d’une demi-décennie par rapport au gros de la production actuelle, faite par des types au calendrier spatio-temporel bloqué entre 65 et 68.
Il y a chez les Beechwood des éjaculation punk (« Melting over you »), louchant parfois vers le côté Ramones de la chose (« This time around »). On sent que parfois, ils aimeraient aller encore plus loin, taquiner les winners des années 2000, las, leur « All for naught », pourtant point trop mauvais, fait penser à du Strokes sous Lexomil.
Des fois, ils se prennent les pieds dans le tapis persan (« Land of Nod », musique mystique pour fumeurs de crack avec ses déconstructions brinquebalantes). Logiquement et comme souvent quand on est pas très sûr de son coup, on met tous ces titres un peu mal accouchés vers la fin du skeud, et les meilleurs d’entrée.

Et force est de reconnaître que se « Songs from the Land of Nod » commence plutôt bien. « Ain’t gonna last all night » est déglinguée juste ce qu’il faut , « I don’t wanna be the one you love », téléporte les New Yorks Dolls dans notre siècle (oui, je sais, les vrais ou ceux des vrais qui sont pas encore morts y sévissent déjà). Pour moi, trois titres surnagent du lot. Une reprise garage punk foutraque la tête dans le sac à vomi du « I’m not like everybody else » des Kinks, montre que ces trois zozos connaissent aussi leurs classiques d’Outre Atlantique.
Mais les deux cerises sur cette galette sont deux morceaux très typés Velvet Underground. « Heroin honey » d’abord. Mettre « heroin » dans un titre de chanson suffit à situer la référence, même si musicalement on est assez loin de ce qu’à pu produire Lou Reed. Et puis, il y a un extraordinaire morceau, « C/F », ballade vénéneuse comme en a chanté Nico sur l’album à la banane, avec une guitare slide qui remplace le violon de John Cale tout en étant aussi grinçante. Et là, c’est toute la famille qui arrive en filigrane et en rangs serrés, tous les Mazzy Star et autres Jesus & Mary Chain. « C/F » est malgré ses références évidentes un titre rare, précieux, comme on n’en écrit pas beaucoup dans sa vie …
Les Beechwood, qui mettent en avant une philosophie de je m’en foutistes déglingués ont fait un disque à leur image, je m’en foutiste et déglingué. Un disque à l’Ouest,  … ou à l’Est … un disque du pays de Nod, quoi …



KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD - POLYGONDWANALAND (2017)

Du prog écoutable ?

King Gizzard Etc … est un groupe totalement à part, donnant une couleur musicale différente à chacun de ses disques. Et des disques, ô bonne mère, ils arrêtent pas d’en sortir. Le groupe (ils sont sept quand même, ça fait des bouches à nourrir, ceci explique peut-être cela, quoi que …) depuis ses débuts discographiques en 2011 a sorti quatorze, oui quatorze Cds. Avec comme objectif annoncé d’en faire paraître la bagatelle de cinq en 2017. Et vous savez quoi, ils y sont arrivés (limite, le dernier est sorti le 31 décembre).
Famille nombreuse, famille heureuse ?
Evidemment, pareil stakhanovisme ne doit pas faire rire la maison de disques. C’est pourquoi ils ont décidé de faire sans. Encore plus forts que Radiohead qui avait initié le truc avec « In rainbows », les King Machin ont foutu les morceaux de ce « Polygondwanaland » direct gratuitement sur Internet. Mais là où les tristes sires de Radiohead demandaient une facultative participation financière et avaient quelques semaines plus tard sorti le Cd physique, les King Gésier mettent leurs titres en version flac (le meilleur format audio sans aucune déperdition par rapport à la source originale), y joignent les visuels en images haute définition, et donnent en plus à tous les téléchargeurs la licence de distribution. Résultat des courses, des dizaines de petits labels, certains créés pour l’occasion, sortent des éditions à petit tirage dans les formats les plus improbables (vinyles colorés, transparents, Cds gatefold, cassettes audio) de ce « Polygondwanaland ». Leur maison de disques, si tant est qu’ils en aient encore une, a dû vachement apprécier. Mais les King Truc s’en foutent …
Bon, ils ont beau être doués ces zozos (presque tous sont multi instrumentistes, et des instruments que vous risquez pas de trouver dans le Leclerc du coin, genre glass marimba, mais késako ?), on sort pas une soixantaine de titres dans une année sans qu’il y ait quelques déchets …
Surtout que là, avec « Polygondwanaland », ils versent dans le côté obscur de la farce, ils donnent dans le prog. Et le prog de chez prog, celui des seventies. Mais comme cette horde australienne est composée de gens de goût, ils ne s’abaissent tout de même pas à recréer les daubes à la Yes ou Genesis. Ils regardent plutôt du côté du kraut, ou alors des groupes évoluant plutôt à la marge du genre, genre le Floyd, Crimson, Magma … Bon, forcément, y’a pas de quoi s’agenouiller et crier au génie devant tous les titres, quelques-uns peuvent être laissés de côté, comme « The castle in the air » (se sont pas trop foulés sur celui-là, on dirait bien qu’ils ont samplé le son du vieux jeu d’arcade « Space Invaders »), ou le bordélique et ultime « The fourth colour » qui semble un collage de tous les trucs qu’ils avaient pas réussi à caser sur les morceaux précédents.
King Gizzard & The Lizard Wizard live
Le reste se laisse écouter, à condition d’aimer les ambiances sonores chaloupées orientales, et la flûte (tel un Ian Anderson des Antipodes, Stu McKenzie, le leader du groupe, en fout un peu trop partout). Si l’on n’est pas allergique au schémas rythmiques des premiers Peter Gabriel en solo, on appréciera « Searching … », si l’on n’est pas réfractaire au King Crimson des 80’s on trouvera « Tetrachromacy » plutôt intéressant. Même si ces titres font un peu remplissage, sont moins travaillés et élaborés que les autres.
Je sais pas comment ils font (et je m’en tape) mais les King Bidule sortent des disques finis, même si c’est à une cadence infernale, ça sonne pas du tout maquette approximative, y’a du boulot sérieux sur le son et les arrangements. Et ils réussissent à accoucher de choses intéressantes, voire plus. Rayon réussites, « Deserted dunes … », avec son pilonnage martial et répétitif, évoquera au choix Magma (pour les fans de prog) ou les Thee Oh Sees (auxquels les King Chose semblent vouer un véritable culte). « Inner cell » planerie mélodique orientalisante, pourrait être un morceau de chevet pour Robert Plant. Et puis il y a dans ce « Polygondwanaland » une merveille absolue. Elle dure plus de dix minutes, est placée au début du disque et s’appelle « Crumbling Castle ». Derrière un fracas de batteries rythmant une tournerie garage psyché, ce titre revisite (clin d’œil au énième degré ?) tous les tics du prog seventies, enchaînant sous des synthés sifflants ponts et breaks tarabiscotés en tous genres, des accélérations  dévastatrices avant un final tout en saturation barbouillée. De telles cavalcades ne s’écrivent pas par hasard, faut du talent pour pondre des trucs comme ça sans donner l’impression de se prendre le melon et de laisser transparaître une vanité prétentieuse satisfaite.
Mais bon, faudrait qu’ils se calment un peu les King Gizzard, parce qu’on va finir par avoir du mal à suivre leur folle cadence …


Des mêmes sur ce blog :
Paper Mache Dream Balloon




A. SAVAGE - THAWING DAWN (2017)

Mieux vaut être seul ...
… que mal accompagné ? Andrew (A. pour les intimes) Savage est le principal chanteur et compositeur des Parquets Courts, un de ces innombrables groupes new yorkais post-punk influencés par le Velvet, Sonic Youth, Television, ce genre de choses … Et comme de bien entendu, un groupe dont le talent n’arrive pas à la cheville de ses modèles, même si faute de grives on a tendance à nous vendre ces merles comme un mets de choix …
Le Savage à l'état naturel ...
Groupe prolifique, mais apparemment ça ne suffit pas au dénommé Andrew Savage. Qui sort donc un disque solo sur son label Dull Tools, qu’il avait créé pour faire paraître les premiers enregistrements des Parquet Machins. Une rondelle pour le moment sortie uniquement en vinyle (ou en mp3, beurk…) et pas pressée à des milliards de copies. Alors, faut-il ressortir sa vieille platine ou investir dans un tourne-disque pour écouter ce « Thawing down » ? Ben, oui, éventuellement …
Parce que là, le Savage, il a fait un bon skeud, de ceux qui me parlent, de ceux auxquels je comprends quelque chose. Bon, un disque de vieux, si on veut, mais un bon disque de vieux, parce que bien souvent maintenant, les vieux qui font des disques de vieux pour les vieux, ils font des mauvais disques de vieux. La pochette, photo noir et blanc (ou plutôt en cinquante nuances de grey) et l’ambiance sépia qui s’en dégage, donne le la.
Savage nous fait un disque à l’ancienne, raconte des tranches de vie, pas vraiment gaies d’après ce que j’ai pu entraver, parce que chez lui comme chez les Rita, les histoires d’amour finissent mal en général. Dans une instrumentation assez austère, voire minimale, le cadre idéal pour montrer sa tristesse dans des formats folk ou country. Y’a quand même un bémol dans ce truc, c’est que sa voix se retrouve très exposée, et on peut pas dire qu’il joue dans la même cour qu’Otis Redding, if you know what I mean …
Premier de la classe ?
N’empêche, pour un projet qui tient beaucoup plus de l’exutoire personnel que de l’ambition commerciale, le résultat est plus que convaincant. En fait, seul le dernier titre l’éponyme « Thawing dawn », sorte de patchwork sonore, commencé comme une rengaine du Band, avant de se perdre dans des changements saugrenus de mélodies, de tempos en passant de l’acoustique à l’électrique, fait un peu mal aux oreilles. Mais les neuf qui précèdent, ma foi, y’a pas grand-chose à jeter. Ni à dire, d’ailleurs.
Ils reposent quasiment tous sur une mélodie à la guitare acoustique, renforcée par de discrets claviers, section rythmique, quelques notes de sax. On est en univers connu à base de country rocks pépères (« Eyeballs »), avec de temps en temps une pedal steel qui vient chialer (« Buffalo calf road woman »), une cavalcade western swing (« Winter in the South »), des ambiances très Leonard Cohen des débuts, à savoir épure et mélodie (« Wild, wild, wild horses », le très excellent « Ladies from Houston »). Parfois Savage donne dans la ballade soul 60’s (« Untitled »), d’autres fois on se dit que si Clapton sortait pareil morceau on hurlerait au génie retrouvé (« Phantom limbo »).

Un disque parfait pour journées pluvieuses et brumeuses …


MATTIEL - MATTIEL (2017)

Brown, his name is Brown ...
Comme l’autre, le Jaaames … et comme lui quelques fois, elle a enregistré à ce disque Atlanta, Géorgie … Et … c’est tout, les similitudes avec le Godfather s’arrêtent là …
Mais par contre, si vous voulez secouer la boîte à souvenirs, elle se pose un peu là, la Mattiel, puisque c’est son prénom qu’elle a choisi comme nom de scène. Apparemment, c’est sa première rondelle, y’a pas de livret et des infos aussi rares que les vols d’autruches au Groenland dans le digipack. Juste une page Facebook entretenue par quelque geek qui poste des trucs sans intérêt tous les quarts d’heure. Seule issue possible : tu mets le freesbee dans le tiroir, t’appuies sur « Play » et tu te démerdes …

Et au bout d’à peine plus une demi-heure, tu restes un peu tourneboulé par ce que tu viens d’entendre. Douze titres et rien à jeter … les grincheux diront que le dernier titre (« Ready to think »), avec sa voix parlée et ses synthés trop en avant n’est pas génial. OK, je vous l’accorde, mais on en connaît beaucoup qui s’en contenteraient et bomberaient le torse s’ils étaient capables de foutre un morceau de ce calibre sur leurs rondelles.
Parce que les autres … on voit pas très bien parmi les jeunes « génies » (rires) de la pop-rock-machin-truc, ni d’ailleurs parmi les plus anciens qui peut espérer ce niveau.
D’abord, Mattiel, c’est une présence vocale mixée très en avant qui transperce les enceintes. Une shouteuse blanche, toujours à fond, ou alors encore plus à fond. Dont la façon d’interpréter renvoie assez fréquemment à Aretha Franklin. Et puis quand elle gueule pas, on pense irrémédiablement à la rétamée Amy Winehouse, ces feulements soul tout en retenue, en présence, au feeling … Impressionnant…
Et c’est pas que de la technique vocale, Mattiel. Y’a de la chanson, derrière tout çà. De la chanson sixties évidemment, la décennie où l’on  a écrite les meilleures. Mais contrairement à tous ces djeunes qui se focalisent sur une période et un genre précis (des groupes de heavy psych, il s’en monte trois cent douzaines par jour, et sortis de leurs gros effets fuzz, que dalle …), la Mattiel survole toute la décennie, touchant à tout avec un égal bonheur.

Vous voulez de la Tamla Motown genre « Please Mr Postman » des Marvelettes ? Ecoutez « Baby Brother » et vous m’en direz des nouvelles, y’a tout, la rythmique chaloupée, les chœurs, les cuivres … Vous vous souvenez du « San Francisco » de Scott McKenzie (ou de Jojo H.), alors « Cass Tech » est pour vous. Vous vous souvenez des blues tribaux aux riffs sales des White Stripes avant qu’ils virent mariachi (oui, je sais, ils enregistraient pas dans les 60’s mais les recopiaient eux aussi intelligemment), « Send dit on over » ou « Fives and tens » sont ce qu’il vous faut. Vous aimez le style Otis Redding (le plein d’octaves et de décibels sous le capot, mais toujours en retenue classieuse), jetez les deux oreilles sur « Just a name ».
Non contente de sonner comme les légendes, la Mattiel se paye aussi le luxe de ridiculiser en un seul titre ceux et celles qui avant elle s’étaient adonnés au même genre d’exercice. Le premier titre, « Whites on their eyes », c’est de la PJ Harvey des deux premiers disques, quand elle enregistrait et chantait toutes tripes en avant … quand le tempo s’accélère façon dragster, genre punk mélodique d’il y a trente ans, c’est le fantôme des disparus Supergrass qui s’agite (« Bye bye »). Cette Mattiel, même si sa voix est beaucoup plus aigue, c’et la Winehouse de cette fin de décennie (« Not today », « Count your blessings »). Et on reste bouche bée à l’écoute de « Salty words », dans le Top Ten des meilleures chansons sixties sorties trop tard …

Disque de l’année … au moins …



KELLEY STOLTZ - QUE AURA (2017)

Un petit tour dans les années 80 ?
Quand elle passe à la télé, Chimène Badi porte un tee-shirt Led Zeppelin. Qu’en pensent Jimmy Page et Robert Plant ? Quand elle chante ( ? ), Carla Sarkozy reprend « Highway to hell ». Qu’en pensent Bon Scott et son petit Nicolas de mari ? Et le rapport avec Kelley Stoltz ?
Il n’y en a aucun … quoique … lui, il s’habille comme un Clapton qui aurait pas trouvé la boutique Armani, et il a autrefois repris un disque entier de Echo & the Bunnymen. Assez bizarrement, il est signé chez Castle Face Records, plutôt spécialiste des groupes revivalistes tendance sixties heavy psychédélique. Et ça, on peut pas vraiment dire que ce soit son truc, au Stoltz. Avec « Que aura », il a signé un des meilleurs disques des années 80 … sorti trente ans trop tard.
Kelley Stoltz
Y’a deux trucs, qui mieux que le carbone 14, permettent de reconnaître le « fameux son » des 80’s : les grosses batteries en avant (Steve Lillywhite chez U2 ou Simple Minds, Springsteen dans « Born in the USA », et les autres ont suivi …), et ces synthés stupides dont absolument tout le monde tartinait ses disques. Stoltz, s’il a laissé de côté les kicks pachydermiques, par contre, les synthés vintage, il s’en donne à cœur joie. Mais comme on a affaire à un type cultivé et qui traîne depuis plus de vingt ans dans l’indie rock, il les emploie plutôt à bon escient. Enfin, pas toujours, témoins « Feather falling » et « Same pattern », où ses pianos électroniques sont beaucoup trop en avant. Et pas de bol, c’est « Same pattern » que le label a choisi pour promouvoir la rondelle … ça risque d’en rebuter plus d’un, et comme a priori y’a pas des milliards de types qui attendaient cette rondelle, tout ça sent le bac à soldes.
Ce qui est con, parce que « Que aura » est un bon disque, voire mieux. Figurez-vous que ce clampin, il a pas fait comme la plupart de ses congénères, il a pas mis onze morceaux sur son disque, il a mis onze chansons. Et ça change tout, tellement on a perdu l’habitude d’entendre une intro, des couplets, un refrain, un pont, une mélodie, un solo au bon endroit au bon moment, toutes sortes de choses qu’avant plein de gens savaient faire et dont les générations plus ou moins actuelles semblent avoir perdu à jamais la recette (Radiohead – ou Kanye West -  quelqu’un ?)
Kelley Stoltz, lucidement, la joue low profile, même si on sent le type déterminé à rien lâcher. Il fait son truc, dans son coin, et on le sent pas vraiment très concerné par tout ce qui est charts et chiffres de vente… Et pourtant, celui qui achètera sa galette regrettera pas d’avoir lâché quelques euros Macron-Merkel. Stoltz est un guitar hero inconnu, mais que ses potes vont chercher quand il y a une partie de gratte à jouer (il a d’ailleurs fait une tournée avec les Echo & the Bunnymen devenus vieux, ce qui pour lui doit être la panacée). Et en plus de la guitare, il joue aussi de tout le reste (basse, batterie, synthés), fait ses disques tout seul dans son studio perso et les produit … Just like Macca, Prince, Stevie Wonder, Rundgren … le genre d’exercice qui  ne pardonne pas. Parce qu’on ne peut pas être un virtuose de tout ce qu’on touche. Ici, ce sont les parties de batterie qui sont plutôt simples, voire simplettes, très certainement clickées. Pour le reste, le type se débrouille plutôt bien. Et si le son est bien celui des 80’s, c’est pas du côté de Jeanne Mas ou Début de Soirée qu’il faut aller les similitudes.
Va bientôt falloir rajouter des doigts et des mains ...
Un exemple : la ballade brumeuse et arpégée « Get over » me fait penser à celles que miaulait l’immense Chrissie Hynde dans ses Pretenders. Un autre ? La mélodie parfaite et la facilité nonchalante de « No pepper for the dustman » devraient battre le rappel des fans d’Edwyn Collins (Edwyn Qui ? pff, laissez tomber, en plus il est moitié mort le pauvre …). Encore ? « Tranquilo », ballade pop mid-tempo, avec sa basse bien ronde et bien élastique, qui permet également de se rendre compte que si on risque pas de confondre Kelley Stoltz avec Otis Redding, il n’en demeure pas moins qu’il a une voix assurée et une présence intéressante au chant.
Et le reste de « Que aura » est à l’avenant, présentant derrière une base sonore commune, des variantes bien sympa. On a droit a du rock FM mid tempo (« Empty kicks »), qui fait clignoter le nom du vieil artisan de la chose Chris Rea, on trouve du classic rock qui louche qui vers la power pop (l’inaugural « I’m here for now »), un autre morceau réchauffe la mixture sonore brumeuse gothique des disparus et oubliés Lords of the New Church (« Looking for a spark » est dans la lignée d’un « Live for today »). Les titres restants, peut-être moins marquants, oscillent entre rock indie (« For you » et son riff alerte), et arpèges vaporeuses (« Possessor », titre le plus faible selon moi, gâché par une voix forcée dans les aigus).
Ce qui surnage comme impression de cette rondelle, c’est une certaine décontraction nonchalante, le type se la pète pas, prend manifestement plaisir à jouer ses titres, et espère en donner à ses auditeurs. Du rock peinard, envisagé façon laid back, la même démarche qu’avaient en leur temps des types comme JJ Cale ou Tony Joe White … Et je vais vous dire, même les fuckin synthés 80’s, ils ont rarement sonné aussi bien …

Kelley Stoltz est un type cool qui sort un bon disque. Que demande le peuple ?


Du même sur ce blog :
In Triangle Time



QUEENS OF THE STONE AGE - VILLAINS (2017)

Mort d'Homme ?
Autant préciser les choses. QOTSA, pour moi, c’était les Smashing Pumpkins des années 2000. Et aujourd’hui, dans les années 2010, ils en sont là où en étaient les Pumpkins dans les années 2000. Vous suivez ? Non ? Bon, je m’explique …
Les QOTSA furent le temps de deux-trois disques la référence en matière de grosses guitares (leur évident et assez incontournable « Songs for the deaf » restant leur apex). Servies dans une ambiance sérieuse (voir le sort réservé à l’allumé bassiste Nick Oliveri, vite éjecté du groupe). S’il y a bien un mot qu’on ne risque pas de mettre en avant pour parler d’eux, c’est celui de fun. La musique des QOTSA est pour moi froide, clinique et mathématique. Peuvent multiplier les tempos frénétiques et monter le son, ça n’y changera rien. Et QOTSA comme Pumpkins n’existent qu’à travers un leader omnipotent, Homme ou Corgan, un de ces types pontifiants et lapidaires qui s’imaginent détenir une vérité et avoir une sorte de mission à accomplir. Par charité, on ne reviendra pas sur les déclarations orgueilleuses (en fait totalement cons) qu’ils ont pu éructer l’un comme l’autre.
QOTSA 2017
Si Corgan semble rangé des vélos et avoir compris que le monde continuera de tourner sans lui, Homme se multiplie, enchaînant disques et collaborations. Des surmédiatisés (c’était juste un groupe fun, donc pas sérieux) Eagles of Death Metal, bataclanisés par une exposition bien involontaire que Jesse Hugues est incapable de gérer, en passant par le dernier Iggy Pop (gros battage médiatique pour un résultat tout juste passable, comme la plupart des disques solo de l’Iguane, comme quoi n’est pas Bowie qui veut …). On n’extrapolera pas sur les déclarations risibles de Homme pour la sortie de ce « Villains » (« c’est un disque qui va marquer ce siècle », ce genre …), on s’en tiendra à l’écoute des neuf titres de cette rondelle.
Suffit de voir les réactions embarrassées des fans dans les forums et sites divers où on cause zizique pour comprendre que la montagne a accouché d’une souris. Homme et ses QOTSA auront essayé… Sentant qu’il commençait à pédaler à côté du dérailleur, le grand rouquin a voulu marquer les esprits en allant chercher un metteur en sons « moderne », Mark Ronson. Se ménageant ainsi une porte de sortie. Si le disque est pas bon, c’est la faute à ce tocard, qui bosse avec Adele, Maroon 5, Bruno Mars, ou autre cataplasme de ce genre pour lycéens … Les fans hardcore ont évidemment saisi la grosse ficelle et font feu de tout bois sur l’Anglais. Dont on oublie de dire qu’il a aussi bossé avec Amy Winehouse ou les Black Lips (groupe punky et rigolo, référence en la matière, et antithèse des pesants QOTSA) pour un résultat excellent. Non, les gars, si t’as de bons titres, même un gâte-sauce aux manettes te pourrira pas un disque. Par contre, si t’arrives avec des compos minables, même George Martin, Spector et Lee Perry réunis pourront rien pour toi …
QOTSA & Mark Ronson
« Villains » est un disque … vilain. Pas nul de chez nul, juste sans intérêt … de toute façon, à l’époque où le vinyle revient à la mode avec ses pochettes XXL (par rapport aux timbre-poste qui empaquettent les Cds), les QOTSA réussissent à enrober leur rondelle d’une visuel hideux digne du bon goût d’un Venom en son temps (Dick Rivers avait fait à peu près la même horreur, mais avait au moins l’excuse d’avoir mis un bon disque, « Rock and roll Star », à l’intérieur …).
Autre sujet à circonlocutions sémantiques du fan de base, il y a sur « Villains » des synthés, un quatuor à cordes et des cuivres. Même si ça sonne pas comme Kraftwerk, une sonate de Litz, ou un morceau de chez Stax, on s’éloigne sensiblement du Motörhead sound. La faute à Ronson, maugréent quelques uns … hum, plutôt un cache-misère, un paravent à la médiocrité des compos, dont une bonne moitié est à jeter sans autre forme de procès. « Domesticated animals » est une ballade plombée et plombante, la quasi gothique « Fortress » est introduite par des cordes, ce qui est son seul intérêt, la pompière « Un-reborn again » réveille les fantômes de Simple Minds et Boston, ce qui est loin d’être une bonne idée. Mention particulière à un « Hideaway » sans queue ni tête avec ses synthés über alles. A l’attention du sieur Homme qui il y a quelques lustres, claironnait qu’il fallait « déclaptoniser » le rock, « Hideaway » est un titre utilisé par Clapton (sur "Blues Breakers with John Myall", rondelle d’un autre niveau que « Villains »). Signe qui ne trompe pas, le titre placé en ouverture (« Feet don’t fail me ») qui se doit de ferrer l’attention de l’auditeur est un machin linéaire bruyant à grosses guitares après une longue litanie de synthés hululants, un titre dont la structure initiale (où sont les couplets et le refrain là-dedans ?) était bien inconsistante. Enfin, la ballade geignarde qui clôture la rondelle aurait mieux sonné si Adele l’avait chantée, sans compter que les avocats de feu Lou Reed peuvent trouver matière à procédure à l’écoute de la ligne de basse, qui rappelle étrangement celle de « Walk on the wild side » …
Homme commence à entrer dans l'ombre ...
Il reste quand même quelques pistes bien foutues, sans que l’on puisse pour autant s’extasier à leur sujet. Le rockab punky de « Head like a haunted house », la remuante « The way you used to do », comme du ZZ Top funky, le bon vieux méchant rock « The evil has landed » et son final cuivré à la « Suffragette City » de Bowie. Ce qui fait quand même pas beaucoup, et me fait penser, à l’opposé des aficionados de QOTSA, que ce sont les petits chichis et gimmicks de Ronson, qui empêchent « Villains » de sombrer corps et biens.

Va falloir se reprendre Mr Homme. Ça commence à faire désordre … On est à la limite du poubelle direct …


Des mêmes sur ce blog :

DREAM MACHINE - THE ILLUSION (2017)

Juste une illusion ?
Sur la pochette dans un exercice de lévitation, un moustachu et sa greluche. Lee Hazlewood et Nancy Sinatra ? Euh, non … John & Michelle Phillips ? Non plus, mais à la réflexion, il pourrait y avoir un peu de ça … Et la couleur de pochette est d’un profond … pourpre (on y reviendra). Les Dream Machine (y’en a deux autres, chevelus genre roadies de Hawkwind dans les 70’s, tellement moches qu’ils sont pas sur le recto de la pochette, d’ailleurs c’est pas sûr qu’ils fassent de vieux os dans cette histoire), comme des milliards d’autres, regardent en arrière, seconde moitié des années 60. Bâillements … Sauf qu’ils ont deux trucs pour se faire remarquer.
Mr & Mrs Melton
Premièrement, ils suscitent la controverse et la polémique. En s’affichant ouvertement réacs, tenant des propos aussi cons que ceux de Ted Nugent et Donald Ier réunis. A tel point qu’ils se sont fait lourder par leur label, ce qui est peu commun. Un brin pervers aussi parce que Castle Face, label en question, continue de vendre le disque. Qui se vent pas trop mal aux States. Business is still business. D’où un déchaînement assez peu  commun sur les pages pourtant consensuelles d’Amazon US, entre défenseurs et contempteurs de Dream Machine, appels au boycott de Castle Face et au soutien via Bandcamp du groupe. (Mini) évènement dans le Landernau du rock indé, une polémique verrait-elle le jour ?
Faut dire que maintenant tout est bien huilé. L’immense majorité des gugusses qui ont des chances de vendre plus de quatre rondelles se voient illico briefés par des conseillers en communication, leurs propos et leurs moindres faits et gestes sont surveillés par des multitudes d’attachés de presse qui n’hésitent pas à faire connaître aux journalistes les listes de questions qu’il ne faut surtout pas poser à leurs poulains. Alors quand arrivent deux crétins qui livrent leurs réflexions simplistes cash, une agitation s’empare du « milieu ». A l’attention de tous les anciens étudiants d’école de commerce qui « gèrent » le rock aujourd’hui, il convient de signaler que depuis les déhanchements censurés d’Elvis à la télé, le rock n’a prospéré que sur des polémiques et des querelles d’Hernani sur fond de trois accords. Et niveau déclarations plus ou moins imbéciles, les rockers ou prétendus tels ont depuis six décennies placé la barre très haut (à quand une anthologie des citations des frères Gallagher, Ozzy Osbourne ou du chanteur des Eagles of Death Metal ?)
Dream Machine
Et donc, quel crédit ou quel intérêt accorder au (on y revient) couple leader de Dream Machine, Matthew et Doris Melton, quand ils se lancent dans des tirades anti-immigration ? Surtout quand on sait que Doris Melton est d’origine bosniaque, émigrée durant la guerre en ex-Yougoslavie, passée par les pays scandinaves avant d’immigrer aux USA. Les Dream Machine se revendiquent anti Facebook, ce qui au jour des réseaux sociaux rois est un crime sans conteste abominable. Quel crédit (ou quel sérieux) leur accorder quand ils se prétendent (sur la page d’accueil de leur site internet officiel !!) opposés aux médias sociaux qui font ressortir le pire de la nature humaine ? Et à la limite, même si les Melton pensent vraiment ce qu’ils disent, combien de stars qu’on s’efforce de nous présenter bien sous tous rapports sont capables (parfois sans l’aide d’alcool ou de poudres blanches) de déclarations bien pires ? Maintenant, et dans l’autre sens, faut pas aller crier à la conspiration, à la censure, où à je ne sais quel complot destiné à empêcher l’humanité de profiter de leur musique … Parce qu’on pourrait en causer des heures et regarder ce qu’on nous sert par ici au nom d’une « droite décomplexée » ou d’une « extrême-droite dédiabolisée ». A côté de ça, les raisonnements à la con d’un couple de rednecks pas très fufutes dans un groupe de rock indé, hein …
Et la musique de ces guignols, tu vas en causer un jour ? Voilà, voilà, ça vient…
Leur musique, figurez-vous, elle me plaît bien. Mais avis, y’a au moins un pré-requis. Figurez-vous que j’ai mis leur Cd dans le lecteur, et que je l’ai arrêté au second titre pour aller écouter les morceaux sur le Net, tant ce que j’entendais au niveau son me paraissait provenir d’un Cd foireux, d’une erreur de pressage. Non, pas du tout, ce qui était sur mon Cd était bien ce qu’ils avaient voulu faire. Le son des Dream Machin(e) est plutôt déstabilisant. Une rythmique de bourrin (les deux chevelus), des claviers et de l’orgue qui dégueulent de partout, des voix tellement chargées d’échos et saturées qu’elles deviennent incompréhensibles et qu’on a parfois du mal à distinguer si c’est le mec ou la nana qui chante (ils se partagent à peu près les titres). Un son qui ferait passer les Sonics pour Pink Floyd (ou Rihanna). Est-ce que ça vient du fait que la fréquence d’enregistrement (c’est écrit en gros sur la pochette du skeud) est de 432 hz au lieu des 440 habituels ? J’y entrave que dalle à cette histoire, mais pour les curieux que ça intéresse, le couple s’en explique dans une (longue) vidéo. En tout cas, à l’heure du sonore agréable à l’oreille triomphant, les Dream Machine dépotent. Et on finit par s’y faire à leur son caverneux …
Surtout parce que ces couillons ont écrit de grands morceaux. Notez bien que j’ai dit grands et pas longs (y’en a la moitié des douze qui dure moins de deux minutes et aucun qui arrive à quatre), ce qui est assez paradoxal parce qu’on les sent très inspirés par le prog et les longs titres psyché des sixties seventies. A la fin du disque, y’a deux noms qui clignotent très fort : les Doors et Deep Purple. A cause de la Doris, de son Vox et de son B3, qui sont utilisés de la même façon que lorsque Manzarek et Lord les martyrisaient. Ajoutez-y quelques riffs sinueux à la King Crimson, une rythmique échevelée et vous obtenez une sorte de garage – power pop – prog relativement inédite, curieuse et le plus souvent très intéressante et réussie.
La Belle et les Bêtes ...
L’aspect garage, c’est ce son brut de décoffrage, ces méchants riffs fuzzy sixties (« Eye for an eye » et « Back to you » se distinguent dans cette catégorie). Le côté power pop, c’est cette urgence mélodique derrière la carapace hardos (on pense à un esprit Cheap Trick, comme sur « Torn from the hands … »). Mais ce qui domine, ce sont ces emprunts au prog (les mini breaks tarabiscotés un peu partout, les riffs crimsoniens du morceau-titre) et surtout ces claviers Doors-Purple (y’en a qui citent aussi Electric Prunes, dont j’ai un skeud qui traîne sur une étagère mais que j’ai pas écouté depuis des siècles, donc je m’avancerais pas sur ce terrain-là). C’est joué par la nénette Melton (mignonne bien que facho, comme quoi moi aussi je suis capable d’écrire des trucs réacs) qui s’avère assez douée et bluffante pour ces exercices « à la manière de … » (flagrant sur « Lose my place on time », « Nothing left » ou l’instrumental « Diamond on the rough »). Les deux tourtereaux qui se partagent aussi l’écriture étant capables de grands titres qui ne doivent leur réussite qu’à leur talent (« Buried alive »), même s’ils sonnent comme une chanson yé-yé « All for a chance », ou citent des bribes du « Sud » de Nino Ferrer (le refrain de « Caught in a trap »).

Conclusion : on peut dire plein de conneries et faire un bon disque …



KEVIN MORBY - CITY MUSIC (2017)

New York, New York ...
Il y a quelque temps que le nom de Kevin Morby circulait de façon plus ou moins underground. Avec force renfort de superlatifs. Sauf qu’on me la fait pas. Des soi-disant surdoués auteurs de disques extraordinaires et qui finissent six mois après à moins d’un euro sur Priceminister, j’ai cotisé. Et avec l’âge, je suis devenu un vieux con méfiant. Alors la presse elle peut raconter ce qu’elle veut. Je les crois plus sur parole. Faut que j’écoute le bestiau avant de donner un avis ferme, définitif et incontestable.

Et donc, incontestablement, ce « City Music » est un grand disque. Très grand disque. Et il m’étonnerait que des trucs aussi bons, il en sorte plus d’une poignée cette année. Parce que là on en tient un. Un quoi ? Un grand songwriter. C’est à-dire un type capable d’écrire de grandes chansons qui s’incrustent dans le cerveau, un type capable de les enregistrer intelligemment, et de les chanter correctement. Ce qui par les temps qui courent, est une denrée plutôt rare.
Le Morby, il vient du Midwest et est allé humer l’air du circuit folk new-yorkais. Ça vous rappelle pas quelqu’un ? Soyons clair, Morby n’est pas le nouveau Bob Dylan. Pas con, les dizaines qui se voyaient piquer la place au Zim, sont disparus corps et biens, laissant au passage quelques machins ridicules, pompeux, prétentieux mais finalement bien vains et oubliables. De toute façon, Morby (qui cite Dylan comme référence et influence) n’a pas encore de choses du calibre de … ben des classiques de Dylan. Morby cite aussi Lou Reed. Là, il aurait pas besoin, tellement ça s’entend. Ecoutez « Tin Can », tout, mélodie, arrangements, jusqu’à la voix traînante, fait surgir le mot magique de « Transformer ». Carrément.
Morby, c’est pas un perdreau de l’année. Il approche la trentaine, et a largement payé de sa personne dans les groupes à l’audience famélique (Babies, Woods). Les galères en tout genre habituelles, quoi … Et puis il a décidé de partir en solo. Et à Los Angeles. Même si tout dans ce disque est totalement new-yorkais, comme un être aimé qui vous manque et dont on ne peut se défaire de l’image. « City Music » est une déclaration d’amour (il pouvait pas l’appeler « New York », Lou Reed l’avait déjà fait). Et même quand Morby rend hommage aux Germs (de Los Angeles), la relecture qu’il fait d’un de leurs titres (« Caught in my eyes ») transpose le groupe punk extrémiste de l’autre côté du pays. Et tant qu’on est à causer punk ou assimilés Morby se fend d’un hommage aux Ramones totalement dans l’esprit des faux frangins. Le titre s’appelle « 1234 » (que ceux qui n’ont pas compris lèvent le doigt, il y a mes ricanements à gagner), ressemble à leurs titres par la durée (1’45), et la simplicité des paroles et se conclut par un triste et lapidaire « they were all my friends, and they died » …

Lou Reed , les Ramones, c’est évident. Television aussi, le temps du morceau-titre qui s’étire sur plus de six minutes, avec ses parties de guitare qui rappellent furieusement celles de Lloyd et Verlaine. Le reste, c’est plus subliminal, on peut devenir que le type connaît ses classiques (Leonard Cohen, Neil Young, Jonathan Richman, Joni Mitchell, …). Et dès lors il se pose en concurrent direct du Wilco de Jeff Tweedy. Parce que Morby n’a pas enregistré avec de vieux briscards requins de studio maîtres es-country-rock depuis des décennies. Tout est fait par son backing band scénique, avec mention particulière à son alter ego de l’ombre, Richard Swift, multi-instrumentiste et coproducteur de ce « City Music ».
Qui impressionne de la première plage, la lente ballade mélancolique sur fond de nappes synthétiques jamais envahissantes, qui mettent en valeur sa belle voix grave (« Come to me now »), jusqu’à la somptueuse doublette finale (« Pearly gates » avec son riff démarqué de celui de « Sweet Jane » et la ballade apaisée « Downtown’s lights »). Aux dires des connaisseurs, ses trois précédents disques solo sont aussi bons que ce « City Music ». Dès lors, on peut s’interroger sur l’avenir de Morby. Il peut devenir « quelqu’un », par les références aux antiques Commandeurs, la connexion subliminale avec Cobain (la reprise des Germs, dont le guitariste était Pat Smear, qui fut celui des dernières tournées de Nirvana). A son débit, on peut pas dire que Morby soit très charismatique, avec son non look dépenaillé. Pas sûr non plus que le minuscule label indé qui l’a signé (Dead Oceans) ait les épaules suffisamment solides pour le mener vers la gloire. Au pire, il finira avec la réputation d’artiste culte confidentiel, dans la même étagère que d’autres surdoués méconnus, comme Stephen Malkmus ou l’Anglais Richard Hawley…

On vous aura prévenus …