JUAN CARLOS FRESNADILLO - 28 SEMAINES PLUS TARD (2007)

 

Variant Z ?

« 28 Semaines plus tard » est la suite de … « 28 Jours plus tard ». Déjà, au niveau du titre, y’a plus d’efforts que dans la série des « Fast & furious ». D’accord, guère plus …

Parce que rien qu’en lisant le nom du réalisateur (Juan Carlos Fresnadillo, un Espagnol plus ou moins inconnu au bataillon avant, et apparemment disparu de la circulation depuis une dizaine d’années), ça pue le film de zombies gore. Ben non, c’est pas des zombies, juste des vivants infectés par un virus tellement méchant qu’à côté le Covid c’est comme disait le ridicule Raoult une grippette …

Juan Carlos Fresnadillo

« 28 Jours … » avait été réalisé cinq ans plus tôt par Danny Boyle, un type qui avait à cette époque-là un film culte à son actif (« Trainspotting »). Comme je l’ai pas vu « 28 Jours … », je vais pas en causer, mais si j’en crois les bonus du Blu-ray, il expose les débuts du virus dans la vie de tous les jours. Fresnadillo situe donc son film 28 semaines plus tard, dans un Londres devenu un no-man’s land, avec comme seule bonne nouvelle l’éradication présumée définitive du virus depuis plusieurs mois …

L’OTAN (donc l’armée américaine) gère la décontamination et le repeuplement de la ville, des familles survivantes commencent à revenir y habiter dans un quartier hautement sécurisé. Vous le voyez venir le pitch : l’armée, un virus porté disparu, et la famille lambda colonisatrice … Ben oui, vous avez tout compris : on va assister au retour de la vengeance du virus qui va s’en prendre à la gentille famille, aux gentils militaires ricains et aux méchants soldats ricains qui vaccinent à coups de napalm … Donc de l’émotion, des effets spéciaux de destruction (mais pas seulement), du sang (et même du sacrément gore) … le genre de film qu’on a déjà vu avant même de le regarder …

Les poursuivants

Bon, y’a des moyens (Boyle qui avait fait le premier volet a mis des pépettes dans le tour de table pour financer la suite), des effets spéciaux, des acteurs qui font ce qu’ils peuvent … la véritable star du film, c’est Londres. Londres en version post-apocalyptique. Des rues désertes d’humains, seulement emplies de détritus, d’épaves de bagnoles, de cadavres … L’équipe a tourné très tôt le matin, les décors de carte postale sont les vrais endroits, pas de trucage numérique (juste les vrais avions « effacés » à l’aéroport, la ligne de métro aérien qui conduit au quartier de repeuplement rajoutée numériquement, et le Stade de Wembley où il n’y a pas eu l’autorisation de tourner remplacé par celui du Millénium Stadium de Cardiff « retouché »). Dommage que l’ami Fresnadillo (et son chef opérateur dont il n’arrête pas de parler en termes élogieux) utilise une caméra comme une Kalachnikov. Le truc de la caméra souvent portée à l’épaule n’est pas une excuse, c’est le montage qui est calamiteux. Frénétique pour le moins. Changer de plan toutes les deux secondes ne sert ici qu’à masquer un manque évident de vision pour le déroulement des scènes. A comparer avec les premières minutes du film (la scène dans la baraque barricadée, l’assaut des infectés, et la fuite du père en canot à moteur) filmée par Danny Boyle, et qui a beaucoup plus de consistance que le reste du film …

Les poursuivis

De quoi donc il est-il question dans « 28 semaines … » ? Dans une baraque à la campagne éclairée à la chandelle et avec toutes les ouvertures condamnées, un groupe de personnes réfugiées là se prépare à bouffer les dernières boîtes de conserve. Un couple sans nouvelles de ses enfants en fait partie. C’est plutôt anxiogène, on ne sait pas de quoi il retourne. Un gosse apeuré frappe à la porte, les occupants lui ouvrent, il dit qu’il a les zombies à ses trousses. Ils arrivent, avec leurs yeux injectés de sang, et commencent à mordre et donc contaminer tout ce qui est encore vivant à leur portée. Le père s’enfuit, se sauve en canot, sa femme n’a pas pu le suivre, il l’a laissée face aux zombies …

Quelques semaines plus tard (non, non pas 28, un peu moins), le père est devenu responsable de la logistique dans le quartier de Londres en reconstruction, gigantesque bunker gardé par une multitude de militaires, on ne peut pas en sortir, il y a des snipers de l’armée sur tous les toits. Les gosses (un garçon et une fille) du type reviennent d’Espagne et sont les premiers mineurs accueillis dans le quartier … ces deux cons de minots vont faire le mur, partir à la recherche de leur mère, dans leur maison du centre-ville de Londres. Et évidemment la trouver, sauf qu’elle est contaminée, porteuse saine on ne sait pas pourquoi, mais qu’elle peut infecter les autres. Une aubaine pour une jeune toubib de l’armée qui pense qu’il y a chez elle matière à trouver les origines de cette rage et donc son vaccin. Mais le corniaud de mari (il est concierge, donc il a des passes, y compris celui du labo ultra-sécurisé de l’armée, vous y croyez, vous ?) réussit à entrer en contact avec sa meuf, lui roule une pelle et cinq secondes plus tard devient enragé, yeux injectés de sang et commence à bousiller tout ce qui se trouve sur son passage (à commencer par sa femme) … Et les infectés commencent donc à se multiplier et à bagdadiser la zone sécurisée, pendant que les gosses, la toubib et un sniper qui en avait assez de tirer dans le tas (ordre donné de pas de tri sélectif, on tue tout ce qui bouge, puis en désespoir de cause, on balance du napalm sur la ville) tentent de s’enfuir vers des contrées meilleures, avec le père des gosses à leurs trousses, et occasionnellement quelques infectés …

Massacre à la pale d'hélicoptère

Les zombies-infectés n’ont aucun intérêt, ils sont là pour se faire dégommer (au fusil de précision, à la mitrailleuse lourde, au napalm, à la pale d’hélicoptère, au gaz, au lance-flammes, …). Les survivants qui croisent la route de la petite troupe non plus, pas besoin d’être grand devin pour deviner qu’ils vont se faire zigouiller la scène suivante …

Ce qui nous amène à un double triple à la fin : triple tap au fusil à infrarouge sur le papa infecté (dans « Zombieland » ils s’arrêtent à deux, c’est beaucoup plus marrant), et triple scène finale : dans un couloir sombre de métro, dans un hélico de Wembley vers la France, et à proximité de la Tour Eiffel. A noter que cette dernière scène a été rajoutée bien après le bouclage du tournage, ça laisse la possibilité d’une suite : « 28 mois plus tard », « 28 ans plus tard », « 28 années-lumière plus loin », …

Un mot sur les commentaires audio de Fresnadillo et Lopez Lavigne (co-scénariste). D’une rare prétention, je cite « des sommets d’horreur et de tension », « un boulot épatant, de bonnes idées » … Sans rire ? Et un quart d’heure à nous parler de scènes tournées en nuit américaine. A les écouter, on croirait qu’ils ont inventé le procédé … vieux de presque un siècle …

Robert Carlyle

Le casting se partage entre anglais et américains. Côté british, l’ado est interprétée par Imogen Poots (passable), le père par Robert Carlyle (pas crédible), la mère par Catherine McCormack (plutôt théâtre et télévision), le gosse a été recruté par casting dans une école (ça se voit, on n’y en demande pas trop), et Idris Elba (le chef d’Etat-Major). Côté ricains, on a Jeremy Renner (spécialisé dans les seconds rôles de films d’action, ici en sniper repenti), et moins présent Harold Perrineau (le pilote et son hélico arlésienne). La meilleure du lot est d’assez loin l’Australienne Rose Byrne (la toubib) malgré des invraisemblances fatales (les infectés courent aussi vite qu’Usain Bolt sans se servir des bras et en zigzaguant, elle arrive à leur échapper en courant à cloche pied parce qu’elle a pris une bastos dans la jambe et en faisant suivre le minot de douze ans …).

Un film pour une soirée Deliveroo, quand on a invité des potes un peu lourdauds, des pizzas et des bières, et qu’on a égaré son cerveau …