BEECHWOOD - SONGS FROM THE LAND OF NOD (2018)

East - West ...

Selon la Bible, la Terre de Nod est située à l’Est d’Eden. Je vois à votre mine ébahie que vous savez pas ou est l’Eden, alors ce qu’il y a à l’Est, hein … Remarquez, j’en sais pas plus que vous, je lis pas l’Ancien Testament tous les matins. Ce que je sais, c’est que les Beechwood sont de New-York, donc de l’Est des Etats-Unis. Mais qu’ils sont aussi un peu à l’Ouest. Mais non, pas de Los Angeles ou San Francisco, à l’Ouest quoi, autrement dit ailleurs … Vous pigez ? Pff, c’est bon, laissez tomber …

Heureusement, maintenant que le vinyle revient à la mode, on fait des pochettes qui parlent, qui en disent parfois plus long qu’un discours vaseux. Et que voit-on, sur celle de « Songs from the Land of Nod » ? Trois gugusses qui prennent la pose sur un trottoir, au ras du caniveau, attifés comme des New York Dolls version Emmaüs. Le grand blond en rouge et noir (no Jeanne Mas fan) se fait appeler Gordon Lawrence, c’est lui qui écrit tous les titres et joue de la guitare, en se prenant pour Johnny Thunders, Tom Verlaine ou Lou Reed (au hasard - enfin, non, pas au hasard - trois newyorkais). Le métèque à l’Ouest, enfin, à gauche, c’est son pote batteur, plus tatoué qu’une Amy Winehouse qui serait devenue centenaire. Au milieu, le bassiste prétend se prénommer Sid, ça vous pose un bassiste, n’est-ce pas …
Ces trois déglingués par une vie sociale ricaine apparemment pas faite pour eux, sortent donc un disque aussi bordélique que leurs références et que leur parcours dans la vie, si l’on en croit une bio (plus vraie que nature ?), sorte de chanson de geste du zonard post X Generation.
L'art de se faire remarquer vestimentairement
Leur musique leur ressemble, débraillée, dépenaillée, mais pas honteuse, s’assumant et assumant ses influences. Le Velvet et sa multiple descendance, les Dolls et les Heartbreakers de Thunders, les punks, le rock garage, et les drogues qui aident à faire la musique pour des gens qui aiment à écouter cette musique en prenant des drogues (merci Spiritualized). Autrement dit, avec les Beechwood, on avance au moins d’une demi-décennie par rapport au gros de la production actuelle, faite par des types au calendrier spatio-temporel bloqué entre 65 et 68.
Il y a chez les Beechwood des éjaculation punk (« Melting over you »), louchant parfois vers le côté Ramones de la chose (« This time around »). On sent que parfois, ils aimeraient aller encore plus loin, taquiner les winners des années 2000, las, leur « All for naught », pourtant point trop mauvais, fait penser à du Strokes sous Lexomil.
Des fois, ils se prennent les pieds dans le tapis persan (« Land of Nod », musique mystique pour fumeurs de crack avec ses déconstructions brinquebalantes). Logiquement et comme souvent quand on est pas très sûr de son coup, on met tous ces titres un peu mal accouchés vers la fin du skeud, et les meilleurs d’entrée.

Et force est de reconnaître que se « Songs from the Land of Nod » commence plutôt bien. « Ain’t gonna last all night » est déglinguée juste ce qu’il faut , « I don’t wanna be the one you love », téléporte les New Yorks Dolls dans notre siècle (oui, je sais, les vrais ou ceux des vrais qui sont pas encore morts y sévissent déjà). Pour moi, trois titres surnagent du lot. Une reprise garage punk foutraque la tête dans le sac à vomi du « I’m not like everybody else » des Kinks, montre que ces trois zozos connaissent aussi leurs classiques d’Outre Atlantique.
Mais les deux cerises sur cette galette sont deux morceaux très typés Velvet Underground. « Heroin honey » d’abord. Mettre « heroin » dans un titre de chanson suffit à situer la référence, même si musicalement on est assez loin de ce qu’à pu produire Lou Reed. Et puis, il y a un extraordinaire morceau, « C/F », ballade vénéneuse comme en a chanté Nico sur l’album à la banane, avec une guitare slide qui remplace le violon de John Cale tout en étant aussi grinçante. Et là, c’est toute la famille qui arrive en filigrane et en rangs serrés, tous les Mazzy Star et autres Jesus & Mary Chain. « C/F » est malgré ses références évidentes un titre rare, précieux, comme on n’en écrit pas beaucoup dans sa vie …
Les Beechwood, qui mettent en avant une philosophie de je m’en foutistes déglingués ont fait un disque à leur image, je m’en foutiste et déglingué. Un disque à l’Ouest,  … ou à l’Est … un disque du pays de Nod, quoi …