RED HOT CHILI PEPPERS - BLOOD SUGAR SEX MAGIK (1991)

Magik, vraiment ?
Autant être clair d’entrée. Ce disque, plus je l’écoute, plus il me gave. Pour plein de raisons, forcément bonnes, puisque ce sont les miennes. Attention, je touche quasiment au bon Dieu là, tant ce groupe est devenu une institution. A cause de sa musique ? Un peu, mais putain ça craint …
J’ai rien contre le fait que des types tatoués en tongs et en bermudas aient du succès. Non non, vraiment, mais faut juste qu’ils passent dans les émissions de Patrick Sébastien, quoi … A t’on déjà vu Keith Richards, Bowie, Lou Reed, Dylan, Lemmy Motörhead accoutrés de la sorte hein ? Et qu’on vienne pas me rétorquer que c’est mesquin, juger les gens sur leur apparence, que c’est un argument de facho en puissance… Non, le look des types qui font de la musique, c’est un peu comme les notes de pochette des 33T à l’époque, ça compte autant que ce qu’il y a à l’intérieur. Et quand tu ressembles au jeune beauf en vacances au camping, ben pour moi c’est rédhibitoire. Et c’est pas par hasard qu’on retrouve pareille hérésie vestimentaire chez des rappeurs, des DJs ou des nu-métalleux. Cette décontraction de bon aloi c’est niet pour moi …
On va au bal masqué, ohé, ohé ...
Et la zique, dans tout ça ? Ben elle aussi elle est tatouée, en tongs et bermudas, à l’image des types qui la font …
Une bouillasse (qui a fait fureur en son temps, on en recausera plus bas) qui a placé les Red Hot sur le toit du monde, faisant de ces nigauds une « valeur sûre », en gros des types capables de vendre des tickets pour remplir un stade en deux temps trois mouvements. On appelé ça de la « fusion » et ça n’a rien à voir avec les choses fabuleuses que pouvait sortir un Sly Stone en son temps. En gros un type qui rappe sur un raffut à base de basse slappée, de plans de batterie lourdingues, avec de la guitare hardos qui tronçonne des riffs …
N’importe quel groupe peut faire ça au bout de trois heures de répét. Rendons justice aux Red Hot, ce sont eux qui y ont pensé les premiers dans les nineties. En s’appuyant sur ce qui vendait : du rap et de grosses guitares. Et les gros cigares de la Warner qui venait de les signer alors qu’ils étaient jusque-là réservés à un public « avant-garde branchée et décontractée » leur ont filé un gros budget et surtout Rick Rubin. Faut dire que le gros barbu était a priori l’homme de la situation : c’était lui qui avait mis en sons les faux potaches Beastie Boys et les vrais connards de Slayer.
Sur « Blood … », ils s’en donnent tous à cœur-joie pendant une heure et quart. Putain, une heure et quart … Même à l’époque, malgré tout le tapage médiatique qui entourait le groupe et son skeud, je trouvais çà un peu longuet. Vingt cinq ans après, c’est juste insupportable. Kiedis est tout sauf un bon chanteur, ces rythmes et ces cocottes funky groovent à peu près autant qu’un séminaire de centenaires. C’est juste du putain de gavage, de la répétition ad nauseam de gimmicks aussi éculés qu’insupportables. Et pour que le supplice soit complet, tous les titres sont enchaînés, certains ayant la mauvaise idée d’être des copier-coller de ceux qui précèdent.
Comme la musique est d’une banalité assez affligeante, on a fait de ces zozos des sorte de super-héros, et on peut trouver partout des histoires qui se veulent édifiantes sur leurs problèmes de cul, de dope, de dépressions … on n’oublie pas de citer leurs concerts bites à l’air à leurs débuts, de faire verser une larme sur le sort de Hillel Slovak, leur premier guitariste overdosé, de décrypter la bisexualité de l’héroïnomane Kiedis, de s’interroger sur les départs et retours de son successeur, « l’enfant terrible » John Frusciante (c’est quand il s’est barré et quand Dave Navarro l’a remplacé qu’ils ont sorti pour moi leur meilleur disque, mais chut, ne le dites pas fort, les fans et le groupe bavent depuis des siècles sur Navarro et « One hot minute »).
Payer pour voir un mec en slip kangourou ?
Moi je sauve deux morceaux (et demi). Ouais, sur dix-sept, ça fait pas bézef, je sais. Et surtout pas leur putain de premier numéro un, l’insupportable « Give it away ». Non, le talent que je veux bien reconnaître aux Red Hot, il est dans les ballades tristes. Comme « Breaking the girl » ou le très excellent « Under the bridge ». Voire un peu dans « I could have lied ». Tout le reste, c’est poubelle et surtout le carnage qu’ils font subir (traitement hardcore-punk en une minute chrono) au « They’re red hot » de Robert Johnson. Dommage qu’on l’ait pas foutu dans un cercueil capitonné de soie le Robert, ça lui ferait moins mal quand il se retournerait dans sa tombe à l’écoute de cette chose grotesque.
La plaisanterie aurait pu vite finir. Trois mois après « Blood Sugar … », sortait « Nevermind » de Nirvana qui du coup offrit quelque chose de bien plus consistant à se mettre entre les oreilles. On sait ce qu’il advint rapidement de Cobain et de Nirvana. Une fois le blondinet sous terre, tous les couillons se tournèrent vers les Red Hot, Pearl Jam, Smashing Pumpkins ou je ne sais quels autres tocards. La messe des nineties était définitivement dite. La décennie serait tous tattoos et pantacourts en avant …

Tiens, une info dont vous ferez ce que vous voudrez : toutes les photos des tatouages du groupe qui fourmillent dans le livret ont été shootées par Gus Van Zant …