BILL CALLAHAN - SOMETIMES I WISH WE WERE AN EAGLE (2009)


New folk ...

On va pas jouer les fins inspecteurs (Harry, … et ceux qui n’ont pas compris gagnent l’intégrale de Don Siegel), mais il y a des indices qui ne trompent pas. Voilà enfin un disque récent (même si son auteur n’est pas de la dernière pluie) où je comprends quelque chose, où il y a une démarche qui me parle …
Et ça commence par la pochette, animalière, champêtre et rustique, avec immédiatement, une pavlovienne association d’idées qui amène à citer des noms comme Neil Young ou le Buffalo Springfield, ce qui on en conviendra, revient à peu près au même. Et naturellement, on n’est pas surpris quand dès la premier titre, on entend les arpèges de guitares en bois accompagnant la voix mâle, welcome autour du feu de camp et en piste pour la séance folk et country-rock de derrière les fagots … Sauf que dans ce genre roots, j’attends strictement plus rien (les bons skeuds, je les connais, ils sont du siècle dernier), et qu’il en faut plus qu’un énième revival baba cool acoustique pour m’attendrir.
Bill Callahan était le leader du groupe Smog que je connais juste de nom, et ceux qui l’accompagnent sur ce disque dont je ne savais également rien, semblent issus d’une scène lo-fi alternative-roots-machin pour moi énigmatique (Daniel Johnston, Okkervil River, …). Il n’empêche que ce « Sometimes … », il est très bien, voire plus.
S’il se réfère à des choses elles parfaitement identifiées, il se dégage une impression rafraîchissante qu’on ne retrouve que chez ces quelques très rares qui savent faire du neuf avec du vieux. Le son est d’une limpidité et d’une clarté remarquables, enjolivé amoureusement par des arrangements de cordes, plus rarement de cuivres, le tout avec un sens de la retenue, de la parcimonie et du bon goût trop facilement oubliés dans les productions à tendance m’as-tu-vu qui semblent aujourd’hui la norme. Ou comment préférer l’utile au futile …
On pense quelques fois à un Bonnie Prince Billy qui se serait levé d’humeur triste et non plus sinistre, parfois à Leonard Cohen à cause de similitudes vocales troublantes (« Rococo Zephyr », « Eid Ma Clack Shaw »), à un Velvet qui aurait quitté les trottoirs new-yorkais pour les collines de Virginie … Grisaille, langueur et monotonie sont au programme, et pourtant on est à mille lieues d’un indigeste pensum avachi …
« Sometimes … » est un disque parfaitement invendable de nos jours, les grabataires qui s’intéressent au genre se contentent juste d’acheter les dernières daubes de Dylan ou Cohen, et ceux qui ont moins de cent ans écoutent des daubes d’un autre genre. Et d’ailleurs de ce « Sometimes … » il s’en est vendu des clopinettes… Pourtant il s’agit d’un disque rare, précieux, d’une intelligence musicale peu commune. Un disque qui n’a pas peur de prendre des risques, s’éloignant de tous les stéréotypes d’une americana consensuelle, pour explorer des contre-temps où la rythmique se fait bourdonnante (« My friend »), sautillante (celle de « Jim Cain » ressemble à celle du « Psychokiller » des Talking Heads). Rarement on a entendu des instruments de la musique classique se mêler avec autant de bonheur à du old folk (et non, les titres « symphoniques » d’ « Harvest » ne constituent pas la référence, ils sont globalement assez moches), ou des titres de dix minutes (« Faith / Void ») s’avérer captivants, combinant mantra des paroles, ambiance à « Song for Drella » de Lou Reed – John Cale, et arrangements merveilleux …
Et vous ai-je déjà dit que ce disque de choses antédiluviennes sonne mo-der-ne, et pas comme s’il était sorti en 1971 ? Oui, je vous l’ai déjà dit …
C’est bon, pouvez aller fumer …