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KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD - POLYGONDWANALAND (2017)

Du prog écoutable ?

King Gizzard Etc … est un groupe totalement à part, donnant une couleur musicale différente à chacun de ses disques. Et des disques, ô bonne mère, ils arrêtent pas d’en sortir. Le groupe (ils sont sept quand même, ça fait des bouches à nourrir, ceci explique peut-être cela, quoi que …) depuis ses débuts discographiques en 2011 a sorti quatorze, oui quatorze Cds. Avec comme objectif annoncé d’en faire paraître la bagatelle de cinq en 2017. Et vous savez quoi, ils y sont arrivés (limite, le dernier est sorti le 31 décembre).
Famille nombreuse, famille heureuse ?
Evidemment, pareil stakhanovisme ne doit pas faire rire la maison de disques. C’est pourquoi ils ont décidé de faire sans. Encore plus forts que Radiohead qui avait initié le truc avec « In rainbows », les King Machin ont foutu les morceaux de ce « Polygondwanaland » direct gratuitement sur Internet. Mais là où les tristes sires de Radiohead demandaient une facultative participation financière et avaient quelques semaines plus tard sorti le Cd physique, les King Gésier mettent leurs titres en version flac (le meilleur format audio sans aucune déperdition par rapport à la source originale), y joignent les visuels en images haute définition, et donnent en plus à tous les téléchargeurs la licence de distribution. Résultat des courses, des dizaines de petits labels, certains créés pour l’occasion, sortent des éditions à petit tirage dans les formats les plus improbables (vinyles colorés, transparents, Cds gatefold, cassettes audio) de ce « Polygondwanaland ». Leur maison de disques, si tant est qu’ils en aient encore une, a dû vachement apprécier. Mais les King Truc s’en foutent …
Bon, ils ont beau être doués ces zozos (presque tous sont multi instrumentistes, et des instruments que vous risquez pas de trouver dans le Leclerc du coin, genre glass marimba, mais késako ?), on sort pas une soixantaine de titres dans une année sans qu’il y ait quelques déchets …
Surtout que là, avec « Polygondwanaland », ils versent dans le côté obscur de la farce, ils donnent dans le prog. Et le prog de chez prog, celui des seventies. Mais comme cette horde australienne est composée de gens de goût, ils ne s’abaissent tout de même pas à recréer les daubes à la Yes ou Genesis. Ils regardent plutôt du côté du kraut, ou alors des groupes évoluant plutôt à la marge du genre, genre le Floyd, Crimson, Magma … Bon, forcément, y’a pas de quoi s’agenouiller et crier au génie devant tous les titres, quelques-uns peuvent être laissés de côté, comme « The castle in the air » (se sont pas trop foulés sur celui-là, on dirait bien qu’ils ont samplé le son du vieux jeu d’arcade « Space Invaders »), ou le bordélique et ultime « The fourth colour » qui semble un collage de tous les trucs qu’ils avaient pas réussi à caser sur les morceaux précédents.
King Gizzard & The Lizard Wizard live
Le reste se laisse écouter, à condition d’aimer les ambiances sonores chaloupées orientales, et la flûte (tel un Ian Anderson des Antipodes, Stu McKenzie, le leader du groupe, en fout un peu trop partout). Si l’on n’est pas allergique au schémas rythmiques des premiers Peter Gabriel en solo, on appréciera « Searching … », si l’on n’est pas réfractaire au King Crimson des 80’s on trouvera « Tetrachromacy » plutôt intéressant. Même si ces titres font un peu remplissage, sont moins travaillés et élaborés que les autres.
Je sais pas comment ils font (et je m’en tape) mais les King Bidule sortent des disques finis, même si c’est à une cadence infernale, ça sonne pas du tout maquette approximative, y’a du boulot sérieux sur le son et les arrangements. Et ils réussissent à accoucher de choses intéressantes, voire plus. Rayon réussites, « Deserted dunes … », avec son pilonnage martial et répétitif, évoquera au choix Magma (pour les fans de prog) ou les Thee Oh Sees (auxquels les King Chose semblent vouer un véritable culte). « Inner cell » planerie mélodique orientalisante, pourrait être un morceau de chevet pour Robert Plant. Et puis il y a dans ce « Polygondwanaland » une merveille absolue. Elle dure plus de dix minutes, est placée au début du disque et s’appelle « Crumbling Castle ». Derrière un fracas de batteries rythmant une tournerie garage psyché, ce titre revisite (clin d’œil au énième degré ?) tous les tics du prog seventies, enchaînant sous des synthés sifflants ponts et breaks tarabiscotés en tous genres, des accélérations  dévastatrices avant un final tout en saturation barbouillée. De telles cavalcades ne s’écrivent pas par hasard, faut du talent pour pondre des trucs comme ça sans donner l’impression de se prendre le melon et de laisser transparaître une vanité prétentieuse satisfaite.
Mais bon, faudrait qu’ils se calment un peu les King Gizzard, parce qu’on va finir par avoir du mal à suivre leur folle cadence …


Des mêmes sur ce blog :
Paper Mache Dream Balloon




STRAWBS - GHOSTS (1974)

Aux fraises ...
Les Strawbs, c’est le genre de groupe dont les encyclopédistes du binaire vous vont refiler le nom sous le manteau, en garantissant que là, attention, immenses génies malheureusement restés confidentiels. Il doit même y avoir, dans les recoins du Net, des forums où des fans transis n’arrêtent pas de s’extasier sur les mérites du groupe et de leurs skeuds. Suivant la furieuse tendance qui consiste à admettre que puisque les 70’s étaient géniales musicalement, tous ceux qui ont sorti des rondelles à cette époque-là étaient forcément géniaux …

Bon, ben, pas les Strawbs en tout cas, ou pas avec ce disque-là. Les Strawbs sont Anglais, formés à la fin des années 60. Vous sentez pas le coup tordu ? Non ? Autre info, ils ont compté dans leurs rangs à leurs débuts Rick Wakeman. Oui, oui, Rick Wakeman, celui qui jouait du piano sur « Life on Mars » de Bowie … Mais surtout plus tard le claviériste de hum … Yes, les fuckin’ Yes … Oh putain, vous les voyez venir là, les Strawbs ?
Je confirme, les Strawbs, c’est la énième division inférieure du prog. Version Spinal Tap, ce qui les rend sinon intéressants, du moins pas aussi tragiques que leurs congénères tête de gondole. Dresser la liste des types qui ont joué dans les Strawbs est à peu près aussi facile que dresser l’arbre généalogique d’une famille de polygames consanguins. Suffit juste de savoir que celui autour duquel s’articulent toutes les différentes formations du groupe est David Cousins, chanteur, guitariste et principal compositeur, sorti des tréfonds du circuit folk des late 60’s. Un type assez satisfait de lui et de son œuvre, n’hésitant pas dans le livret de la réédition Cd de « Ghosts » à se poser par certains aspects en précurseur du punk ( faudrait qu’il m’explique, là …). Et oubliant de signaler que de tous les groupes de grabataires à s’être reformés depuis trente ans, les Strawbs sont ceux qui l’ont fait dans l’indifférence la plus totale. Tant pis pour eux et tant mieux pour nos oreilles…
Le problème des Strawbs par rapport aux « grands » (rires) groupes de prog, c’est qu’ils ne comptent pas de virtuoses dans leurs rangs. Donc pas d’interminables « mouvements »,  ponts et transitions tarabiscotées, pas non plus de solos de trois heures de basse à quinze cordes et de batteries à quatorze douzaines de toms. L’incapacité des Strawbs aux exercices égomaniaques fait que pas un titre ne dépasse les dix minutes et que tous sont à peu près construits sur le modèle chanson, avec des mélodies, des couplets et des refrains. Autre relative bonne nouvelle, Cousins est un chanteur plutôt intéressant, dans un registre assez proche du Peter Gabriel période Genesis, ce qui nous éloigne quand même de Little Richard, mais j’sais pas, il aurait pu essayer d’imiter Jon Anderson, vous imaginez le supplice (et je vous envie si vous avez jamais entendu Anderson bêler ses niaiseries).

Alors, forcément, y’a du déchet. « Ghosts » le morceau (issu d’un cauchemar de Cousins, alors que McCartney rêvait des accords de « Yesterday », vous voyez la nuance …), c’est du prog milieu de gamme, dont même Yes n’aurait pas voulu, « Lemon pie » renvoie furieusement au Cat Stevens (dont Cousins avoue être fan) encore fréquentable de l’époque, mais est massacré par des arrangements ineptes, « Starshine / Angel wine », c’est du Tatie Elton John des mauvais jours avec son piano en avant.

Le premier titre écoutable, c’est pour moi « Where do you go… », bluette pop sur une base rythmique venue du reggae (mais le reggae tendance « Ob La Di Ob La Da », c’est-à-dire abordé sous son aspect musique cool et entraînante pour Club Med). Les deux parties de « The life auction » rivalisent d’insignifiance satisfaite, mais ne le répétez surtout pas, les fans des Strawbs en parlent avec des trémolos dans la voix. « Don’t try to change me » est une sorte de folk pour hippies traversé de riffs hardos, et ma foi, même s’il n’y a pas de quoi s’extasier, ça relève le niveau (et l’attention). Par charité, et par peur de devenir vulgaire, je passerai silencieusement sur « You & I » (Yes avaient sorti un titre quasi homonyme, tout est dit …).
Ce qui nous amène au dernier titre du disque original « Grace Darling ». Le titre sur lequel les Strawbs ont plus ou moins joué leur carrière. Faut dire qu’ils étaient la première signature anglaise du jeune label A&M et que ce dernier en avait fait un objectif majeur pour les USA. « Grace Darling », pas horrible, mais le recours à une chorale d’église le catalogue irrémédiablement en un « You can’t always get what you want » du pauvre (ou du prog, ce qui revient au même). Logiquement, le single a foiré, le 33T a fait une courte apparition dans le Top 100 américain, et A&M s’est cherché d’autres objectifs. Fin de l’histoire …
Sur le Cd figure un seul bonus (on va pas s’en plaindre), la B-side de « Grace Darling », sans aucun intérêt.

On a déjà entendu pire, mais bon, les Strawbs, même si c’est pas toujours ignoble, ça gagne pas forcément à être connu …


DREAM MACHINE - THE ILLUSION (2017)

Juste une illusion ?
Sur la pochette dans un exercice de lévitation, un moustachu et sa greluche. Lee Hazlewood et Nancy Sinatra ? Euh, non … John & Michelle Phillips ? Non plus, mais à la réflexion, il pourrait y avoir un peu de ça … Et la couleur de pochette est d’un profond … pourpre (on y reviendra). Les Dream Machine (y’en a deux autres, chevelus genre roadies de Hawkwind dans les 70’s, tellement moches qu’ils sont pas sur le recto de la pochette, d’ailleurs c’est pas sûr qu’ils fassent de vieux os dans cette histoire), comme des milliards d’autres, regardent en arrière, seconde moitié des années 60. Bâillements … Sauf qu’ils ont deux trucs pour se faire remarquer.
Mr & Mrs Melton
Premièrement, ils suscitent la controverse et la polémique. En s’affichant ouvertement réacs, tenant des propos aussi cons que ceux de Ted Nugent et Donald Ier réunis. A tel point qu’ils se sont fait lourder par leur label, ce qui est peu commun. Un brin pervers aussi parce que Castle Face, label en question, continue de vendre le disque. Qui se vent pas trop mal aux States. Business is still business. D’où un déchaînement assez peu  commun sur les pages pourtant consensuelles d’Amazon US, entre défenseurs et contempteurs de Dream Machine, appels au boycott de Castle Face et au soutien via Bandcamp du groupe. (Mini) évènement dans le Landernau du rock indé, une polémique verrait-elle le jour ?
Faut dire que maintenant tout est bien huilé. L’immense majorité des gugusses qui ont des chances de vendre plus de quatre rondelles se voient illico briefés par des conseillers en communication, leurs propos et leurs moindres faits et gestes sont surveillés par des multitudes d’attachés de presse qui n’hésitent pas à faire connaître aux journalistes les listes de questions qu’il ne faut surtout pas poser à leurs poulains. Alors quand arrivent deux crétins qui livrent leurs réflexions simplistes cash, une agitation s’empare du « milieu ». A l’attention de tous les anciens étudiants d’école de commerce qui « gèrent » le rock aujourd’hui, il convient de signaler que depuis les déhanchements censurés d’Elvis à la télé, le rock n’a prospéré que sur des polémiques et des querelles d’Hernani sur fond de trois accords. Et niveau déclarations plus ou moins imbéciles, les rockers ou prétendus tels ont depuis six décennies placé la barre très haut (à quand une anthologie des citations des frères Gallagher, Ozzy Osbourne ou du chanteur des Eagles of Death Metal ?)
Dream Machine
Et donc, quel crédit ou quel intérêt accorder au (on y revient) couple leader de Dream Machine, Matthew et Doris Melton, quand ils se lancent dans des tirades anti-immigration ? Surtout quand on sait que Doris Melton est d’origine bosniaque, émigrée durant la guerre en ex-Yougoslavie, passée par les pays scandinaves avant d’immigrer aux USA. Les Dream Machine se revendiquent anti Facebook, ce qui au jour des réseaux sociaux rois est un crime sans conteste abominable. Quel crédit (ou quel sérieux) leur accorder quand ils se prétendent (sur la page d’accueil de leur site internet officiel !!) opposés aux médias sociaux qui font ressortir le pire de la nature humaine ? Et à la limite, même si les Melton pensent vraiment ce qu’ils disent, combien de stars qu’on s’efforce de nous présenter bien sous tous rapports sont capables (parfois sans l’aide d’alcool ou de poudres blanches) de déclarations bien pires ? Maintenant, et dans l’autre sens, faut pas aller crier à la conspiration, à la censure, où à je ne sais quel complot destiné à empêcher l’humanité de profiter de leur musique … Parce qu’on pourrait en causer des heures et regarder ce qu’on nous sert par ici au nom d’une « droite décomplexée » ou d’une « extrême-droite dédiabolisée ». A côté de ça, les raisonnements à la con d’un couple de rednecks pas très fufutes dans un groupe de rock indé, hein …
Et la musique de ces guignols, tu vas en causer un jour ? Voilà, voilà, ça vient…
Leur musique, figurez-vous, elle me plaît bien. Mais avis, y’a au moins un pré-requis. Figurez-vous que j’ai mis leur Cd dans le lecteur, et que je l’ai arrêté au second titre pour aller écouter les morceaux sur le Net, tant ce que j’entendais au niveau son me paraissait provenir d’un Cd foireux, d’une erreur de pressage. Non, pas du tout, ce qui était sur mon Cd était bien ce qu’ils avaient voulu faire. Le son des Dream Machin(e) est plutôt déstabilisant. Une rythmique de bourrin (les deux chevelus), des claviers et de l’orgue qui dégueulent de partout, des voix tellement chargées d’échos et saturées qu’elles deviennent incompréhensibles et qu’on a parfois du mal à distinguer si c’est le mec ou la nana qui chante (ils se partagent à peu près les titres). Un son qui ferait passer les Sonics pour Pink Floyd (ou Rihanna). Est-ce que ça vient du fait que la fréquence d’enregistrement (c’est écrit en gros sur la pochette du skeud) est de 432 hz au lieu des 440 habituels ? J’y entrave que dalle à cette histoire, mais pour les curieux que ça intéresse, le couple s’en explique dans une (longue) vidéo. En tout cas, à l’heure du sonore agréable à l’oreille triomphant, les Dream Machine dépotent. Et on finit par s’y faire à leur son caverneux …
Surtout parce que ces couillons ont écrit de grands morceaux. Notez bien que j’ai dit grands et pas longs (y’en a la moitié des douze qui dure moins de deux minutes et aucun qui arrive à quatre), ce qui est assez paradoxal parce qu’on les sent très inspirés par le prog et les longs titres psyché des sixties seventies. A la fin du disque, y’a deux noms qui clignotent très fort : les Doors et Deep Purple. A cause de la Doris, de son Vox et de son B3, qui sont utilisés de la même façon que lorsque Manzarek et Lord les martyrisaient. Ajoutez-y quelques riffs sinueux à la King Crimson, une rythmique échevelée et vous obtenez une sorte de garage – power pop – prog relativement inédite, curieuse et le plus souvent très intéressante et réussie.
La Belle et les Bêtes ...
L’aspect garage, c’est ce son brut de décoffrage, ces méchants riffs fuzzy sixties (« Eye for an eye » et « Back to you » se distinguent dans cette catégorie). Le côté power pop, c’est cette urgence mélodique derrière la carapace hardos (on pense à un esprit Cheap Trick, comme sur « Torn from the hands … »). Mais ce qui domine, ce sont ces emprunts au prog (les mini breaks tarabiscotés un peu partout, les riffs crimsoniens du morceau-titre) et surtout ces claviers Doors-Purple (y’en a qui citent aussi Electric Prunes, dont j’ai un skeud qui traîne sur une étagère mais que j’ai pas écouté depuis des siècles, donc je m’avancerais pas sur ce terrain-là). C’est joué par la nénette Melton (mignonne bien que facho, comme quoi moi aussi je suis capable d’écrire des trucs réacs) qui s’avère assez douée et bluffante pour ces exercices « à la manière de … » (flagrant sur « Lose my place on time », « Nothing left » ou l’instrumental « Diamond on the rough »). Les deux tourtereaux qui se partagent aussi l’écriture étant capables de grands titres qui ne doivent leur réussite qu’à leur talent (« Buried alive »), même s’ils sonnent comme une chanson yé-yé « All for a chance », ou citent des bribes du « Sud » de Nino Ferrer (le refrain de « Caught in a trap »).

Conclusion : on peut dire plein de conneries et faire un bon disque …



PETER JACKSON - LE SEIGNEUR DES ANNEAUX LE RETOUR DU ROI (2003)

Epique ...
Et pic et colegram … Parce que « Le retour du Roi » est autant une prouesse (technique, technologique, une prouesse de tout ce qu’on voudra) qu’un machin infantile. Qui à part Robert Plant et quelques demeurés chanteurs dans des groupes de prog s’intéresse aux balivernes de Tolkien ? Je vais vous faire un aveu, j’ai du temps de mon adolescence délurée, lu dix pages du bouquin. Pas plus. Plus con que çà, y’a que la lecture d’un discours de Dupont-Aignan ou celle de la notice d’un presse-agrumes traduite du coréen. Y’a quelque part dans les bonus un éminent ( ? ) universitaire qui nous explique que si Tolkien a eu du succès en Angleterre en particulier et chez les Anglo-Saxons en général, ben c’est à cause des Normands. Parce que ces cons ont envahi et colonisé les British, faisant passer aux oubliettes les contes autochtones. Et donc quand Tolkien s’est mis à écrire ses balivernes, ça a remplacé toutes les épopées et légendes moyenâgeuses que les Anglais avaient pas. Soit …
Un caméo de Peter Jackson
Tolkien, comme quelques autres auteurs de sci-fi ou d’heroic fantasy était réputé inadaptable à l’écran. Qu’à cela ne tienne, il s’est levé aux Antipodes un petit gros barbu frisé répondant au patronyme passe-partout de Peter Jackson qui a dit : « Moi je peux ». Avec le succès que l’on sait, merci pour lui. La trilogie du Seigneur des Anneaux a battu tous les records imaginables par l’industrie du cinéma, et Dieu sait que l’industrie du cinéma a de l’imagination, surtout quand il s’agit de vendre comme un chef-d’œuvre une grosse daube. Il faut voir le jour de la première mondiale du « Retour du Roi » (à Wellington, Nouvelle-Zélande), l’hystérie (et je pèse mes mots) qui s’est emparée de la ville et du pays (les centaines de milliers de All Blacks entassés sur le trajet hôtel-cinéma pour voir passer sur un tapis rouge de plusieurs kilomètres l’équipe du film en limousine). Plus fou encore, lors de la dernière date de la tournée de promotion au Danemark (pays du bellâtre transparent Aragorn-Mortensen), des centaines d’acteurs du dimanche ont « joué » dans le cinéma et recréé avant la projection des scènes des deux épisodes précédents (avec quelques vrais blessés lors de la reconstitution des batailles). A tel point que quelqu’un du film avoue avoir mis le doigt sur ce que doit être un quotidien de rock-star.
Dès le départ, « Le Retour du Roi » dure plus de trois heures. J’ai l’édition « ultime » (avant la prochaine, certaines répliques dans les bonus laissent entendre qu’il y a des bobines 3D du film) qui dure une heure de plus. Deux BluRay en 4K rien que pour le film. Plus trois Dvd de bonus, plus les commentaires de Jackson et des scénaristes sur les BluRay. A la louche, seize heures de « Retour du Roi » (et pareil pour les deux autres de la trilogie). Un package démesuré, qui a commencé à être mis en vente alors que le matériel dédié (lecteurs et télés supportant la UHD 4K) coûtait une vraie fortune. Aujourd’hui que le matos a vu ses prix divisé par dix en dix ans, on peut regarder le bestiau dans son salon. Visuellement (et même si une téloche haut de gamme ne vaudra jamais une séance au cinoche), c’est forcément impressionnant, d’une netteté absolue. Et avec une heure de plus, c’est quasiment un autre film. Même si l’ossature scénaristique et la conclusion restent les mêmes. De toutes façons, c’était couru d’avance. Sans parler de ceux qui avaient lu le bouquin, qui aurait pu imaginer que Frodon se loupe et n’arrive pas à détruire l’anneau après dix heures de film ? Qui aurait pu penser que les zozos de la communauté de l’Anneau allaient se retrouver décimés (même si Frodon part à la toute fin en bateau vers une mort prochaine programmée), que les méchants allaient gagner ? En d’autres termes, c’est pas le final qui compte, c’est la façon dont on y arrive et comment Jackson nous le montre… Parce qu’il y a au moins quatre temps forts à mettre en images, les deux batailles géantes (le siège de Minas Tirith, celle devant la Porte Noire), l’attaque de l’araignée géante, la destruction de l’anneau et du monde de Sauron. Ben là, on en a pour ses euros… des scènes de fou, possibles grâce à un déchainement hors normes d’effets numériques.
Une armée numérique
Parce que les acteurs, on peut pas dire qu’ils crèvent l’écran. Ils font le job, c’est tout, la plupart du temps devant un rideau bleu, et certains bardés de capteurs (notamment Andy Sirkis, celui qui joue Sméagol/Gollum). Le seul à ressortir du lot est à mon sens John Noble (Dénethor, régent du Gondor, le seul humain méchant du film) qui donne vraiment une « épaisseur » certaine à son personnage. Tout le reste est né de l’imagination plutôt féconde de Jackson et de ses scénaristes (sa femme Fran Walsh et Philippa Boyens) qui doivent respecter autant que faire se peut le bouquin. A leur service, la WETA (société créée par Peter Jackson scindée en deux départements, Whorkshop et Digital) est chargée de rajouter maquettes, costumes, prothèses, maquillages divers et une quantité astronomique d’effets spéciaux en tous genres  (près de 1500, soit le double de l’épisode précédent « Les Deux Tours », qui battait déjà des records). A noter que Jackson, Walsh, Boyens et tous ceux qui bossent chez WETA sont néo-zélandais, joli pied de nez à la toute puissance des studios et entreprises américaines. On a droit ainsi à la visite guidée par son directeur de WETA Digital, avec le gars très fier de ses batteries de microprocesseurs nous expliquant qu’il a dans ses murs deux fois plus de puissance de calcul que la NASA (un peu d’intox, peut-être ?) et bien plus que ses rivaux américains de LMI.
Ils sont grands les éléphants
Et il leur en fallait du matos… et une certaine forme d’abnégation aussi. Faut voir tous ces responsables, chefs de projets, … promettre à Jackson que ce qu’il imaginait, ils pouvaient le faire sans problème, alors que ces gars et ces nanas passaient des nuits blanches à se demander comment ils pourraient y arriver. Un exemple : lors de la plupart des plans de la bataille des Champs du Pelennor (une heure,  un quart du film), seul le sol est réel. Les montagnes environnantes sont « vraies », mais situées ailleurs et rajoutées numériquement. Minas Tirith est une maquette (de dix sept mètres tout de même). Il y a 350 000 soldats et 6000 chevaux numériques animés quasiment individuellement. Sans compter les éléphants géants, les Trolls de dix mètres, le Roi Sorcier et son T.Rex volant, les catapultes et béliers gigantesques, et une armée de morts vivants arrivant en renfort… Les 250 vrais cavaliers et leurs montures (et c’était déjà un exploit de réunir autant de chevaux au pays des moutons rois) en action (record en la matière) font vraiment détail minime. Au rayon des détails (mais suffisant pour que des types chez WETA s’arrachent les cheveux), le sommet des montagnes néo-zélandaises est sacré pour les peuplades maories. Il fallait donc toutes les « raboter » et leur rajouter un sommet numérique. Un perfectionnisme démesuré souvent invisible. Ainsi, tous les costumes (certains sont tissés avec de vrais fils d’or), armures et armes diverses ont été conçus uniquement pour le film, contiennent gravés dans la masse des symboles et écritures runiques respectant les langues créées par Tolkien pour ses bouquins, et qu’on ne distingue absolument pas à l’écran.
Résultat : une perpétuelle course contre la montre pour achever de filmer, rajouter les effets numériques, faire la post-synchro, rajouter la bande-son et la musique (Howard Shore, avec grand orchestre à Londres, qui fait jouer et rejouer ses musicos au gré des changements et nouveautés du pré-montage, merci internet …). Plus la date fatidique de la première à Wellington approche, plus les gens sensés de l’équipe pensent que les délais ne seront pas tenus. Les dernières semaines, huit ( ! ) équipes tournent des scènes additionnelles ou de raccord (certains acteurs donnent la réplique à d’autres qui ont tourné la scène sans eux quatre ans auparavant…). Le puzzle à reconstituer est gigantesque, et à voir Jackson tout cool, sempiternellement en sweet-shirt informe et pantacourt (même sous la neige), on imagine mal la pression qu’il doit supporter, alors qu’autour de lui, tout le monde craque. Pour la petite histoire, il terminera le montage (qui ne respecte pas la chronologie du film, il monte les scènes à mesure que les effets numériques sont finalisés), juste à temps pour qu’on puisse fabriquer les bobines de la première projection. Et c’est seulement lors de cette représentation qu’il verra, lui le réalisateur, son film terminé pour la première fois … D’ailleurs cette version, celles présentées lors de la tournée de promotion dans quelques capitales, ou celle montrée à l’Académie des Oscars (onze statuettes, record absolu égalé), seront légèrement différentes de celle que pourra voir le public lors de la sortie en salles.
Bien mal acquis ne profite jamais ...
Une dernière anecdote pour la route (y’en a des centaines dans les bonus, parfois redondants, il faut aussi le signaler). Dans la version longue, on a droit à la mort du sorcier Saroumane, interprété par Christopher Lee, qui finit poignardé dans le dos avant de tomber dans le vide et de s’empaler sur une énorme roue pointue (il a souvent fini comme ça, quand il jouait Dracula, plaisante t-il). On voit dans la préparation de la scène Jackson lui expliquer comment il doit « jouer » quand il a reçu son coup de canif. Réponse ferme de Lee, qui lui dit qu’il sait parfaitement comment on meurt quand on a reçu un coup de couteau dans le dos. Petite précision, que certains sur le plateau connaissaient : Christopher Lee avait servi durant la Seconde Guerre Mondiale dans les Forces Spéciales anglaises. Silence gêné et glacial sur le plateau, où les protagonistes se rendent compte que cette scène va avoir vraiment quelque chose de vécu …

« Le Retour du Roi » est une machine tellement démesurée, un truc tellement fou, que les points de repère du cinéphile volent en éclats. D’ailleurs, tiens, je crois que c’est çà : « Le Retour du Roi », c’est pas un film, c’est un spectacle … Un spectacle assez exceptionnel, faut bien admettre …



KING CRIMSON - LARKS' TONGUES IN ASPIC (1973)

Robert Free ?
King Crimson est un groupe souvent porté au pinacle par les progueux. Soit. Grand bien leur fasse. Moi, le prog, j’aime pas (du tout). Mais King Crimson, je suis preneur. Oh, pas de tout. Du premier, de « Red », dans une moindre mesure de la « renaissance  disciplinaire » des 80’s (que les progueux, bien évidemment détestent). Et tout le reste ? Ben je m’en tape un peu (beaucoup).
A commencer par ce « Larks’ tongues in aspic », souvent considéré comme l’œuvre majuscule (entendez progressive majeure) par ceux qui n’écoutent que de mauvais disques. Perso, je comprends de tout ce qu’il va retourner rien qu’en lisant le casting. Autour de l’inamovible Robert Fripp, mathématicien de la guitare, on trouve dans ce « Langues d’alouettes en gelée » (rien que ce titre, t’as envie de détaler, même si j’en ai à peu près saisi la signification ésotérico-mystique) des noms qui filent les jetons. Un ancien de Supertramp (Palmer-Jones), un transfuge de gloups … Yes (Bruford), un type venu de Family, le truc du rouquemoute braillard Chapman (Wetton), Cross, un fuckin’ violoniste (ouais, je sais, des crin-crins, y’en avait dans la country ou le Velvet, mais bon, pas utilisés de la même façon), et un percussionniste dont j’ai oublié le nom, comme si ça ne suffisait pas avec le Bruford, un batteur virtuose de chez virtuose.

Tous ces joyeux (rires) lurons lâchés dans un studio en vue de rédiger un truc qui t’en foute tellement dans les esgourdes que comme t’y comprendras rien, c’est que forcément ce doit être génial. Evidemment, moi j’ai rien compris. Mais c’est pas pour autant poubelle direct. On trouve de ci de là, de bons passages. Faut les chercher, quand même, au milieu de titres plutôt longs et bien évidemment alambiqués. « Lark’s tongues … », c’est d’abord ce riff et ce (trop court) passage hallucinant dans le morceau titre, Pt 1. Là, carrément, Fripp nous sort un truc de metal machin (désolé, les sous-genres du boucan, c’est pas trop mon truc non plus) qui te fissure les tympans et les reste, et ce d’autant plus que ce passage arrive après des interminables tintements de clochettes et bruissements de cymbales. Ce riff d’anthologie est repris à la fin du disque (« Larks’ Tongue … Pt 2 » donc), en version édulcorée et ambiance progressive à fond les ballons, pour ce que les fans de cette rondelle considèrent comme de bien entendu ( ? ) comme le sommet du disque, alors que c’en est juste le morceau le plus pénible (repris comme il se doit par des gugusses qui squattent les affiches de festivals genre Hellfest).
Ailleurs, King Crimson nous refait le coup de la ballade baba toute en douceur (remember « I talk to the wind » sur « In the court … »), ici ça s’appelle « Book of Saturday », c’est sans prétention, assez mal chanté par Wetton, et ça se laisse écouter … La gentille planerie également douceureuse de « Exiles », c’était un peu le passage obligé pour faire plaisir au hippies, on en trouvait dans tous les skeuds « intelligents » de l’époque, pas de quoi se relever la nuit … « Easy money », c’est un peu le titre funky du disque, même si a priori Fripp et funky, ça rime pas du tout, mais bon, ces cocottes de guitare algébriques déroulées avec une rythmique qui pour une fois swingue un peu, moi je trouve ça pas trop mal … Ah, et puis y’a aussi une bizarrerie, sorte de world music arabisante avec dialogue de percussions, ça s’appelle logiquement « The talking drum » et ne présente guère d’intérêt. On saura toutefois gré à Fripp et ses nouveaux employés d’éviter les rodomontades prévisibles, les titres ne « progressent » pas, on passe à l’intérieur des morceaux à des choses différentes assez vite. Avec plus ou moins de bonheur, chacun ne pouvant s’empêcher d’y aller de son petit numéro démonstratif … Tout ça, écrit pourtant minutieusement, finit par ressembler à une sorte de free-rock (enfin, rock, faut pas charrier non plus) …

A la même époque, des groupes allemands assez barrés faisaient sous l’étique méprisante de krautrock des choses bien plus intéressantes …


MEAT LOAF - BAT OUT OF HELL (1977)

Rock and (cholesté)roll ...
Alors là, attention, best seller. Les Ricains en ont acheté des dizaines de millions de « Bat out of hell ». Il doit être dans le Top 10 (et vu l’état du « marché » du disque y restera jusqu’à la fin des temps) des ventes US toutes époques et tous genres confondus. Le coup d’éclat de deux inconnus, qu’évidemment ils ne renouvelleront pas, même s’ils s’y sont péniblement essayés.
Meat Loaf, c’est le pseudo d’un gars dont j’ai oublié le nom, ventripotent gueulard de quinzième zone, coupable d’un disque au début des seventies que personne a jamais acheté, et second rôle dans le film culte déjanté « The Rocky horror picture show ». C’est lui le chanteur et l’attraction de tout ce cirque. Mais de là à ce qu’un inconnu s’attaque aux records de vente de « Saturday Night Fever » … Le « cerveau » de l’affaire « Bat out of hell », c’est le dénommé Jim Steinman, un type qui se prenait modestement pour Berlioz et Wagner, mais dont la réputation n’avait jamais dépassé sa cage d’escalier. C’est Steinman qui est responsable, même carrément coupable, du « concept », des musiques et des textes. Meat Loaf se contentera de chanter et de « jouer » un personnage grotesque inspiré par Falstaff, Batman, La Bête, Rahan et Obélix … La musique, on y reviendra vite fait, est un croisement-plagiat des pires choses entendues chez les progueux, les hard-rockeux, Queen (on y reviendra aussi) et … Springsteen.
Les coupables : Meat Loaf & Jim Steinman
Dont les deux mercenaires habituels du E Street Band (Bittan et Weinberg) se retrouvent au casting de ce « Bat out … ». Ce qui suscite une interrogation, comment ces types réputés ont-ils pu aller traîner leurs guêtres sur le projet de deux inconnus azimutés ? La réponse elle est chez les banquiers, ceux qui ont payé ce disque, Epic, filiale de Columbia, label de … oui, Springsteen, je vois que vous commencez à comprendre.
« Bat out of hell » c’est un peu un coup de poker insensé financé par la multinationale, sinon, comment voulez-vous vous payer Bittan, Weinberg, … et les autres. Parce que le casting du disque, ça file le tournis, Rundgren (pas un tendre quand il s’agit de causer pognon) produit et joue de la guitare, Edgar Winter (oui, l’albinos à saxo, frère de l’albinos à guitare), des types d’Utopia (le groupe à Rundgren), pas moins de deux orchestres symphoniques… Tout ce monde trimbalé dans quantité de studios plus high-tech les uns que les autres … Du pognon dépensé sans compter mais qui a rapporté très très gros. Tellement gros, que le Gros et le Steinman se sont brouillés à mort pour of course des histoires de pourcentages, de droits, lorsqu’il a fallu passer à un second disque, qui aurait du sortir dans la foulée (suivant le puissant précepte du on presse le citron tant qu’il sort du jus) mais qui ne sortira que des lustres plus tard, fatalement dans une indifférence à peu près générale.
« Bat out of hell », ça fait passer Yes pour du folk acoustique. Exemple type du morceau crétin « Paradise … », où l’on passe en dépit de tout bon sens du rock’n’roll, au rythm’n’blues, à la pop, au disco, au hard, … Comme Queen, me direz vous … en quelque sorte, sauf que Queen est un groupe totalement second degré, qui dans sa carrière n’a pas écrit des morceaux, mais juste des pastiches forçant sur la caricature, le ridicule. Tandis que Steinman, lui, est totalement prétentieux et dénué d’humour, tout est au navrant premier degré … Heureusement qu’il avait Bittan et Weinberg, sinon leur patron aurait porté plainte, le premier titre, l’éponyme « Bat out of hell » est entièrement pompé sur des passages de « Born to run », et plus particulièrement de « Jungleland ». Mais jamais Springsteen, pas toujours le type le plus sobre musicalement de la planète, n’avait sorti de loukoums de ce style.
Lester, fais gaffe si tu dis encore du mal de mes disques ...
On n’évite pas non plus l’interminable ballade (quasi neuf minutes, comme les deux titres cités plus haut) gluante avec les deux (comme si un seul ne suffisait pas) orchestres symphoniques qui empilent les couches de violons. Les quatre titres restant sont heureusement plus courts. Pas forcément meilleurs. L’un d’eux (« You took the words … ») s’engage même par une discussion genre la Belle et la Bête (la Bête, vous aviez deviné, c’est Meat Loaf, la Belle c’est Ellen Foley, choriste et faire-valoir féminine qui délaissera vite le balourd pour fréquenter de près le Clash, et plus particulièrement Mick Jones), avant un classic rock pompier comme ça devrait pas être permis … La moins insupportable du lot, c’est pour moi « Heaven can wait » …
Ce genre d’objet sonore prétentieux, chez moi, ça finit poubelle direct … mais là, ce « Bat out of hell », il est tellement con au premier degré que ça me fait pitié … j’en écoute parfois des morceaux avec le sourire …


EMERSON, LAKE & PALMER - TARKUS (1971)

(H)ELP !
Il paraît, c’est écrit par un gazier en extase dans le livret de la réédition, que ce machin est le disque fondateur du rock progressif, grâce (à cause ?) de son morceau-titre de plus de vingt minutes. Qu’est-ce que vous voulez dire après ça ? Un poubelle direct et on passe au suivant …
Les coupables
Ben non, quand même pas, tant qu’à y être, faut se moquer un peu de ces trois pantins. Qui avaient pas si mal commencé que ça dans la vie. Keith Emerson s’était fait remarquer en jouant de l’orgue Hammond avec des couteaux (si, si) chez les Nice, groupe d’accros au LSD pas loin de la première division du Swingin’ London psychédélique. Greg Lake, c’était le bassiste-chanteur du fabuleux « In the court … » de King Crimson (il était aussi guitariste, mais bon , Robert Fripp n’était pas exactement un partageux). Carl Palmer avait fait ses armes chez le braillard Arthur Brown et son Band, et chez les néo-progueux d’Atomic Rooster. Sous la houlette d’Emerson, les trois vont se réunir genre super-groupe (la tarte à la crème obligatoire des musiciens « techniques » de l’époque), décréter que le rock c’est so ringard et faire autre chose.
Résultat des courses, une litanie de pensums prétentieux dans les seventies (et comme ils sont tous vivants, la menace de la reformation est bien réelle, même s’ils ont pas donné de nouvelles depuis vingt ans), qui fera de ces trois benêts des poids lourds (dans tous les sens du terme) du rock progressif. Certains amateurs ( ? ) du genre prétendent même que ELP, c’est encore plus alambiqué que Yes. Assertion que je réfute totalement, y’a rien de pire que Yes.
Bon, alors ce « Tarkus » ? Déjà, ça commence avec le sus-cité morceau-titre et ses sept « mouvements » (tu parles de mouvement, t’as plutôt envie de piquer un roupillon au milieu de cet enchevêtrement de jazz et classique pompiers entrelardé de rengaines molles). Une face du 33T original. La seconde face, le préposé aux notes de réédition, il en parle tout juste, tout tourneboulé ce mal entendant par l’encombrante suite. Je vais en causer, non pas qu’elle soit captivante, mais parce qu’elle est quand même bien moins moche.
Il est pas beau, le livret intérieur ?
Ça commence plutôt bien (« Jeremy Bender »), sur une base de piano honky tonk (avant de faire son petit Mozart, Emerson avait passé 215 ans au conservatoire, il faut reconnaître qu’il est assez doué dès qu’il y a un engin avec des touches blanches et noires qui lui passe entre les pattes). Las, l’embellie ne dure pas, le titre suivant (« Bitches crystal » ??), sous ses atours jazzy méthode Marcel Zanini, on dirait les embarrassants débuts de Sting en solo, quand il était entouré des requins de studio genre Hakim ou Marsalis. Les deux titres suivants, sortez costards queue-de-pie et hauts-de-forme, Emerson nous emmène salle Pleyel pour une extrapolation risible à partir de machins de Bach. Les fans du lourdaud Jon Lord, période solos live sur « Lazy » ou « Space truckin » ne seront pas dépaysés avec « A time and a place », ça sonne exactement comme du Deep Purple qui jouerait sans Blackmore et Gillan, mais on partait de tellement bas, que dans ce skeud ça relève (un peu) le niveau. Le plus inattendu, c’est le dernier titre. Un rock’n’roll (oui, oui, surprenant, isn’t it ?) à la Jerry Lee Lewis. Destiné à l’ingé-son du disque, Eddie Offord, coupable par la suite d’être le producteur des « albums historiques » (on ne rit pas, suffit de les écouter ces skeuds, c’est vraiment pas drôle) de Yes.

Signalons pour les malentendants qui seraient tentés que « Tarkus » (pourquoi « Tarkus », c’est quoi un « Tarkus », hein, bon remarque on s’en cogne) a été remastérisé en 2007. Sans bonus. Donc pour les remix techno et les versions dub il faudra encore patienter.


TANGERINE DREAM - PHAEDRA (1974)

Un classique ...
Pas seulement de la littérature française. Aussi de la musique … Et là ça se complique, pour coller une étiquette. Musique planante ? Oui, mais pas que … Musique électronique ? Oui, certes, mais réducteur … Krautrock ? Why not, mais le terme regroupe tellement de choses …
Et pourtant, quand ce disque est sorti au milieu des seventies, ceux qui écoutaient de la musique se posaient moins de questions. Il n’était pas incongru de sortir du disquaire avec un vinyle des Stones et un du Floyd, ou bien un Led Zep et un Tangerine Dream… En ce temps-là, les minarets n’étaient pas encore construits et les ayatollahs du bon goût (enfin, du leur) prompts à trier le bon grain de l’ivraie étaient encore rares …
Tangerine Dream, qui tirent leur nom d’une chanson des Beatles fleurant bon le buvard d’acide, se sont rapidement orientés vers une musique toute électronique. Quelques tonnes de matériel, des kilomètres de câbles, du bricolage maison, le tout pour un résultat sonore quelquefois imprévisible, ouvrage qu’il fallait sans cesse remettre sur le métier …

Contrairement aux pompiers progressifs anglais, eux n’ont pas cherché leur salut dans les œuvres de Bach, ou pire, Wagner … Froese, le leader du groupe, faisait souvent état de Stockhausen, donc la musique expérimentale et avant-gardiste. La construction des morceaux de Tangerine Dream est totalement labyrinthique, rien qui ne ressemble à intro-couplet-refrain-pont …Des séquences souvent à base de Moog (leur synthé de prédilection) s’enchaînent, des thèmes sont développés, évoluent, disparaissent pour ne jamais revenir, puis on passe à un autre …
Musique planante, des grands espaces disait-on, et Tangerine Dream fut un des groupes fétiches de la queue de comète hippie, tous ces baba-cool écroulés, très en « avance » dans leur tête et qui partaient réinventer le Moyen-Age dans leur communauté ardéchoise … Fraîchement signés par Branson chez Virgin grâce à l’argent du « Tubular bells » d’Oldfield, les Tangerine Dream allaient devenir le groupe phare de la musique électronique « cérébrale » des 70’s, et leur influence sur l’ambient et le new age dont ils allaient finir par tartiner leurs disques dans les 80’s est considérable.
Avec leurs disques dont « Phaedra » est un des tout meilleurs, Tangerine Dream réussissent à créer une atmosphère musicale légère et sophistiquée, idéale pour conserver la zen attitude … ou pour aider à faire passer une gueule de bois carabinée …
Mais je vais quand même reprendre une aspirine …
Et le rapport avec Phèdre ? Aucune idée …

Des mêmes sur ce blog :
Atem

ANGE - EMILE JACOTEY (1975)

Un Ange passe ... 

J’ai dû vérifier, mais curieusement, il doit bien rester des gens qui écoutent encore Ange, puisque le groupe existe toujours, tourne, sort des disques, des Dvd, comme les premiers BB Brunes venus …
Ange ils sont dans les grimoires traitant de vieux rock français (quoique si Ange c’est du rock, Nabila c’est Marie Curie), rayon seventies, chapitre prog … Autant dire pas exactement ma tasse de thé … Ange, c’était the big thing du milieu des années septante. En France uniquement. Et surtout en province, la revanche des ploucs sur les Parisiens, cet antagonisme séculaire. Et Ange était vraiment un groupe campagnard (Belfort, la Franche-Comté, ces endroits où même les pauvres ne vont pas passer leurs vacances) cultivant même à l’excès ce côté rustique et paysan. Ange est une affaire de famille, celle de la famille Décamps. Deux frangins, Christian et Francis, et quand le second quittera le groupe, c’est le fils du premier qui le remplacera.
Ils sont velus, ils sont tous là : voilà les Ange
Ange, comme tous les progueux, cultive le paradoxe du progrès(sif) et la fixette pour les temps passés, thème récurent de ses « grands disques », qui s’enchaînent  vers le milieu des seventies (« Le cimetière des Arlequins », « Au-delà du délire », « Emile Jacotey », « Par les fils de Mandrin »). Bien révélateur de toutes les obsessions de l’époque pour un retour vers la campagne, la « vraie vie », et toutes ces balivernes hippies.
« Emile Jacotey », c’est un peu la quintessence de tout çà. Le disque est construit à partir de rencontres, conversations et discussions de Décamps (Christian, le chanteur et leader) avec un ancien maréchal-ferrant de village (Emile Jacotey, comment ça, vous aviez deviné ?). On entend même à une paire de reprises la voix de l’auguste vieillard sur le disque. Même si ce n’est qu’un prétexte, le disque ne raconte pas sa vie, c’est une extrapolation des légendes, contes et histoires racontées par le vieux.  Et encore, juste la première face du vinyle original la seconde étant encombrée par une fuckin’ suite, « Ego et Deus » en quatre « mouvements » (no comment).
Les textes se veulent chiadés, rehaussés par un chant maniéré, changeant, théâtral, inspiré par Brel (que le groupe avait repris sur un disque précédent). La zique, c’est du prog, parfois inspiré par Jethro Machin et les funestes Yes, sur l’intro de « Bêle, bêle, petite chèvre » (amis des titres crétins, bonjour) ou sur « Les noces ». Y’a de la ballade médiévalisante (« Jour après jour »), de la ballade épico-pompiéro-lyrico-campagnarde (« Sur la trace des fées »), du co(s)mique bon marché (« Le marchand de planètes », tournerie entre mauvais krautrock et falsification floydienne). Un titre « Ode à Emile », ritournelle assez réussie avec parties de guitare (du « mythique » Brézovar) plus ou moins intéressantes, deviendra un des classiques du groupe et le point d’orgue de leurs concerts (bâillements) …
Peut-être parce que le « rock français » de l’époque était quasiment inexistant (les Variations finis, Magma assez « branché », les deux ne vendaient de toute façon guère), Ange écoulait des centaines de milliers de ses disques … c’était le bon temps (ricanements lugubres …).

YES - THE YES ALBUM (1971)


Prometheus ...

C’est bien connu, quand une série a un grand succès, tout le monde veut remonter aux débuts, veut le prequel. Yes ne déroge pas à la règle. Vous avez adoré « Fragile », « Yessongs », « Tales from topographic oceans », « Relayer », « 90125 » et tous les autres épisodes de cette fantastique série, voici maintenant « The Yes album » justement sous-titré « The first thrills », car des frissons il va y en avoir.
Efrrayants, isn't it ?
Evidemment, les générations entières traumatisées à jamais par les best-sellers de la saga légendaire vont se précipiter, dans l’espoir de comprendre enfin pourquoi tant d’horreurs se sont abattues sur les innocentes peuplades terrestres au début des années 70. Et bien, sans rien dévoiler de la conclusion de cet épisode, on peut dire que le public en aura pour son argent. Les tueurs fous sont de retour, laissant comme d’habitude les instruments du crime traditionnels (flingues, couteaux, voitures, tronçonneuses, roulette de dentiste, coton-tige empoisonné, …) aux scénaristes sans imagination. Les Yes réussissent à faire des carnages totaux avec des instruments de musique, tout ce qu’il y a de plus conventionnels (une guitare, une basse, une batterie, des claviers, et un possédé qui chante, à faire passer la Linda Blair de « L’Exorciste » pour Chantal Goya). Dès le générique d’intro, le bien nommé « Yours is no disgrace », l’angoisse va vous étreindre, les gouttes de sueur froide commencer à perler sous les aisselles, les fesses se serrer. Ça fout vraiment les jetons, et on se rend compte que ce n’est pas un spectacle familial, mais très vivement conseillé à un public averti. Gros temps fort ensuite, quand le héros Steve Howe dépèce à grands coups de guitare acoustique (« The clap ») toutes les oreilles qui passent à sa portée. Mais pourquoi diable tant de démonstration technique gore se demande t-on ? Le scénario ne fournit aucune explication, c’est comme ça et pis c’est tout, les fans sont aux anges et en redemandent, on entend même des applaudissements dans la salle. Et les bobines, plus effrayantes les unes que les autres s’enchaînent. La séquence des « Starship troopers » renvoie aux oubliettes le Carpenter de « Ghosts of Mars », et le mantra sanglant « I’ve seen all good people » fait ressembler l’intégrale de Romero à un court-métrage des Marx Brothers. Quand à la conclusion de la pellicule, que les fans nomment « Perpetual change » (les fans de Yes ont parfois de l’humour), et bien y’a rien qui change, le vaisseau fantôme continue de voguer dans le vide intersidéral, c’est pareil qu’au début, mais en pire.
Devant le succès rencontré et les foules enthousiasmées par tant de mauvais goût, les studios Atlantic travaillent déjà sur un pre-prequel en deux volets (« Yes » et « Time in a word »). Nom de code du projet : « Les origines du Mal »…

Des mêmes sur ce blog : 
Fragile
Yessongs


TANGERINE DREAM - ATEM (1973)


 Ahem ...

Tangerine Dream est un groupe respectable et généralement respecté. Reconnu pour ses talents d’innovation expérimentale, et un des incontournables de cette vague de groupes allemands du début des années 70 qui a tant influencé la musique électronique des décennies suivantes.
Tangerine Dream a fait de beaux disques réussis. D’autres beaucoup moins. « Atem » fait pour moi partie de la seconde catégorie.
Pas vraiment rebutant (Tangerine Dream sait créer des « ambiances ») mais bâillements tout de même assurés. Pour un peu plus de « matière », allez plutôt voir du côté de « Rubycon » ou « Phaedra » …
Qui a dit Led Zeppelin ?
Il a bien raison …


SUPERTRAMP - CRIME OF THE CENTURY (1974)


Pas vraiment super ...

Jeu à dix mains, jeu de vilains ?
Le début de ce Cd renvoie à  « Il était une fois dans l’Ouest » avec son harmonica à la Ennio Morricone, jusqu’à ce qu’une insupportable voix bêlante vienne tout gâcher. Et tout au long du disque on va ainsi être tiraillé entre moments intéressants et passages insipides.

Commençons par ce qui m’énerve : cette voix aiguë chevrotante donc, heureusement pas aussi présente qu’elle le sera quelques années plus tard ; ces pianos omniprésents aux influences classiques mais plus proches d’Elton John que de Chopin;  quelques horreurs progressives (« Rudy ») rappelant les peu glorieuses années précédentes du groupe.

Au crédit de « Crime … », une mise en place impeccable avec un superbe travail de Ken Scott (le producteur notamment de « Ziggy Stardust » de Bowie), une aisance mélodique incontestable (l’intro de « Hide in your shell »), et aussi (surtout ?) « Dreamer », un des meilleurs si ce n’est le meilleur morceau de la carrière de Supertramp et qui à lui seul préfigure et définit tout « Breakfast in America ».

Au final, presque quarante ans après sa sortie, « Crime of the century » est encore à peu près écoutable. Un des rares disques de Supertramp dans ce cas.



MIKE OLDFIELD - TUBULAR BELLS (1973)


Un génie, pas d'associé, et des cloches (tubulaires)

Les gens qui très jeunes (Oldfield n’a pas vingt ans quand paraît « Tubular Bells ») enregistrent seuls des disques sont peu nombreux, ceux dans le lot qui ont du succès (critique et commercial) se comptent sur les doigts d’une main (Stevie Wonder, McCartney, Prince, Todd Rundgren). Mais seul Oldfield a réussi le carton planétaire d’entrée.

Mike Oldfield : The Man Machine ?
Faire paraître un disque composé de deux longues suites instrumentales en 1973 pouvait sembler dans l’air (progressif) du temps. Mais que plus de trente cinq ans plus tard, ces deux titres soient encore écoutables avec plaisir montre la qualité de la chose. A des lieues des sottises progressives des Yes, Genesis, ELP et consorts, « Tubular Bells » avec ses climats changeants, tantôt apaisés et bucoliques puis violemment électriques et bruyants quelques mesures plus tard va engendrer toute une cohorte de suiveurs, plus souvent pour le pire (JM Jarre) que pour le meilleur.

Et pour que le conte de fées soit complet, c’est un copain d’Oldfield, qui va créer sa propre compagnie de disques pour distribuer une œuvre dont les autres labels ne voulaient pas. Les disques Virgin étaient nés et Richard Branson en route pour sa « carrière » de milliardaire hippy.

Oldfield, lui, ne se remettra jamais du succès de « Tubular Bells », dont un passage sera utilisé par Friedkin dans « L’Exorciste », et sa carrière déclinera entre tentatives de donner une suite du même niveau à son chef-d’œuvre, et tentations de hit-parades avec des morceaux pop quelquefois réussis, mais qui ne s’approcheront jamais de la beauté inégalée de « Tubular Bells ».


YES - FRAGILE (1971)


 L'Effet Papillon

Un soir que j’étais à me morfondre dans mon manoir du Nord de Londres, il me prit tout à coup l’envie d’écouter « Fragile » de Yes. Sans rien changer à mes habitudes musicales, volume sonore motorheadien sur mon ampli 2X300 W, et aux premières notes, les enceintes, pourtant copieusement lestées de plomb, qui commencent à exécuter la danse de saint Guy …

Je me laissais distraire par l’observation de la croupe rebondie de ma nouvelle camériste, en train de desservir la table basse du salon, laissant vagabonder dans mon esprit de strausskhaniennes pulsions. Un détail alentour attira mon attention. Pourquoi diable, dans mon aquarium de 5000 litres, tous mes onéreux poissons japonais, flottaient-ils en surface ventre à l’air ? Noyade ? Suicide collectif ? Curieux …

Quelques minutes plus tard, un étrange cortège fit irruption dans la pièce. A la queue leu leu, se succédaient l’ensemble de ma valetaille (majordome, cuisiniers, jardiniers, femmes de chambre, valets de pied, hallebardiers, …) précédant mon épouse et ma demi-douzaine d’enfants. Les gueux avaient avec eux leur baluchon, les autres leurs valises Vuitton. J’appuyais sur « Pause », et malgré mon agacement, consentis à écouter les doléances de cet étrange cortège. Les premiers me dirent qu’ils quittaient mon service et m’abandonnaient les gages dus, ma moitié que cette fois c’en était trop et qu’elle demandait le divorce et retournait chez sa duchesse de mère, et ma progéniture m’annonça qu’ils suivaient leur génitrice … Ma foi, qu’à cela ne tienne, nul, hormis un bon conseiller financier, n’est irremplaçable en ce bas monde. Je les congédiai tous sans autre forme de procès, et repris l’écoute de mon disque de Yes …

Mais que diable se passait-il donc aujourd’hui ? Par les grandes baies vitrées donnant sur mon parc de 300 hectares, je vis ma meute de dogues allemands, habituellement destinée à dissuader les marauds de passage de venir fouler mes greens, en train de dévorer tout vif un yearling pourtant promis par tous mes palefreniers et gens d’écurie à de grands succès à Epsom ou Enghien … Or çà, c’en était trop et de plus totalement incompréhensible. Quelle mouche les piquait à tous ?

Levant les yeux de ce spectacle désolant, j’aperçus au-dessus des hautes frondaisons des chênes centenaires du parc, arriver une escadrille d’hélicoptères en formation de combat. Lorsqu’ils furent à l’aplomb de ma terrasse grande comme un terrain de polo (les gens de mon rang ne s’intéressent pas au football), toute une nuée d’hommes des troupes d’élite de notre Gracieuse Majesté, armés jusqu’aux dents se laissèrent glissèr le long de filins. Qu’était-ce que tout ce déploiement de force ? Les Sarrazins menaceraient-ils, que nos braves soldats viennent me protéger ? Ces hommes se ruèrent à travers les fenêtres, leurs armes pointées sur moi, et celui qui semblait être leur chef voulut se saisir de la télécommande de la chaîne hi-fi. Je résistai vaillamment, et devant mon acharnement, ce soudard braqua une arme de dimensions scharzeneggerienne vers l’ampli Harman Kardon à 3500 euros, et fit feu, désintégrant l’appareil …

Avant même que j’ai pu formuler une demande d’explications à cet enragé et ses sbires, ils avaient déjà tourné les talons et étaient remontés dans leurs appareils …

Bien qu’ayant du mal à distinguer le lien de cause à effet, je me promis de ne plus jamais écouter de disque de Yes …
Même de nos jours, Yes peut compter sur des fans fidèles et attentifs ...

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FAUST - SO FAR (1973)



Pacte de velours

Ce n’est certes pas très original quand on se retrouve face à un disque bruitiste et bruyant à la pochette entièrement noire de le comparer au second du Velvet Underground. Et pour une fois, miracle, la comparaison tient à peu près la route. Pourtant un monde semble à priori séparer le groupe urbain new-yorkais de la communauté de babas allemands. Le point commun s’appelle Stockhausen, influence principale de John Cale et de la plupart des membres de Faust.

Enfer et damnation, Faust 1973
Et de fait, le premier titre de ce Cd, « It’s a rainy day … » démarré avec sa batterie simplissime martelée, sa guitare loureedienne, sa voix plus parlée que chantée, et qui évolue vite vers un magma sonore qui vrille les tympans, constitue une version acceptable de « Sister Ray ». La comparaison s’arrête à ce seul titre, mais ce genre de démarche musicale suicidaire était à l’époque (le début des 70’s) assez peu courant pour être signalé.

Même si du « bruit », les Faust aiment bien ça, témoin « Mamie is blue » (rien à voir avec Nicoletta), avec ses percussions industrielles, claviers stridents et sax free, le titre le plus barré du Cd. Toujours au rayon bricolage, « No harm » évoque (la voix, les nappes électroniques, le côté noisy) les compatriotes de Can époque « Tago Mago ». Le morceau-titre « So far », débuté par des fréquences aiguës de bandes magnétiques accélérées puis par une rythmique country-rock, se voit parasité par des bruitages sinistres genre films d’horreur et fait penser aux Italiens de Goblin, auteurs des bandes-son de Argento …

Le reste part dans tous les sens, les types de Faust étant, comme d’ailleurs la plupart de leurs contemporains  teutons (Can, Neu, Amon Düül, …) peu préoccupés par une quelconque homogénéité sonore ou une réussite commerciale. D’ailleurs quand on a commencé à parler d’eux après la parution d’une poignée d’albums, ils n’ont rien trouvé de mieux à faire que de dissoudre le groupe.

Ce « Faust so far » empeste aussi le buvard d’acide avec ses titres psychédéliques barrés, comme « I’ve got my car and my TV » qui lui semble surgi des comptines pop des Mothers de Zappa période « Freak out ! », une finale « In the picnic » genre fanfare jazz New-Orleans, un intermède dispensable à la guitare sèche (« On the way to Abamae »), entre « Jeux interdits » et un pensum démonstratif de Steve Howe (de mon groupe favori Yes).

« Faust so far » est un disque qui accumule les références pour les passer dans son shaker musical et livrer in fine quelque chose d’inédit, aussi loin des diktats sonores d’aujourd’hui qu’il l’était il y a presque quarante ans …