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NINE INCH NAILS - THE FRAGILE (1999)

Le syndrome des Citrouilles Ecrasées ?

Trent Reznor, ou Nine Inch Nails si vous préférez, pour faire simple, c’est pas un abonné de l’almanach Vermot. Pas le genre à reprendre « Tirelipimpon sur le chihuahua ». Et sa musique lui ressemble. Il a commencé à la fin des années 80 dans l’étroit créneau du rock-metal-machin industriel et n’a pas drainé un gros public sur son nom. Par contre la « chose » de son copain Brian Warner, Marylin Manson, dont il était pour beaucoup dans le succès (concept + production pour faire simple) lui a valu des retombées positives. Adoubement suprême, David Bowie s’est révélé être le fan number one de NIN et l’ancien Mince Duc Blanc et Reznor ont sillonné ensemble les Etats-Unis en 1995 alternant d’un soir à l’autre la tête d’affiche … de quoi aider à faire grandir sa notoriété.
Trent Reznor
La phase bassement matérielle de la carrière étant dès lors réglée, Reznor a entendu laisser au monde une œuvre destinée à marquer son époque. Cette œuvre va revêtir la forme d’un double Cd totalisant presque une heure trois quart de musique. Nom de la bestiole : « The Fragile ». Le bon peuple s’est rué sur la chose dès sa sortie et puis … gros coup de frein très vite au niveau des ventes. Que ce soient les premiers acheteurs ou la critique, ça a froncé du sourcil …
Il y a sur « The Fragile » un boulot colossal accompli par Reznor. Qui a tout écrit, enregistré, produit, ne tolérant que de rares apparitions extérieures sur des bribes de titres. Parmi ces invités, deux noms reviennent sur quelques morceaux, ceux d’Adrian Belew et Mike Garson. En gros le guitariste à la six-cordes folle du « Stage » de Bowie et le type au piano cinglé de « Alladin Sane » de … encore Bowie (vous avais-je dit que Bowie et Reznor avaient tourné ensemble, oui, il me semble ...). Et Reznor s’est retrouvé dans la situation de tous ces types que le monde entier (ou juste la petite amie, mais ça revient au même) a un jour trouvés géniaux et qui ont voulu à tout prix montrer à quel point ils l’étaient, géniaux. Passent ici les ombres aux ailes carbonisées de quelques Icare du rock qui ont pris un gros melon, genre Brian Wilson des Beach Boys ou Billy Corgan des Smashing Pumpkins. Qui ont tellement voulu réaliser leur plafond de la Chapelle Sixtine à eux qu’ils y ont laissé les neurones, Wilson et son « Smile », Corgan et sa logorrhée en double Cd – tiens tiens – « Mellon Collie and the Infinite Sadness ».
NIN au complet en studio
 
Reznor ne fait pas dès le départ une musique très abordable, très radiomicale, c’est un fait. Là, sur la durée, il vire souvent pénible, reproduisant comme on pointe à l’usine les recettes qui ont fait son succès. Ces sonorités noirâtres, caverneuses, tout en borborygmes saturés et parasités, comme si l’électricité du studio ne fonctionnait pas bien. Et quel que puisse être son talent de programmateur en bruits étranges, ses empilages colossaux de séquences rythmiques, ce raffut qui met les hauts parleurs de la stéréo à rude épreuve, à la longue ça finit par lasser.
Pour deux raisons principales.
Reznor s’attache à déconstruire ses morceaux, ne veut pas tomber dans l’écriture « traditionnelle », sauf qu’il utilise toujours les mêmes recettes, reposant sur des montées en tension qui s’achèvent invariablement par un mur de guitares saturées tous potards sur onze, et des paroles braillées. Et Reznor n’est pas un grand chanteur, loin s’en faut.
Et cette alternance quiet / loud, le modèle a été sinon inventé du moins popularisé par les Pixies et amené en haut des charts par Nirvana quelques années plus tôt. On a l’impression que NIN surfe sur la vague grunge alors que celle-ci retombe. Et ce n’est pas l’habillage industriel qui change quoi que ce soit.
Il y a sur « The Fragile » un problème de compositions. Sur presque deux douzaines de titres, la moitié aurait gagnée à rester dans les tiroirs, on a souvent l’impression de redites, de séquences interminables (les quatre derniers titres, enchaînement de ballades déglinguées et syncopées), une demi-douzaine d’instrumentaux « atmosphériques » interchangeables.
En concert, NIN se paye un choriste blond anglais
Il n’empêche que « The Fragile » est un choc sonore frontal, rendant bien le malaise et l’angoisse existentielle de Reznor à travers ces plages dévastées et ces scories de métal en fusion. Et puis il y a dans « The Fragile » deux titres qui sont dans la poignée de ce que Reznor a fait de mieux. La fantastique chanson d’amour enragée et violente « We’re in this together » et la revendicative « Starfuckers, Inc. » ou des couplets rappés sur une rythmique hip hop précèdent un refrain nucléaire drivé par des riffs de guitare colossaux. Un titre qui renvoie dans les cordes tous les Red Hot Machin ou Rage Against Bidule de la Terre à leurs études …
Ça ne rattrape pas toutes les longueurs inutiles du disque, malheureusement … Reznor s’est quelque peu fracassé sur le mur de ses ambitions. Il en tirera les leçons, devenant plus « classique » et finissant par signer des disques, qui bien que gardant leur dose d’étrangeté malsaine, seront beaucoup plus abordables (les B.O. de « The social network » ou « Gone girl ») …
Tout compte fait, il s’en sortira quand même mieux avec ce demi-ratage (et je suis gentil) que le type des Smashing Pumpkins


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JANE'S ADDICTION - RITUAL DE LO HABITUAL (1990)

Casser les codes ...

Jane’s Addiction, c’est une de ces références que l’on s’échange sous le manteau. Pas vraiment underground (2 millions de copies de ce « Ritual … » dépotées rien qu’aux States), mais suffisamment borderline pour faire fuir l’amateur de binaire lambda. Une existence et une discographie erratiques (le groupe n’a fait paraître que deux albums studio à ses débuts), des retrouvailles épisodiques sous haute tension, bref une entité qui passe à côté de toute logique mercantile et commerciale, de tout plan de carrière… Même si tous les festivals « indépendants » du monde plus ou moins libre découlent du Lollapalooza initié au début des 90’s par Perry Farell, le frontman de Jane’s Addiction …
Dites-le avec des fleurs, Jane's Addiction 1990
Jane’s Addiction, c’est l’accouplement du hard zeppelinien des 70’s avec la génération indie. Un crossroad, avec le diabolique pacte faustien pour les guider. Arrivée trop tôt ou trop tard selon les humeurs, la musique de Jane’s Addiction est une sorte de totem, un pont entre les générations. Non pas que ces types aient inventé quoi que ce soit (il y a bien longtemps que dans les années 90 tout avait déjà dit et redit), mais leur approche est apparue et est restée assez unique et originale. Personne ne veut des Jane’s Addiction, ne les cite comme référence. Et surtout pas ceux qui les ont copiés, imités, plagiés (rayer les mentions inutiles …). En premier lieu les Red Hot Chili Machin. Des copains paraît-il. Des copains bien plus riches aujourd’hui certes. Mais qui n’ont jamais fait aussi bien que « Stop ! » et « No one’s leaving » qui ouvrent « Ritual … », les deux titres engloutissant hard, rap et funk dans leur folle sarabande. Et si les Jane’s Addiction n’étaient pas particulièrement discrets niveau look, souvent vêtus des fonds de tiroir de leurs grand-mères, ils ne se sont jamais ridiculisés à plastronner en tongs et bermudas qui sont depuis leurs débuts la tenue officielle des RHCP et les décrédibilisent à jamais …
Jane’s Addiction, c’est surtout Farell et Navarro, certes. Que l’on me permette de citer Stephen Perkins et Chris Chaney qui constituent une section rythmique malléable, capable de tout jouer. Car même s’ils sont considérés comme un groupe de hard, Jane’s Addiction, c’est beaucoup plus que ça, ils ne se cantonnent pas à deux titres, un lent et un rapide, joués jusqu’à la nausée. Chez eux, ça swingue, ça chaloupe, ça funke, ça passe du coq à l’âne, ça déchire sa race … On trouve toujours un OVNI dans leurs rondelles. Sur celle-ci, il s’appelle « Of course », et on dirait avec quelques années d’avance (le rythme oriental, le violon omniprésent, la mélodie zigzagante, …) ce que feront Page et Page lorsqu’ils se « réuniront » pour « No quarter ».
Farell, Chaney, Perkins & Navarro : Jane's Addiction
Tiens, et puisque le nom du dirigeable est quasiment lâché, autant signaler que Jane’s Addiction est de tous ceux qui se sont inspirés de Led Zep, ceux qui s’en sont le mieux approchés. A cause de Navarro d’abord. Sur lequel l’influence de Page est évidente, et pas seulement sur le look (l’air ténébreux et la même tignasse noire que le Jimmy de la fin des 60’s). Navarro tire vers la stratosphère tous les titres avec ses extraordinaires parties de guitare (énormissime sur « Ain’t right », le titre le plus speed du disque). Ce type plutôt très mal dans sa peau (il a de quoi, sa mère a été tuée sous ses yeux) est sans conteste et de loin le guitar hero des 90’s.
Les Jane’s Addiction sont capables de partir dans des directions improbables, dans des expériences qu’en d’autres temps on aurait qualifiées « d’acides ». Témoins les deux titres au cœur du disque, qui flirtent avec les dix minutes, « Three days » et « Then she did … ». Le premier est même l’inspiration de la pochette (bien évidemment censurée dans la puritaine Amérique), et raconte une « expérience » vécue par Farell avec deux femmes dans une orgie de sexe et de drogue qui dura trois jours. Débuté lent et acoustique, le morceau vire à la débauche électrique sous l’impulsion de Navarro qui tronçonne des riffs métalliques ahurissants de puissance. « Then she did … » c’est le titre zeppelinien par excellence (« The Rover » sur « Physical Graffiti » semble le modèle évident) avec vers la fin sa partie de piano au second plan qui renvoie à celles de Mike Garson chez Bowie époque « Alladin Sane ».

Deux titres ont poussé le disque vers le succès commercial « Stop ! » et surtout « Been caught stealing », groove machine avec aboiements de chien en intro et titre le plus connu et emblématique du groupe. Manière d’être exhaustif, il convient de citer « Obvious » avec ses arrangements de synthé et ses faux airs à la U2 (sous amphétamines) dans le genre hymne psalmodié de stadium rock. Enfin, « Classic girl » qui clôt la rondelle est une ballade vénéneuse, parasitée par un final plein de breaks et d’accélérations…
Les Jane’s Addiction auraient pu, auraient du devenir énormes. Les quatre types ont cessé d’émettre collectivement quelques mois après la sortie de « Ritual … ». Deux personnalités écrasantes (Farell l’atypique chanteur de hard, et Navarro l’introverti) ça faisait déjà beaucoup d’egos surdimensionnés au mètre carré. Une consommation effrénée de drogues (on parle pas là d’un petit pétard le samedi soir, mais de dépendance féroce à l’héroïne) ont accéléré la débâcle forcément prévisible dans le contexte.
Même s’ils se retrouveront des années plus tard (Strays » en 2003), rangés plus ou moins des poudres blanches, ce sera sans la magie qui habitait « Ritual de lo habitual ».

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BLACK SABBATH - VOL 4 (1972)

Heavy ...
Dans tous les sens du terme … Tout est dit dans les notes de pochette : « We wish to thank the great COKE-Cola Company of Los Angeles ». No comment … D’ailleurs le disque devait à l’origine s’appeler « Snowblind », tout un programme …
Faut dire que l’évolution a été rapide, trop pour les quatre prolos de Birmingham. Un succès, improbable mais bien réel, a fait de Black Sabbath une institution d’abord chez eux, puis en Europe, et cerise sur le gâteau et montagnes de dollars qui vont avec, aux States. Pas très finauds, les gros cigares de Vertigo et de la Warner, offrent au groupe des séances d’enregistrement à Los Angeles. Les Black Sabbath vont se faire péter les cloisons nasales, sniffant des montagnes de coke. Et la coke, si elle speede son homme, lui fait perdre en lucidité.
Black Sabbath 1972
« Vol 4 » s’en va donc à toute blinde, en tout cas beaucoup plus vite que les trois précédents. Finis les ambiances lentes et malsaines, place aux cavalcades hard sur fond de guitares avec pédale fuzz enfoncée en permanence. Ce qui en ravit certains. « Vol 4 » est pour eux l’avant-dernier des « très grands disques » du Sab, tous les fans vous le diront …
Ouais, bof … On trouve de tout dans la quincaillerie « Vol 4 ». En premier lieu, de la technique. Black Sabbath assure, fini les approximations, les morceaux expédiés à la va-comme-je-te-pousse. Ici, tout est « écrit ». Pensé, pesé, pour que le jeune kid féru de vacarme hardos s’y retrouve. Avec quelques dérives bien de leur temps (le début des seventies). Le sinistre prog et ses tentations démonstratives pointent le nez de son vilain museau. Notamment sur l’inaugural « Wheels of confusion » qui ravira les nigauds fans de Yes en version heavy. Aussi sur l’instrumental « Laguna sunrise » sur lequel Iommi se livre à un numéro de virtuosité pénible à la guitare acoustique, ce qui renvoie aux numéros dans le même exercice du très vain Steve Howe (Yes again). Et tant qu’on est dans l’instrumental, il est fortement conseillé de zapper « FX », assemblage brinquebalant de bruitages crétins (à base de guitare électrique ?).
Rayon dispensable, on passera assez vite sur « Changes » (rien à voir avec Bowie), qui pue la ballade imposée par la maison de disques, pour un résultat empilant des lieux communs à la tonne. Le rock mid-tempo de « Snowblind », le pénible « Cornucopia » sont assez insignifiants, en tout cas en nette régression par rapport au Sabbath « d’avant ».
Rayon entre chèvre et chou, on trouve le single (le second de la production du Sab, peu enclin à cet exercice pour hit-parades, le premier de leur carrière étant le gigantesque « Paranoid ») « Tomorrow’s dream », mignonne mélodie (si, si), intro au piano, arpèges tarabiscotées, gros riffs qui dépotent, mais bon, enfin, vous me comprenez.

Il y a quand même du bon, voire plus, dans ce « Vol 4 ». Trois titres irradiés par la guitare en fusion de Iommi qui y délivre quelques riffs qui feront date. « Supernaut », qui dépote, avec un cours solo très voodoo style du batteur Bill Ward. « St Vitus dance » est une folle sarabande, un rock’n’roll très heavy, mais un rock’n’roll quand même, que tous les trashers adorent (faut avouer que ça a un peu plus de gueule que les crétineries speedées de Slayer). Last but not least, le dernier titre, « Under the sun » est pour moi le meilleur de tous. Sur une rythmique boogie, Iommi finit par balancer un riff de la mort qui tue, sur fond de roulement de toms herculéens de Ward. Un titre qui n’a rien à envier à la concurrence, pourtant nombreuse et valeureuse à cette époque-là.
Ah, je m’aperçois que j’ai même pas écrit le nom de l’Ozzy. Ouais, rien à dire (de bon) sur lui, toujours ses borborygmes de crécelles et son petit filet de voix doublée pour lui donner un minimum de consistance. J’ai toujours pensé que ce type était plus un showman totalement niais et déglingo qu’un chanteur, et n’en déplaise au fan-club, je persiste et signe…
Avec « Vol 4 », le Sab atteint les sommets en terme de popularité. Il ne reste à la formation originale (Iommi, Osbourne, Butler, Ward) qu’un disque à sortir (l’également bancal « Sabbath bloody Sabbath), avant l’éparpillement façon puzzle des protagonistes sous l’effet conjugué des tonnes de coke et des séances de tribunal.

Avec « Vol 4 ») la messe (noire) était quasiment dite …

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ZZ TOP - ELIMINATOR (1983)

You play the guitar on the MTV ...
« Eliminator » est le disque le plus connu, celui qui s’est le mieux vendu de ZZ Top. Et bien évidemment pas leur meilleur. Pour ça, il faut aller piocher (au hasard, ça marche à tous les coups) dans ceux d’avant…
ZZ Top 1983
Faut resituer un peu le machin, le contextualiser comme disent les hipsters. ZZ Top, au début des années 80, c’est le « little ol’ band from Texas » (c’est quelquefois écrit au cul de leurs disques). Et que la musique qu’ils aiment, excuse-moi partenaire, elle vient de là, elle vient du blues. Dès les débuts de leur carrière, les Top n’ont jamais renié leur côté rustique, voire rustaud. Le belouze, y’a que ça de vrai, et au Texas, on est pas des tafioles. Moins cons que la moyenne (on y reviendra), le trio a fait un gimmick exacerbé de son côté plouc, en rajoutant une couche à chaque disque (la pochette de « Fandango » avec la carte du Texas brodée sur les vestes, la tournée « Deguello » - il me semble – avec sur scène crotales, bisons, chacals, et toutes sortes de bestioles made in Texas). Petit à petit Hill et Gibbons ont pris l’habitude de se fringuer de la même façon et de se laisser pousser la barbe, mais pas Beard (que ceux qui n’ont pas compris s’inscrivent en cours de rattrapage en 6ème, avec anglais première langue …), et de commencer à se livrer sur scène à des chorégraphies étranges, qu’on croirait mises en scène par un handicapé moteur (à côté de Gibbons et Hill, Rossi et Parfitt dans Status Quo, c’est les ballets du Bolchoï, et il m’étonnerait pas que ce soit pour se foutre de leur gueule que les ZZ Top se soient lancés dans cette agitation au ralenti derrière leurs micros...)
Et le trio se retrouve dans les 80’s avec sa bonne petite réputation, son public tout de même conséquent, mais dans une décennie qui apparemment n’est pas du tout faite pour lui. Le prototype du truc qui marche vers 82, quand les ZZ Top entrent en studio pour mettre bas leur prochaine rondelle, c’est Culture Club. Et force est de reconnaître qu’il y a quand même un monde entre Boy George et Dusty Hill. A priori, ZZ Top fait partie des dinosaures des 70’s et doit comme tant d’autres, plus ou moins disparaître.
Une bien belle carrosserie ...
Ce sera compter sans la capacité d’adaptation des trois mousquetaires texans (qui comme ceux de chez nous, sont en fait quatre, leur D’Artagnan à eux s’appelle Bill Ham, et sera leur producteur attitré et exclusif jusqu’à sa mort) qui vont sortir le disque le plus malin de leur carrière, après avoir consciencieusement analysé la situation et humé l’air du temps. Leur musique est has been au possible, ils ont pris des kilos, ont des barbes imposantes de Père Noël boogie, se trouvent confrontés à la technologie envahissante (le synthé, soit a priori l’ennemi juré), et épine sur le cactus, la montée en puissance de MTV, chaîne prétendument musicale qui balance en heavy rotation les rengaines pop de jeunes beaux gosses, et qui devient incontournable pour prétendre à un succès commercial important.
ZZ Top va résoudre cette quadrature du cercle. Non sans faire grincer les dentiers de leurs vieux fans. « Eliminator » sera de très loin leur plus grosse vente. Bon, ils y sont pas allés avec le dos de la cuillère. Le son général est étrange, très mécanique, robotique, électronique et synthétique. Plus particulièrement tout ce qui est rythmique. A tel point que la rumeur a longtemps couru que « Eliminator » était un disque solo de Billy Gibbons à la guitare, tout le reste était fait par des machines. Finauds, les barbus ont laissé se répandre la rumeur, du moment qu’on causait d’eux, c’était bon à prendre, et n’ont jamais (du moins à l’époque, j’ai plus suivi leurs prises de parole depuis des siècles) confirmé ou démenti. Vraisemblablement, ils ont été parmi les premiers à émuler de vraies parties de basse-batterie, les ont fait bouffer à des ordinateurs et ont reconstruit leurs morceaux à partir des boucles obtenues (un indice : comme la puissance de calcul informatique était loin de celle dont on dispose aujourd’hui et pour ne pas avoir à faire de raccords aléatoires, quasiment tous les titres ont un final en fading, sans coda). Le bon son, le gros son, n’importe quel tocard peut l’avoir. Là où le trio texan a fait fort, c’est dans les compos. Toutes d’une finesse mélodique étonnante, des atours hardos appliqués sur de l’orfèvrerie pop.
Difficile de pas se faire remarquer
Le matériau de base pour le hold up parfait était prêt. Ne restait plus qu’à le diffuser au niveau planétaire. MTV sera le vecteur idéal. Là, ZZ Top n’aura pas grand-chose à faire. Niveau visuel, ils se reconnaissent à des lieues à la ronde. Leur sens de l’humour et leur intelligence (Gibbons est un spécialiste universitaire d’Art Moderne et a donné des conférences dans le monde entier) feront le reste. Leurs chorégraphies de plus en plus absurdes et empesées, les guitares en fourrure, les bagnoles des années 30 (comme la Ford de la moche pochette stylisée), les blondasses à mini short et décolleté sur forte poitrine dont ils s’entoureront dans leurs clips, leur vaudront un succès inattendu et imprévu.
Qu’en est-il et qu’en reste t-il de ce « Eliminator » ( un titre gag, en faux espagnol, alors que jusqu’à présent toutes leurs rondelles étaient nommées dans la langue de Cervantès), outre son aspect sonore particulier ? Des hits à la pelle « Gimme all your lovin’ » « Got me under pressure », « Sharp dressed man », « Legs », « TV Dinner ». Et des hits même pas honteux, malins, vifs, entraînants, mélodiques. Avec Gibbons et sa Strat en meneuse de revue. Parce qu’il y a quand même quelques trucs à ne pas oublier. Notamment le fait que le trio texan est une redoutable machine à boogies graisseux et que dans ce genre ils laissent quand même Status Quo loin derrière (d’ailleurs je me demande s’ils se moquent pas un peu d’eux dans « If I could only flag her down » plus Quo que nature). Et puis ne jamais oublier que derrière sa barbe et ses guitares en moumoute le sieur Gibbons est un très grand guitariste, laissant délibérément de côté les rodomontades électriques bavardes et égoïstes au profit de courts soli et chorus incisifs. A ses débuts, il n’a pas impressionné Hendrix soi-même tout à fait par hasard (à tel point, anecdote hyper connue mais qu’il n’est jamais inutile de rappeler, que le Voodoo Chile lui a offert une guitare qu’il a conservé comme une relique). Gibbons est un maître discret de la six-cordes et c’est pas à l’écoute de « Eliminator » qu’on affirmera le contraire. C’est lui qui tient la baraque ZZ Top au bout de ses doigts agiles.
Avec option dégivrage sur les binocles et air conditionné sur les grattes ?
Il y a quand même un côté obscur de la farce, pas insignifiant. Cette litanie de compositions linéaires, fades et sans saveur malgré leur côté radiofriendly. Dont quelques unes qui ont du mal à tenir la distance. « I need you tonight », c’est mieux par INXS, même si les deux morceaux, à part leur titre, n’ont rien en commun. Ici, on a un slow blues fadasse qui s’éternise, à des kilomètres du feeling d’un « Blue Jean Blues » (sur « Fandango »). « Thug » est bien pourrie par ses synthés, on dirait du Phil Collins (énervé, mais du putain de Phil Collins quand même).
Un mot sur le dernier morceau du disque, « Bad girl ». Compte tenu du sens de l’humour aiguisé des barbus, je vois dans ce titre à part (faux live avec ses hurlements et ses cris rajoutés), aspect sonore et mélodique bien différent du reste, un pastiche (voire un hommage au énième degré) d’AC/DC avec sa voix hurlée dans les aigus, ses guitares rythmiques tronçonneuses et son solo à la Chuck Berry. Ils devaient bien rigoler sous leurs barbes en l’enregistrant …
Pour rester dans l’imagerie Auto Plus du disque, « Eliminator » est un virage dans la carrière de ZZ Top. Plutôt pas trop mal négocié, sans sortie de route. Le suivant, « Afterburner », enverra tout le monde dans le décor




BLACK SABBATH - PARANOID (1970)

Doom Doom Boys ...
J’avais jamais accroché à Black Sabbath. Mon psy m’a dit que ça remontait à mes années collège. En ces temps-là (début des 70’s), les gars qui écoutaient de la musique étaient soit Led Zep, soit Purple (les has been en étaient restés aux Beatles et aux Stones, les cons …). Moi je faisais tourner en boucle le premier Maxime Le Foxterrier, sa poésie gentiment baba (« San Francisco ») et libertaire (« Parachutiste »)... Nobody's perfect… Et puis y’avait trois quatre mecs patibulaires mais presque, tignasse plus longue et plus sale que la moyenne, jeans pattes d’eph à la propreté douteuse, et treillis pourris de l’armée US avec écrit au feutre noir le nom de Black Sabbath, et qui toisaient toute la cour de récré d’un air méchant et d’un œil noir. Comme les filles ne les regardaient pas, ou dédaigneusement, j’ai logiquement conclu que Black Sabbath, c’était de la musique de cons faite pour des cons.
Black Sabbath 70
Des lustres plus tard, j’ai jeté une oreille distraite sur leurs premières rondelles, bof … Et puis de toutes façons, ils étaient vite devenus totalement ringardisés, l’espèce de machin qui subsistait encore sous ce nom était l’objet des moqueries des hardeux. Si même eux en voulaient pas … Encore plus tard, le nom de Black Sabbath est revenu avec insistance, des nuées de gonzos créaient de multiples chapelles de l’église hard (heavy, dark, doom, death, sludge, que sais-je encore …) et citaient les quatre corniauds de Birmingham comme la référence ultime, ceux qui avaient mis au monde la frange la plus noire du rock …
Afin d’assurer ma réputation partagée par moi d’encyclopédiste du binaire, j’ai rouvert le dossier Sabbath. Au début. Et là, y’a un skeud qui clignote, « Paranoid », parce que quasiment tous ses titres se retrouvent dans les Best of et compiles diverses consacrées au quatuor originel.
Autant y aller franco, « Paranoid », c’est du lourd. Beaucoup mieux, beaucoup plus fort, plus lourd, plus fou, que dans mes souvenirs. Bon, ça relève pas non plus de l’épiphanie, mais ça déchire proprement. Pourtant, c’est bête comme chou, la musique du Sab.
C’est d’abord une réaction. Une réaction au Swingin’ London. Les quatre de Black Sabbath viennent de Birmingham, cafardeuse cité industrielle des Midlands. Un patelin où si t’as de la chance, ton avenir c’est une silicose la cinquantaine venu dans la mine, ou une vie dans une boîte métallurgique (Iommi a laissé quelques phalanges sur une machine à l’usine). Alors quand tu vois les Beatles de la pochette de « Sgt Pepper » ou les Stones de « Satanic Majesties », c’est un monde inaccessible pour toi, petit prolo fumeur de joints et buveur de pintes le week end. Iommi, toujours lui, a pu juger sur pièces le Swingin’ London, puisque pendant le court laps de temps où il a fait partie de Jethro Tull, il a participé au raout psyché du « Rock’n’roll circus ». Ces types (Iommi, Osbourne, Ward, Butler) qui commencent à se croiser dans des groupes du dimanche à Birmingham, ils prennent une grosse baffe à l’écoute des Ricains lourds et violents genre Vanilla Fudge, Iron Butterfly, Blue Cheer. Le son du Sab, il vient de ceux-là, et pas des fanfreluches londoniennes…
Les mêmes en couleur
Les rythmiques de plomb, la lourdeur lancinante, seront leur signature musicale. Coup de bol (ou de génie), ils vont barbouiller tout ça de satanisme à deux shillings véhiculé par les films de la Hammer. Cette provocation potache, leur rock violent au ralenti, les feront immédiatement remarquer. En 1970, ils sortiront deux disques, le premier éponyme et ce « Paranoid ».
Black Sabbath prend le rock à rebrousse-poil. Faisant de leur défauts (une technique plus qu’hésitante, un look anti-glamour au possible, une crétinerie assumée, de la provocation simpliste, du satanisme de pacotille, …) des qualités dans lesquelles vont se reconnaître tous ceux qui jamais ne risquent de monter dans l’ascenseur social. Le Sab des débuts est le groupes des prolos, des asociaux, des cons et des moches. Plus tard viendront les dérangés et bas du front séduits par l’occultisme de carnaval …
Les Sab sont incapables d’écrire une chanson « dans les règles de l’art », de concevoir des ponts, des arrangements. Ils font se succéder des séquences (on fait tourner un riff en boucle, on enchaîne sur un mini solo de batterie, on change brutalement de tempo ou de mélodie, et on accole tout ça à la va comme je te pousse), privilégiant bien sûr les down ou mid tempo (c’est plus facile de trouver les notes quand ça va pas vite) aux accélérations façon dragster d’Hendrix ou à la virtuosité des power trio genre Cream. Et dans un logique réflexe spinaltapien, le Sabbath joue fort et très saturé. Réunissant par là-même tous les ingrédients pour sortir des disques grotesques avec une régularité métronomique. Sauf que là, à leurs débuts, et plus particulièrement sur « Paranoid », la sauce prend et tous ces titres fonctionnent.
On attaque avec « War pigs », le morceau anti-guerre. Qui n’arrive pas à la cheville de « Masters of war » ou de « Machine gun », mais l’important n’est pas là. On est bluffé par cette ambiance brute, noirâtre, les riffs lancinants de Iommi, les roulements de toms de Ward, cette affreuse voix de crécelle dans les aigus de l’Ozzy.
Il y a là une patte sonore, une recette assez unique. Que le groupe va répéter sur quasiment tous les titres du disque. « Paranoid » est un bloc, un pavé lourd, mal dégrossi, mais un putain de pavé quand même …
Les mêmes live
Huit titres. Dont cinq parpaings de metal lancinant. « War pigs », « Iron man » et son riff d’anthologie, le mid tempo aplatissant de « Electric funeral », « Hand of doom » qui a généré un sous-genre du hard, le classic heavy rock « Fairies wear boots ». Une remarque à propos de ce dernier. Soit les paroles (en principe c’est Butler qui est l’auteur des lyrics) sont complètement stupides, soit pires (fairies, c’est normalement les fées, ou alors les tarlouzes en argot).
« Planet caravan », c’est le slow façon Black Sabbath. Pas exactement aussi lascif que « Whiter shade of pale » si vous voyez ce que je veux dire. « Planet caravan » ça pue les types hébétés qui ont fumé trop d’herbe (« Sweet leaf » de leur premier disque, ode à la ganja des Midlands), ça fait l’effet d’un château de cartes sonore qui va s’écrouler, porté par la voix gémissante et inexpressive d’Ozzy. Tellement décalé que ça en devient génial. Tous ces titres taquinent ou dépassent les cinq minutes. Il y en a deux de beaucoup plus courts. « Paranoid », de l’aveu du Sab, a été rajouté à la hâte pour arriver au timing recommandé d’un trente trois tours. C’est un rock’n’roll violent, très proche dans l’esprit du « Speed King » de Purple, qui deviendra un hit et lancera la carrière du groupe all over the world. L’instrumental « Rat salad » semble lui totalement décalqué (la virtuosité en moins) sur le « Moby Dick » du Zeppelin avec son riff immédiatement mémorisable et son solo de batterie.

Conclusion : « Paranoid » est un disque crétin. Et génial à la fois. Dans un genre radicalement différent, il me fait penser au premier Ramones. Et ça c’est vraiment un compliment …

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QUEENS OF THE STONE AGE - VILLAINS (2017)

Mort d'Homme ?
Autant préciser les choses. QOTSA, pour moi, c’était les Smashing Pumpkins des années 2000. Et aujourd’hui, dans les années 2010, ils en sont là où en étaient les Pumpkins dans les années 2000. Vous suivez ? Non ? Bon, je m’explique …
Les QOTSA furent le temps de deux-trois disques la référence en matière de grosses guitares (leur évident et assez incontournable « Songs for the deaf » restant leur apex). Servies dans une ambiance sérieuse (voir le sort réservé à l’allumé bassiste Nick Oliveri, vite éjecté du groupe). S’il y a bien un mot qu’on ne risque pas de mettre en avant pour parler d’eux, c’est celui de fun. La musique des QOTSA est pour moi froide, clinique et mathématique. Peuvent multiplier les tempos frénétiques et monter le son, ça n’y changera rien. Et QOTSA comme Pumpkins n’existent qu’à travers un leader omnipotent, Homme ou Corgan, un de ces types pontifiants et lapidaires qui s’imaginent détenir une vérité et avoir une sorte de mission à accomplir. Par charité, on ne reviendra pas sur les déclarations orgueilleuses (en fait totalement cons) qu’ils ont pu éructer l’un comme l’autre.
QOTSA 2017
Si Corgan semble rangé des vélos et avoir compris que le monde continuera de tourner sans lui, Homme se multiplie, enchaînant disques et collaborations. Des surmédiatisés (c’était juste un groupe fun, donc pas sérieux) Eagles of Death Metal, bataclanisés par une exposition bien involontaire que Jesse Hugues est incapable de gérer, en passant par le dernier Iggy Pop (gros battage médiatique pour un résultat tout juste passable, comme la plupart des disques solo de l’Iguane, comme quoi n’est pas Bowie qui veut …). On n’extrapolera pas sur les déclarations risibles de Homme pour la sortie de ce « Villains » (« c’est un disque qui va marquer ce siècle », ce genre …), on s’en tiendra à l’écoute des neuf titres de cette rondelle.
Suffit de voir les réactions embarrassées des fans dans les forums et sites divers où on cause zizique pour comprendre que la montagne a accouché d’une souris. Homme et ses QOTSA auront essayé… Sentant qu’il commençait à pédaler à côté du dérailleur, le grand rouquin a voulu marquer les esprits en allant chercher un metteur en sons « moderne », Mark Ronson. Se ménageant ainsi une porte de sortie. Si le disque est pas bon, c’est la faute à ce tocard, qui bosse avec Adele, Maroon 5, Bruno Mars, ou autre cataplasme de ce genre pour lycéens … Les fans hardcore ont évidemment saisi la grosse ficelle et font feu de tout bois sur l’Anglais. Dont on oublie de dire qu’il a aussi bossé avec Amy Winehouse ou les Black Lips (groupe punky et rigolo, référence en la matière, et antithèse des pesants QOTSA) pour un résultat excellent. Non, les gars, si t’as de bons titres, même un gâte-sauce aux manettes te pourrira pas un disque. Par contre, si t’arrives avec des compos minables, même George Martin, Spector et Lee Perry réunis pourront rien pour toi …
QOTSA & Mark Ronson
« Villains » est un disque … vilain. Pas nul de chez nul, juste sans intérêt … de toute façon, à l’époque où le vinyle revient à la mode avec ses pochettes XXL (par rapport aux timbre-poste qui empaquettent les Cds), les QOTSA réussissent à enrober leur rondelle d’une visuel hideux digne du bon goût d’un Venom en son temps (Dick Rivers avait fait à peu près la même horreur, mais avait au moins l’excuse d’avoir mis un bon disque, « Rock and roll Star », à l’intérieur …).
Autre sujet à circonlocutions sémantiques du fan de base, il y a sur « Villains » des synthés, un quatuor à cordes et des cuivres. Même si ça sonne pas comme Kraftwerk, une sonate de Litz, ou un morceau de chez Stax, on s’éloigne sensiblement du Motörhead sound. La faute à Ronson, maugréent quelques uns … hum, plutôt un cache-misère, un paravent à la médiocrité des compos, dont une bonne moitié est à jeter sans autre forme de procès. « Domesticated animals » est une ballade plombée et plombante, la quasi gothique « Fortress » est introduite par des cordes, ce qui est son seul intérêt, la pompière « Un-reborn again » réveille les fantômes de Simple Minds et Boston, ce qui est loin d’être une bonne idée. Mention particulière à un « Hideaway » sans queue ni tête avec ses synthés über alles. A l’attention du sieur Homme qui il y a quelques lustres, claironnait qu’il fallait « déclaptoniser » le rock, « Hideaway » est un titre utilisé par Clapton (sur "Blues Breakers with John Myall", rondelle d’un autre niveau que « Villains »). Signe qui ne trompe pas, le titre placé en ouverture (« Feet don’t fail me ») qui se doit de ferrer l’attention de l’auditeur est un machin linéaire bruyant à grosses guitares après une longue litanie de synthés hululants, un titre dont la structure initiale (où sont les couplets et le refrain là-dedans ?) était bien inconsistante. Enfin, la ballade geignarde qui clôture la rondelle aurait mieux sonné si Adele l’avait chantée, sans compter que les avocats de feu Lou Reed peuvent trouver matière à procédure à l’écoute de la ligne de basse, qui rappelle étrangement celle de « Walk on the wild side » …
Homme commence à entrer dans l'ombre ...
Il reste quand même quelques pistes bien foutues, sans que l’on puisse pour autant s’extasier à leur sujet. Le rockab punky de « Head like a haunted house », la remuante « The way you used to do », comme du ZZ Top funky, le bon vieux méchant rock « The evil has landed » et son final cuivré à la « Suffragette City » de Bowie. Ce qui fait quand même pas beaucoup, et me fait penser, à l’opposé des aficionados de QOTSA, que ce sont les petits chichis et gimmicks de Ronson, qui empêchent « Villains » de sombrer corps et biens.

Va falloir se reprendre Mr Homme. Ça commence à faire désordre … On est à la limite du poubelle direct …


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RED HOT CHILI PEPPERS - BLOOD SUGAR SEX MAGIK (1991)

Magik, vraiment ?
Autant être clair d’entrée. Ce disque, plus je l’écoute, plus il me gave. Pour plein de raisons, forcément bonnes, puisque ce sont les miennes. Attention, je touche quasiment au bon Dieu là, tant ce groupe est devenu une institution. A cause de sa musique ? Un peu, mais putain ça craint …
J’ai rien contre le fait que des types tatoués en tongs et en bermudas aient du succès. Non non, vraiment, mais faut juste qu’ils passent dans les émissions de Patrick Sébastien, quoi … A t’on déjà vu Keith Richards, Bowie, Lou Reed, Dylan, Lemmy Motörhead accoutrés de la sorte hein ? Et qu’on vienne pas me rétorquer que c’est mesquin, juger les gens sur leur apparence, que c’est un argument de facho en puissance… Non, le look des types qui font de la musique, c’est un peu comme les notes de pochette des 33T à l’époque, ça compte autant que ce qu’il y a à l’intérieur. Et quand tu ressembles au jeune beauf en vacances au camping, ben pour moi c’est rédhibitoire. Et c’est pas par hasard qu’on retrouve pareille hérésie vestimentaire chez des rappeurs, des DJs ou des nu-métalleux. Cette décontraction de bon aloi c’est niet pour moi …
On va au bal masqué, ohé, ohé ...
Et la zique, dans tout ça ? Ben elle aussi elle est tatouée, en tongs et bermudas, à l’image des types qui la font …
Une bouillasse (qui a fait fureur en son temps, on en recausera plus bas) qui a placé les Red Hot sur le toit du monde, faisant de ces nigauds une « valeur sûre », en gros des types capables de vendre des tickets pour remplir un stade en deux temps trois mouvements. On appelé ça de la « fusion » et ça n’a rien à voir avec les choses fabuleuses que pouvait sortir un Sly Stone en son temps. En gros un type qui rappe sur un raffut à base de basse slappée, de plans de batterie lourdingues, avec de la guitare hardos qui tronçonne des riffs …
N’importe quel groupe peut faire ça au bout de trois heures de répét. Rendons justice aux Red Hot, ce sont eux qui y ont pensé les premiers dans les nineties. En s’appuyant sur ce qui vendait : du rap et de grosses guitares. Et les gros cigares de la Warner qui venait de les signer alors qu’ils étaient jusque-là réservés à un public « avant-garde branchée et décontractée » leur ont filé un gros budget et surtout Rick Rubin. Faut dire que le gros barbu était a priori l’homme de la situation : c’était lui qui avait mis en sons les faux potaches Beastie Boys et les vrais connards de Slayer.
Sur « Blood … », ils s’en donnent tous à cœur-joie pendant une heure et quart. Putain, une heure et quart … Même à l’époque, malgré tout le tapage médiatique qui entourait le groupe et son skeud, je trouvais çà un peu longuet. Vingt cinq ans après, c’est juste insupportable. Kiedis est tout sauf un bon chanteur, ces rythmes et ces cocottes funky groovent à peu près autant qu’un séminaire de centenaires. C’est juste du putain de gavage, de la répétition ad nauseam de gimmicks aussi éculés qu’insupportables. Et pour que le supplice soit complet, tous les titres sont enchaînés, certains ayant la mauvaise idée d’être des copier-coller de ceux qui précèdent.
Comme la musique est d’une banalité assez affligeante, on a fait de ces zozos des sorte de super-héros, et on peut trouver partout des histoires qui se veulent édifiantes sur leurs problèmes de cul, de dope, de dépressions … on n’oublie pas de citer leurs concerts bites à l’air à leurs débuts, de faire verser une larme sur le sort de Hillel Slovak, leur premier guitariste overdosé, de décrypter la bisexualité de l’héroïnomane Kiedis, de s’interroger sur les départs et retours de son successeur, « l’enfant terrible » John Frusciante (c’est quand il s’est barré et quand Dave Navarro l’a remplacé qu’ils ont sorti pour moi leur meilleur disque, mais chut, ne le dites pas fort, les fans et le groupe bavent depuis des siècles sur Navarro et « One hot minute »).
Payer pour voir un mec en slip kangourou ?
Moi je sauve deux morceaux (et demi). Ouais, sur dix-sept, ça fait pas bézef, je sais. Et surtout pas leur putain de premier numéro un, l’insupportable « Give it away ». Non, le talent que je veux bien reconnaître aux Red Hot, il est dans les ballades tristes. Comme « Breaking the girl » ou le très excellent « Under the bridge ». Voire un peu dans « I could have lied ». Tout le reste, c’est poubelle et surtout le carnage qu’ils font subir (traitement hardcore-punk en une minute chrono) au « They’re red hot » de Robert Johnson. Dommage qu’on l’ait pas foutu dans un cercueil capitonné de soie le Robert, ça lui ferait moins mal quand il se retournerait dans sa tombe à l’écoute de cette chose grotesque.
La plaisanterie aurait pu vite finir. Trois mois après « Blood Sugar … », sortait « Nevermind » de Nirvana qui du coup offrit quelque chose de bien plus consistant à se mettre entre les oreilles. On sait ce qu’il advint rapidement de Cobain et de Nirvana. Une fois le blondinet sous terre, tous les couillons se tournèrent vers les Red Hot, Pearl Jam, Smashing Pumpkins ou je ne sais quels autres tocards. La messe des nineties était définitivement dite. La décennie serait tous tattoos et pantacourts en avant …

Tiens, une info dont vous ferez ce que vous voudrez : toutes les photos des tatouages du groupe qui fourmillent dans le livret ont été shootées par Gus Van Zant …



DEEP PURPLE - IN ROCK (1970)

Le rock'n'roll aux trousses ...
Deep Purple à ses débuts (MK I comme disent les gens instruits) est un groupe de balourds crasseux aussi anecdotique que dispensable, assemblage brinquebalant de sessionmen plus ou moins célèbres (Blackmore, Lord) et d’inconnus qui ne méritaient a priori pas mieux (les autres). Pire, sous la conduite du pompeux et immodeste Jon Lord qui se voit l’égal de J.S. Bach, ils vont commettre l’irréparable, le brouet terminal « Concerto for group and orchestra » dont le titre à lui seul évite tout développement superflu. En gros, ils sont encore plus mal barrés que les Stones après « Their Satanic Majesties Request ». Et surtout beaucoup moins connus.
Lord, Paice, Gillan, Blackmore, Glover ; Deep Purple MK II
Les trajectoires des deux groupes vont (hasard ? copie ?) devenir étrangement similaires. Keith Richards prend le pouvoir chez les Stones, le groupe dégage plus ou moins Brian Jones, opère un virage musical à 180°, sort en 45T « Jumpin’ Jack Flash » et dans la foulée l’album « Beggars Banquet ». Chez les Deep Purple, Blackmore devient leader, deux types sont virés (remplacés par Glover et Gillan, la MK II), le très remuant single « Black Night » paraît, en éclaireur du 33T « In Rock », entérinant là aussi un très net revirement. Avec pour les Stones comme pour Deep Purple, deux pochettes qui marqueront les esprits. Les gogues délabrées de « Beggars » et le pastiche du Mont Rushmore pour « In Rock ». Les similitudes s’arrêtent là pour moi.
Déjà, le coup de la pochette de « In Rock » est ambitieux. Clairement destiné à toucher l’imaginaire subliminal des Ricains, chez qui Deep Purple est à peu près inconnu. Deep Purple n’a jamais donné dans la modestie. Comme chacun ( ? ) sait, il y a dans le Mont Rushmore quatre visages taillés dans la pierre. Sur la pochette de « In Rock », l’intrus est Ian Paice. Ce qui est ballot, le batteur à binocles étant l’un des plus terrifiants pousse-au-cul que le monde du binaire ait connu. Je vais vous dire, sans lui, la plupart des titres du groupe seraient aussi consistants que de la guimauve tiède en studio, et ne parlons du live où il a fort à faire pour ramener les autres à la raison et accessoirement au rock.
Les mêmes en couleur ...
En fait, si les trois les plus cités comme leaders et frontmen de cette formation sont Blackmore, Lord et Gillan, Paice et Glover (l’architecte sonore, le dépositaire et garant du son Purple en studio, celui qui s’occupe de toutes les rééditions) en sont le ciment, ceux dont l’assise rythmique empêche le délitement vers les sombres rivages de l’expérimentation forcénée et inaudible, ou pire, vers la tentation du gouffre du prog balbutiant.
« In rock » est donc le disque de la remise en question. Mais aussi du recentrage. Pas un hasard s’il débute par just a few roots, replanted, comme ils disent, le monumental « Speed King ». Hommage transparent et assumé à Little Richard et retour à un rock’n’roll exubérant et violent. Parce que Gillan va chercher très haut dans les aigus gueulés, que Blackmore aligne les parties de guitare sauvages, que la rythmique met une pression infernale, et que Lord n’essaie pas de faire son solo liturgique. Certains ont vu dans ce titre et plus généralement dans ce disque la naissance du hard-rock « moderne ». Soit. Ça se tient, c’est une sorte d’aboutissement entamé par le « You really got me » des Kinks, beaucoup de choses entendues chez Hendrix, Clapton et Beck dans leurs groupes respectifs, chez les Américains « lourds » de Vanilla Fudge, Blue Cheer, Iron Butterfly … Sachant qu’en même temps en Angleterre, un quatuor nommé Led Zeppelin commençait à très fortement marquer les esprits. 
Mais si le Zep vient clairement du blues, Deep Purple vient d’ailleurs. On ne trouve chez eux aucune allusion au genre rustique, et les tentations classiques ou baroques sont (provisoirement) remisées à l’arrière-plan. Deep Purple joue un rock speedé et violent, et « In Rock » est le disque le plus énervé de sa pléthorique discographie. Deep Purple ne fera jamais mieux, et c’est pas faute d’avoir essayé …Témoin de cet état de grâce qu’ils ne retrouveront que très épisodiquement, « Child in Time ». Où comment faire un grand titre de plus de dix minutes avec un texte de huit lignes sans tomber dans la redite, le jam gonflante où le prog. Tout y est bon, du numéro de hurleur de Gillan, des cavalcades sur les fûts de Paice, en passant par les solo tueurs de Blackmore. Même Lord (il n’échappera à personne que pour moi c’est le boulet du groupe, toutes époques et disques confondus, son obstination à mettre son B3 liturgique en avant étant soit hors propos soit d’un mauvais goût terrifiant) utilise intelligemment sont armoire à musique. « Child in Time » montre qu’on peut s’inspirer de Procol Harum (« Whiter shade of pale ») et King Crimson (« 21st Century Schizoid Man ») sans ressembler éhontément à l’un ou l’autre. « Child in Time », passant du bucolique apaisé à l’ultraviolence en retombant toujours sur ses pattes est le sommet du disque.
Les mêmes en public ...
Les autres titres font beaucoup moins dans la dentelle (le très sec et méchant « Flight of the rat » en étant l’exemple type, même si bizarrement ce titre ne fait pas partie des « classiques » de Purple), fournissant à des myriades de groupes de chevelus des plans pour faire headbanger les générations futures. Ainsi, le début de « Hard lovin’ man » est la matrice de toutes les cavalcades débridées de Iron Maiden. Pas par hasard, quand on sait que l’ingé-son de « In Rock » (en fait le vrai producteur du disque) Martin Birch auquel ce titre est dédié, deviendra une dizaine d’années plus tard le metteur en sons de Maiden. De même « Into the fire », outre des emprunts évidents à King Crimson (le riff principal) retrouvera plus tard sa mélodie plus ou moins décalquée dans le « Metropolis » de Motörhead.
Avec « In Rock » Deep Purple signe contre toute attente un manifeste, met en place une de ces loupiotes à la lumière desquelles beaucoup viendront recharger une inspiration défaillante. Bon, s’il fallait trouver un maillon faible à ce disque, ce serait « Living wreck », qui est le titre le plus linéaire, le moins fou …

Tout le reste, croyez-moi, ça déménage. Et laisse à mon sens le reste de leur pléthorique discographique loin derrière …

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FUZZ - II (2015)

Black & Blue ...
Black comme Sabbath, Blue comme Cheer. En gros le credo de Fuzz. Déjà, rien que l’intitulé du groupe montre que l’on n’a pas affaire à des fans d’Adele, ce qui par les temps qui courent (à leur perte ?) est déjà une bonne chose. Parce que la pleurnicharde à gros mollets, elle me gave aussi sûrement qu’un best of de Patrick Sébastien. Ou qu’un quintuple live de Santana …
Fuzz donc. Le projet du surbooké Ty Segall. A qui les « spécialistes » (entendez par là les mecs payés pour donner leur avis sur le wockenwoll, avis que personne lit sinon Adele vendrait pas autant de skeuds, on y revient toujours …) font endosser les costumes des Strokes, Libertines et White Stripes de la décennie précédente. En gros les sauveurs du wokenwoll (on y revient aussi). Sauf que maintenant le dénommé Segall se retrouve bien seul, y’a pas une concurrence exacerbée dans le rôle. Et peut-être que le costard va finir par être trop large pour ses épaules… Il a beau se multiplier, entre disques sous son nom, participations tous azimuts aux rondelles de ses potes de San Francisco, et projets « annexes » comme Fuzz, il doit se contenter pour le moment de ce qu’on appellera pour être gentil un succès d’estime (même si son « Manipulator » de l’an dernier, tout en madeleines zeppeliniennes, était excellent).

Fuzz donc (encore). Trois zozos chevelus, Segall à la batterie et parfois au chant, et ses poteaux Moothart (gratte et voix) et Ubovitch (basse et chœurs), les trois à temps perdu tapotant à l’occasion sur de vieux synthés (ça s’entend pas trop, voire pas du tout, au milieu du boucan). Y’a même une nana créditée aux cordes (soit je suis sourd, soit distrait, soit les deux, mais je m’en étais pas aperçu).
J’ai mentionné pour attirer ( ? ) le chaland les patronymes bruyants du Sabbath et de Blue Cheer parce que Fuzz fait pas vraiment dans la dentelle. C’est un concept un peu bête comme chou qu’ils poussent loin (très loin même, ces trois olibrius raisonnent en terme de vinyle, et ce « II » en est un de double, quasi soixante dix minutes de boucan). Alors certes, on pourrait dire (et je vais pas m’en priver) qu’ils sont pas allés chercher la difficulté, taquiner les légendes. On est loin de la technique ébouriffante de Cream, des envolées cosmiques de l’Experience, ou du raffut terminal de Motörhead. Plutôt du côté des bourrins que des subtils. Mais bon, c’est quasiment en filigrane dans le nom du groupe, y’a pas non plus tromperie sur la marchandise. Par contre, là où me semble t-il ils en rajoutent un peu trop, c’est que les trois se montrent souvent grimés et maquillés comme des glameux imbéciles (celui qui a dit Slade a tout bon). Lendemain de cuite mal négocié, simple tocade, ou alors concept totalement crétin ? J’en sais rien et je m’en fous …
« II », c’est gavant sur la durée, hormis pour les fans de rodomontades boogie interminables (Canned Heat à la préhistoire, Status Quo au Moyen-âge, les bien nommés Endless Boogie ces temps-ci). C’est pas pour autant bâclé. Maintenant tout le monde avec trois bouts de ficelle et quatre dollars peut sonner aussi fort que Metallica. Et Fuzz a doté sa rondelle d’un son kolossal emmenée par une basse monstrueuse en avant.

Il y a dans ce disque des trucs lourds pour pas dire lourdingues, une pièce de bravoure (« II » le titre) longue comme un jour de canicule sans bière, des redites et des autocitations complaisantes. Mais aussi une abnégation qui force le respect, des types qui ont peut être pas eu la meilleure idée du monde, mais qui en exploitent toutes les possibilités. Et qui se distinguent assez facilement du lot de tout le marigot du heavy psyché revival. Je suis preneur de choses comme l’introductif et tarabiscoté « Time collapse … », de l’hendrixien (un peu bourrin, mais hendrixien quand même) « Rat race », du punky « Red flag », et des deux titres à mon sens les plus « écrits » du disque (tant le reste sonne un peu roue libre déjantée tous potards sur onze), à savoir « Say Hello » et « New flesh ».

De quoi patienter en attendant le prochain … en attendant le prochain quoi au fait ?


HOLLYWOOD VAMPIRES - HOLLYWOOD VAMPIRES (2015)

Le coin des grabataires ?
Si l’on en croit la légende ( ? ), ils se sont retrouvés au bar d’un endroit branchouille chicos de L.A. où ni vous ni moi n’avons aucune chance d’être un jour acceptés à l’entrée. Tous les trois avec une saleté macrobio, colorée, édulcorée, et sans alcool dans le verre. Et ils se sont remémorés les good old times, quand ils étaient moins vieux et qu’ils picolaient plus sévère qu’un Biélorusse déprimé. Et comme ils s’emmerdaient ferme malgré les montagnes de billets verts amassés depuis des décennies, ils se sont dit tiens, pourquoi est-ce qu’on ferait pas un disque ensemble, juste pour le fun. Et comme aucun n’avait été foutu d’écrire un titre audible depuis au moins le siècle dernier, pourquoi est-ce que ce serait-il pas génial de reprendre des titres qui nous éclataient quand on était jeunes, il y a de cela très longtemps. Et puis, comme on est pas vraiment dans le besoin, on filera la thune du disque à une asso qui s’occupe de soigner des musiciens alcoolos dans la dèche (solidarité de piliers de bars repentis oblige), et comme ça on reparlera vachement de nous et ce sera l’occasion de gagner par la suite encore plus de pognon (bon, ça ils l’ont peut-être pas dit, mais ça se voit gros comme un tatouage sur le cul d’une stripteaseuse que c’est aussi le but de la manœuvre, relancer une carrière qui part un peu en sucette, et c’est pas les hexagonaux Enfoirés qui diront le contraire …).
Perry, Depp, et Cooper. Fatigués, les vieux ?
Bon et alors, t’accouches Ducon, c’est qui ces trois types ? Vincent Furnier, plus connu sous le nom d’Alice Cooper, Joe Perry d’Aerosmith, et Johnny Depp, du Pirate des Caraïbes Lonely Hearts Club Band. Un type pour produire ? Facile, ce sera Bob Ezrin, vieux compagnon de route du Coop. Et manière de pousser la vanne jusqu’au bout, on fera venir quelques potes. Ah ça, des potes, vu qu’ils ont sur leur portable une liste de contacts autrement plus glamour que les nôtres, il en est venu de partout. Résultat des courses, le sticker qui les liste couvre la moitié de la pochette du disque. Des convenus qui cachetonnent en studio derrière l’Alice, jusqu’à Sir Paul Macca et Sir Christopher Lee (et que ceux qui ont pas compris pourquoi Cristopher Lee sur « Hollywood Vampires » se fassent connaître, y’a une morsure dans le cou à gagner …). D’ailleurs le Lee, c’est un des derniers trucs qu’il a fait, cette intro de disque avec sa grosse voix sépulcrale, avant d’aller s’allonger cette fois pour de bon dans son cercueil.
Les mêmes, plus Laboriel et McCartney
Des reprises de vieux machins, plutôt connus, pour pas dire célébrissimes. Traités façon hard, c'est-à-dire quand même un peu beaucoup bourrin la plupart du temps. C’est bien là le problème, d’ailleurs. Ces titres, on les a pour la plupart tellement entendus dans leur version d’origine, que là ça fait souvent tout bizarre, de les retrouver dans des versions avec un son kolossal qui fissure l’émail des molaires, avec des chœurs façon hooligan, et des solos de guitare qui à force te font regretter de pas être fan de Mouloudji. En gros, y’a des fois ou trop c’est trop. Par exemple « Instant Karma » de Lennon ou « My generation » des Who, ça m’enchante pas, leur version. Ça marche bien mieux à mon sens sur le « Itchycoo Park » des Small Faces, voire « Come and get it » de Badfinger (sur lequel on retrouve un McCartney qui se multiplie au piano, à la basse, aux vocaux, bon faut dire que c’est lui qui l’a écrit le titre il y a plus de quarante ans).
Autre truc qui me chagrine les oreilles, la voix de Cooper, omniprésent au micro. Oh, certes, il est reconnaissable entre mille, avec ses intonations de maniaque vicieux et pervers, et il s’en sert bien pour ses morceaux, mais ceux des autres, hum … Il est à mon sens totalement à côté de la plaque sur « Whole lotta love », où il manque toute la sexualité développée sur l’originale par Plant (il ont d’ailleurs zappé les râles de la partie centrale) et c’est pas les chœurs du pauvre Brian Johnson qui vont relever le niveau … De même, on s’attaque à un medley Doors, et on passe à côté de l’ambiance chaman en rut de Morrison, malgré le renfort d’un orgue manzarekien plus vrai que nature et de Robbie Krieger à la gratte.
Bob Ezrin au centre (de l'affaire)
Puis, y’a carrément des choses qu’il faudrait pas oser. Reprendre du Hendrix quand on est guitareux et qu’on veut coller à l’original (une version problématique de « Manic depression ») ou à T.Rex quand on swingue comme un régiment d’enclumes (le mauvais choix du lascif « Jeepster » sans le chaloupement érotique de Bolan, ça le fait vraiment pas).
Et comme quand on aime on ne compte pas, on a droit à une paire de titres quelconques écrits pour l’occasion par le Coop et le Depp dont l’hommage final aux hordes de rockers tombés au champ d’honneur verre de vodka orange à la main (« My dead drunk friends »). Ah, et j’allais oublier, ce qui est par beaucoup perçu comme le coup de génie du disque, le medley « School’s out / Another brick on the wall » montre juste qu’un bon morceau d’Alice Cooper n’en vaut pas un bon du Floyd. Si encore ils avaient eu l’idée d’y rajouter « L’école est finie » de Sheila, ça aurait été mieux, et surtout plus drôle. Parce qu’au final, c’est un peu ça qui manque, le fun. Tout le disque empeste la bonne copie appliquée, tout le monde bien concentré sur son sujet avec une mine de carême …
« Hollywood Vampires » n’est pas mauvais, il est juste un peu trop scolaire à mon goût.

Si ça peut permettre aux « jeunes générations » (c’est pas gagné, les djeunes ils doivent s’en taper de ces vioques qui jouent des trucs de vioques pour les vioques), de se cultiver au son de titres mémorables des 60’s -70’s, pourquoi pas …