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TALKING HEADS - TALKING HEADS : 77 (1977)

Mais qu'est ce c'est ?

Les Talking Heads, avant d’être signés chez Sire, étaient un des groupes animant au milieu des 70’s les soirées du CBGB, partageant l’affiche ou succédant sur la scène à des gens comme Patti Smith, Blondie, Television, Ramones, Cramps, Dead Boys, Johnny Thunders & the Heartbreakers, Mink DeVille, etc … En gros, tout le gratin des punks new-yorkais, tous ceux qui allaient inspirer les Pistols, Clash, Damned, … en Angleterre.
Byrne, Frantz, Weymouth & Harrison, Talking Heads 1977
Punks, les Talking Heads ? Hum … Fils de bonne famille pour le trio d’origine (Byrne, Weymouth, Frantz), étudiants à la Rhode Island School of Design où ils se sont rencontrés… En fait, le groupe dont ils sont le plus proche socialement à l’origine, ce doit être … le Pink Floyd de 66 (et si vous connaissez pas la genèse du Floyd, allez voir sur Wikimachin ou vous faire foutre, bande d’incultes…). Les Talking Heads sont d’entrée différents. Toute cette scène du CBGB vient plus ou moins d’un rock’n’roll sans trop de fioritures. On envoie la sauce et on voit ce qui arrive. Les Talking Heads ont peu à voir avec le rock, qu’il soit n’roll ou pas. L’essentiel de ce premier disque les voit s’attaquer à des structures funky et dansantes. Ou à ce qu’il reste du funky et du dansant quand il est passé entre leurs pattes.
Les Talking Heads sont d’une approximation charmante. Entendez par là qu’ils disposent d’une technique plutôt hésitante. Il n’est jamais venu à l’idée de personne de citer David Byrne comme un guitariste influent ou intéressant. La section rythmique, (Mar)Tina Weymouth – Chris Frantz, couple à la ville comme à la scène, n’a que peu à voir avec Bogert-Appiece ou Bruce-Baker. Le seul musicien expérimenté du groupe est le claviers Jerry Harrison, mais pas de bol, il a fait ses classes chez les Modern Lovers de Jonathan Richman, pas vraiment le groupe adepte de démonstrations techniques exubérantes. Le son des Talking Heads est squelettique, rachitique, syncopé. Et par-dessus cette instrumentation de bric et de broc, David Byrne s’approprie les parties chantées d’une façon toute personnelle, donnant l’impression d’un trisomique épileptique récitant ses gammes.
Les mêmes, rangés à la Dalton
« Talking Heads : 77 » n’est pas un disque qu’il faut avoir parce qu’il est bon. Ce n’est pas un « bon » disque au sens 70’s du terme. Mais c’est un disque intéressant, qui pose de nouveaux jalons dans un genre (la chanson de trois minutes) qu’on croyait définitivement balisé.
« Talking Heads : 77 » s’inscrit dans la lignée et la mouvance de machins comme le 1er Devo ou le 1er Television, même s’il partage plus de similitudes avec les savants fous d’Akron qu’avec le jazz-rock intello de Verlaine et consorts. Les Talking Heads ne sont pas un phénomène de mode, et encore moins de foire. L’influence de ce premier disque dépassera le strict cadre de la reconnaissance critique et de l’effet « mode » de tout ce qui sortait du trou à rats pisseux qu’était le CBGB. Un seul exemple, la ressemblance flagrante entre le « Boys keep swingin’ » de Bowie et le « Tentative decisions » des Talking Heads, l’emblématique titre de « Lodger » est sorti un an et demi après celui de Byrne & Co. Par contre, si le son disco-funk blanchi, robotique et approximatif des Heads est original, la structure des titres n’est pas forcément innovante. J’ai déjà causé de Devo (évident sur « Who is it ? » ou « First week …» ), on peut aussi trouver des relents incontestables des Sparks ( les couplets très baroques de « Don’t worry about the government ») ou des montées opératiques rappelant le Queen de la folle Mercury (« Happy day »).
Talking Heads live au CBGB
Incapables de faire compliqué, les Talking Heads s’évertuent à faire simple (et pas simpliste), réinventant le concept du less is more. Ce premier disque est une épure. Foin d’enrobage sophistiqué, ne reste que l’essentiel, la structure rythmique sautillante, Harrison qui overdubbe parfois ses parties de claviers minimalistes avec une partie de guitare, Byrne qui assure l’hyperminimum à l’autre guitare. La seule recherche tient dans les textes (poético-illuminés, elliptiques et second degré) et dans la façon de les chanter (on ne peut raisonnablement pas penser que Byrne ne puisse faire mieux vocalement, ses montées avortées dans les aigus sont faites exprès).
Tout n’est pas absolutely fabulous, il y a deux trois titres un peu en dessous, mais en contrepartie Byrne et sa troupe livrent quelques incunables de l’époque, inspirateurs de toutes les waves à venir (qu’elles soient new, post, cold, …). Même s’il manque le premier single du groupe (« Love / Building on fire »), au moins trois titres marqueront les esprits. « The book I read », avec la façon étrange de chanter de Byrne portée à son paroxysme sur une chanson qui aligne une nouvelle idée toutes les dix secondes. « Don’t worry about the government » est une merveille de second degré décrivant les USA comme un pays de Bisounours auquel chacun doit être fier d’apporter sa contribution, le tout sur une mélodie imparable. Mais surtout « Talking Heads : 77 » est le disque sur lequel figure « Psycho Killer », titre emblématique du groupe. Délire à peu près total et morceau le plus fou sorti du CBGB. Inspiré très certainement du « Heroes » de Bowie pour sa partie en français qui vous force à comprendre quelque chose à votre propre langue, il esquisse par moments la mélodie répétitive qui sera la trame du « Fashion » de … Bowie, grand amateur du groupe.
« Talking Heads : 77 » fera de ses auteurs un groupe qui compte. Enfin, un groupe intello qui compte (alors que la musique est primaire, pour ne pas dire primitive). De tête parlante (allusion aux speakerines – oui, jeune lecteur connecté, c’est un vieux métier du XXème siècle) Byrne va devenir tête pensante, groupie de Brian Eno, autre penseur en chef. La production (hormis « Remain in light ») du groupe sera par la suite sérieuse (sous-entendu plutôt chiante), ce qui ne fera pas marrer du tout le couple Weymouth-Frantz…
C’est une autre histoire …

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SIDNEY LUMET - NETWORK (1976)

Echecs et audimat ...

Un type (Sidney Lumet) qui pour son premier film a sorti le phénoménal huis-clos tendu « Douze hommes en colère » mérite estime et attention. Et celui d’avant « Network » s’appelle « Un après-midi de chien ». Et quelques mois encore avant il y avait eu « Serpico ». Conclusion : Lumet joue obligatoirement dans la cour des (très) grands.
« Network » (« Main basse sur la télévision » a été rajouté au titre pour la version française) est un film totalement déjanté. Ou plutôt il met en scène des gens totalement déjantés. « Network » nous amène dans les coulisses d’une chaîne de télévision nationale américaine, UBS. Une chaîne qui en principe n’existe pas et n’a jamais existé. Mais qui, malgré toute sa démesure, est bel et bien réelle…
Sidney Lumet
Lumet nous montre la télévision façon iceberg. La partie émergée, celle qui est dans l’écran et la vie des téléspectateurs. Et puis la partie immergée, les coulisses, tous ces gens qui n’apparaissent jamais devant les caméras mais font d’une émission ou d’une chaîne ce qu’elle est. Et à propos de caméra, celle de Lumet a un regard acéré, pour ne pas dire féroce.
Le monde de la télévision tel que Lumet le montre (et tel qu’il est réellement, on le sait depuis) est un monde à faire passer celui de la finance pour le pays de Candy. Ce qui compte, c’est faire de l’audimat, de la part de marché, et tout utiliser pour arriver à ses fins. Ici, la partie émergée de l’iceberg, c’est le présentateur Howard Beale (interprété par le phénoménal acteur anglais Peter Finch), sorte de Roger Gicquel (on me lit aussi dans les EHPAD, enfin surtout dans les EHPAD) américain. Le présentateur du journal d’info majeur de la chaîne, un peu beaucoup has been et qui après avoir été la superstar nationale des news, voit son audience s’effondrer. Sentant qu’il va perdre son poste de présentateur vedette, il annonce lors d’un journal télévisé son prochain suicide en direct. Beale a totalement pété les plombs, carbure au whisky au litre, et devrait être soigné pour ce qu’il est devenu, un dépressif alcoolique qui avance à grands pas vers la démence la plus totale.
Howard Beale superstar
Problème, l’annonce de son suicide a fait l’effet d’une bombe dans le paysage audiovisuel. C’est là qu’interviennent toutes les parties immergées de l’iceberg. Son pote Schumacher (William Holden), directeur de l’info à « l’ancienne », des faits, rien que des faits, et pas du sensationnel, qui va tout faire pour soustraire Beale à la machine infernale qui se met en place. Parce que dans le bureau de la directrice de la programmation se trouve Diana Christensen (fabuleuse Faye Dunaway) qui selon sa propre expression « veut de la télé qui saigne ». Christensen est une garce (je vais pas traiter Faye Dunaway de salope, quand même) arriviste, qui ne rêve que de monter dans l’organigramme d’UPS. Laquelle UPS est en train de passer sous le contrôle du gros conglomérat audiovisuel CCA. Autant dire que des étages se rajoutent à l’ascenseur social. Ce dont se rend parfaitement compte également Franck Hackett (le toujours excellent Robert Duvall), directeur d’UBS …
Dès lors, contre l’avis de Schumacher (qui se fera rapidement virer), Hackett et Christensen (lequel se sert de l’autre pour arriver à ses fins ?) vont pousser le pathétique Beale sous les sunlights. Il est totalement barjot ? Qu’importe, il a fait parler de lui avec son annonce de suicide en direct, on va donc lui filer un prime time comme ils disent aujourd’hui, le présenter comme un gourou médiatique d’une nouvelle race pour faire venir les spectateurs sur sa tranche horaire. Et ça marche, au-delà de tous les espoirs. Le pauvre cinoque, qui arrive parfois bourré ou en pyjama sur le plateau se lance dans des tirades-prêches hystériques sans queue ni tête que les spectateurs sont de plus en plus nombreux à mater. Christensen devient vraiment quelqu’un et Hackett prend sérieusement le melon et une place de plus en plus importante dans le conseil d’administration de la CCA. Plus rien n’arrête Christensen qui monte une autre émission dans laquelle une pasionaria communiste ( aux USA ! ) invite sur son plateau des terroristes (abrutis mais d’ultra gauche révolutionnaire). Et ça marche aussi … Jusqu’à un pétage de plombs de Beale qui un soir dévoile les dessous du rachat d’UBS par la CCA. Et …
Faye Dunaway & William Holden
Et … je vais pas tout vous raconter. Z’avez qu’à voir le film qui recèle son lot de scènes hystériques (le tête à tête de Beale et du PDG du CCA est fabuleux), n’oublie pas une romance (dispensable) entre Schumacher et Christensen, et délivre un final apocalyptique d’une noirceur totale …
C’est là que le bât blesse quelque peu. Lumet en fait trop (même si paraît-il des scènes du film ont réellement eu lieu, rubrique dessous de la télé ou faits divers), surenchérissant tout au long des deux heures sur l’hystérie communicative qui gagne tout le casting, préférant un roller coaster d’images, de plans, de scènes de plus en plus incroyables, une fuite en avant vers le grotesque le plus effrayant. Et on n’a plus le temps de s’interroger, de mettre en perspective ce que l’on voit à l’écran avec ce qui peut s’y passer réellement. On navigue plus souvent du côté de la farce que de la satire grinçante, qui était au départ le but du jeu …
Il n’empêche, « Network » est un film à voir. Ne serait-ce que pour le thème choisi et la performance des acteurs (Peter Finch y gagnera un Oscar pour sa prestation, malheureusement pour lui à titre posthume)…
Regardez « Network » et vous ne verrez plus la télé de la même façon …



SEX PISTOLS - NEVER MIND THE BOLLOCKS (1977)


Hey Hey My My, Rock’n’roll can never die
Il y a des disques qui sont plus importants que d’autres, qui comptent vraiment dans le rock … parce qu’ils créent quelque chose de neuf, de révolutionnaire, une nouvelle façon d’appréhender la musique. De ces disques essentiels, en comptant large, on doit pouvoir en trouver une dizaine en soixante et quelques années. Et « Nevermind the bollocks » en fait partie.
Pas tant par son contenu. Une sorte de hard-rock primaire balancé vite et mal, à grosses guitares, (celles de Steve Jones, le seul du lot à savoir correctement jouer d’un instrument), venu en droite ligne du glam et du rock’n’roll des origines, avec tout qui doit être dit dans trois minutes. Et également inspiré par le pub-rock énergique et primitif des British Dr Feelgood, Ducks DeLuxe, Eddie & The Hot Rods, … ou les Amerlos Ramones et Heartbreakers (les bons, enfin, ceux de Johnny Thunders) …
Jones, Vicious, Rotten & Cook : The Sex Pistols
Les Sex Pistols et le punk en général se sont construits non pas pour proposer quoi que ce soit de nouveau ou d’original, mais en réaction envers ce qui existait. L’heure dans l’Angleterre de 1977 était au politiquement correct, en pleine préparation de la commémoration des 25 ans de règne de la Reine … les Sex Pistols prôneraient donc par souci d’opposition radicale l’anarchie, ce mot qui allait tant effrayer les bourgeois de tous ordres, et notamment ceux de l’industrie musicale. Les Pistols n’avaient en fait aucune conscience politique, leur seul credo était de faire n’importe quoi. Et avec des provocateurs-nés comme Rotten ou des débiles profonds comme Vicious, on allait être servis au niveau du n’importe quoi … l’apologie du chaos comme forme ultime de positionnement social.
Des jeunes glandeurs qui veulent faire un doigt au système, c’est pas ça qui manque, en musique comme ailleurs. Bien peu arrivent à se faire entendre. Les  Pistols réussirent à être des stars planétaires avant même d’avoir enregistré un 45 T. Aujourd’hui, la  nouvelle génération qui s’imagine préparer la révolution en insultant son prochain sur Twitter à grands coups de hashtags débiles appellerait çà un buzz d’enfer …
Les Pistols ont eu la chance d’être au bon endroit au bon moment, et même si les « vrais » punks anglais de 77 ne représentaient que quelques poignées d’individus, ils disaient tout haut ce que l’ensemble de la jeunesse locale pensait tout bas. Marre de ces consanguins totalement out qui squattaient Buckingham Palace, marre de cette société qui, déjà, ne proposait comme avenir que des formulaires d’allocs à garnir, marre de ces zicos embourgeoisés pétés de thunes, claquemurés dans leurs manoirs du Surrey, marre des vieux Stones, Who, Led Zep, Floyd, Yes, Genesis, …, de la bouillasse jazz-rock et de la tambouille prog. Et place au « Do it yourself », en substance si vous voulez pas de ce qu’on a à proposer, on va se débrouiller pour le faire quand même, et à nous aussi le pognon, la bonne coke, les Aston Martin, et les groupies sublimes dans chaque piaule d’hôtel …

Il fallait à ce bouillonnement désorganisé une vision, une approche, pour arriver à ses fins. L’homme de la situation s’appellera Malcolm McLaren, agitateur arty de seconde zone, déjà auteur d’un relookage catastrophique de ce qu’il restait des New York Dolls en trotskistes, mais qui trouvera avec les Pistols des débuts (les rapports se dégraderont très vite, surtout avec Rotten, le plus intuitif du groupe) un terreau sur lequel faire pousser ses idées toutes particulières du management. Le moindre incident, la moindre déclaration stupide de ses protégés seront ainsi amplifiés au maximum, et les occasions ne manqueront pas, les Pistols étant signés et éjectés aussi sec de deux maisons de disques avec procès retentissants à l’appui avant de s’échouer chez Virgin où paraîtra « Nevermind … » ; les Pistols se verront interdire de concert dans la plupart des grandes villes anglaises, Londres en tête. McLaren aura beau jeu de hurler au loup de la censure, de la répression culturelle. Et quand par hasard ils trouveront un rade qui veut bien d’eux, l’apocalypse que les Pistols y déclencheront au bout d’une poignée de titres fera les choux gras et la une des tabloïds à scandale, ce qui était bien évidemment le but recherché …
« Never mind the bollocks » sera le manifeste de cette génération punk et obtiendra un bon succès un peu partout dans le monde. Le temps de claquer les premières royalties en dope, et le groupe partira vite en quenouille, avec quasi simultanément le départ de Rotten et la mort de Vicious… Mais la déflagration aura été telle, que de partout dans le monde surgiront des teigneux mal coiffés et malpolis qui reprendront le flambeau et feront de 1977  et de quelques années suivantes de grands millésimes d’air frais musical…
Et puis, comme tout dans le music business finit par un déjeuner avec son banquier et (ou) ses avocats, on a pu, au détour de la programmation d’un quelconque festival, voir et écouter des Sex Pistols reformés … avec Rotten, vieux, gros et riche qui fait son numéro de muezzin psychotique, sans Vicious toujours aussi mort, et les autres qui ont appris à jouer … pantalonnade sans aucun intérêt.
Il faudra après « Nevermind the bollocks » attendre quinze ans et Nirvana pour voir pareille chose secouer le monde ronronnant du music business… Et depuis le trio de Seattle, ça fait plus de vingt cinq ans qu’on espère que quelques gamins la rage aux dents viendront signifier aux geignards Coldplay, Muse, Radiohead et autres ennuyeux, que bon, ça va, on les a assez entendus ces pénibles, ils peuvent dégager …
Eh oh, Lester, tu crois que t’as fini ta chronique là ? T’as pas dit un seul mot sur ce putain de disque … Qu’est-ce qu’on y entend sur ta putain de rondelle ?
L'émission de télé avec Bill Grundy, le scandale arrive ...
Euh … du boucan, essentiellement. Par trois types, enfin deux … Paul Cook se fait chauffer les articulations des coudes à force de cogner sur ses toms le plus vite et le plus fort possible (avant que ça devienne un  passage obligé pour les les drummers punk, trash, hardcore, metal ou que sais-je …). Steve Jones, lui assure des parties de guitare qui ont du laisser songeur Santana (du riff bourrin, au mieux rock’n’roll, quelques chorus, pas le moindre foutu solo, fans d’Alvin Lee et de Dickey Betts, circulez …). Et puis, comme le docile Matlock (pas assez punk) s’est fait lourder et remplacer par le demeuré Sid Vicious, totalement incapable de sortir la moindre note de sa basse, c’est Jones qui a aussi assuré les lignes de basse (là aussi, si t’es fan de Jaco Pastorius, casse-toi …). Pas de bol pour Jones, dès la sortie de « Never mind … », une rumeur persiflante et insistante a prétendu que c’était le requin de studio Chris Spedding qui jouait toutes les parties de guitare, ce qui est faux … Tiens, en passant, une anecdote de studio. « Never mind » a été enregistré à Londres, au Wessex Studios. En même temps que les Pistols, Queen enregistrait «  A day at the races » (celui avec « We will rock you » et « We are the champions »). Et Freddie Mercury, cabot comme pas deux, passait son temps quand il le croisait à chambrer le « terrible » Sid Vicious (il était surtout terrible quand il avait beaucoup de monde avec lui, sinon il était gaulé comme une arbalète et toujours raide déf, il faisait pas le poids) qu’il appelait Stanley Ferocious …
Et puis, les Pistols, c’était avant tout Johnny Rotten. Lui avait de la répartie, ridiculisait tout son monde en interview, et savait trouver les formules et les accroches qui tapent fort et juste. Pas pour rien si les deux titres les plus emblématiques du punk toutes époques et continents confondus sont « God save the Queen » (« God save the Queen, her fascist regime … » et « Anarchy in the UK » (« I am an Antichrist, I am an anarchist … »). Rotten était un observateur féroce, décrivant avec les mots qui cognent et font mal  la déliquescence de la société anglaise… comme un Ray Davies des banlieues, et si vous savez pas qui est Ray Davies, c’est pas que vous êtes punk, c’est que vous êtes juste incultes …
C’était les Sex Pistols … et aujourd’hui on s’en bat les couilles, on préfère Maître Gims … porca miseria …



BLACK SABBATH - VOL 4 (1972)

Heavy ...
Dans tous les sens du terme … Tout est dit dans les notes de pochette : « We wish to thank the great COKE-Cola Company of Los Angeles ». No comment … D’ailleurs le disque devait à l’origine s’appeler « Snowblind », tout un programme …
Faut dire que l’évolution a été rapide, trop pour les quatre prolos de Birmingham. Un succès, improbable mais bien réel, a fait de Black Sabbath une institution d’abord chez eux, puis en Europe, et cerise sur le gâteau et montagnes de dollars qui vont avec, aux States. Pas très finauds, les gros cigares de Vertigo et de la Warner, offrent au groupe des séances d’enregistrement à Los Angeles. Les Black Sabbath vont se faire péter les cloisons nasales, sniffant des montagnes de coke. Et la coke, si elle speede son homme, lui fait perdre en lucidité.
Black Sabbath 1972
« Vol 4 » s’en va donc à toute blinde, en tout cas beaucoup plus vite que les trois précédents. Finis les ambiances lentes et malsaines, place aux cavalcades hard sur fond de guitares avec pédale fuzz enfoncée en permanence. Ce qui en ravit certains. « Vol 4 » est pour eux l’avant-dernier des « très grands disques » du Sab, tous les fans vous le diront …
Ouais, bof … On trouve de tout dans la quincaillerie « Vol 4 ». En premier lieu, de la technique. Black Sabbath assure, fini les approximations, les morceaux expédiés à la va-comme-je-te-pousse. Ici, tout est « écrit ». Pensé, pesé, pour que le jeune kid féru de vacarme hardos s’y retrouve. Avec quelques dérives bien de leur temps (le début des seventies). Le sinistre prog et ses tentations démonstratives pointent le nez de son vilain museau. Notamment sur l’inaugural « Wheels of confusion » qui ravira les nigauds fans de Yes en version heavy. Aussi sur l’instrumental « Laguna sunrise » sur lequel Iommi se livre à un numéro de virtuosité pénible à la guitare acoustique, ce qui renvoie aux numéros dans le même exercice du très vain Steve Howe (Yes again). Et tant qu’on est dans l’instrumental, il est fortement conseillé de zapper « FX », assemblage brinquebalant de bruitages crétins (à base de guitare électrique ?).
Rayon dispensable, on passera assez vite sur « Changes » (rien à voir avec Bowie), qui pue la ballade imposée par la maison de disques, pour un résultat empilant des lieux communs à la tonne. Le rock mid-tempo de « Snowblind », le pénible « Cornucopia » sont assez insignifiants, en tout cas en nette régression par rapport au Sabbath « d’avant ».
Rayon entre chèvre et chou, on trouve le single (le second de la production du Sab, peu enclin à cet exercice pour hit-parades, le premier de leur carrière étant le gigantesque « Paranoid ») « Tomorrow’s dream », mignonne mélodie (si, si), intro au piano, arpèges tarabiscotées, gros riffs qui dépotent, mais bon, enfin, vous me comprenez.

Il y a quand même du bon, voire plus, dans ce « Vol 4 ». Trois titres irradiés par la guitare en fusion de Iommi qui y délivre quelques riffs qui feront date. « Supernaut », qui dépote, avec un cours solo très voodoo style du batteur Bill Ward. « St Vitus dance » est une folle sarabande, un rock’n’roll très heavy, mais un rock’n’roll quand même, que tous les trashers adorent (faut avouer que ça a un peu plus de gueule que les crétineries speedées de Slayer). Last but not least, le dernier titre, « Under the sun » est pour moi le meilleur de tous. Sur une rythmique boogie, Iommi finit par balancer un riff de la mort qui tue, sur fond de roulement de toms herculéens de Ward. Un titre qui n’a rien à envier à la concurrence, pourtant nombreuse et valeureuse à cette époque-là.
Ah, je m’aperçois que j’ai même pas écrit le nom de l’Ozzy. Ouais, rien à dire (de bon) sur lui, toujours ses borborygmes de crécelles et son petit filet de voix doublée pour lui donner un minimum de consistance. J’ai toujours pensé que ce type était plus un showman totalement niais et déglingo qu’un chanteur, et n’en déplaise au fan-club, je persiste et signe…
Avec « Vol 4 », le Sab atteint les sommets en terme de popularité. Il ne reste à la formation originale (Iommi, Osbourne, Butler, Ward) qu’un disque à sortir (l’également bancal « Sabbath bloody Sabbath), avant l’éparpillement façon puzzle des protagonistes sous l’effet conjugué des tonnes de coke et des séances de tribunal.

Avec « Vol 4 ») la messe (noire) était quasiment dite …

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STRAWBS - GHOSTS (1974)

Aux fraises ...
Les Strawbs, c’est le genre de groupe dont les encyclopédistes du binaire vous vont refiler le nom sous le manteau, en garantissant que là, attention, immenses génies malheureusement restés confidentiels. Il doit même y avoir, dans les recoins du Net, des forums où des fans transis n’arrêtent pas de s’extasier sur les mérites du groupe et de leurs skeuds. Suivant la furieuse tendance qui consiste à admettre que puisque les 70’s étaient géniales musicalement, tous ceux qui ont sorti des rondelles à cette époque-là étaient forcément géniaux …

Bon, ben, pas les Strawbs en tout cas, ou pas avec ce disque-là. Les Strawbs sont Anglais, formés à la fin des années 60. Vous sentez pas le coup tordu ? Non ? Autre info, ils ont compté dans leurs rangs à leurs débuts Rick Wakeman. Oui, oui, Rick Wakeman, celui qui jouait du piano sur « Life on Mars » de Bowie … Mais surtout plus tard le claviériste de hum … Yes, les fuckin’ Yes … Oh putain, vous les voyez venir là, les Strawbs ?
Je confirme, les Strawbs, c’est la énième division inférieure du prog. Version Spinal Tap, ce qui les rend sinon intéressants, du moins pas aussi tragiques que leurs congénères tête de gondole. Dresser la liste des types qui ont joué dans les Strawbs est à peu près aussi facile que dresser l’arbre généalogique d’une famille de polygames consanguins. Suffit juste de savoir que celui autour duquel s’articulent toutes les différentes formations du groupe est David Cousins, chanteur, guitariste et principal compositeur, sorti des tréfonds du circuit folk des late 60’s. Un type assez satisfait de lui et de son œuvre, n’hésitant pas dans le livret de la réédition Cd de « Ghosts » à se poser par certains aspects en précurseur du punk ( faudrait qu’il m’explique, là …). Et oubliant de signaler que de tous les groupes de grabataires à s’être reformés depuis trente ans, les Strawbs sont ceux qui l’ont fait dans l’indifférence la plus totale. Tant pis pour eux et tant mieux pour nos oreilles…
Le problème des Strawbs par rapport aux « grands » (rires) groupes de prog, c’est qu’ils ne comptent pas de virtuoses dans leurs rangs. Donc pas d’interminables « mouvements »,  ponts et transitions tarabiscotées, pas non plus de solos de trois heures de basse à quinze cordes et de batteries à quatorze douzaines de toms. L’incapacité des Strawbs aux exercices égomaniaques fait que pas un titre ne dépasse les dix minutes et que tous sont à peu près construits sur le modèle chanson, avec des mélodies, des couplets et des refrains. Autre relative bonne nouvelle, Cousins est un chanteur plutôt intéressant, dans un registre assez proche du Peter Gabriel période Genesis, ce qui nous éloigne quand même de Little Richard, mais j’sais pas, il aurait pu essayer d’imiter Jon Anderson, vous imaginez le supplice (et je vous envie si vous avez jamais entendu Anderson bêler ses niaiseries).

Alors, forcément, y’a du déchet. « Ghosts » le morceau (issu d’un cauchemar de Cousins, alors que McCartney rêvait des accords de « Yesterday », vous voyez la nuance …), c’est du prog milieu de gamme, dont même Yes n’aurait pas voulu, « Lemon pie » renvoie furieusement au Cat Stevens (dont Cousins avoue être fan) encore fréquentable de l’époque, mais est massacré par des arrangements ineptes, « Starshine / Angel wine », c’est du Tatie Elton John des mauvais jours avec son piano en avant.

Le premier titre écoutable, c’est pour moi « Where do you go… », bluette pop sur une base rythmique venue du reggae (mais le reggae tendance « Ob La Di Ob La Da », c’est-à-dire abordé sous son aspect musique cool et entraînante pour Club Med). Les deux parties de « The life auction » rivalisent d’insignifiance satisfaite, mais ne le répétez surtout pas, les fans des Strawbs en parlent avec des trémolos dans la voix. « Don’t try to change me » est une sorte de folk pour hippies traversé de riffs hardos, et ma foi, même s’il n’y a pas de quoi s’extasier, ça relève le niveau (et l’attention). Par charité, et par peur de devenir vulgaire, je passerai silencieusement sur « You & I » (Yes avaient sorti un titre quasi homonyme, tout est dit …).
Ce qui nous amène au dernier titre du disque original « Grace Darling ». Le titre sur lequel les Strawbs ont plus ou moins joué leur carrière. Faut dire qu’ils étaient la première signature anglaise du jeune label A&M et que ce dernier en avait fait un objectif majeur pour les USA. « Grace Darling », pas horrible, mais le recours à une chorale d’église le catalogue irrémédiablement en un « You can’t always get what you want » du pauvre (ou du prog, ce qui revient au même). Logiquement, le single a foiré, le 33T a fait une courte apparition dans le Top 100 américain, et A&M s’est cherché d’autres objectifs. Fin de l’histoire …
Sur le Cd figure un seul bonus (on va pas s’en plaindre), la B-side de « Grace Darling », sans aucun intérêt.

On a déjà entendu pire, mais bon, les Strawbs, même si c’est pas toujours ignoble, ça gagne pas forcément à être connu …


RANDAL KLEISER - GREASE (1978)

American Graffitoc ...
Lu (si, si, je vous assure, pouvez aller vérifier) sur Wikipedia France à propos du film : « Bien qu’il fût le plus gros succès au cinéma de l’année 78, « Grease » ne gagna ni Oscar ni Golden Globe »… Tu m’étonnes … N’empêche, un nanar atomique filmé avec les pieds et mettant en scène des figurants de quinzième zone, est devenu culte, et rapporté des millions de milliards de dollars (voire plus).
Kleiser, Newton-John & Travolta
Sauf qu’entre le tournage et la sortie de « Grease », il s’est passé un truc, la sortie de « Saturday Night Fever », avec comme acteur principal John Travolta qui du coup est devenu superstar et sur son seul nom a drainé des millions de types dans les salles obscures pour voir ce que certains s’imaginaient être la suite des aventures de Tony Manero. Travolta quand il tourne « Saturday … » n’a comme seule ligne sur son CV qu’un second rôle dans « Carrie » de De Palma, et il est bien content d’enchaîner « Grease », manière de mettre un peu de beurre dans les épinards. Et tant pis si le metteur en scène de « Grease » est Randal Kleiser, un obscur tâcheron de la Twentieth Century Fox, ayant seulement à son palmarès le tournage de quelques épisodes de « Starsky et Hutch ». Tant pis si le scénario de quatre lignes est le remake d’une oubliée comédie musicale jouée au début de la décennie et disparue des radars depuis (anecdote et coïncidence, le minot Travolta l’avait vue et en avait gardé un grand souvenir). Tant pis s’il n’y a pas un seul nom de connu au casting. La « star » féminine est une chanteuse ringarde australienne de trente ans (son personnage est censé en avoir 18), une certaine Olivia Newton-John. Imaginer que pareil machin peut faire un carton au box office n’était bien évidemment venu à l’esprit de personne.
Grease, un casting de ouf ...
D’ailleurs faut les voir dans les bonus tous ces nigauds (même Travolta, qui fait le SAV comme il peut, en faisant semblant d’être concerné), affirmer sans rire que le tournage fut magique, fantastique, génial, fabuleux, et autres superlatifs du même tonneau, dans une ambiance de party extraordinaire. Tu parles, ils doivent pas en dormir la nuit, en pensant au cachet de misère qu’ils ont touché alors que les producteurs se sont fait construire des maisons avec des lingots d’or à la place des parpaings …
A l’usage des jeunes générations, situons le machin. Une amourette adolescente dans un lycée d’une petite ville  américaine à la fin des années 50, où les couples se cherchent, se font et se défont autour des deux protagonistes principaux, Danny (Travolta) et Sandy (Newton-John). Avec les obligatoires bandes en blouson de cuir, les gentils, les méchants, les simplets, les sportifs, les moches, les courses de bagnole, avec des pans entiers du film honteusement pompés sur deux chef-d’œuvre (« La fureur de vivre » et « American Graffiti »), sans le talent de Nicholas Ray, George Lucas et leurs acteurs …Faut reconnaître  quand même que Travolta crève l’écran (il a depuis prouvé que c’était un bon comédien), avec notamment une démarche hallucinante (on dirait qu’il marche sur des œufs en talons aiguilles tout en frétillant de l’arrière-train), même si quand il tente un grand écart, il est moins bon que Jaaames Brown dans cet exercice brise-roustons.
Summer Nights
Comme c’est une comédie musicale, il ya dans « Grease » des chorégraphies grotesques rétro fifties et les chansons idoines. Avec notamment Sha Na Na (en gros les Au Bonheur Des Dames ricains) qui en moins de dix ans sont passés de la scène de Woodstock au rôle de figurants d’un orchestre baltringue pour film de série Z. Ce qui leur permet de donner quelques versions en totale roue libre de standards genre « Rock’n’roll is here to stay » ou « Hound dog ». Certains morceaux ont été écrits pour le film et sont chantés par les acteurs. Bien évidemment, ils sont devenus des hits intergalactiques, comme les deux doo-wop mutants « Summer nights » et « You’re the one that I want ». Remarque (forcément cruciale, parce que c’est du vécu à moi dont au sujet duquel je cause) : dans une fin de soirée fortement avinée et donc immanquablement régressive, je balance « You’re the one … » sur la sono tous les potards sur onze et le dancefloor s’enflamme (expérience plusieurs fois tentée avec succès). Bon, pour être honnête, ça marche aussi avec « Tomber la chemise », « Stayin’ alive », « Waterloo » ou « Highway to hell ». En fait ça marche avec n’importe quoi, du moment que tout le monde est bourré et le volume maximum. Et donc, avec « You’re the one … », CQFD. Mais attention, pas avec le pastiche des misérables comiques giscardiens Topaloff et Sim (« Où est ma chemise grise »). Fin de la parenthèse …
You're The One That I Want
Sinon, le grand moment du film qui me ravit, c’est à la fin, quand la super nunuche (avec coiffure et accoutrement qui va avec) Sandy-Olivia arrive relookée en super bombe sexy selon les standards de l’époque. En fait, elle ressemble juste à ce moment-là à une version anorexique de Bonnie Tyler, qui de quelque côté qu’on l’envisage, n’est pas exactement une bombe sexuelle avec ses brushings extra-terrestres et ses futes de cuir noir moulants. Sauf que Bonnie Tyler chante mieux, mais c’est une autre histoire …

Mais faut avouer que ça a de la gueule sur les étagères, le Dvd de « Grease » coincé entre un de Lars Von Trier et un autre d’Ingrid Bergman …



BLACK SABBATH - PARANOID (1970)

Doom Doom Boys ...
J’avais jamais accroché à Black Sabbath. Mon psy m’a dit que ça remontait à mes années collège. En ces temps-là (début des 70’s), les gars qui écoutaient de la musique étaient soit Led Zep, soit Purple (les has been en étaient restés aux Beatles et aux Stones, les cons …). Moi je faisais tourner en boucle le premier Maxime Le Foxterrier, sa poésie gentiment baba (« San Francisco ») et libertaire (« Parachutiste »)... Nobody's perfect… Et puis y’avait trois quatre mecs patibulaires mais presque, tignasse plus longue et plus sale que la moyenne, jeans pattes d’eph à la propreté douteuse, et treillis pourris de l’armée US avec écrit au feutre noir le nom de Black Sabbath, et qui toisaient toute la cour de récré d’un air méchant et d’un œil noir. Comme les filles ne les regardaient pas, ou dédaigneusement, j’ai logiquement conclu que Black Sabbath, c’était de la musique de cons faite pour des cons.
Black Sabbath 70
Des lustres plus tard, j’ai jeté une oreille distraite sur leurs premières rondelles, bof … Et puis de toutes façons, ils étaient vite devenus totalement ringardisés, l’espèce de machin qui subsistait encore sous ce nom était l’objet des moqueries des hardeux. Si même eux en voulaient pas … Encore plus tard, le nom de Black Sabbath est revenu avec insistance, des nuées de gonzos créaient de multiples chapelles de l’église hard (heavy, dark, doom, death, sludge, que sais-je encore …) et citaient les quatre corniauds de Birmingham comme la référence ultime, ceux qui avaient mis au monde la frange la plus noire du rock …
Afin d’assurer ma réputation partagée par moi d’encyclopédiste du binaire, j’ai rouvert le dossier Sabbath. Au début. Et là, y’a un skeud qui clignote, « Paranoid », parce que quasiment tous ses titres se retrouvent dans les Best of et compiles diverses consacrées au quatuor originel.
Autant y aller franco, « Paranoid », c’est du lourd. Beaucoup mieux, beaucoup plus fort, plus lourd, plus fou, que dans mes souvenirs. Bon, ça relève pas non plus de l’épiphanie, mais ça déchire proprement. Pourtant, c’est bête comme chou, la musique du Sab.
C’est d’abord une réaction. Une réaction au Swingin’ London. Les quatre de Black Sabbath viennent de Birmingham, cafardeuse cité industrielle des Midlands. Un patelin où si t’as de la chance, ton avenir c’est une silicose la cinquantaine venu dans la mine, ou une vie dans une boîte métallurgique (Iommi a laissé quelques phalanges sur une machine à l’usine). Alors quand tu vois les Beatles de la pochette de « Sgt Pepper » ou les Stones de « Satanic Majesties », c’est un monde inaccessible pour toi, petit prolo fumeur de joints et buveur de pintes le week end. Iommi, toujours lui, a pu juger sur pièces le Swingin’ London, puisque pendant le court laps de temps où il a fait partie de Jethro Tull, il a participé au raout psyché du « Rock’n’roll circus ». Ces types (Iommi, Osbourne, Ward, Butler) qui commencent à se croiser dans des groupes du dimanche à Birmingham, ils prennent une grosse baffe à l’écoute des Ricains lourds et violents genre Vanilla Fudge, Iron Butterfly, Blue Cheer. Le son du Sab, il vient de ceux-là, et pas des fanfreluches londoniennes…
Les mêmes en couleur
Les rythmiques de plomb, la lourdeur lancinante, seront leur signature musicale. Coup de bol (ou de génie), ils vont barbouiller tout ça de satanisme à deux shillings véhiculé par les films de la Hammer. Cette provocation potache, leur rock violent au ralenti, les feront immédiatement remarquer. En 1970, ils sortiront deux disques, le premier éponyme et ce « Paranoid ».
Black Sabbath prend le rock à rebrousse-poil. Faisant de leur défauts (une technique plus qu’hésitante, un look anti-glamour au possible, une crétinerie assumée, de la provocation simpliste, du satanisme de pacotille, …) des qualités dans lesquelles vont se reconnaître tous ceux qui jamais ne risquent de monter dans l’ascenseur social. Le Sab des débuts est le groupes des prolos, des asociaux, des cons et des moches. Plus tard viendront les dérangés et bas du front séduits par l’occultisme de carnaval …
Les Sab sont incapables d’écrire une chanson « dans les règles de l’art », de concevoir des ponts, des arrangements. Ils font se succéder des séquences (on fait tourner un riff en boucle, on enchaîne sur un mini solo de batterie, on change brutalement de tempo ou de mélodie, et on accole tout ça à la va comme je te pousse), privilégiant bien sûr les down ou mid tempo (c’est plus facile de trouver les notes quand ça va pas vite) aux accélérations façon dragster d’Hendrix ou à la virtuosité des power trio genre Cream. Et dans un logique réflexe spinaltapien, le Sabbath joue fort et très saturé. Réunissant par là-même tous les ingrédients pour sortir des disques grotesques avec une régularité métronomique. Sauf que là, à leurs débuts, et plus particulièrement sur « Paranoid », la sauce prend et tous ces titres fonctionnent.
On attaque avec « War pigs », le morceau anti-guerre. Qui n’arrive pas à la cheville de « Masters of war » ou de « Machine gun », mais l’important n’est pas là. On est bluffé par cette ambiance brute, noirâtre, les riffs lancinants de Iommi, les roulements de toms de Ward, cette affreuse voix de crécelle dans les aigus de l’Ozzy.
Il y a là une patte sonore, une recette assez unique. Que le groupe va répéter sur quasiment tous les titres du disque. « Paranoid » est un bloc, un pavé lourd, mal dégrossi, mais un putain de pavé quand même …
Les mêmes live
Huit titres. Dont cinq parpaings de metal lancinant. « War pigs », « Iron man » et son riff d’anthologie, le mid tempo aplatissant de « Electric funeral », « Hand of doom » qui a généré un sous-genre du hard, le classic heavy rock « Fairies wear boots ». Une remarque à propos de ce dernier. Soit les paroles (en principe c’est Butler qui est l’auteur des lyrics) sont complètement stupides, soit pires (fairies, c’est normalement les fées, ou alors les tarlouzes en argot).
« Planet caravan », c’est le slow façon Black Sabbath. Pas exactement aussi lascif que « Whiter shade of pale » si vous voyez ce que je veux dire. « Planet caravan » ça pue les types hébétés qui ont fumé trop d’herbe (« Sweet leaf » de leur premier disque, ode à la ganja des Midlands), ça fait l’effet d’un château de cartes sonore qui va s’écrouler, porté par la voix gémissante et inexpressive d’Ozzy. Tellement décalé que ça en devient génial. Tous ces titres taquinent ou dépassent les cinq minutes. Il y en a deux de beaucoup plus courts. « Paranoid », de l’aveu du Sab, a été rajouté à la hâte pour arriver au timing recommandé d’un trente trois tours. C’est un rock’n’roll violent, très proche dans l’esprit du « Speed King » de Purple, qui deviendra un hit et lancera la carrière du groupe all over the world. L’instrumental « Rat salad » semble lui totalement décalqué (la virtuosité en moins) sur le « Moby Dick » du Zeppelin avec son riff immédiatement mémorisable et son solo de batterie.

Conclusion : « Paranoid » est un disque crétin. Et génial à la fois. Dans un genre radicalement différent, il me fait penser au premier Ramones. Et ça c’est vraiment un compliment …

Des mêmes sur ce blog :



DEVO - Q : ARE WE NOT MEN ? A : WE ARE DEVO (1978)

UFO ...
Le mag Rolling Stone, dans un de ses hors-série, classe ce disque de Devo comme un des meilleurs disques punk de tous les temps. Non, pas d’accord … J’en veux pas à Rolling Stone, d’ailleurs tous les journaleux « rock » disent que Devo c’est du punk. Objection, messires …
Faut pas déconner. Autant on peut trouver des similitudes certaines entre Pistols, Clash, Dead Kennedys, à la limite les Ramones vers 76-78, autant avec Devo, on trouve des similitudes avec … rien. Enfin le Devo de ce « Q : … » parce que je ne connais personne de censé dans cette galaxie qui ait écouté d’autres disques de Devo. Même si le groupe (ou ce qu’il en reste) tourne encore aujourd’hui … Les punks venaient par ordre d’apparition de New York, Londres, Los Angeles. Devo étaient de Akron, Ohio, dernier pôle industriel avant le Midwest. Ville connue pour ses usines de pneus (et pour avoir vu naître Chrissie Hynde, inconnue en 1978 … et aussi un rappeur ou un big seller r’n’b, j’sais plus lequel et je m’en tape). Autrement dit, pas l’endroit musicalement tendance, où l’on s’emmerde ferme en attendant le prochain concert de nullards comme Journey, Nazareth, Kansas, … qui jouissent d’un succès sans commune mesure avec leur talent (ou plutôt leur absence de talent) dans les USA des mid 70’s.
Des employés du gaz ? Non, Devo 1978
Devo est constitué de deux « couples » de frères, les Mothersbaugh et les Casale, plus un batteur, Alan Myers (s’il est encore de ce monde, il peut me faire un virement Paypal, c’est pas tous les jours qu’on cite son nom …). Logiquement, le jeune qui fait de la musique, il essaye d’écrire des morceaux, de les jouer, de les enregistrer. Devo rajoutent une étape, ils créent un concept autour de leur musique. Oh, partez pas, on n’est pas chez ELP ou Genesis …
Le concept de Devo, piqué apparemment à des scientifiques sérieux ( ??? ), c’est le concept de la de-evolution, autrement dit une évolution à rebours, une régression planifiée ou un truc du genre (puisque le progrès nous amène des machins de plus en plus mauvais, faut revenir en arrière, vous voyez le truc ? non, ben tant pis …). C’est là, quand se pointe un truc loufoque, que les grands esprits citent le nom de Zappa et évoquent la filiation. Tout faux… Zappa, dont la musique est quand même chiante au possible, a un discours sérieux qu’il expose de manière loufoque. Il n’y a absolument rien de sérieux chez Devo. Parmi les cinq, y’en a un qui joue du synthé et ils sont allés enregistrer ce premier disque en Allemagne. Les mêmes gros malins vous citeront comme une évidence l’influence de Kraftwerk. Je les mets au défi de me trouver la moindre similitude ente les teutons électroniques et Devo.
Plus prosaïquement, à mon sens, Devo s’inscrit dans une démarche libérée des carcans et des stéréotypes qui commençaient à encombrer tous les dinosaures du rock ou qui allaient le devenir. Le rock des mid 70’s était devenu sérieux, appliqué, triste, joué par des types qui l’étaient tout autant. A l’opposé quelques trucs discordants et le plus souvent dissonants apparaissaient, joués par des types capables de sourire sur une photo : les Modern Lovers, Père Ubu, les Feelies, les Sparks, bientôt les B 52’s … auxquels je rajoute donc Devo. Parce que, je vais vous dire, les guignols qui comparent Devo à Kraftwerk, sont-ils seulement arrivés à la plage 10, « Come back Jonee » ? Ils devraient, ils y entendraient un riff très Chuck Berry (d’ailleurs dans les paroles, ils citent « Johnny B Good », et aussi « Johnny too bad », le reggae des Slickers).
L'autre pochette du disque (très moche)
Remarquez, je peux comprendre, il fallait chercher des comparaisons « intelligentes », puisque Devo était censé être un groupe intello. Et d’autant plus que sur la pochette du disque, y’a un nom qui clignote et pas qu’on peu : produced by Brian Eno. Alors forcément, s’il y a Brian Eno, c’est que prise de casque il doit y avoir … Apparemment Eno a été aiguillé sur Devo par Bowie alors que l’ex Roxy et l’ex Ziggy enregistraient des machins de la trilogie berlinoise. Et Bowie on ne sait trop comment, aurait écouté les premiers 45T et maxis confidentiels de Devo. A ce sujet, ceux qui ont payé (cher, c’est collector) pour se procurer ces premiers enregistrements autoproduits affirment que les versions qui y figurent sont meilleures que celles produites par le dégarni anglais. Soit … D’un autre côté, en allant chercher Eno, faut s’attendre à ce que ça sonne comme du Eno (on triture les rythmes et les sons, avec effort tout particulier sur ceux des guitares et des synthés).
En tout cas, avec « Q : … », on est fixé dès le premier titre « Uncontrollable urge » : un rythme épileptique, avec des riffs de guitare vifs et tranchants (ce son de guitare sera plagié sur les premiers B 52’s), et une voix très aigüe qui cherche toujours à aller encore plus haut. En ces temps reculés, de l’inédit sonore total. A peine digérée cette entrée en matière, on arrive sur « Satisfaction ». Ca vous dit quelque chose, pareil titre ? Ben oui, c’est une reprise des Stones, enfin le morceau est signé Jagger-Richards. Parce que la version des Devo, ma bonne dame, elle réduit l’emblématique titre à sa version la plus congrue. Exit les couplets, et place au seul refrain avec des arrangements qui le malmènent pas mal. Il n’empêche que cette reprise pour le moins « décalée » ne dénature pas le titre, c’est bien plus intéressant qu’un copier-coller mal foutu.
Un certain sens de l'accoutrement ...
« Praying hands » qui suit avec ses arrangements opératiques évoque l’axe Queen-Sparks, « Space junk » accélère jusqu’à la surchauffe des grilles d’accords qu’affectionnent d’habitude les progueux. Même si rétrospectivement et aussi malins qu’ils soient ces deux titres ne sont qu’un intermède avant les deux pièces de choix de la rondelle. « Mongoloid » a beaucoup fait jaser, on a accusé les Devo de se foutre de la gueule des trisomiques, alors qu’en fait ils racontent le monde vu par un mongolien. Le fan de rock, surtout en ces temps-là, n’était guère habitué au second degré … « Jocko Homo » qui clôturait la première face du vinyle, c’était aussi le premier single des Devo, qui contenait leur fameux mantra épileptique répété ad lib qui donne son titre au skeud : « Are we not men ? We are Devo ». L’intro de « Jocko Homo » faisant fortement penser à la bande son de « Rencontres du 3ème type » quand les savants essayent de communiquer en musique avec les Aliens.
On pourrait penser que la seconde face souffre de la comparaison. Même pas. Les Devo sont suffisamment en état de grâce pour, tout en continuant avec leur son global frénétique immédiatement reconnaissable, varier les mélodies et les arrangements, éviter la redite et capter l’attention. Les sons de guitare (merci Eno ?) de « Too much paranoia » préfigurent ceux du King Crimson reformé des 80’s, « Gut feeling » commence par tromper son monde avec ses arpèges de six-cordes, fait ensuite penser à de la surf music sous LSD, avant que le tempo s’accélère façon crise de tachycardie sur le final. « Come back Jonee » fait subir au rock’n’roll à la Chuck Berry la même punition qu’à « Satisfaction », on démonte violemment pour voir ce qu’il y à l’intérieur. « Sloppy » fait alterner rythmes de dragster et décélérations brutales, tout en montagnes russes mélodiques, avant la conclusion « Shrivel up », sorte de disco passé à la mauvaise vitesse.
Les Devo étaient partis de rien pour créer un univers sonore original, dérangé et dérangeant.

Un coup d’éclat, aux dires des courageux qui ont écouté l’interminable suite de leur discographie, resté sans équivalent …



STANLEY KUBRICK - BARRY LYNDON (1975)

Eloge de la lenteur ...
Comme celle de la « Sarabande » de Haendel qui rythme l’enterrement du fils de Barry Lyndon. Ou plutôt de Redmond Barry. Oops … Spoiler ? Ouais, mais on s’en fout. Quiconque n’a pas vu « Barry Lyndon » est juste bon pour l’intégrale de Christian Clavier …
Parce que « Barry Lyndon » est, du moins en France, un des Kubrick les plus populaires. Peut-être parce que le Kubrick le plus facile. Facile d’accès, évidemment, parce que sur bien des aspects, « Barry Lyndon » se situe à des hauteurs stratosphériques.
Kubrick met les figurants au pas ...
Il n’y a pas dans « Barry Lyndon » de parabole, de message caché, ou subliminal, ou hermétique. C’est un film à prendre au premier degré. Un film d’époque en costumes, un peu d’aventure, de l’amour, de la haine. La matrice de milliards de films. Sauf que pas beaucoup arrivent à ce niveau.
Parce que Kubrick est un maniaque. Qui commence à prendre son temps pour rendre sa copie. Quatre ans séparent « Barry Lyndon » de « Orange mécanique » et il faudra en attendre cinq pour voir sur les écrans son successeur, « Shining ». Kubrick se fixe sinon des challenges, du moins des exigences sur ce qu’il entend montrer au spectateur. Et pour « Barry Lyndon », les obstacles n’ont pas manqué. Financiers, certes, même si c’est pas la préoccupation principale. Parce que faire un film de trois heures (version « publique », je vous dis pas le nombre d’heures de rushes que ça a du générer) se passant au XVIIIème siècle, en costumes d’époque (et pas des fripes vaguement vintage, non, dix huit mois « d’atelier de couture » d’après les tableaux d’époque minutieusement disséqués), et avec quelques scènes de bataille (avec des vrais figurants, pas des silhouettes numériques rajoutées). L’exigence de Kubrick va trouver un challenge à sa hauteur. Il n’entend pas filmer des scènes d’intérieur (et il y en a un paquet) sous la lumière de projecteurs électriques. Non, les gens au XVIIIème s’éclairaient à la bougie, c’est donc à la lumière exclusive et unique des bougies et autres chandelles que Kubrick filmera. Or, il n’y a au début des années 70 pas le matériel capable de filmer dans la pénombre. Kubrick aura recours à des optiques conçues pour autre chose par la NASA, il devra les modifier pour les intégrer à ses caméras, afin d’avoir toutes les scènes en lumière naturelle ou réelle.
Un certain sens du cadrage ...
Bon, tout ça (les costumes, le matos) on peut le faire ou l’avoir (avec du pognon). C’est pas pour autant qu’on va derrière sortir un grand film. Moi, je suis une tanche niveau technique cinématographique, je me contente de ce qui passe sur l’écran sans souvent avoir la moindre idée de comment ils se sont démerdés les types sur le plateau de tournage pour arriver à ce que je vois. Dans « Barry Lyndon », il y a au moins un truc technique qui saute aux yeux, c’est le cadrage. Putain il avait des lasers dans les pupilles le Kubrick (ou le mec qui tenait la caméra) pour arriver à ce résultat. Cherchez dans les putain de trois heures une seule scène dans laquelle les personnages ne sont pas positionnés au millimètre au centre du décor ou de l’environnement. Qu’il s’agisse de mecs filmés en gros plans, ou d’une calèche pas plus grosse qu’une fourmi dans un extérieur grandiose. Et si des fois c’est pas le cas, il faut quand même regarder plein milieu de l’écran, c’est là qu’il y a ce qui est essentiel ou va le devenir dans la scène.
Parce que l’histoire de Barry Redmond (si Kubrick avait été au courant de la chose rock, il aurait pu appeler ça « The rise and fall of … »), elle est, sinon évidente, du moins prévisible. Le film est divisé en deux parties (plus un épilogue sous forme d’intertitres) aux intitulés suffisamment explicites pour qu’on devine à peu près vers quoi on s’avance. Deux parties différentes. La première relativement picaresque (entre Don Quichotte et Gil Blas de Santillane), où l’on voit un jeune hobereau irlandais chercher la réussite sociale (dans l’amour, l’armée, la désertion, le jeu, …), en flirtant évidemment avec toutes les limites et en les dépassant allègrement dès que possible. Barry Redmond est un personnage attachant bien que peu sympathique. Barry, c’est Ryan O’Neal (le beau gosse 60’s révélé dans le machin fleur bleue « Love Story ») qui trouvera dans « Barry Lyndon » son titre de gloire avant de retomber dans les nanars plus ou moins affligeants (lui et Kubrick se détesteront évidemment de plus en plus à mesure que le tournage avance). Même si sa performance d’acteur ici n’est pas de celle que l’histoire du cinéma retiendra (surtout si on la compare à McDowell dans « Orange mécanique »). Il y a par contre dans cette première partie toute une série de personnages pittoresques qui apparaissent plus ou moins furtivement et donnent le plus souvent des éclaircies comiques dans un film qui ne l’est pas vraiment.
Un certain sens du cadrage (bis) ...
Au milieu du film (quasiment à la seconde près), apparaissent la comtesse de Lyndon (Marisa Berenson) et son mari impotent et grabataire. Forcément, le vieux cocu une fois mort, Barry Redmond va épouser la veuve pas très éplorée et devenir Barry Lyndon. Et alors que l’on croit le personnage parvenu (dans tous les sens du terme), c’est justement sa déchéance qui va nous être montrée dans la seconde partie du film. Malheureux en amour, en affaires, détesté par la noblesse anglaise qui n’est pas dupe de son arrivisme, il finira amputé (après un duel avec son beau fils qui le hait cordialement) et exilé, loin de sa femme et de ses fastes et frasques passés. Sans que pour autant il puisse y avoir une sorte de morale ou qu’on ait envie de s’apitoyer sur son sort. Aucun des personnages mis en scène par Kubrick n’inspire la sympathie, et surtout pas le couple Lyndon. Rien cependant qui tienne de la révélation, quand on sait le peu d’estime que porte Kubrick à la « vieille Angleterre » et à tous ceux qui la représentent, la noblesse séculaire en particulier.
Et aussi de l'éclairage ...
Deux scènes mémorables. Les deux duels de Barry. Le premier avec un officier anglais, hyper hautain et hyper sûr de lui, qui se délite complètement au moment fatidique. Le dernier avec son avorton de beau fils, grand épisode tragi-comique du film.
Deux observations pour finir. La mort du fils (par ailleurs belle tête à claques) de Barry intervient dans exactement les mêmes circonstances (chute de cheval) que la mort de la fille de Rhett et Scarlett dans « Autant en emporte le vent ». Certainement pas un hasard. Et la seconde partie du film a quasiment été plagiée (dans la forme et l’esprit) par le pénible et expérimental Peter Greenaway dans son « Meurtre dans un jardin anglais ».

Conclusion perso : « Barry Lyndon » est à Kubrick ce que « Le temps de l’innocence » est à Scorsese. Une parenthèse apaisée et merveilleuse dans une œuvre globale ne manquant pas de tempérament…


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