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ANDY & LARRY WACHOWSKI - MATRIX (1999)

Bruce Lee et la Matrice ...

« Matrix », moi ça me dépasse. Enfin, surtout son succès. La référence de la fin du siècle dernier en matière de culture geek. Un vaste gloubi-boulga où se mêlent science-fiction angoissante forcément angoissante (avec des pompages éhontés de « Alien » et « Terminator »), histoires pour petits nenfants (les mangas, Alice au pays des Merveilles, la Belle au Bois Dormant, …), bastons taekwandesques pour attirer les fans endeuillés de Bruce Lee, bouillasse techno et/ou hardcore en fond sonore, j’en passe et des trucs plus pénibles encore.
C A Moss, Andy & Larry Wachowski
« Matrix », c’est lors de sa parution l’œuvre d’une vie des pas encore sœurs Wachowski (et comptez pas sur moi pour en rajouter une couche sur l’histoire des deux mecs qui se sont fait implémenter une matrice). Qui mettent cinq ans pour accoucher du bestiau. A grands renforts d’effets numériques et spéciaux en tout genre à la pointe de la modernité, d’un scénario abracadabrant mais suffisamment malin pour nourrir en même temps QI négatifs et réflexions métaphysiques (la vie est-elle un songe, la virtualité peut-elle agir sur la réalité, vous avez trois heures et une boîte de Doliprane pour répondre). Et aussi d’un casting qu’on jurerait issu des premiers prix d’une comice agricole, multipliant profils bovins inexpressifs. Et qu’on me dise pas que c’est le jeu des acteurs, Reeves (pas l’astrophysicien, le Keanu), Fishburne et la Moss sont au taquet, au maximum de leurs possibilités …
Pour appréhender « Matrix », faut retomber en enfance, débrancher le cerveau, et regarder les images. Et là, ça peut fonctionner. Tu suis le lapin blanc, tu passes à travers le miroir, tu arrives dans un autre monde, tu deviens un mutant (ou un vrai humain, allez savoir) qui file des torgnoles plus vite que son ombre, tu évites les balles, tu bousilles de l’androïde indestructible... Tu peux même mourir virtuellement et ressusciter réellement (à moins que ce soit le contraire), pour finir, après avoir sauvé l’humanité (qui a disparu), par t’envoler tel Superman qui aurait troqué son survêt moulant rouge et bleu contre un long manteau de cuir noir, vers de nouvelles aventures … Elles est pas belle, ta nouvelle vraie vie ?
Les gentils
Reste que « Matrix », c’est même pas si mauvais que ça au final… Comparé à des « Hulk », « Captain America », et les suites interminables des super-héros Marvel (à quand le 25ème Batman et le 72ème Spiderman ?). Même si comme de bien entendu, on connaît la fin dès le début. Neo / Reeves, c’est comme Macron, c’est l’Elu. Celui qui mine de rien, va sauver la galaxie. Avec la Moss (pas la Kate, la Carrie Ann) dans le rôle de Brigitte, et Laurence Poissoncouille dans celui d’Edouard Philippe. Y’a même le traître qui va les abandonner au cours de la mission (non, pas Hulot, Joe Pantoliano), passer du côté obscur de la farce et faire copain-copain avec les hybrides fringués à la Blues Brothers – Reservoir Dogs – Men in Black – Laurent Delahousse, mais bien fait pour lui, il se fera dégommer par un type qu’il vient pourtant de tuer … Vous avez rien compris, c’est pas grave, vous allez quand même lire jusqu’au bout. C’est comme ça, « Matrix », y’a rien à comprendre, c’est bête comme chou, mais tu regardes jusqu’à la fin …
Le méchant
Le seul truc qui sauve le film, c’est le rythme. Ça commence très fort, et ça accélère toujours (contrairement à la série des « Speed » qui avait « révélé » le beau gosse ombrageux Reeves). Les Wachowski y sont pas allés avec le dos de la cuillère (vous savez, la fameuse cuillère, celle que le gosse fringué en dalaï lama explique à Neo qui rend visite à l’Oracle qui fait des cookies, comment il faut faire pour la tordre rien qu’en la regardant), les frangins ont utilisé des kilomètres carrés de rideaux verts devant lesquels, filmés par des caméras hyper high tech disposées concentriquement et qui prennent des photos pour donner les fameux effets de ralenti accéléré chers à John Woo, s’agitent des acteurs suspendus à des câbles façon trapézistes chez les Gruss, … et que il va vite falloir que je mette un point quelque part pour finir cette phrase ...
La Warner a mis un gros paquet de pognon devant le museau des Wachowski, assorti d’un contrat bien ficelé (là, les mecs, ils sont bien dans le réel, l’espèce sonnante et trébuchante), anticipant un gros succès populaire, et toute une litanie de déclinaisons, dont deux épisodes supplémentaires si le premier volet de ce qui était conçu comme une trilogie fonctionnait … Jackpot. On compte plus les millions de dollars de cash rien que sur l’exploitation du film en salles, sans parler de la multitude d’éditions VHS, Dvd, Blu-Ray, les produits dérivés (BD, bouquins, jeu vidéo, …). Côté business, on n’est pas dans la matrice, mais bien dans le monde réel …
Welcome to the machine & have a cigar ?



WILLIAM WYLER - BEN-HUR (1959)

Judah & Jesus ...

Quelque part, il y a une donnée qui résume tout : 11 Oscars pour Ben-Hur, record mondial partagé avec « Titanic » et « Le Seigneur des Anneaux – Le retour du Roi ». En clair, pour ramasser pareille avalanche de statuettes dorées, faut faire dans le grand spectacle familial consensuel. Ce qui n’est pas honteux, mais oblige quand même à arrondir certains angles… ou à en faire un peu trop …
Il y a tout ça dans « Ben-Hur », film fleuve (faut-il faire des films de plus de trois heures pour gagner plus de dix Oscars ?) centré sur cinq ans de la vie de Judah Ben-Hur, riche juif de Judée sous le règne de l’empereur Tibère.
C Heston, S Boyd (Messala) & W Wyler
Sauf que … la première scène voit les Rois Mages en Galilée qui suivent des yeux l’Etoile du Berger (merci Sheila) pour aller déposer leurs présents sur le berceau du fils du charpentier. Deux cent vingt minutes plus tard, un rayon de soleil éclaire le Golgotha et ses trois croix … Et de temps en temps dans le film, le petit Jésus (pas si petit que ça, de subtils cadrages ou subterfuges, à se demander s’ils le mettent sur un escabeau, il dépasse tout le monde de deux têtes) vient croiser la route de Judah Ben-Hur (ou le contraire) : il lui donne à boire quand il est conduit aux galères, il prêche au Mont des Oliviers quand Judah passe par là, et Ben-Hur traîne dans les rues lors du Chemin de Croix, et est au premier rang lors de la crucifixion … un Jésus toujours filmé de dos, mais bien présent. Trop ? En tant que suppôt de Satan, pour moi c’est oui. Et ça vient parasiter un peu beaucoup l’intrigue principale sans lui apporter quoi que soit de déterminant (le pardon rédempteur de la fin, on a vu ça des milliards de fois sans pour autant que Dieu ou sa famille aient besoin de s’en mêler). « Ben-Hur » ne risquait pas de s’attirer les foudres de tous ces groupuscules et lobbies de pression religieux si influents aux Etats-Unis.
Ça ne devait pas déranger outre mesure non plus William Wyler, bon metteur en scène chasseur de succès au box office (« Les Hauts de Hurlevent » « Mrs Miniver », « Vacances romaines »), qu’il ne viendrait à personne l’idée de qualifier de réalisateur révolutionnaire … Même si techniquement le Wyler se surpasse. Avec une histoire de format d’image novateur auquel j’entrave rien, mais surtout avec quelques scènes grandioses, comme la bataille navale, le triomphe à Rome, et forcément la course de chars. Cette dernière ayant nécessité des semaines de tournage, des nuées de figurants, des caméras partout (il paraît qu’on en voit si on fait défiler image par image, non mais, y’a vraiment des gens qui ont rien à foutre de leur vie, comme si ça durait pas assez longtemps …), quelques vrais blessés sur le tournage pour cette version antique des duels Prost – Schumacher …
Ben-Hur & Esther
Il n’empêche, que réserves laïques (païennes ?) mises à part, Ben-Hur se laisse regarder plaisamment. Surtout en Blu-Ray avec image restaurée (version 2009) et d’une netteté euh … diabolique. Ben-Hur, c’est Charlton Heston. Le beau gosse baraqué de l’époque, tous pectoraux en avant. Faut dire qu’il avait déjà testé le péplum biblique en étant en haut du casting dans « Les Dix Commandements ». Et faut reconnaître aussi qu’il signe une performance irréprochable et mérite la statuette dorée qu’il a récoltée à titre personnel. Il y aurait beaucoup à dire sur ce qu’est devenu le jeune premier (un Républicain figure de proue de la NRA). On s’en tiendra juste à la remarque qu’on peut avoir été un grand acteur et finir sale gros con … « Ben-Hur » repose sur les épaules de Heston, entouré d’acteurs que l’on peut sans être injurieux qualifier de seconds couteaux, venant de tous horizons (en plus des obligatoires américains, on trouve des anglais et même une israélienne, Haya Harareet, qui joue Esther, l’amoureuse-compagne de Ben-Hur).
Un certain sens du grandiose
L’histoire est simple, les ressorts de l’intrigue également. Ben-Hur, chef d’une famille princière très aisée de Judée, voit débarquer à Jérusalem son ami d’enfance, le Romain Messala. Ils ne se sont pas vus depuis longtemps et après les premières effusions, l’atmosphère devient glaciale, puis très vite haineuse entre eux. Judah ne rêve que d’émancipation pour son peuple colonisé et asservi par Rome, Messala est un ambitieux arriviste qui rêve lui d’une grande carrière dans l’Empire. Messala utilisera le premier prétexte venu pour envoyer Ben-Hur aux galères, où il ramera des années avant de sauver la vie d’un haut dignitaire romain lors d’une bataille navale, d’être adopté par lui, de triompher à ce titre à Rome, d’y devenir un grand conducteur de chars. Il sera dès lors temps pour lui de revenir en Judée pour se venger de Messala lors de la fameuse course de chars, Messala représentant Rome, et Ben-Hur les Judéens et les Arabes (autre peuple asservi) qui lui ont fourni les chevaux. D’autres événements et personnages secondaires donnant un peu plus de consistance au scénario, la recherche par Ben-Hur de sa mère et de sa sœur arrêtées en même temps que lui, l’histoire d’amour avec Esther, la fille de son intendant, l’apparition des personnages historiques ou bibliques tels Ponce Pilate, Tibère, Balthazar, …
Si l’on est pervers, on peut voir dans Ben-Hur la symbolique du peuple opprimé se révoltant contre son oppresseur, on peut garder les Juifs et « remplacer » les Romains par les nazis, et toutes sortes de symboliques de ce genre. Pas sûr que Wyler et ses scénaristes aient voulu aller aussi loin. Beaucoup plus prosaïquement, faut certainement s’en tenir à ce qu’on voit à l’écran.
Et si on s’en tient à ça, « Ben-Hur » reste quand même un bon film et un bon spectacle familial …




ROLAND EMMERICH - INDEPENDENCE DAY (1996)

Les Etats-Unis et leur Président sauvent le Monde ...
« Independence Day » est un des plus gros cartons commerciaux des années 90. Logiquement, serait-on tenté de dire, tant le film accumule toutes les grosses ficelles (et aussi un budget conséquent) qui font se précipiter les cochons de payants dans les salles obscures. Un réalisateur ne lésinant pas sur les effets spéciaux, Roland Emmerich (« Universal soldier », « Stargate »), une trame de film catastrophe, des histoires d’amour à deux balles qui foutent la larme à l’œil, des scènes comiques, des explosions de partout à la pointe de la technologie, des aliens bien méchants, des héros charismatiques, des clins d’œil à d’autres films à succès, n’en jetez plus …
Bill Pullman il va sauver le Monde ...
Forcément, à force de vouloir faire trop bien, on en fait juste trop. « Independence Day » donne l’impression de quelques scènes fortes enchaînées. Et entre des pulvérisations de maquettes vraiment spectaculaires (même plus de vingt ans après), on a dû rajouter une histoire. Inutile donc de préciser que le scénario ne brille pas spécialement par sa finesse. Ni par sa crédibilité, bien qu’on évolue dans l’univers sciencefictionnesque. Imaginez, le Monde, que dis-je le Monde, l’Humanité entière (enfin, ce qu’il en reste à ce moment du film) est sauvée grâce à une opération d’aviation avec en chef d’escadrille le Président des Etats-Unis himself. Ça en a fait tiquer quelques-uns, bien avant qu’un corniaud à perruque orange ne profère ses « Make America great again » …
Et quelques autres aussi pour d’autres raisons. Parce qu’il y a des fois où le Emmerich (et ses scénaristes) se sont pas trop foulés. Entre extraits de films cultes vintage (« Le jour où la Terre s’arrêta ») du génial touche-à-tout Robert Wise, décalques de scènes de « Rencontres du 3ème type » (la séquence de « communication » des hélicos de « bienvenue ») ou de « La planète des Singes » (la Statue de la Liberté couchée sur le sable), répliques piquées à des films cultes (le « Nobody’s perfect » qui concluait « Certains l’aiment chaud » lors de la prière dans la Zone 51), plans de vaisseaux spatiaux en mouvement déjà vus chez Kubrick ou Ridley Scott, …, on peut pas vraiment dire qu’on nage dans l’inédit total…
La fin de la Maison Blanche ...
La plupart des acteurs têtes d’affiche cabotinent à qui mieux-mieux. Notamment Will Smith (ancien ? rappeur reconverti ici en pilote d’avion de chasse et de navette extraterrestre) et Jeff Goldblum (petit employé dans la maintenance de signaux satellite se transformant en Géo Trouvetou qui implémente un virus dans le vaisseau-mère des aliens).
Le film est quasiment un scénario cornélien. Tout se passe en trois journées, du 2 au 4 Juillet, le 4 Juillet étant est-il bon de le rappeler aux fans de Christian Clavier, le jour de la Fête Nationale (Independence Day) des Etats-Unis. Paradoxalement, ce film à la gloire du pays de Lady Gaga, a rencontré tout un tas de problèmes avec l’Etat Fédéral. Qui surtout n’a pas apprécié que toute une partie de l’histoire se déroule dans la fameuse Zone 51. La Zone 51 (ho, le fan de Clavier, branche tes neurones, c’est pour toi) est un peu la tarte à la crème de tous les tenants de la théorie du Complot et serait l’endroit gardé secret où sont étudiés les extraterrestres (celui de Roswell notamment), leurs vaisseaux et leurs technologies, venus s’échouer ou se crasher sur le sol yankee … les mêmes « autorités » n’ayant paraît-il également que peu apprécié que le Président des USA (Bill Pullman dans le film) prenne à moment donné la décision d’utiliser l’arme nucléaire sur le sol de son propre pays (eh, les mecs, si vous avez filé le code à Trump, attendez-vous à tout …). Résultat des courses : interdiction à l’équipe de filmer dans la Maison-Blanche et même de s’en approcher. Des maquettes et les décors du film « Nixon » ont permis de contourner cela.
Bon, ce qui a fait surtout se précipiter l’humanité dans les salles, c’est un ton léger, badin, humoristique malgré les millions (milliards ?) de morts du scénario (le film est classé tout publics). Force est de reconnaître qu’il y a quelques bonnes vannes habilement amenées (certaines au millième degré, tel le savant fou responsable de la Zone 51, maquillé pour ressembler trait pour trait au responsable des effets spéciaux de « Stargate », le précédent film d’Emmerich) quelques mimiques drolatiques du casting (mentions particulières au vétéran Robert Loggia, en chef d’Etat-major qui se livre à une imitation convaincante de tous les tics de John Wayne ; à Randy Quaid, pilote vétéran du Vietnam bourré durant tout le film).
Will Smith & Jeff Goldblum : l'étoffe des héros
Mais surtout, ce qui a fait le succès de « Indepedence Day », ce sont les effets spéciaux pyrotechniques. Parenthèse : ne surtout pas écouter dans les bonus du Blu-Ray les technicos qui commentent le film en ne parlant, des fois avec vingt minutes d’avance, que de la façon dont ils s’y sont pris pour réaliser leurs trucages. Après 45 minutes de présentation des personnages et de mise en place anxiogène des gigantesques vaisseaux spatiaux, arrivent des séquences de destruction massive et totale des villes américaines (New York, Los Angeles, Washington) quasiment toutes « faites main ». De la même façon, les multiples séquences de combats aériens entre les chasseurs F18 ricains et les soucoupes violentes des aliens ont été réalisés sans le concours de l’armée et de l’aviation (voir plus haut) avec en tout et pour tout trois maquettes en bois grandeur nature …

Allez, rassurez-vous, tout est bien qui finit bien, tout le casting ou à peu près s’en tire, et s’il y en a quelques-uns qui crèvent (la femme du Président, Randy Quaid), c’est de façon hyper-héroïque. Comme je l’ai dit quelque part plus haut, « Independence Day » est un film tout public. Avec les qualités et les défauts d’un film tout public …


PETER JACKSON - LE SEIGNEUR DES ANNEAUX LE RETOUR DU ROI (2003)

Epique ...
Et pic et colegram … Parce que « Le retour du Roi » est autant une prouesse (technique, technologique, une prouesse de tout ce qu’on voudra) qu’un machin infantile. Qui à part Robert Plant et quelques demeurés chanteurs dans des groupes de prog s’intéresse aux balivernes de Tolkien ? Je vais vous faire un aveu, j’ai du temps de mon adolescence délurée, lu dix pages du bouquin. Pas plus. Plus con que çà, y’a que la lecture d’un discours de Dupont-Aignan ou celle de la notice d’un presse-agrumes traduite du coréen. Y’a quelque part dans les bonus un éminent ( ? ) universitaire qui nous explique que si Tolkien a eu du succès en Angleterre en particulier et chez les Anglo-Saxons en général, ben c’est à cause des Normands. Parce que ces cons ont envahi et colonisé les British, faisant passer aux oubliettes les contes autochtones. Et donc quand Tolkien s’est mis à écrire ses balivernes, ça a remplacé toutes les épopées et légendes moyenâgeuses que les Anglais avaient pas. Soit …
Un caméo de Peter Jackson
Tolkien, comme quelques autres auteurs de sci-fi ou d’heroic fantasy était réputé inadaptable à l’écran. Qu’à cela ne tienne, il s’est levé aux Antipodes un petit gros barbu frisé répondant au patronyme passe-partout de Peter Jackson qui a dit : « Moi je peux ». Avec le succès que l’on sait, merci pour lui. La trilogie du Seigneur des Anneaux a battu tous les records imaginables par l’industrie du cinéma, et Dieu sait que l’industrie du cinéma a de l’imagination, surtout quand il s’agit de vendre comme un chef-d’œuvre une grosse daube. Il faut voir le jour de la première mondiale du « Retour du Roi » (à Wellington, Nouvelle-Zélande), l’hystérie (et je pèse mes mots) qui s’est emparée de la ville et du pays (les centaines de milliers de All Blacks entassés sur le trajet hôtel-cinéma pour voir passer sur un tapis rouge de plusieurs kilomètres l’équipe du film en limousine). Plus fou encore, lors de la dernière date de la tournée de promotion au Danemark (pays du bellâtre transparent Aragorn-Mortensen), des centaines d’acteurs du dimanche ont « joué » dans le cinéma et recréé avant la projection des scènes des deux épisodes précédents (avec quelques vrais blessés lors de la reconstitution des batailles). A tel point que quelqu’un du film avoue avoir mis le doigt sur ce que doit être un quotidien de rock-star.
Dès le départ, « Le Retour du Roi » dure plus de trois heures. J’ai l’édition « ultime » (avant la prochaine, certaines répliques dans les bonus laissent entendre qu’il y a des bobines 3D du film) qui dure une heure de plus. Deux BluRay en 4K rien que pour le film. Plus trois Dvd de bonus, plus les commentaires de Jackson et des scénaristes sur les BluRay. A la louche, seize heures de « Retour du Roi » (et pareil pour les deux autres de la trilogie). Un package démesuré, qui a commencé à être mis en vente alors que le matériel dédié (lecteurs et télés supportant la UHD 4K) coûtait une vraie fortune. Aujourd’hui que le matos a vu ses prix divisé par dix en dix ans, on peut regarder le bestiau dans son salon. Visuellement (et même si une téloche haut de gamme ne vaudra jamais une séance au cinoche), c’est forcément impressionnant, d’une netteté absolue. Et avec une heure de plus, c’est quasiment un autre film. Même si l’ossature scénaristique et la conclusion restent les mêmes. De toutes façons, c’était couru d’avance. Sans parler de ceux qui avaient lu le bouquin, qui aurait pu imaginer que Frodon se loupe et n’arrive pas à détruire l’anneau après dix heures de film ? Qui aurait pu penser que les zozos de la communauté de l’Anneau allaient se retrouver décimés (même si Frodon part à la toute fin en bateau vers une mort prochaine programmée), que les méchants allaient gagner ? En d’autres termes, c’est pas le final qui compte, c’est la façon dont on y arrive et comment Jackson nous le montre… Parce qu’il y a au moins quatre temps forts à mettre en images, les deux batailles géantes (le siège de Minas Tirith, celle devant la Porte Noire), l’attaque de l’araignée géante, la destruction de l’anneau et du monde de Sauron. Ben là, on en a pour ses euros… des scènes de fou, possibles grâce à un déchainement hors normes d’effets numériques.
Une armée numérique
Parce que les acteurs, on peut pas dire qu’ils crèvent l’écran. Ils font le job, c’est tout, la plupart du temps devant un rideau bleu, et certains bardés de capteurs (notamment Andy Sirkis, celui qui joue Sméagol/Gollum). Le seul à ressortir du lot est à mon sens John Noble (Dénethor, régent du Gondor, le seul humain méchant du film) qui donne vraiment une « épaisseur » certaine à son personnage. Tout le reste est né de l’imagination plutôt féconde de Jackson et de ses scénaristes (sa femme Fran Walsh et Philippa Boyens) qui doivent respecter autant que faire se peut le bouquin. A leur service, la WETA (société créée par Peter Jackson scindée en deux départements, Whorkshop et Digital) est chargée de rajouter maquettes, costumes, prothèses, maquillages divers et une quantité astronomique d’effets spéciaux en tous genres  (près de 1500, soit le double de l’épisode précédent « Les Deux Tours », qui battait déjà des records). A noter que Jackson, Walsh, Boyens et tous ceux qui bossent chez WETA sont néo-zélandais, joli pied de nez à la toute puissance des studios et entreprises américaines. On a droit ainsi à la visite guidée par son directeur de WETA Digital, avec le gars très fier de ses batteries de microprocesseurs nous expliquant qu’il a dans ses murs deux fois plus de puissance de calcul que la NASA (un peu d’intox, peut-être ?) et bien plus que ses rivaux américains de LMI.
Ils sont grands les éléphants
Et il leur en fallait du matos… et une certaine forme d’abnégation aussi. Faut voir tous ces responsables, chefs de projets, … promettre à Jackson que ce qu’il imaginait, ils pouvaient le faire sans problème, alors que ces gars et ces nanas passaient des nuits blanches à se demander comment ils pourraient y arriver. Un exemple : lors de la plupart des plans de la bataille des Champs du Pelennor (une heure,  un quart du film), seul le sol est réel. Les montagnes environnantes sont « vraies », mais situées ailleurs et rajoutées numériquement. Minas Tirith est une maquette (de dix sept mètres tout de même). Il y a 350 000 soldats et 6000 chevaux numériques animés quasiment individuellement. Sans compter les éléphants géants, les Trolls de dix mètres, le Roi Sorcier et son T.Rex volant, les catapultes et béliers gigantesques, et une armée de morts vivants arrivant en renfort… Les 250 vrais cavaliers et leurs montures (et c’était déjà un exploit de réunir autant de chevaux au pays des moutons rois) en action (record en la matière) font vraiment détail minime. Au rayon des détails (mais suffisant pour que des types chez WETA s’arrachent les cheveux), le sommet des montagnes néo-zélandaises est sacré pour les peuplades maories. Il fallait donc toutes les « raboter » et leur rajouter un sommet numérique. Un perfectionnisme démesuré souvent invisible. Ainsi, tous les costumes (certains sont tissés avec de vrais fils d’or), armures et armes diverses ont été conçus uniquement pour le film, contiennent gravés dans la masse des symboles et écritures runiques respectant les langues créées par Tolkien pour ses bouquins, et qu’on ne distingue absolument pas à l’écran.
Résultat : une perpétuelle course contre la montre pour achever de filmer, rajouter les effets numériques, faire la post-synchro, rajouter la bande-son et la musique (Howard Shore, avec grand orchestre à Londres, qui fait jouer et rejouer ses musicos au gré des changements et nouveautés du pré-montage, merci internet …). Plus la date fatidique de la première à Wellington approche, plus les gens sensés de l’équipe pensent que les délais ne seront pas tenus. Les dernières semaines, huit ( ! ) équipes tournent des scènes additionnelles ou de raccord (certains acteurs donnent la réplique à d’autres qui ont tourné la scène sans eux quatre ans auparavant…). Le puzzle à reconstituer est gigantesque, et à voir Jackson tout cool, sempiternellement en sweet-shirt informe et pantacourt (même sous la neige), on imagine mal la pression qu’il doit supporter, alors qu’autour de lui, tout le monde craque. Pour la petite histoire, il terminera le montage (qui ne respecte pas la chronologie du film, il monte les scènes à mesure que les effets numériques sont finalisés), juste à temps pour qu’on puisse fabriquer les bobines de la première projection. Et c’est seulement lors de cette représentation qu’il verra, lui le réalisateur, son film terminé pour la première fois … D’ailleurs cette version, celles présentées lors de la tournée de promotion dans quelques capitales, ou celle montrée à l’Académie des Oscars (onze statuettes, record absolu égalé), seront légèrement différentes de celle que pourra voir le public lors de la sortie en salles.
Bien mal acquis ne profite jamais ...
Une dernière anecdote pour la route (y’en a des centaines dans les bonus, parfois redondants, il faut aussi le signaler). Dans la version longue, on a droit à la mort du sorcier Saroumane, interprété par Christopher Lee, qui finit poignardé dans le dos avant de tomber dans le vide et de s’empaler sur une énorme roue pointue (il a souvent fini comme ça, quand il jouait Dracula, plaisante t-il). On voit dans la préparation de la scène Jackson lui expliquer comment il doit « jouer » quand il a reçu son coup de canif. Réponse ferme de Lee, qui lui dit qu’il sait parfaitement comment on meurt quand on a reçu un coup de couteau dans le dos. Petite précision, que certains sur le plateau connaissaient : Christopher Lee avait servi durant la Seconde Guerre Mondiale dans les Forces Spéciales anglaises. Silence gêné et glacial sur le plateau, où les protagonistes se rendent compte que cette scène va avoir vraiment quelque chose de vécu …

« Le Retour du Roi » est une machine tellement démesurée, un truc tellement fou, que les points de repère du cinéphile volent en éclats. D’ailleurs, tiens, je crois que c’est çà : « Le Retour du Roi », c’est pas un film, c’est un spectacle … Un spectacle assez exceptionnel, faut bien admettre …



STANLEY KUBRICK - SPARTACUS (1960)

Rome, sweet Rome ...
«  Spartacus » fut à son époque un des films les plus coûteux jamais mis en chantier (entre 10 et 13 millions de dollars, les sources diffèrent). Un film a priori très tendance, dans la lignée des « Ben Hur », «  Les Dix commandements », à savoir le péplum à grand spectacle, au budget colossal, et à la multitude de stars au générique. Le succès sera – évidemment est-on tenté de dire – au rendez-vous, tous les ingrédients sont là.
Sauf que « Spartacus » est un grand film raté. Pour plein de raisons, que l’on n’a connues pour la plupart que plus tard.
La première vague de jérémiades insatisfaites survint dès les premières projections. « Spartacus » se voulait un péplum historique, sauf que le scénario prenait quelques libertés avec l’Histoire, se permettant même de mettre en scène des personnages n’ayant apparemment jamais existés. Au premier titre desquels figure Varinia, l’esclave-compagne de Spartacus. Lequel lui a bien existé, un des chefs d’une révolte d’esclaves qui a même menacé un temps le tout puissant Empire romain.
Kubrick sur le tournage
Spartacus est à l’écran interprété par Kirk Douglas. Normal, serait-on tenté de dire, c’est lui qui a le rôle principal parce que c’est lui qui produit (avec le soutien du bout de carnet de chèques d’Universal) le film. Et quand on met autant de pépettes sur la table, on trouve pas grand monde pour vous contredire. « Spartacus » est adapté d’un roman de Howard Fast. Auquel Universal a confié le scénario. Problème, écrivain et scénariste peuvent être deux métiers différents et Fast n’arrive pas à adapter son bouquin. Douglas fait alors appel à un des plus grands scénaristes américains, Dalton Trumbo. Une grande gueule qui l’a trop ouverte sur des sujets avec lesquels on ne plaisantait pas au pays de l’Oncle Sam en ces temps-là. Trumbo est blacklisté par le maccarthysme et devra donc utiliser un pseudo (Sam Jackson). Dès le début du tournage, Trumbo émet des réserves. Douglas lui fait comprendre qu’il a été payé pour son boulot, qu’il est terminé, et qu’il n’a plus rien à dire. Pourtant il en aura des choses à dire, Trumbo. Dans les bonus du Dvd, on y reviendra. Mais surtout lorsqu’il visionne la mouture prétendue définitive du film lors d’une avant-première. Il se fend d’une « notule » de 1500 ( ! ) pages critiquant à peu près tout ce qui est visible et audible à l’écran. Des règlements de compte personnels mais aussi quelques remarques pertinentes qui feront tourner un an après le clap de fin quelques scènes supplémentaires.
Derrière la caméra, Universal a mis un de ses réalisateurs stars, Anthony Mann. Qui en plus de s’occuper des images, a envie de retoucher le scénario. Douglas le vire. Ne resteront de Mann que les vingt premières minutes, tournées en Lybie. Kirk Douglas qui veut tout gérer remplace Mann par le jeune Stanley Kubrick, avec qui il a tourné « Les Sentiers de la Gloire ». On est avec « Spartacus » assez loin de la Kubrick touch telle qu’on l’a connue par la suite. Ayant à gérer une pression énorme (le pognon, la tension permanente sur le plateau), Kubrick signe une réalisation « classique », s’offrant juste deux-trois plans sublimes et une paire de scènes grandioses, dont notamment celle de la bataille finale aux portes de Rome. Même ses velléités « sanglantes » lors de cette bataille ont été remisées au panier, sur une trentaine de plans « gore » proposés, seuls quelques-uns seront retenus. Ce qui n’empêchera pas « Spartacus » de passer pour un film très violent à sa sortie. On est quand même assez loin de « Orange mécanique ».
Gavin, Olivier, Ustinov, Douglas, Simmons, Curtis
Douglas s’est enquillé deux problèmes avec le scénariste et le réalisateur initiaux. Il ne va pas s’arrêter en si bon chemin, réussissant à réunir un casting de stars (certes) totalement abracadabrantesque, composé d’Anglais et d’Américains qui se détestent au plus haut point. Laurence Olivier et Charles Laughton, ennemis au Sénat romain dans le scénario, ne peuvent pas se blairer et ne s’adressent pas la parole en dehors des prises. Peter Ustinov décide (avec l’accord de Douglas), de réécrire toutes les scènes où il intervient. Comme il en a plus avec Laughton qu’avec Olivier, il deviendra pote de l’un et ennemi de l’autre. Ce qui ne l’empêchera pas d’avoir l’Oscar du meilleur second rôle, parmi les quatre (seulement serait-on tenté de dire, tant « Spartacus » se voulait aussi une machine à Oscars) qu’obtiendra le film. Ustinov donne à son personnage (Batiatus, acheteur d’esclaves et « dresseur » de gladiateurs) et aux scènes dans lesquelles il intervient une touche humoristique, allégeant quelque peu ce qui aurait pu devenir un pensum filmé. Trumbo évidemment déteste ces retouches scénaristiques.
« Spartacus », c’est peut-être son plus gros défaut, est un film totalement déséquilibré. La partie la plus fouillée, la plus intéressante, ne concerne pas la révolte des esclaves, mais la gestion de cette situation par les politiques romains du Sénat, et notamment l’affrontement (historique) entre Crassus (Olivier) et Gracchus (Laughton). Le premier voulant une Rome forte et autoritaire, le second une République populaire. Les deux bien évidemment corrompus à la gueule. Et entre eux, apparaît un second rôle, le jeune Jules César (John Gavin), qui trahira Gracchus pour s’allier à Crassus (légère uchronie, il y a selon les historiens, un décalage de 10-15 ans entre ces manœuvres sénatoriales et l’épopée de Spartacus). Olivier et Laughton sont deux grands acteurs, on le savait, mais leur inimitié les fait se surpasser. Et ce sont eux qui tirent le film vers le haut.
Laughton
Parce que du côté des esclaves révoltés, il n’y en a que pour Spartacus-Douglas. Et accessoirement pour l’idylle à l’eau de rose avec Varinia (l’assez transparente potiche Jean Simmons, par ailleurs nunuche totale, ce dont on se rend compte dans une courte interview des bonus). Douglas, quoi qu’il en pense (il est très satisfait de tout, lou ravi du village en somme), ne livre pas dans ce film la prestation de sa vie. Tant qu’il faut se battre en jupette, ça va (il n’est pas doublé, c’est lui qui assure ses propres cascades), mais le reste du temps, il est aussi expressif que Schwarzie dans la série des « Terminator », et de plus affublé d’une excroissance capillaire pré-Désireless du plus mauvais effet. Sa performance d’acteur n’est saluée par personne dans les copieux bonus (pourtant le genre d’exercice consensuel tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil), et fort logiquement décriée par Trumbo. Qui n’a pas tort, on ne fait pas ce qui avait les allures d’une vraie révolution en ayant l’impression de s’emmerder à chaque plan. Et le Trumbo, décidément très en verve, se lâche totalement dès lors qu’il s’agit d’évoquer Tony Curtis (esclave lettré, Giton un temps de Crassus, avant de s’évader et de rejoindre la bande à Spartacus). L’avis du scénariste est sans appel : « En tant qu’acteur, c’est un zéro, et il le restera toute sa vie, même s’il a de grands succès ». Fermez le ban.
On l’aura compris, pour moi, les bonus du Dvd sont meilleurs que le film lui-même. Un bon spectacle familial, avec des effets scénaristiques convenus et prévisibles. Rendons grâce à Kubrick d’avoir rendu ces plus de trois heures (ouais, quand même) supportables par quelques scènes grandioses (de grandes bagarres, de grands mouvements de foule, une grande bataille, …). Et encore, là aussi, Trumbo le torpille (en général, il le tient pour négligeable dans ce film), révélant que la mémorable bataille finale est calquée sur une, mise en scène plus de vingt ans auparavant par Eisenstein dans « Alexandre Nevski »).
La scène finale
Quelques anecdotes plus ou moins savoureuses pour finir. Laurence Olivier était incapable de jouer un personnage sans se modifier physiquement. Pour le rôle de Crassus, il porte un faux nez. Les scènes de foule et de bataille ont été tournées en Espagne. La raison : pas le coût de la main d’œuvre (y’avait le Mexique pas loin des studios Universal), mais parce que sous le régime de Franco, tout le monde savait marcher au pas (no comment), et surtout les militaires espagnols, réquisitionnés comme figurants (Kirk Douglas a posteriori, avoue quand même en avoir honte). Laurence Olivier (Sir Laurence Olivier pour être précis) a toujours pensé que Kubrick était un inculte, ce dont il n’a pas honte. Laughton a plusieurs fois menacé le producteur Douglas de tribunal, estimant que le rôle qu’on lui avait donné était trop secondaire pour son immense talent. Trumbo voulait Jeanne Moreau pour jouer Virania et Orson Welles pour l’émissaire des pirates, présent cinq minutes sur deux scènes. Une dernière pour la route : la mode au début des années 60 n’étant pas au pantacourt-tongs, tous les acteurs devaient passer avant d’enfiler leur jupette par la case maquillage pour pas avoir à l’écran des jambes couleur lavabo.

Conclusion lapidaire mais indiscutable : « Spartacus » ne vaut pas « Gladiator ».


Du même sur ce blog :

ROBERT CLOUSE - OPERATION DRAGON (1973)

Show must go on ...
Ouais, sale journée… il paraît qu’on est en guerre … mais celle contre la connerie, les QI négatifs, on l’a perdue, dix douzaines de morts à zéro... Et pourtant on peut pas dire qu’on soit encore au siècle des Lumières par chez nous. Qu’est-ce qu’il faudrait faire, alors que les prétendus « spécialistes » qui monnayent leur incompétence sur les chaînes d’info en boucle n’en savent rien ?
Moi aussi, j’en sais putain de rien, mais j’ai vu que des mecs qui buvaient un godet en terrasse d’un bistrot, ou étaient à un concert se sont fait dégommer juste parce qu’ils étaient là en 2015, par des zozos obscurantistes qui réinventent le Moyen-âge.
Tiens, aujourd’hui j’ai réécouté deux très vieux morceaux de Lavilliers, l’Indiana Jones de Saint-Etienne, pas entendus depuis des décennies, « Les barbares » et « Juke-box ». En mélangeant les paroles des deux, vous avez à peu prés ce que je pense de ce fuckin’ Vendredi 13 (« les cités exilées au large des business » … « rééduqués par des curés new look armés de pataugas de parkas et de boucs »).
Et ces tarés à Kalach et ceintures d’explosifs seraient les héros de quelqu’un ? Quelle misère …

Tiens, des héros populaires, et de tous les méprisés, les pauvres, les laissés-pour-compte de notre putain de monde capitaliste, j’en ai un là … Il était petit, pas Blanc, miaulait comme un chat en rut quand il lattait les sales mecs…



Ce ne sera pas faire injure au pauvre Robert Clouse, tâcheron réalisateur à la solde de la Warner, de dire que « Opération Dragon » (« Enter the Dragon » en VO), est plus le film de Bruce Lee que le sien.
Bruce Lee & Robert Clouse
D’ailleurs, si c’est lui derrière la caméra face à un casting de quinzième zone (et c’est pas la présence du figurant Jackie Chan qui se prend une fugace torgnole par Bruce Lee dans une scène de baston qui rehausse le niveau), c’est qu’il y avait de l’incertitude au sujet de la réussite de ce film.
Bruce Lee était un inconnu aux USA, au mieux remarqué pour un second rôle de donneur de baffes dans une navrante série tout ce qu’il y a de familiale au mauvais sens du terme, « Le frelon vert ». Il était pourtant venu faire fortune à Hollywood, sans succès ; mais voilà, Bruce Lee était une idole dans une grande partie de l’Asie par ses films réalisés à Hong-Kong et produits par les frangins Chow. Là, il avait le rôle principal, devenait une légende de la baston en 16 mm sur fond de scénarios simplets filmés à la va-vite avec les pieds par d’obscurs cameramen chinois (« The big boss », « La fureur de vaincre », « La fureur du dragon »). Des types de la Warner subodorèrent qu’il serait peut-être possible de ramasser quelques liasses de billets verts en rationalisant quelque peu « le phénomène », d’où Robert Clouse en charge des caméras pour diriger ce qui me semble t-il constitue une première en matière de cinéma, une collaboration et une coproduction sino-américaine.
Les bons
La prise de risque n’est pas énorme, le nom de Bruce Lee est vénéré dans tous les ghettos et les quartiers populaires du monde, où des hordes de gamins s’agglutinent dans les cinémas pour littéralement vivre les combats du petit niaouké musclé (c’est pas des conneries, j’ai de mes yeux vu un dimanche après-midi dans mon petit bled de province tout ce qu’il y a de peinard, des gosses comme moi hurler, monter sur les sièges, « participer » à la bagarre avec Bruce Lee arrachant les poils du torse du bovin Chuck Norris dans le Colisée, il y a avait plus de spectacle dans la salle qu’à l’écran, moi je m’en foutais un peu de tout ce bazar, mais plein de mes potes adoraient, fallait y être quoi …). Plus encore que le Che et avant Marley, Bruce Lee allait être une star planétaire venue de ce que l’on appelait pudiquement le « tiers monde ». Si Lennon dans une de ses sentences avinées avait affirmé que les Beatles étaient plus célèbres que Jésus, Bruce Lee était immensément plus célèbre que les Fab Four. Au milieu des années 70, personne n’égalait sa notoriété, dans quelque domaine que ce soit.
Le méchant
« Opération Dragon » est un film qui marche au premier degré. Les bons contre les très méchants, et personne qui change de camp en cours de route. Le droit et la vengeance contre les bandits et la cruauté. De la baston (beaucoup) et du nichon (un tout petit peu). Un déroulement vers un final cousu de fil blanc, autant prévisible qu’inéluctable. Toutes les grosses ficelles d’un scénario basique sont de sortie. Mais pas que. Ceux qui ont des lettres cinématographiques verront les allusions aux James Bond (le commanditaire de Lee très british, le méchant très Dr No et Blofeld avec son chat blanc et sa base souterraine), le karateka black Williams est très blaxploitation (les fringues, la coupe afro, jusqu’à la musique de Lalo Schifrin lors de son apparition à l’écran qui parodie celles de «Shaft » ou « Superfly »), l’américain flambeur et tombeur ressemble étrangement au Roger Moore « Amicalement vôtre »). On a même droit à la « caméra documentaire » dans la misère du port de Hong-Kong, et même au surprenant (dans ce genre de film) commentaire social (Williams, que l’on devine pro-Black Panthers : « Les ghettos sont les mêmes dans le monde entier. Tous dégueulasses. »).
A room full of mirrors
Mais tout ça, c’est de l’accessoire. Le centre de gravité du film, c’est évidemment Bruce Lee. Metteur en scène de fait de toutes les scènes de baston, qu’il chorégraphie avec une précision et un sens du rythme, de l’espace et de la dynamique qui ne doivent rien au hasard ou à l’improvisation. Tout est fait pour le mettre en valeur, pour présenter le contraste entre le type hyper zen, mais qui quand on le cherche écrase (hors champ) les têtes et malaxe les cervicales. La scène finale, au milieu de paraît-il huit mille ( ! ) miroirs, est une de celles qui feront date.
Le succès de « Opération Dragon » sera colossal … dans le monde anglo-saxon, entraînant une véritable Bruce Leemania. Par contre, ce film au scénario très américanisé (l’immense majorité des méchants sont des asiatiques) n’a pas marché très fort lors de sa sortie en Asie, contrairement aux précédents de Lee. Et ce malgré la mort de Bruce Lee quelques jours avant la sortie du film.
« Opération Dragon » est plus qu’un film. Ou plus qu’aucun autre film, toutes époques et tous pays confondus. C’est un phénomène de société, un marqueur et un inspirateur pour des lignées infinies de héros dérivés (tous les bastonneurs indestructibles des décennies suivantes, qu’ils soient asiatiques ou pas, qu’ils soient réels ou virtuels dans les jeux vidéo, lui doivent tout), Bruce Lee a fait la fortune pour tous ceux qui ont eu la bonne idée d’ouvrir une salle d’arts  martiaux dans la foulée, et est en quelques mois devenu le héros de tous les asiatiques et de tous les laissés-pour-compte du reste de la planète, ce qui même à l’époque faisait beaucoup de monde.

« Opération Dragon » est un film populaire, au sens le plus pur du terme … 


TOM TYKWER - COURS LOLA COURS (1998)

Fast & furious ?
« Cours Lola cours » aurait pu être le film de la génération X. Il est arrivé un peu tard (fin 1998), et de toutes façons après « Trainspotting ». N’empêche, il n’en reste pas moins un des films les plus novateurs de la décennie pré-motion capture.
Le maître d’œuvre du projet « Cours Lola cours », c’est Tom Tykwer. Touche à tout du cinéma indépendant allemand (il est crédité au générique de scénariste, réalisateur, producteur et compositeur de la BO, rien que ça …), il n’avait réalisé qu’une paire de films que personne avait vus. Et là, tout à coup, il va sortir un truc totalement hors normes, avec une mise en scène ultra speedée et un scénario totalement délirant.
Tom Tykwer
A la base, un couple de jeunes, Manni et Lola. Lui vivote et commence à s’engluer dans des trafics chelous, elle s’emmerde chez papa-maman dans un milieu bourgeois (une mère au foyer délaissée qui cherche le frisson amoureux dans l’horoscope, et un père directeur de banque qui se tape la sous-directrice et envisage très sérieusement le divorce). Après une première séquence euh … métaphysique ponctuée de mouvements délirants de caméra, les ressorts de l’intrigue se mettent en place. Un piqué vertigineux de caméra qui entre dans la maison de Lola pour finir sur un gros plan de téléphone qui sonne. A l’autre bout du fil, Manni. Mal barré. Un très gros paquet de pognon venant d’un trafic de bagnoles, qu’il doit remettre à un caïd qui rigole pas. Problème, il a connement perdu le pognon dans une rame de métro, et n’a plus que vingt minutes pour remettre le fric. Sinon il se fera buter. Lola ne sait pas quoi faire, mais veut à tout prix sauver son mec. Elle part au sprint le rejoindre, espérant trouver en route le bon plan qui va sauver son chéri.
Bon, ce genre de scénar, on l’a vu des milliards de fois. Sauf qu’ici il n’y a pas un film, mais trois. A partir du moment où Lola dévale les escaliers de sa baraque, un petit détail va survenir qui va perturber sa course folle. Et cette seconde gagnée ou perdue au démarrage va provoquer des réactions en chaîne, ses choix à elle, à Manni, vont être différents. Et au bout des vingt fatidiques minutes, l’issue aussi sera totalement différente… les trois séquences de vingt minutes sont quasiment filmées en temps réel, et les lumières se rallument dans la salle au bout d’une heure et quart. Autant dire que ça déménage à l’écran …
Lola & Manni
D’abord parce qu’il y a des « personnages », des gueules. La mignonne et plutôt glamour Franka Potente campe une Lola à cheveux rouges et Doc Martens, passant entre deux courses folles d’un calme olympien au milieu de situations qui partent en quenouille, à des montées d’adrénaline hurlantes (comme un autre héros de film allemand, Oskar, celui du « Tambour », et certainement pas par hasard, quand Lola s’énerve grave, elle crie dans les aigus jusqu’à casser les verres), et cette actrice pratiquement inconnue crève l’écran (et ne laissera pas insensible son réalisateur puisqu’ils formeront un couple à la ville). L’autre figure majeure du casting, c’est Manni (Moritz Bleibtreu), un peu paumé, qui fonce d’abord et réfléchit après, mais qui partage avec Lola une furieuse envie de se sortir de ce sac de nœuds dans lequel il s’est enlisé. Les seconds rôles forcent sur l’aspect caricatural de leur personnage et le rendent immédiatement mémorisable dans les différents scénarios qui s’enchaînent.
Techniquement, il n’y a rien de révolutionnaire, qui n’ait déjà été vu dans un film. Par contre, rarement les images collent aussi bien à l’histoire. Les sprints de Lola rythment la structure filmique. Et la tarte à la crème utilisée à toutes les sauces et plutôt à tort et à travers depuis vingt ans, à savoir le montage façon vidéo-clip épileptique, prend ici toute sa mesure et tombe sous l’évidence. D’autant plus que la musique (Tykwer aux machines et Potente pour quelques parties chantées) repose sur une techno survitaminée (genre Prodigy meets Chemical Brothers) qui renforce encore un peu plus l’aspect oppressant de ces courses contre la montre. Autre bonne idée de Tykwer, celle d’inclure à chaque « épisode » une séance d’animation représentant Lola descendant quatre à quatre les étages de sa maison. Certes pas une nouveauté dans un film « conventionnel », mais là aussi, cet intermède animé s’intègre parfaitement dans le rythme du scénario. Et puis, tant qu’à montrer trois déroulements d’histoire différents, Tykwer en faisant se succéder des polaroids à un rythme échevelé, nous évoque de façon tout juste perceptible à l’œil les destins différents des gens croisés par les protagonistes principaux.
Natural Born Killers ?
Et comme si ça ne suffisait pas dans ce crépitement d’images en mode rafale, Tykwer glisse des hommages au « A bout de souffle » (c’est tellement évident que personne ne semble s’en être aperçu). Le final du film de Godard est quasiment plagié dans une des fins de « Cours Lola cours », et entre les « épisodes », Manni et Lola discutent dans un lit de questions philosophiques, métaphysiques et existentielles just like Bebel et Jean Seberg dans la chambre de l’Hôtel de Suède. Sans compter évidemment tous les clichés et tics de réalisation pompés aux films d’action et aux polars de tout temps (ces gros plans récurrents sur le flingue de Manni qui dépasse de sa poche arrière quand il va braquer le supermarché, ou sur la boule d’ivoire dans le casino, le genre d’effets de caméra faciles qu’on a vu mille fois mais qui marchent toujours).

C’est bien simple, « Cours Lola cours » c’est aussi bon et évident qu’un titre de Chuck Berry … « Run Rudolph run » au hasard, évidemment…


QUENTIN TARANTINO - KILL BILL VOL. 2 (2004)

Bill m'a tuer ?
La première impression était la bonne. Plus je vois ce « Kill Bill Vol. 2 », plus je me demande ce que c’est que cette suite-épilogue à la con ?
Œil pour œil, dent pour dent ? 
Pas que ce soit mauvais, non, Tarantino me semble incapable de se planter … juste là il se loupe en beauté. Terminer une aventure commencée l’année précédente, festival déjanté de bastons autant improbables que jouissives et hystériques par carrément un mélo … Inattendu … même si tout était ultra-prévisible. On savait comment ça allait finir, fallait que Black Mamba / Beatrix / La Mariée / Thurman achève de dézinguer ses anciens collègues tueurs à gages et puis fasse la peau de Bill. C’est le ton du film qui est en total décalage avec la 1ère partie. Ça se traîne, ça cabotine un max, ça expose des états d’âme … Et ça finit de reconstituer tout le puzzle de l’histoire.
« Kill Bill Vol. 2 » n’en demeure pas moins du pur Tarantino. Par son soin apporté aux dialogues, ses hommages-références (y’a que lui pour tout comprendre tant ils sont multiples), ses scènes de tension interminables (les deux discussions avec Bill au début et à la fin, la rencontre Hannah-Mardsen, …), ses cadrages bizarres et savants (le travelling arrière insensé dans l’église, quelques contre-plongées saisissantes).
Carradine & Tarantino
Ce film qui clôt l’histoire laisse finalement en suspens plus de questions que de réponses. Pas au niveau du scénario, mais plutôt au niveau de ce que Tarantino voulait faire. Donner un des premiers rôles à David Carradine, l’oublié héros de la série télé du sous Bruce Lee « Kung Fu » était-ce une bonne idée ? Pas sûr, même si le vieux s’en sort pas trop mal dans un registre de psychopathe philosophe qu’on a pas dû lui proposer souvent. Fallait-il faire chialer  la vengeresse inflexible Thurman à la fin sous prétexte de crise de maternité ? Pas sûr non plus, c’est totalement irréel par rapport aux quatre heures (putain, quatre heures quand même) de film qui ont précédé. Et c’est quoi cette caricature de maître d’armes, tant qu’à faire il avait qu’à tourner les séquences façon cartoon comme dans la première partie, ça aurait été moins dérangeant, moins grotesque (et qu’on ne vienne pas me dire que c’est une parenthèse comique, on l’a connu beaucoup plus drôle Tarantino …).
Bon, j’ai pas envie de l’accabler, je suis client de son cinéma. Mais là, à trop vouloir multiplier les références (aux films italiens des 60’s en général et à Sergio Leone en particulier, à des films de série B  orientaux qu’il est seul à avoir vu, au cinéma ricain des années 40 dans la façon de filmer les gens qui conduisent les bagnoles, …), Tarantino a oublié de faire un vrai film.

« Kill Bill Vol. 1 », est peut-être ce que Tarantino a fait de mieux. « Kill Bill Vol. 2 » est peut être ce qu’il a fait de pire (bon, commencez pas à pousser de grands cris, j’ai écrit peut-être).

Du même dans ce blog :
Inglourious Basterds


SAM RAIMI - SPIDER-MAN (2002)

Spider-Man, appelé à régner (sur le box-office)
« Spider-Man » premier du nom est le genre de film dont on sait avant même sa sortie qu’il va avoir un succès considérable. En tout cas au moins aux Etats-Unis (mais le reste du monde a suivi, 500 millions de dollars de bénefs). Parce que derrière le film il y a une culture, une science du marketing bien rodée, et des sommes faramineuses investies par des majors du cinéma.
Maguire, Raimi & Dunst
La culture, c’est celle des Etats-Unis. Un peuple sans Histoire (moins de 250 ans), donc sans trop de héros réels, et qui en a inventé d’imaginaires. Et tant qu’à faire, comme l’immodeste pays ne fait pas dans la demi-mesure, tant qu’à avoir des héros, autant que ce soit de super-héros. Usine à fabriquer les super-héros, la maison d’édition de comics Marvel, avec à son catalogue tous ces Hulk, Captain America, Iron Man, Wolverine, les X-Men, le Surfeur d’Argent, et tant d’autres. Perle du catalogue, Spider-Man, dont les première planches sont parues en 1963. Personnage créé par le scénariste Stan Lee et le dessinateur Steve Ditko (Lee scénarisera pendant des années, de nombreux dessinateurs se relaieront pour des parutions mensuelles encore en cours me semble t-il). Les aventures de Spider-Man, entre science-fiction et heroic fantasy avec scénarii et rebondissements abracadabrants, c’est pas du tout ma cup of tee, d’autant plus que se révèlent en filigrane toute la déplaisante idéologie respectable et les « saines valeurs » d’une Amérique triomphante, forcément triomphante.  
Peter Parker / Spider-Man
Spider-Man fait partie de la culture américaine, et faire un film de ses aventures était dans l’air du temps depuis des décennies (deux essais guère convaincants qui tiennent plus du téléfilm que du cinéma dans les années 70). Par définition, Spider-Man se doit d’être un film spectaculaire, à grand renfort d’effets spéciaux. La Columbia, associée à Stan Lee, y travaille depuis le début des années 80. L’avancée technologique en matière d’images numériques rendra le film envisageable au début des années 2000. Les billets verts sont engloutis sans compter, pour le film lui même et tous ses à-côtés (promotion, contrats de sponsoring, campagnes de pub, objets dérivés, …). Le budget de l’opération « Spider-Man - The Movie » dépasse très largement les 100 millions de dollars. De quoi en foutre plein la vue …
« Spider-Man » la BD est une saga interminable, peuplée de personnages remplis de super-pouvoirs, qui évoluent au fil des ans, sont amis puis ennemis, meurent et renaissent dans un embrouillamini total, enfin tout le tremblement habituel de ce genre de sornettes dessinées. La première étape a consisté à isoler des personnages et une « histoire » cohérente (entendez compréhensible par un gosse de douze ans gavé de comics, de burgers et de pop-corn). On a donc les origines du super-héros (le puceau timide Peter Parker qui se fait piquer par une araignée radioactive et devient Spider-Man), sa « fiancée » Mary Jane Watson, et bien sûr son faire valoir maléfique le Bouffon Vert (Green Goblin en V.O.) … Plus quelques personnages récurrents de la série.
Rencontrer la belle Mary Jane, il en est tout retourné Spider-Man ...
La caméra est confiée à Sam Raimi, soi-disant fan de Spider-Man depuis tout enfant. Un Sam Raimi qui met avec ce film un terme à sa carrière de réalisateur de séries B horrifiques loufoco-gores (la série des « Evil dead ») pour intégrer le cercle restreint des gens à qui l’on ne confie plus que des projets colossaux en terme de budget (il réalisera également les deux épisodes suivants de la saga Spider-Man, avec des budgets exponentiels). Tobey Maguire est Peter Parker / Spider-Man, il est depuis longtemps dans le métier, mais c’est le premier grand rôle qu’on lui confie. Idem pour sa douce et parfois tendre Mary Jane Watson, jouée par Kirsten Dunst. Mais celui qui survole la distribution, seule vraie « star » du casting au départ, c’est Willem Dafoe pour son double rôle Norman Osborn / Bouffon Vert. Les acteurs, surtout Dafoe, ont assuré eux-mêmes la plupart des scènes d’action, bagarres et cascades, les doublages physiques ou numériques étant peu nombreux (par exemple, la scène où Parker rattrape tous les plats à la cantine n’est pas truquée, elle a nécessité des dizaines de prises). Par contre, les effets numériques sont omniprésents dans les décors (un New York retouché, Times Square numérisé lors de la première confrontation Spider-Man / Bouffon Vert, et évidemment, toutes les ballades aériennes de Spider-Man). D’où l’importance de la coopération entre Raimi et le responsable des effets spéciaux John Dysktra.
La « patte » de Raimi tel que le connaissaient les fans de « Evil dead » est quasi-invisible. Tout au plus faut-il noter un de ses plans typiques (le bras du Bouffon qui sort lentement des décombres façon zombie lors de la baston finale), et la présence au casting de quelques-uns de ses acteurs attitrés, le plus en vue étant logiquement Bruce Campbell en présentateur de combats de catch. On sent derrière ce « Spider-Man » toute la pression et la force de la Columbia-Sony et un cahier des charges extra-cinématographique tellement colossal qu’il éclipse toute velléité d’originalité. Raimi a le budget, certes, mais est entouré d’une pléiade de producteurs (tout court, exécutifs, …). On est prié de rester sérieux avec les millions de dollars.
Le résultat est visuellement remarquable, sans que le film, avec son scénario et ses rebondissements cousus de fil blanc, soit réellement intéressant et encore moins captivant. Ce qui n’empêche pas quelques jolis plans (le baiser « à l’envers » entre Spider-Man et Mary Jane), quelques scènes bien vues (notamment celle du dialogue devant le miroir entre Dafoe/Osborn et son double maléfique).
Miroir, dis-moi qui est le plus méchant ...
Plus gênants sont quelques postulats véhiculés par le film. Passe pour le côté positif, le Bien qui triomphe du Mal, c’est assez commun. Mais si Spider-Man est conçu comme une vitrine, c’est aussi une allégorie de la « bonne » Amérique qui triomphe des méchants, et à ce titre, un des derniers plans du film qui montre Spider-Man accroché à la hampe d’un gigantesque drapeau américain a de quoi laisser perplexe sur le côté cocardier et subliminal de cette affaire. La morale du film et le credo de Spider-Man, qui revient plusieurs fois genre mantra c’est la saine maxime : « avoir un grand pouvoir donne de grandes responsabilités ». Tu parles Charles, suffit de donner du pouvoir à un type pour qu’il se foute royalement de ceux qui le lui ont donné … Il est aussi assez édifiant d’entendre (fugacement, ils s’étendent pas trop sur le sujet) les responsables des effets spéciaux évoquer la retouche numérique de toutes les marques des objets anodins utilisés pour les besoins évidents du film (les boîtes de céréales, les canettes, les paquets de clopes, les affiches, les écrans publicitaires sur les immeubles) dans le but de remplacer la marque d’origine par celle des sponsors ayant amené leurs dollars au projet. Rien n’est neutre, laissé au hasard, tous ont payé pour être visibles à l’écran. Business is business …
Les produits dérivés du film ont évidemment été déclinés à l’infini, même si la plupart existaient de longue date. Il en va de même pour les supports physiques du film, les Dvd, Blu-ray sont cesse réédités sous de nouvelles formes vendues à chaque fois comme « définitives » (même s’il manque encore la director’s cut et la version 3D). Je me suis enquillé (d’occase, 1,5 euro plus frais de port, tout se brade, crise quand tu nous tiens …) une édition « collector » double Dvd avec des heures de bonus plus ou moins intéressants (et plutôt moins que plus d’ailleurs). J’y ai appris deux choses. La première, c’est qu’il n’y a rien de plus pénible qu’un film commenté par les types qui ont fait les effets spéciaux, jamais ils parlent de la scène en cours, ils anticipent celle d’après ou reviennent interminablement sur celle d’avant. La seconde concerne Kirsten Dunst. Si elle est rousse dans le film, c’est en fait une vraie blonde. Elle le démontre avec ses commentaires audio du film (en direct live semble t-il) qui sont d’une banalité, voire d’une bêtise affligeantes. Par contre, dans les exercices imposés des interviews de service après-vente où là elle semble réciter de conventionnelles leçons bien apprises, elle est un peu plus à son avantage … Fuck Mary Jane … quoi, faut faire gaffe à Spider-Man ? Pff, même pas peur …